Archives pour mai 2008

Passage à l’acte

24 mai 2008

Après plusieurs longues et éprouvantes semaines de doutes et d’atermoiements auprès de ses amis, d’une solitude pas toujours salutaire, l’apprenti scénariste aperçoit le bout du tunnel. La lumière lui redonne goût à la vie, à l’écriture, et foi en ses compétences. Il danse à la manière d’un leprechaun ivre au son d’un violon irlandais mal accordé, et se lance tête la première dans l’action. La fin de la pensée, le début de l’action, la solution est là. Dans le faire. Le mental est un ennemi quand on ne l’a pas tout à fait dominé.

Une rencontre avec un producteur qui s’avère être un mentor déguisé donne des pistes au scénariste en lui disant enfin avec des mots qu’il peut immédiatement comprendre ce qu’on lui dit de biais et ce qu’il sent intuitivement depuis trois ans: la formation universitaire est ton ennemie. Le scénario n’est pas affaire de thèmes comme tu le croyais, ce n’est pas une affaire de théorie, c’est une affaire de ressenti. Va chercher dans ton corps, pas dans ta tête, les manières dont vont agir et réagir tes personnages, simplifie tes idées à outrance, parce que ta tendance, à toi, est à la complication spontanée. Fonce, tête baissée, comme le dit Bradbury (quelle rencontre celle-là, aussi!), l’écriture est comme un lézard en danger, elle traverse la plaine en un clin d’oeil.

La réflexion, se dit-il, est une ennemie. Elle s’autoalimente et enferme la vie dans une cage plutôt que l’aider à s’envoler. Ne pense pas.

Bradbury dit encore: je n’ai jamais vraiment réfléchi à où j’allais, j’ai passé ma vie à faire des choses et voir où elle m’amenaient, à comprendre après coup. (”I have not so much thought my way through life as done things and found what it was and who I was after the doing” in. “Drunk and in charge of a bicycle”, Zen in the art of writing)

Il est temps de passer à l’acte. Finir le travail entrepris sans chercher à le parfaire a priori. Ne pas se soucier outrageusement d’un thème qui finira par ressortir de lui-même. Ou pas, parce que la vie n’est pas une affaire de thématiques, c’est une affaire de mouvement et de ressenti. La vie c’est le chaos et toute l’histoire de la pensée n’est qu’une vaine tentative d’y mettre de l’ordre.

Alors la route sera longue parce qu’on ne se débarrasse pas innocemment de 5 années d’études supérieures, surtout quand quatre d’entre elles se sont faites dans des départements de philosophie. Mais déjà, le passage en anthropologie était mû par une insatisfaction vis-à-vis du caractère abstrait de la philosophie, une volonté de se rapprocher du monde des hommes qui se confrontent à une réalité bien concrète où le Da-Sein, les impératifs catégoriques et la téléologique dialectique hegelienne sont d’incompréhensibles fantaisies. La philosophie devient intéressante quand on cherche un sens à la vie, comme la religion, mais en général, elle apporte des réponses à celui qui s’est déjà frotté au monde et qui a déjà des idées à valider ou à consolider.

Quand on est un jeune bachelier plein d’incertitude sur ce qu’est la vie, sans grand repère autre que sa cellule familiale à cause des nombreux déménagements, elle contribue à alimenter l’idée que la vie est une absurdité, que toutes les visions du monde ont leur validité et qu’au fond, tout ça n’est qu’une grande jungle et que nous essayons tant bien que mal de nous en sortir avec la seule arme que la nature nous a donnée: la pensée réflexive.

Il est temps, maintenant, pour l’apprenti scénariste, de charger son balluchon sur son épaule et de quitter le monde des idées pour celui de l’agir, de quitter la théorie pour la pratique. Et de voir ce qui naîtra de ce nouveau périple.

Les doutes

21 mai 2008

A quoi bon écrire de la fiction? Ne vaut-il pas mieux faire médecin, ou prof, ou menuisier, participer à la société de manière évidente et concrète?

C’est marrant comme la vie a le don de nous envoyer des réponses pile quand on se pose des questions. J’en étais là, à me dire que ça rimait à rien de raconter des histoires quand j’ai décidé d’ouvrir le bouquin de Bradbury dont je vous parlais la dernière fois. Et paf, je tombe sur un texte qui s’interroge sur ce qui fait que la SF n’est pas reconnue (à l’époque et aux États-Unis, où les choses ont changé, pas comme en France où, paradoxalement, le temps a fermé les esprits, il n’y a qu’à voir le nombre de publications de SF dans les années 70/80 et comparer avec aujourd’hui). Et le voilà qui explique que la SF est importante parce qu’elle pose des questions et propose des réponses (même si les questions sont peut-être plus importantes que les réponses). Alors voilà, raconter des histoires c’est bien parce que ça permet de suggérer des solutions aux problèmes de la vie, de la société, etc.

