Archives pour novembre 2008

Série et nuance dramatique

28 novembre 2008

L’erreur qu’on commet le plus souvent quand on imagine une série, c’est de ne pas développer une série, justement, mais seulement un univers. Il y a quelque chose d’enivrant à jouer au démiurge, à inventer des personnages et les règles de l’environnement dans lequel ils vivent, mais un univers, ce n’est pas une série et juste y balancer des personnages, ce n’est pas suffisant.

Ce qui fait qu’un univers tout naze avec des personnages taillés à la hache peut donner lieu à une vraie série (diffusée et tout), alors qu’un univers super léché avec des personnages denses, aux motivations profondes et tout restera lettre morte au fond d’un tiroir, c’est ce que j’appellerai la nuance dramatique.
La nuance dramatique (ça pète comme nom, hein?), c’est ce petit détail du concept où vous expliquez ce que vous allez raconter et comment vous allez pouvoir raconter une infinité d’épisodes dans votre génial univers. Parce que le but d’une série, au-delà de développer des personnages sur dix ans, c’est justement de pouvoir la faire produire pendant dix ans. Et pour ça, vous avez intérêt à vous accrocher et à tenir un concept en béton. Souvent, plus c’est simple, mieux c’est, parce que quand vous aurez épuisé la quinzaine d’histoires évidentes, la dizaine d’histoires moins évidentes et les trois ou quatre idées géniales véhiculée par le concept, il faudra avoir les coudées franches pour aller puiser partout et alimenter les quelques centaines d’épisodes qui vous manqueront.

La nuance dramatique, c’est la structure de base de vos épisodes: quelle est la nature de l’incident déclencheur? à quel type de problème vont devoir faire face les personnages? Un procès? Une attaque de démons? Des vampires à Sunnydale? Un problème domestique? Plus vous serez large sur le type de problème, plus votre série à de chance de mettre en route l’imagination du producteur… et de voir le jour! Ce qui fera toute la différence, ce sera justement la qualité de votre univers et la singularité de vos personnages.

Ils ont des problèmes universels (largesse du concept) qu’ils résolvent à leur manière unique, originale, spécifique (singularité de vos personnages) dans un univers vraiment original et unique (qualité de votre univers).

Si vous devez faire l’impasse sur quelque chose, laissez un peu de backstory de côté mais pas la nuance dramatique.

Merci de laisser la série dans l’état où vous l’avez trouvée

27 novembre 2008

Serge Rosenzweig, grand scénariste parmi les grands, nous a un jour dit la chose qui m’a sans doute été la plus utile de ce que j’ai appris au conservatoire. Et j’en ai appris, des choses utiles! (comme d’apprendre à s’écouter… tout en écoutant les autres, c’est pas évident, mais c’est crucial).
Il nous a dit [insert backstory]: En sortant, merci de laisser la série dans l’était où vous l’avez trouvée en entrant.
Je me trompe peut-être d’un ou deux mots sur la citation mais le fond est là. Le fond c’est que quand vous écrivez pour une série, même feuilletonante, vous devez respecter le travail des autres: les créateurs, les scénaristes qui vous ont précédés, et ceux qui vous suivront. Vous partez avec un donné de base: le concept, les personnages, les épisodes déjà écrits… Au sein de l’épisode vous triturez tout ça comme il vous chante mais au final, rien ne doit avoir bougé. Ce qui permettra aux auteurs suivants de partir avec le même donné que vous.
C’est une des grosses différences entre série et unitaire: les personnages ne peuvent pas changer. Même dans du feuilletonant, à part exceptions, vous n’avez droit qu’à une illusion d’arc de personnage. Dans South Park, à la fin de chaque épisode (moins récemment, mais ça fait 12 ans!), un personnage a appris quelque chose… qu’il a oublié dans l’épisode suivant.
C’est essentiel d’accepter ce postulat: tout change mais tout demeure à l’identique. C’est sans doute frustrant, mais il y a un petit défi supplémentaire à y parvenir. Pour les vrais changements, il y a les unitaires.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous donner des exemples, vous trouverez par vous-même. En télé ou en cinéma, la série s’affranchit du changement (pour le cinéma, prenez Indiana Jones).
Le feuilletonant a ceci de particulier qu’il apporte l’illusion du changement. Les personnages ne peuvent pas se transformer au point de devenir différents, sinon, les spectateurs ne les reconnaîtront plus. Ce sont les événements extérieurs qui peuvent évoluer. Les personnages ne le feront que lentement, avec parcimonie. S’il y a un vrai changement entre la Rachel du début de Friends et la fin (et ça reste à démontrer), il s’est étalé sur dix ans.
Je ne parlerai pas ici de séries écrites par un auteur principal et qui reposent sur l’évolution d’un personnage, comme Six Feet Under, d’une part parce que ce sont des exceptions, d’autre part parce que je n’ai pas l’expertise nécessaire (je n’arrive pas à accrocher à 6 Feet, je trouve l’univers trop oppressant, j’ai envie de filer des baffes aux personnages, et ce n’est pas pour ressentir ces émotions-là que je regarde de la fiction).

Une série, finalement, c’est un écosystème qu’il ne faut pas perturber.
Comprendre ça, c’est faire un grand pas dans la compréhension du métier.

Un peu de BD pour Noël?

24 novembre 2008

Pénélope Bagieu, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici, a lancé un site de BD spécialement pour Noël. Avec la complicité d’Orange et de dessinateurs de BD, l’idée est de publier une planche par jour, sur le thème de Noël, et de reverser à la Croix Rouge un don proportionnel au nombre de visiteurs uniques du site. Tout ce que vous avez à faire c’est d’aller lire une planche de BD par jour (en fait, vous n’avez pas vraiment besoin de lire mais la BD c’est toujours souvent bien) et plus d’enfants recevront des cadeaux pour Noël!

C’est ici que ça se passe: http://www.monbeausapin.org/

Pause

5 novembre 2008

Juste un mot. Je sais, ça fait longtemps déjà, mais j’aime autant prévenir que ça va durer encore, cette pause du blog. Besoin de prendre l’air, de me replonger dans des projets sans me parasiter too much. Il y a déjà trop de parasites, entre les fiches de lecture, les piges, les épisodes de série à écrire… mais il faut bien gagner sa croûte, même maigre. Alors le blog est le premier à trinquer. Ça sera sans doute pas un grand vide dans vos vies, on peut pas dire que j’ai été l’as de la ponctualité sur les mises à jour. Besoin de fiction, de celle qui vit dans mes tripes. Off de télé, off d’ordi, off de ciné. Back to life.

 

4 novembre 2008

“My own experience is that once a story has been written, one has to cross out the beginning and the end. It is there that we authors do most of our lying.”
– Anton Chekhov