Archives pour août 2007

Désolé pour ce hiatus!

18 août 2007

Je prends le temps de faire ce post entre deux cartons. C’est fou le nombre de choses que l’on peut accumuler en 2 ans, ce que l’on oublie, ce que l’on retrouve dont on n’a plus rien à faire, ce que l’on découvre comme vieux textes qui nous en disent un peu sur qui l’on était et qui l’on est devenu.
Enfin, je suis en plein déménagement, ça fait une semaine que je fais des cartons et des aller-retours entre l’ancien et le nouvel appartement. C’est bientôt fini (mercredi soir il n’y aura plus trace de mon passage dans cet immeuble du XIIIe arrondissement de Paris) mais il risque de se passer un peu de temps avant que je ne retrouve une connexion internet. La ligne est commandée et le branchement annoncé autour du 29.

Ce qui me désole c’est que je n’ai pas eu le temps d’écrire un mot depuis une semaine et que je n’ai pas non plus pris le temps de réfléchir à l’écriture, ce qui a contribué à rendre ces pages encore plus muettes.

Cela ne saurait durer!

Ce que nous devrions faire

10 août 2007

Aujourd’hui, c’est sur le blog de Jill Golick que je vous envoie avec cette note: ce que cette scénariste fait, nous devrions tous le faire. Mais de quoi s’agit-il? Pas d’étudier les pilotes mais d’analyser la structure des films (épisodes de séries, long-métrages, courts, peu importe) que nous regardons. Ca veut dire garder le doigt sur pause et mettre au clair les noeuds dramatiques, les beats accordés à chaque intrigue, étudier le fonctionnement des scènes et des personnages.

Il faut repérer les ruptures d’actes, comprendre d’où vient la tension dramatique, étudier l’évolution des personnages et de ladite tension dans les scènes. Bref, mettre à nu la structure, dessosser l’épisode, et en tirer nos propres leçons de dramaturgie. Ça peut sembler inutile, puisque d’autres le font et qu’il suffit de suivre leurs enseignements.

Mais a) on n’est jamais mieux servi que par soi-même, chacun a sa propre grille de lecture et son vocabulaire d’analyse (regardez la masse de manuels et de sites sur la dramaturgie qui émaillent le net),

et b) c’est une gymnastique qui permet de mieux écrire. Le cerveau est comme un muscle, il s’habitue à des activités, il a des réflexes. Il est possible de l’éduquer et de se faciliter la tâche. C’est plus simple de construire quand on sait comment faire et la première source d’apprentissage n’est-elle pas le mimétisme?

Commençons par décortiquer consciemment les films, ça veut dire prendre un bloc note et écrire ce que l’on voit, faire pause pour repenser à une scène que l’on vient de voir, la regarder à nouveau pour bien repérer les évolutions du dialogue, des intrigues, des rapports de force, comment les scénaristes font pour que ça marche et comment ça marche.
Petit à petit, ça deviendra un automatisme et on se surprendra à penser “tiens, là il y a un beat de personnage, là c’est l’intrigue B qui s’arrête”. Et écrire, j’en suis sûr, deviendra incroyablement plus simple.

Si je ne suis pas trop paresseux, je me livrai peut-être à cet exercice ici-même, dans les lignes de ce blog.

Lien du jour - 01/08

2 août 2007

Encore une fois, c’est chez Denis McGrath que je prends le lien du jour. La mort de Tom Snyder – grand interviewer dont j’ignorais l’existence – le lance sur une réflexion autour de l’art disparu de la conversation.

Ressorts comiques

2 août 2007

Aujourd’hui, j’ai trouvé une référence à la série Nerdz, une vague sitcom française qui passe sur la chaîne Nolife et qui parle de… nerds. J’ai regardé quelques épisodes, assez pour en conclure que ça ne me plaisait pas du tout, que c’était même pas drôle et franchement nul. Les comédiens jouent comme des acteurs de porno, les blagues sont inexistantes et les personnages caricaturaux.
Et comme j’ai découvert récemment The Big Bang Theory, qui part exactement du même point (une sitcom avec des nerds) et que j’ai été mort de rire tout au long du pilote, je me suis demandé ce qui faisait la différence entre le show américain et le show français.

Une question de moyens?
Certes la série française se passe dans un minuscule appartement avec un canapé, en plan fixe et la série américaine a plusieurs décors, y compris deux appartements complets, mais le décor est très peu exploité comme ressort comique, il sert davantage à caractériser les personnages, ce qu’un décor plus petit pourrait tout aussi bien faire. J’en veux pour preuve le fait que tout l’acte 2 du pilote se déroule entièrement dans 1 seul appartement avec les personnages assis dans un canapé.

Une question de jeu d’acteurs?
C’est vrai, les acteurs de la série américaine jouent considérablement mieux que les “acteurs” français. J’entends souvent dire qu’il n’y a pas de direction de jeu sur les plateaux français, bien que je n’aie jamais vraiment compris pourquoi. Mais, là encore, à part le confort et le plaisir qu’il y a à voir de vrais comédiens vraiment incarner leurs rôles, avec l’aisance qu’ont les acteurs américains à tenir des grimaces ou à jouer jusqu’au bout les situations les plus absurdes avec le plus grand sérieux (ce qui est un bonus comique certain), ce n’est pas une réponse satisfaisante.

