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Comment je m’organise quand je dois écrire

31 mars 2012

Un auteur se doit d’être un minimum organisé. A chacun sa méthode bien sur, qu’on acquiert à force de lecture en s’inspirant d’autres auteurs comme Julia Cameron.

Wahouh! Quel mois! La série sur laquelle je travaille depuis novembre avec Bobby Prod est sur le point d’être envoyée aux diffuseurs. Il reste quelques modifications à apporter au scénario pour rendre le concept encore plus lisible. Et après ce sera l’attente. De leur lecture, de leur retour… et d’une convention de développement (on croise les doigts!). Ce qui est cool, c’est que j’ai déjà un projet pour l’après Bobby. Je ne déteste rien plus que de rester les bras ballants entre deux contrats et là, même si c’est un projet que je vais développer "on spec", c’est surtout un projet qui m’éclate, l’adaptation d’une BD en étroite coécriture avec un mec que j’adore (mais chut, je n’en dis pas plus pour l’instant).  Il nous reste deux mois avant Annecy, c’est pile poil le temps qu’il nous faudra pour développer un concept béton et un dossier à présenter sur le festival.

Je profite d’un moment de calme pour écrire (enfin!!!) le billet que vous avez choisi sur la manière dont je m’organise quand je dois écrire. Avec un peu de chance mon organisation vous inspirera pour trouver votre propre système. Sachez avant tout que je m’apprête à vous donner les grandes lignes essentielles de ma méthode. J’en modifie constamment les détails pour améliorer l’efficacité de ce processus donc j’aurai l’occasion de vous donner d’autres aperçus de ma méthode au fur et à mesure de son évolution. Les cinq grandes lignes que je suis sont les suivantes:

  • couper les distractions
  • bien choisir le moment d’écrire
  • organiser mon écriture en amont
  • m’accorder de grandes pauses
  • écrire vite et réécrire, beaucoup

Ce sont les cinq points que je vais détailler dans ce post.

1. Couper les distractions

Quand j’écris, rien ne doit pouvoir m’interrompre, ni l’extérieur, ni ma propre Résistance intérieure. Le but pour moi, c’est de tout faire pour entrer dans un état de concentration intense. Mon objectif en coupant toutes les interruptions, c’est de créer un environnement qui me permette de rester concentrer pendant des blocs d’au moins deux heures (je m’octroie plusieurs blocs de deux heures chaque jour). Cela veut dire: aucun coup de téléphone, aucun mail, ne pas répondre à la sonnette, ne prendre aucun rendez-vous pendant ce laps de temps.

Pour m’assurer de tout cela, je coupe mon téléphone, que je mets généralement simplement en mode avion pour avoir accès à l’heure. Je quitte mes programmes de réception de mail, et si je sens que la session de la journée va être particulièrement laborieuse, je coupe même internet en utilisant un petit programme appelé Freedom. Le téléphone et les mails sont pour éviter les coupures venues de l’extérieur. La coupure d’Internet pour les coupures venues de l’intérieur (le pire ennemi de l’auteur c’est sa propre Résistance, pour reprendre le terme de Steven Pressfield).

Si je dois travailler le week-end (ça m’arrive souvent dans les dernières phases d’une commande), je trouve le moyen de m’isoler de la famille. Soit en allant travailler à l’extérieur (bibliothèque, café, …) soit en travaillant à des heures où la maisonnée dort, tôt le matin ou tard la nuit.

2. Choisir son moment

Toute ma méthode vise à optimiser le temps que je passe à écrire. Dans mon expérience, si j’écris au mauvais moment, je peux y passer des heures laborieuses, souffrir en écrivant pour, au final, jeter tout ce que j’ai écrit durant ce temps. C’est d’autant plus bête qu’en choisissant le bon moment j’écris sans grande difficulté et le résultat est bon. Pour écrire mieux (plus vite et de meilleure qualité), suivez votre rythme interne.

