C’est idiot de tenter d’entrer dans des moules qui ne sont pas à notre taille, ou dans des univers où on ne se reconnaît pas et je ne vois aucune raison valable de le faire à part l’absence de talent.
J’ai essayé, j’ai tâtonné, et je n’ai jamais été aussi mauvais que lorsque je tentais de rentrer dans les cases, et jamais aussi bon que lorsque je laissais mon imaginaire propre et singulier s’exprimer dans mon travail.
Chaque auteur se doit de se poser la question de son univers, de s’interroger sur ce qu’il aime faire et sur ce qui fait son individualité. On m’a demandé récemment ce que je pensais de “l’exception culturelle française”. Très franchement, je n’en pense rien. Tout simplement parce qu’à mes yeux ça n’a aucun sens de parler d’exception culturelle, a fortiori nationale.
Chacun nous sommes formés par notre vécu, par les cultures dans lesquelles nous avons évolué, par les récits qui nous ont marqué et les images qui nous ont touchés. Ça n’a pas de sens de poursuivre une identité “française”, ce qui en a, au contraire c’est de chercher notre identité propre. Parce que ce qui fait l’originalité et la beauté d’un récit, ce qui fait sa richesse c’est le regard propre de son auteur et personne ne se résumé à sa nationalité. D’autant moins à une époque d’ouverture des cultures, où tous, nous sommes baignés de cinéma international, de musique internationale, de littérature internationale. Aussi bien américaine qu’australienne, chinoise, coréenne, sud-africaine, guadeloupéenne, sud-américaine…
C’est l’appropriation par chacun de ces influences qui fait l’exception de son regard.
J’ai conscience, sans le comprendre, du besoin de beaucoup de gens, auteurs compris, de se sentir appartenir à une caste, d’être reconnu comme membre à part entière d’une communauté. Et je pense que c’est de là que vient ce souci de rejoindre une spécificité à l’échelle d’un pays. Et je pense aussi que c’est de là que vient une grande partie de l’indigence de notre fiction. On ne cherche pas à se distinguer en tant qu’individu, on cherche à être soi dans les carcans définis par une certaine tradition.
Pourquoi ne pas s’assumer jusqu’au bout et proposer les vrais trucs dont on rêve? Par peur de vivre vraiment? Mais putain, si même les auteurs ont peur de leurs rêves, le monde va vraiment mal! Alors bougeons-nous, réveillons l’enfant qui s’agite en nous, libérons nos génies créatifs et battons-nous jusqu’au sang s’il le faut pour faire jaillir notre individualité, qui n’est ni française, ni européenne, ni une spécificité “d’auteur”, qui n’appartient à aucune école, qui ne participe d’aucun dogme, qui n’est qu’à nous seuls et qui nous rend si beaux, qui fait notre fiction si riche!
C’est peut-être un chemin solitaire mais on peut le partager avec nos semblables. C’est peut-être un chemin effrayant mais c’est un chemin de vie et de passion. Et merde aux excuses qu’on peut se trouver, dont aucune n’est valable.
Elle est là notre seule responsabilité. Il est là notre rôle d’auteurs.