Une question de personnages?
Alors que dans Nerdz, on se retrouve face à 4 cas à la limite de la pathologie clinique (la collectionneuse de poupées en porcelaine qui fréquente les sites de rencontre, l’idiot du village dont je n’ai pas compris l’utilité, le bobo amateur “d’art” contemporain et le joueur de jeux vidéo compulsifs). Ils ont des activités de nerds entre nerds, leurs discussions sont remplies d’inside jokes, de références obscures à la culture geek, de blagues lourdes et vaseuses.
A l’inverse, The Big Bang Theory met en scène des personnages au Q.I. monstrueux complètement décalés de la réalité, matheux, chercheurs au MIT, joueurs de MMORPG, socialement incompétents et confrontés à une fille “normale”, provinciale descendue à L.A. pour devenir actrice et qui travaille comme serveuse dans un café.

Et c’est là que se trouve toute la différence. On ne parle jamais aussi bien d’un milieu qu’en le confrontant à un milieu opposé, on ne met jamais autant en avant les travers d’un personnage qu’en le confrontant au regard d’un personnage étranger. Pensez à toutes les comédies familiales réussies, tous les buddy movies qui fonctionnent sur ce modèle, qui fonctionnent parce qu’ils sont sur ce modèle: Midnight Run, Le Dîner de cons, Sister Act, Legally Blonde, Taxi, Meet the parents, Analyze That, regardez toutes les comédies de Veber, celles de Billy Wilder et même Molière (1, 2), Beaumarchais ou le champion des personnages issus de milieux opposés, Marivaux.

Bien sûr, ça ne suffit pas, et ce n’est pas le seul ressort dramatique, mais c’est la base de la comédie et, même, de la dramaturgie. Il faut opposer des personnages conflictuels dans leur essence pour créer des situations intéressantes. Et si l’on veut traiter d’un milieu en particulier, c’est toujours plus parlant et efficace de mettre un référent extérieur dans le lot, un loup dans la bergerie, un mouton noir, un vilain petit canard, qui permettra de mettre en exergue les éléments signifiants de la culture du groupe bien mieux que le groupe lui-même, parce qu’il fonctionne en vase clos, ne pourrait le faire.
En ne présentant que des membres du vase clos, en n’exploitant pas les possibilités de conflits qu’offrent ses personnages, Nerdz rate le coche. Les situations ne sont pas exploitées, les blagues (??) tombent à plat. Je n’ai pas souri une seule fois dans les 6 épisodes (de 5 minutes) que j’ai regardés alors que j’étais plié en deux les 3/4 du temps sur les 20 minutes que dure The Big Bang Theory.

On me dira que c’est subjectif mais l’histoire de la dramaturgie montre que l’art de la comédie réussie passe la plupart du temps par cette confrontation d’univers étrangers qui se téléscopent. Que les acteurs soient bons ou pas, que la mise en scène soit faite avec trois bouts de ficelle ou avec quarante décors, la leçon est toujours celle-ci: c’est l’architécrivain qui fait la comédie et ce n’est pas avec des personnages caricaturaux que l’on peut palier à des défauts de scénarisation.

Un problème de caricature?
Ce n’est pas la caricature en elle-même qui est en cause, les personnages de comédie sont toujours poussés à l’extrême (voyez Chaplin). Le problème vient du traitement qui est fait de la caricature. Une mauvaise caricature reste à la surface du personnage, on lui donne une caractérisation un peu originale et on reste dans le cliché. Ça va être le geek qui passe ses journées à jouer aux jeux vidéos ou le pseudo intello post-gaucho, sans autonomie critique, il prend ses idées dans Technikart et Les Crottes du Cinéma.
Dans une bonne caricature, le geek joue aux jeux vidéos mais il se sert des jeux vidéos comme instrument de drague, proposant à la fille qu’il convoite un rendez-vous dans un monde virtuel, mais il est aussi parmi les meilleurs chercheurs du MIT, il fait des soirées de KlingonBoggle et sait dire “bonne douche” en 6 langues. C’est le personnage poussé au bout de sa logique. Pourquoi rester à la surface du personnage? Tout l’intérêt de la fiction c’est de montrer des cas extrêmes.

La dramaturgie et les cas extrêmes
On ne montre pas un rat qui aime bien manger, mais un rat qui rêve de devenir chef, on ne montre pas un homme qui sous-loue son appartement à ses patrons pour leurs aventures adultères, ce qui l’empêche de vivre sa propre histoire d’amour avec sérénité, on le fait tomber amoureux de la maîtresse de son patron, on ne met pas en scène un homme qui a des tics mais un personnage perclus de tocs. Enfin, on ne montre pas un homme qui a un peu peur du vide mais un homme complètement paralysé par le vertige (et non, je ne prends pas Hitchcock pour un cinéaste de comédie, rassurez-vous).
Les exemples sont aussi nombreux que les films réussis. Une des grandes tares de la fiction française (ciné et télé), à mon avis, c’est de n’avoir pas intégré ça, de ne pas oser aller à fond dans les personnages et les situations ou alors, comme je le suggérais dans un de mes premiers posts, c’est que les scénaristes français sont paresseux. D’un autre côté, si nous touchions autant que ce qu’ils touchent, peut-être le serions-nous moins.

Et là je suis content parce qu’en cherchant quelque chose que je n’ai pas trouvé, je suis tombé sur une belle citation de Syd Field qui n’a rien à voir pour conclure:
Remember, writing is a personal responsibility: Either you do it or you don’t.”