Mais différentes phases d’écriture font appel à différentes parties du cerveau. Le matin je suis plus efficace pour organiser ma structure, par exemple, le soir pour la créativité pure. Selon que je suis au début ou à la fin d’un projet, que je dois écrire ou réécrire, j’écris plutôt au réveil ou plutôt la nuit, quand toute la ville dort.

Ma créativité est d’autant meilleure le soir que la journée, je serai sorti, je me serai soumis à une avalanche de stimuli que mon cerveau, dans l’état semi hypnotique de l’écriture nocturne, pourra traduire en idées neuves.

Le matin, au contraire, une bonne nuit de sommeil aura permis à mon cerveau d’ordonner mes idées et les problèmes se résoudront d’eux-mêmes.

N’hésitez pas à utiliser votre cerveau quand il est à son plus fort potentiel. Lisez sur la créativité, les rêves, le cerveau, l’inconscient, le mentalisme (sic), la manipulation, pour voir ce qui influence nos pensées et nos idées. Ensuite expérimentez, voyez ce qui fonctionne pour vous, et n’allez surtout pas à contre courant. Je n’écris quasiment jamais l’après-midi, parce que je suis incapable de me concentrer pendant de longues plages de temps. J’en profite pour gérer mes tâches administratives, pour tenir le blog à jour ou pour apprendre de nouvelles choses en lisant ou en regardant des vidéos de formation.

3. Organiser son écriture en amont

Je prends le temps, chaque matin, de faire le point sur ce que j’ai fait et appris la veille et ce que je dois faire dans le jour en cours. Avant cela, je pratique les Pages du Matin, que j’ai apprises de Julia Cameron. Plusieurs de mes collègues utilisent aussi cette technique, par exemple Nathalie Lenoir ou Cédric Salmon. Cela consiste pour moi à m’assoir 15 minutes à 1h au café en bas de chez moi après avoir déposé mon fils chez sa nounou. J’y note tout ce qui me passe par la tête sur au moins trois pages. Parfois, j’avoue, je dépasse. Il m’a fallu un certain nombre d’années pour vraiment sentir que les pages du matin avaient un impact sur la clarté de mes pensées mais maintenant, je ne peux plus m’en passer et le week end est terrible pour moi parce que qui dit pas de nounou dit pas de café et pas de pages matinales (même si j’arrive parfois à les glisser dans ma matinée). Les rituels sont très importants dans ma pratique de l’écriture. Celui de tout organiser en amont occupe une place importante.

Cela me permet de commencer ma journée de travail avec une vision claire de ce qui a besoin d’être fait et pourquoi. Je m’évite de me disperser, je vais plus vite et mon travail est de meilleure qualité. J’organise mon temps en fonction de mes rythmes naturels, comme je l’ai expliqué, et je cherche à rester concentré le plus longtemps possible.

Je découpe ma "mission" en blocs d’écriture pouvant chacun rentrer dans un des laps de deux heures dont est constituée ma journée de travail. Je fonctionne rarement par scène, plutôt par tâches. Par exemple, si je dois retravailler un personnage, je le fais d’un bloc. Si je dois renforcer l’enjeu d’une histoire, j’identifie tous les éléments du scénario qui me permettront de le faire et je les traite d’un bloc, etc. Idem pour le brainstorm. Je vais me donner une heure pour réfléchir à tel personnage, ou à tel niveau d’intrigue. L’idée étant ensuite de ne faire que ça pendant le bloc de temps que j’aurai assigné à la tâche.

J’aimerais pouvoir vous dire que tout ça trouve sa place dans un joli calendrier bien organisé et léché mais, franchement, ce n’est pas le cas. Je fonctionne mieux avec des choses organiques, chaotiques. Je note en vrac sur une page de Moleskine ce que je dois faire dans la journée, je trace des flèches, j’identifie la priorité de chaque tâche, j’estime la durée qu’elle va me prendre, et je m’y attaque, par ordre de priorité et par blocs de concentration ininterrompue jusqu’à ce que j’aie fini la liste. Il m’arrive de travailler tard pour finir une liste, ou d’étaler les tâches sur plusieurs journées. Dans ce cas, je fonctionne par thématique avant de fonctionner par priorité. D’abord les personnages, ensuite les concepts, enfin les pitchs, par exemple, si je suis en phase de développement.