Seulement aujourd’hui, quand je regarde ce qui se fait, je me demande où est le sens. J’en reviens à mon nombrilisme, pas seulement l’apanage des Français, et je me dis que c’est bien là l’origine de mes doutes. Je regarde et rien ne se passe, aucune révélation en moi, aucun écho, même ténu. Juste l’indifférence. La télé éteinte, les lumières rallumées dans la salle, je retrouve mon état d’avant le film. J’ai ingéré quelques images de plus, quelques sons, mais je me sens pas différent. Je n’ai rien gagné, rien perdu, j’ai juste passé le temps.

Et ma question dépasse le simple métier d’auteur, j’ai envie de demander à quoi bon vivre si c’est pour passer le temps entre naissance et mort? Si ce n’est pas pour s’interroger, s’améliorer sans cesse, remettre le monde et l’ordre établi en question. On ne peut pas s’endormir sur nos lauriers. Marianne titre cette semaine sur la pensée unique. On ne peut pas se contenter de la pensée unique. La fiction doit questionner la pensée unique, doit bouleverser l’ordre établi. La première question d’un auteur n’est-elle pas “Et si…?” Quelle fiction aujourd’hui pose ces questions? On donne un état des lieux, on fait un constat. Iron Man, pardonnez la référence américaine, dit qu’il faut des justiciers, elle ne propose pas d’alternative, et c’est ce que fait la fiction américaine depuis une petite dizaine d’années, parlez-en à Marc, il a des choses passionnantes à dire là-dessus.

La fiction française, pas mieux, c’est la crise de la foi en l’avenir et pire, en le présent. Regardez Deux Jours à Tuer, c’est le climax de cette phase de questionnement. On étouffe, on ne s’épanouit pas, on ne sait plus comment s’épanouir. C’est un fait. On tâtonne, la vie est devenu une série de tâtonnements. C’est le moment de faire la révolution, et la révolution commence dans les esprits. C’est bien, on a fait un état des lieux, mais maintenant il faut dépasser le constat et proposer autre chose. C’est le rôle de la fiction de montrer les alternatives, de faire réfléchir les gens, de les pousser à la philosophie et à l’action.

Je ne veux pas d’une fiction passéiste (Mai 68 en force), ni d’une fiction-état-des-lieux, c’est fini de regarder nos nombrils, il est temps de relever la tête et de ruer dans les brancards. Bousculons un peu les esprits, revenons à l’effervescence, et s’il faut abandonner les réfractaires sur le bord de la route, faisons-le, bordel! Arrêtez de signer pour des séries qui ne proposent rien au monde, arrêtez de signer et proposez mieux, proposez ce qui vous tient à coeur, racontez vos envies d’un autre monde, montrez-les, ouvrez les consciences plutôt que de nourrir l’auto-satisfaction, le défaitisme, la pensée négative et l’auto-apitoiement. J’en crèverai peut-être de faim mais je refuse de signer pour ces programmes dont on nous abreuve. Je m’en fous, je suis orgueilleux et c’est très bien. Marre de taire mes idées.

La nature de la fiction (3): Truth sounds different

16 mai 2008

Je suis tombé par hasard sur un bouquin de Bradbury (site officiel) (vous savez, ce mec à qui on doit Fahrenheit 451 et les Chroniques Martiennes) où il parle de l’écriture. C’est un genre d’anthologie de petits essais écrits à différents moments de sa vie et une idée qui revient régulièrement c’est celle-ci: écrivez ce qui vous ressemble.

N’allez pas croire qu’en deux jours j’ai retourné ma veste et que je vous fasse l’apologie de l’autofiction, ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. En réalité, ce qu’il dit c’est, en substance: soyez sincère. Autrement dit, écrivez vos peurs et vos espoirs les plus profonds. Et là se trouve peut-être une piste plus intéressante que celles que j’ai développé plus tôt. C’est une idée qui revenait souvent dans la bouche de Christian Biegalski, et qui revient souvent dans les bouquins sur l’écriture romanesque (assez peu dans les manuels de scénario, d’où l’intérêt de manger à tous les râteliers) et elle a du sens.