Libérez votre créativité, de Julia Cameron

4. Prendre de longues pauses

Quand je parle de longues pauses, c’est qu’avant chaque mission d’écriture, je prends au moins une journée où je ne fais rien. Je vais me promener, je flâne dans les librairies, je m’installe à une terrasse de café sans prendre de notes. Cela me permet d’utiliser tout le pouvoir de mon inconscient, de le laisser travailler à ma place. Je pense à tout sauf au projet sur lequel je dois travailler. Je me détends le plus possible. Cette détente me permet d’aborder dès le lendemain ma mission avec un esprit dégagé de tout parasite, avec sérénité et efficacité. Je ne laisse jamais un contrat m’arracher au rythme dans lequel j’étais avant la commande. Je crois à la loi de Parkison qui dit qu’une tâche prendra le temps que l’on s’alloue pour l’accomplir. Peu importe que vous ayez trois jours ou trois heures pour écrire une carte postale, vous prendrez toujours l’intégralité du temps dont vous disposez. Un jour de moins ne nuira pas à ma capacité à répondre à une deadline. C’est même le contraire qui se passe. En me donnant cette journée de préparation avant de m’atteler à la tâche, je permet à mon cerveau d’organiser le travail à ma place. Comme ça, le lendemain, quand je prépare mon organisation de la journée, tout est déjà prêt. Je n’ai qu’à cueillir les fruits de la veille.

Pour que cela fonctionne vraiment bien, je lis une première fois les documents sur lesquels je dois travailler avant de prendre ma journée de pause. Je ne prends pas de notes, sauf pour coucher sur le papier les premières idées qui me viennent. Mais je ne cherche pas à avoir des idées. La seule chose que je fais volontairement, c’est noter sur une page de Moleskine le contenu de la commande. Je jette quelques notes qui sont comme des instructions données à mon inconscient pour lui dire: "travaille là-dessus".

Je fais la même chose si je rencontre un blocage trop important. Je sors, je flâne, je fais le ménage. Mon inconscient trouve immanquablement une solution pour moi.

Faire des pauses | Dramaturgie et Scénario

Non, ça ne ressemble pas toujours à ça!

5. Écrire vite et réécrire, beaucoup

La dernière grande règle méthodologique que je suis, c’est celle d’écrire vite, le plus vite possible, et de réécrire beaucoup. Je préfère faire trois versions qu’une seule. Le but pour moi c’est de faire mes trois versions dans le même laps de temps qu’il faudrait à quelqu’un qui cherche à faire bien du premier coup pour en faire une seule. Je souscris à l’idée selon laquelle la quantité engendre la qualité. Dans mon idée, plus on fait de versions d’un texte meilleure est chacune des versions suivantes. Je travaille bien par groupe de trois. Une première version va dans une direction, une seconde dans une autre direction et la troisième opère la synthèse des deux premières et des notes qu’elles ont générées. C’est pour moi la meilleure manière d’arriver à un excellent résultat. Si je ne peux pas tester toutes les options, même celles qui ne fonctionnent pas, comment puis-je savoir que ce que j’ai écrit était la meilleure version possible de mon histoire ?

Dans un monde idéal, les producteurs, directeurs d’écriture et diffuseurs comprennent ce phénomène et sont prêts à accompagner l’auteur dans sa recherche de la meilleure version possible. C’est parfois le cas, comme dans ma dernière commande, et le plus souvent en phase de développement. Mais souvent, les non-créatifs de la chaîne de production veulent la meilleure version possible tout de suite, ce qui oblige les auteurs à passer – à mon avis – trop de temps à essayer de faire mouche du premier coup plutôt que de s’autoriser les tâtonnements nécessaires à la création de la meilleure histoire possible.