Dans la vie, ce qu’on attend de vous ce n’est pas que vous soyez le meilleur, ou le plus travailleur, ou toujours là, ou jamais en retard, ou que vous racontiez votre vie, ou que vous pensiez comme tout le monde, non, on vous demande juste d’être sincère. Mais comme on vit dans une société d’hypocrites, la sincérité choque souvent. Je me souviendrai toujours du jour où j’ai expliqué à mon institutrice que si je n’avais pas fait mes devoirs c’est simplement que je n’en avais pas eu envie. Le regard d’incompréhension qu’elle m’a lancé, son bafouillement quand elle m’a fait remarqué qu’on ne faisait pas ses devoirs par envie mais, justement, par devoir, me resteront gravés à jamais. Mais essayons d’imaginer un monde où Bush dirait aux Irakiens: “je m’en fous de la démocratie, je veux juste votre pétrole”, ou les gens ne diraient plus “il y avait une panne dans le métro” (ce qui est souvent vrai) mais “je me suis pas réveillé”, ou les intégristes ne diraient plus “j’ai foi en la Toute Puissance de mon Dieu” mais “j’ai une peur panique de l’inconnu”. Imaginons les regards qui changeraient peu à peu, l’incompréhension ou le rire ne laisseraient-ils pas place au respect mutuel ? Et le respect ferait disparaître la méfiance, tomber les barrières que les gens mettent entre eux et le monde (et les autres), et permettrait aux gens de se toucher les uns les autres.

Le fait est que nous sommes tous équipés d’un radar instinctif qui nous permet de détecter l’hypocrisie. C’est quelque chose dans les yeux, ou dans la densité de l’air, ou dans le ton, ou dans les phéromones, je ne sais même pas si quelqu’un s’est penché sur la question. Dans Almost Famous, Penny dit à William:

Isn’t it funny ? Truth just sounds different. (C’est drôle, non ? La vérité sonne différemment)

Et la vérité nous touche différemment. Comme la méfiance à l’égard de ce que l’on entend disparaît, nous nous y ouvrons et nous laissons toucher par ce qui nous parvient. D’où l’importance de “l’humain” que mentionnait Marc et avant tout l’importance de la sincérité. La fiction a ceci de particulier qu’un spectateur nous demande qu’on lui mente. Il veut qu’on lui montre des choses qui n’existent pas, des gens qui n’existent pas dans des situations qui n’existent pas (je ne m’aventurerai pas aujourd’hui sur la pente glissante de l’auteur de fiction qui lui, vit dans des mondes qui n’existent pas). Mais son radar à hypocrisie fonctionne en permanence et tout l’art de l’auteur de fiction consiste à duper ce radar. Ou plutôt, à ne pas le duper.

Nous aimons croire à de beaux mensonges, c’est ce que nous faisons depuis la nuit des temps. Les religions, les contes, le progrès, la politique, tout ça nous plaît parce que ça nous permet de croire que la vie vaut la peine d’être vécue, que la vérité est ailleurs que dans la simple affirmation “je suis né, je vais mourir”. Mais pour que ces mensonges nous atteignent sans nous laisser l’amer goût de leur nature profonde, il faut qu’ils soient énoncés avec toute la sincérité d’un coeur fervent. Il faut que le menteur croit dur comme fer à ce qu’il dit, il faut qu’il soit prêt à mourir pour son mensonge (pas forcément physiquement, la mort de l’ego est assez convaincante). Il faut que l’auteur soit touché par ce qu’il dit à travers son histoire pour que son histoire touche son auditoire. Le reste n’est que flonflons.

La nature de la fiction (2): l’inéluctabilité de l’humain

15 mai 2008

Peut-on confondre fiction et personnages ?

Marc fait remarquer que ce qui compte, ce n’est pas le côté transgressif ou spectaculaire de la fiction mais le côté humain des personnages ou de ce qu’ils vivent. J’ai envie de répondre que c’est le minimum syndical, pour un auteur, que de mettre en scène des personnages “humains”, ou, comme je préfère le dire (mais j’emprunte l’expression, même si je ne sais plus à qui), vraisemblables.

Oui, mettre en scène des personnages qui ont des sentiments “humains”, des aspirations, des rêves, des sentiments, des peurs que nous pouvons comprendre est primordial pour faire une bonne fiction, mais ce n’est pas suffisant. Combien de films avec des personnages “humains” sont-ils d’indigestes bouillies (allez, je ne résiste pas: L’Enfant, par exemple) et combien de films mémorables mettent-ils en scène des personnages invraisemblables (Candy, Barbarella) ?

Mais en vérité, je ne crois pas au personnage “inhumain”, pour la simple raison que ce sont des humains qui racontent les histoires et qu’ils y transmettent leur propre expérience du monde et des relations humaines, avec plus ou moins de justesse, de finesse, d’adresse, mais on ne peut pas raconter d’autres histoires que des histoires humaines. N’importe quel film avec des animaux, des créatures imaginaires, ou même avec des jouets, raconte des histoires humaines. Et même si l’intention de l’auteur n’est pas d’anthropomorphiser le monde, la majorité des spectateur le feront à sa place. Parce que nous avons besoin de tout rapporter à notre propre expérience du monde pour comprendre ce à quoi nous assistons.

J’étais au jardin d’acclimatation la semaine dernière et je suis le premier à avoir traduit les comportements des animaux en termes humains (”ils se font des câlins”, “ils boudent”, “ils sont jaloux”) et en tendant l’oreille je me suis rendu compte que tout le monde faisait pareil. C’est normal, c’est notre seule grille de lecture de la réalité.

Même les transhumanistes admettent qu’ils sont incapables de savoir ce que sera la pensée des posthumains. Parce que nous sommes intrinsèquement limités par notre expérience du monde. J’en déduis que ce n’est pas dans “l’humanité” des situations ou des personnages qu’il faut chercher le déterminant d’une bonne fiction, c’est ailleurs. Peut-être bien, justement, dans la capacité qu’a cette fiction de remettre en question notre expérience du monde et pas en ressassant encore et encore les mêmes thèmes, les mêmes points de vue, et les mêmes idées.

Après, il y a dans la fiction une grande part de style et une grande part émotionnelle. Et peut-être que la bonne fiction est aussi celle qui arrive à manipuler le spectateur (ou le lecteur, je suis pas sectaire) de manière à lui faire vivre un chaos émotionnel pendant son déroulement. Peut-être que plus qu’humain, un bon film est émouvant, profondément touchant, encore une fois, dérangeant parce qu’il meut notre centre d’équilibre émotionnel.

Ou peut-être que c’est l’aspect artistique qu’il faut prendre en compte, la qualité de la réalisation, la bonne utilisation du média. Je suis un énorme fan de Wong Kar Wai et Mike Figgis, chez qui il ne se passe généralement pas grand chose mais qui ont, à mon sens, une aptitude géniale à utiliser l’image. On est loin des plans fixes et des travellings. Le jeu se fait sur les lumières, les couleurs, le cadrage, et tout est porteur de sens. Mais là on ne parle plus de fiction, en tous cas plus du point de vue du scénariste, on parle de réalisation et c’est autre chose (même si le film est un ensemble, je sais, pas la peine de lancer un débat là-dessus).

Ou alors c’est dans cette nécessité de ne rien laisser au hasard qu’est la qualité de la fiction. Mais non, tout auteur est censé travailler chaque détail de son texte, celui qui ne le fait pas s’expose à l’échec bien plus que celui qui travaille le détail, ou peut-être pas, je laisse la question ouverte. Le hasard est générateur de bonnes surprises que le travail peut récupérer et enrichir. Le calcul seul se prive de ces surprises. La vérité se trouve sûrement dans l’équilibre entre les deux.

Pour en revenir aux personnages, n’importe lequel d’entre nous sait qu’ils ne suffit pas d’avoir de formidables personnages pour avoir une bonne histoire. Certes les conflits naissent des personnages, les situations découlent de leurs caractérisations, mais il en découle aussi tout un tas de situations inintéressantes et c’est dans le choix de ces situations que se situe le gros du travail du scénariste. Et dans la pertinence des dialogues. Parce que les personnages parlent souvent pour ne rien dire et qu’une bonne fiction est une fiction qui sait où couper un dialogue et de quelles situations se passer.

Et je reste sur mon idée qu’une bonne fiction doit questionner le monde du spectateur. Je n’ai rien contre une bonne biographie, je suis fan du The Doors d’Oliver Stone. J’ai aimé Persépolis, au-delà du phénomène de mode. Pourquoi ? Parce que chacun à sa manière, ces films ont dérangé mon monde.

Mais, me direz-vous, certains films dérangent notre monde sans être “bons”. Pourquoi ? Parce que ça ne suffit pas, bien sûr, parce qu’il y a des phénomènes complexes à l’oeuvre dans l’appréciation d’une fiction, parce qu’il est question de nos peurs, de nos rêves, de nos limitations. Et j’ai aussi aimé des films qui n’ont rien questionné du tout (principalement des comédies). J’ai trouvé des films émotionnellement fort inintéressants, et des films qui m’ont laissé de marbre passionnants. Nous sommes des petites bêtes complexes et tout ce qu’on peut arriver à faire c’est se donner de grandes lignes de pensée. Au fond, si je pose la question: qu’est-ce que la fiction, ce n’est pas tant pour avoir une grille d’évaluation de la fiction des autres que pour diriger mon propre travail, pour me donner des objectifs. Parce qu’il est beaucoup plus simple d’arriver quelque part si l’on sait où l’on veut aller.