Quand je réponds à une commande il n’est pas rare que je dépasse les dix versions d’un même texte, mais j’ai appris à écrire vite et à rechercher l’erreur. Mon but quand je fais ces versions c’est d’essayer le plus de choses possibles et de voir, dans les faits, ce qui marche ou non. Je n’envoie pas toutes les versions à mes interlocuteurs, juste les meilleures… sauf quand j’ai la chance de pouvoir partager mes tâtonnements avec eux, ce qui permet des échanges plus riches et des histoires au final bien meilleure.

Conclusion

Voilà, les grandes lignes de mon processus. J’espère que vous y aurez trouvé des idées intéressantes que vous pourrez adapter à votre propre pratique de l’écriture.

Comment procédez-vous quand vous écrivez ? Laissez les trois grandes étapes de votre processus en commentaire pour lancer la discussion!

7 armes contre le blocage de l’auteur

28 janvier 2012

Une page qui reste blanche sous vos yeux, vous êtes bloqué. Voici quelques astuces qui vous aideront. Stop la réflexion et l’angoisse, place à l’action et à la satisfaction personnelle. 

En feuilletant les pages du blog, je me suis rendu compte que je n’avais pas publié de vrais conseils d’écriture depuis longtemps. A force de m’entendre dire de rendre le blog plus "personnel", j’en ai oublié la raison première de sa création, à savoir aider de jeunes auteurs à comprendre un peu mieux les ficelles de cet art ou, comme j’aime à l’appeler, de cet artisanat.

Depuis que j’ai lancé mon atelier d’écriture, j’ai réalisé que beaucoup d’aspirants auteurs étaient victimes de blocages. J’ai surtout réalisé que pour un bon nombre, ce blocage ne correspondait pas du tout à l’image d’Épinal qu’on peut en avoir. Les auteurs bloqués (AB dans la suite du texte) ne se mettent pas les cheveux en bataille en froissant page après page. Les AB nagent au milieu des pages de notes plutôt qu’au milieu des boulettes de papier. Ce n’est pas tant la page blanche qui les bloque que la page trop noire.

Ce n’est pas le cas pour tous. Certains AB sont vraiment incapables d’écrire le premier mot et procrastinent autant que faire se peut pour ne pas avoir à se confronter à cette terrible page blanche.

Ces deux symptômes ont des racines communes, et surtout des solutions communes, que je vous propose d’étudier ensemble aujourd’hui. Après tout, si Charlie Kaufman en a fait un film (et a reçu un oscar pour son scénario!), cela vaut bien le coup d’en faire un article.

Regardez maintenant : Adaptation
un scénario de Charlie Kaufman sur le blocage

L’angoisse de la page blanche

L’angoisse de la page blanche est la plus connue des deux manifestations du blocage de l’écrivain. Elle se traduit par de longues minutes passées à contempler l’horizon, le mur ou le plafond (selon l’emplacement de votre bureau). Ou à écrire première ligne sur première ligne selon la célèbre danse du "j’écris une phrase, je la relis, j’efface lettre par lettre".  A moins que vous ne trouviez des tas de bonnes raisons de ne pas commencer : la faim, un coup de fil soudainement urgent, un peu plus de recherche sur votre sujet, bref la procrastination.

tiré d’Adaptation

Peu importe le symptôme, le résultat est le même : votre scénario, votre livre, n’avance pas. Vous vous arrachez les cheveux, et moins vous écrivez, plus vous êtes bloqué. C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous ne valez rien, que vous n’écrirez jamais rien, que vous êtes bon pour une vie de frustration et d’aigreur.
Je sais ce que c’est, j’en suis passé par là. Même si j’ai réussi à vaincre le blocage à chaque fois, à chaque fois qu’il se représente j’en viens à la même conclusion : cette fois c’est foutu.