Et bien sûr en cours de route on s’égare, on essaye de nouvelles choses, on remet en question ce qu’on s’était donné pour acquis, et au final, qu’est-ce qu’il reste ? Une poignée de bonnes surprises et un bon paquet de mauvaises. Et toujours la même incertitude et la bonne vieille incapacité à faire que ça marche à tous les coups.

La nature de la fiction

14 mai 2008

Qu’est-ce que la fiction ?

Je pose cette question d’allure anodine parce qu’en général, quand je dis ce que j’en pense, je rencontre des regards réprobateurs et des opinions contraires.

 

A quoi bon raconter ce que l’on vit chaque jour ?

Je pose cette question parce qu’une certaine fiction contemporaine m’apparaît souvent comme une succession de lieux communs nombrilistes tirés de l’expérience du monde bourgeoise d’une certaine classe moyenne qui fait des films et se regarde les faire ou se regarde raconter sa vie. Comme tous les gens de ma promo du bac, j’ai bien suivi les cours sur l’onanisme  l’autobiographie et bouffé des Confessions rousseauistes jusqu’à l’écoeurement et, rejet ou simple incompatibilité de caractère, j’exècre tout ce qui touche à l’auto-fiction. Et je ratisse large.

Pour moi, n’est pas fiction ce qui rentre dans la définition: moi, ma famille, mon milieu. Ce n’est pas digne d’intérêt, ça ne questionne pas mon monde, ça ne lui apporte rien, ça ne s’évade pas, ça se contente de grouiller dans sa flaque d’eau comme une portée de têtards faméliques et malchanceux.

Pour moi est peu digne de cinéma ce qui ne joue pas avec les codes et les conventions visuelles ou ce qui relève de la réalité quotidienne (les plans fixes sur une banquette de brasserie, les plans dans des bagnoles qui respectent les limites de vitesse, les scène de restau, les repas de famille…). Si je veux de l’ennui, j’en ai à foison en descendant dans ma rue. Si je vais au cinéma, si je mets 10 euros dans une location de fauteuil, que je me tape la queue, les gens bruyants, les Coca à 3 euros, c’est pour en prendre plein la vue, pour que ma conception du monde soit bouleversée, pour que mon baromètre émotionnel s’affole.

Pas pour des petits sourires, des yeux qui restent secs, des bâillements ou des images convenues.

Toute histoire qui n’est pas suffisamment couillue au plan visuelle devrait être une pièce de littérature, toute histoire surchargée de dialogue devrait être une pièce de théâtre, toute histoire nombriliste devrait être une vie, pas une pièce de fiction.

 

A mon sens, la fiction est là pour bousculer l’ordre établi et/ou faire rêver et/ou être spectaculaire. Au sein de la fiction, il existe différents médias et chacun de ces médias a des caractéristiques qui doivent être exploitées: le style et la forme du texte en littérature, le dialogue et la mise-en-scène au théâtre, l’image et le son en audiovisuel.

L’importance de faire des choix

13 mai 2008

Encore une manière détournée de parler du thème et du point de vue. A force de bloquer sur des idées de récits, je me rends compte de l’importance de savoir de quoi l’on veut parler avant de se lancer dans l’écriture. Ca fait gagner un temps de fou de se poser cette simple question: que dit mon histoire?

C’est de la rencontre entre ce qu’elle raconte et ce qu’elle dit que naît l’histoire. On sait qui sera le personnage, on a une idée de départ, mais on peut aller n’importe où n’importe comment et se perdre dans les méandres qui poussent les 3/4 des histoires à n’être jamais terminées tant que l’on ignore ce que l’on veut dire.

Dire ici, c’est tenir un discours sur le monde, j’en ai déjà parlé, je n’y reviens pas. On peut terminer des histoires sans savoir de quoi elles parlent mais quand on bloque, chercher leur sens peut aider à avancer. Je pense toujours avec une grande affection aux dernières répliques des épisodes de South Park: “You know, I’ve learned something today” qui ne font rien d’autre que reproduire le schéma fabuleux de La Fontaine et sa moralité.

Entraînez-vous à avoir des idées tranchées sur le monde, ça vous aidera à écrire de la fiction.

(Et se limiter à quelques minutes par post synthétise les idées à mort!)