"C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous n’écrirez jamais rien"

L’incapacité à terminer

L’autre forme de blocage est plus fourbe, parce qu’il n’en a pas l’apparence et il faut une certaine expérience pour le repérer. Je l’appelle "l’angoisse de la page noire". Celle-ci se traduit par une écriture trop prolifique, par des classeurs de notes et de recherches qui s’entassent les uns après les autres, par une créativité mal canalisée et dispersée. Vous vous passionnez tellement pour l’univers et les personnages que vous développez que vous n’arrêtez pas de leur ajouter des détails. Vous vous posez tellement de questions que vous n’arrivez plus à faire de choix.

tiré de Wonder Boys

Vous êtes comme Grady (joué par Michael Douglas) dans Wonder Boys, vous n’arrivez plus à vous arrêter. Résultat, vous ne finissez jamais rien. Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer. Après tout, vous écrivez, alors où est le problème ? Mais vous avez beau essayer de vous rassurer, vous savez que vous êtes trop dispersé. Vous n’arrivez plus à prendre de décisions narratives et un auteur qui ne décide pas est un auteur foutu. On dit souvent qu’un écrivain écrit, c’est ce qui le définit. Mais c’est faux. Ce qui définit un écrivain, c’est qu’il écrit des histoires et qu’il les finit.

Fort heureusement, je rencontre rarement ce problème mais j’ai travaillé récemment avec un co-scénariste qui est tellement plongé dans ce blocage que cela fait 4 ans qu’il n’écrit plus rien. A la place, il théorise sur les projets qu’il pourrait écrire. S’il ne se ressaisit pas bientôt, sa carrière va lui passer à côté.

"Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer"

Ne désespérez pas, tout n’est pas perdu!

Heureusement, comme tout auteur le sait, un problème n’est qu’une solution attendant d’être trouvée. Et à force de rencontrer ces deux formes de blocage, chez moi, chez mes collègues et chez mes étudiants, j’ai décidé de mettre au point des outils pour sortir de ces spirales infernales. Certains sont des classiques qu’il est toujours bon de réviser, d’autres sont inédits. Je vous en livre sept. Certains valent pour l’un des deux blocages, d’autres pour les deux.

NB: je pars du principe que vous n’êtes pas en train de procrastiner, que vous avez coupé le net et toutes les distractions, et que vous êtes concentré sur votre projet de livre ou de scénario.

1. Prenez une douche

Oui, vous avez bien lu. Quittez votre bureau, déshabillez-vous et plongez-vous sous un jet d’eau chaude. Non seulement cela vous permettra de bouger un peu et d’éviter de mourir de rester trop longtemps assis, mais surtout, vous allez vous changer les idées. Plus vous resterez fixé sur votre blocage moins vous parviendrez à en sortir. Vous avez besoin de changer de perspective sur votre histoire alors levez-vous, marchez. La douche a ceci de magique qu’elle a tendance à libérer les idées de manière assez spectaculaire. En plus, vous en sortirez plus détendu, moins stressé, et accompagné d’une bonne odeur de savon. Rien de tel pour repartir du bon pied et débloquer cette écriture grâce aux nouvelles idées qui auront germé pendant votre escapade aquatique. Si vous êtes du genre page noire, la douche vous permettra de revenir à la source de votre récit et vous aidera à redéfinir de vos intentions.

1. Donnez-vous une limite de temps

Une source de blocage commune c’est l’idée que parce qu’on écrit, qu’on le fait de chez soi, à l’heure de son choix, on a tout le temps du monde pour écrire. Du coup vous ne vous y mettez jamais. Après tout, vous pourrez le faire ce soir. Ou cette nuit. Ou demain matin. Et la page reste blanche. Inversement, si vous vous y mettez maintenant, rien ne vous obligera à arrêter et ça peut être stressant de se dire qu’on peut écrire pendant tout notre temps libre. Un sentiment assez pernicieux de culpabilité si vous ne le faites pas peut s’installer. Alors qu’au contraire, ce n’est pas recommandé d’y passer tout votre temps. Pas plus que vous ne devez penser que vous pouvez le faire n’importe quand. Donnez-vous des horaires pour l’écriture, balisez votre temps de travail comme vous le faites pour votre job alimentaire ou pour vos activités encadrées (cours de sport, de musique, etc.) Il y a un temps pour chaque chose et l’écriture n’y déroge pas. Si vous savez que vous n’avez qu’une heure pour écrire, vous serez moins enclin à vous disperser ou à procrastiner.
Si une heure n’est pas assez court pour vous lancer, commencez par des plages de temps encore plus restreintes : commencez par 5 ou 8 minutes. Vous serez surpris de voir ce que vous pourrez accomplir en écrivant uniquement en accumulant les très courtes sessions d’écriture. Et si vous avez tendance à la dispersion, vous aurez un cadre tellement restreint que vos tendances à la sur-productivité seront étouffées dans l’oeuf.

3. Lisez un manuel d’écriture

Les (bons) manuels d’écriture sont écrits de manière à vous donner envie d’écrire. Ne vous plongez pas dans les parties les plus techniques, qui ne feront que vous torturer davantage, mais errez du côté des conseils aux jeunes auteurs, des introductions où l’auteur vous décrit la vie que vous pourrez atteindre quand vous aurez écrit votre histoire, cherchez les anecdotes, les témoignages, tout ce qui peut alimenter votre envie de devenir écrivain et d’écrire votre livre ou votre scénario. Renouez avec les raisons pour lesquelles vous êtes là, devant votre feuille ou votre écran, à galérer comme un repris de justice romain. Vous retrouverez l’espoir et la motivation et pourrez repartir de plus belle. Et si vous êtes du genre à ne pas savoir vous arrêter, un manuel vous remettra sur le droit chemin en vous rappelant comment structure votre projet, et revenir dans les clous.

Note: marche aussi avec un roman d’un auteur que vous admirez, avec ce double risque, d’une part d’imiter son style, d’autre part de ne pas réussir à poser le bouquin. N’oubliez pas que votre but, c’est d’écrire.

4. Sachez ce que vous voulez dire

Un des problèmes récurrents chez les auteurs bloqués c’est l’absence de réflexion sur le thème. Sachez que quand vous écrivez, vous portez un discours sur le monde. Or, ce discours reste souvent inconscient ou, au mieux, vague. Pourtant, c’est lui qui vous aidera à savoir quoi raconter puisque votre récit est une illustration de votre point de vue. Prenez quelques minutes pour vous demander ce que votre histoire illustre et ce que vous voulez dire à travers elle. Ensuite, réfléchissez à la meilleure manière de raconter votre histoire pour servir votre discours le mieux possible. Plus vous aurez conscience de vos intentions, plus elles seront claires, plus vous saurez où vous allez et surtout pourquoi vous y aller. La conséquence directe de cette prise de conscience c’est que vous ne douterez plus de votre histoire (donc plus de page blanche) et que vous saurez ce qu’il faut que vous montriez (donc plus de dispersion).

5. Rangez votre bureau

Pour savoir quoi écrire, il faut avoir les idées claires. Or, travailler dans le désordre a plutôt tendance à encombrer la tête de parasites. Faites du tri dans vos notes. Jetez celles qui ne vous servent plus ou qui sont trop nébuleuses. Abandonnez les projets entamés que vous ne finirez jamais, ils sollicitent une partie de votre cerveau pour rien. Rangez vos papiers, jetez vos stylos vides, rechargez ceux qui peuvent l’être, taillez vos crayons… En vous concentrant sur ces petites actions, vous programmez votre cerveau pour, lui aussi, faire le tri dans ses idées, pour affiner son discours et pour vous transmettre une image claire et ciselée de ce qu’il veut que vous racontiez. Prenez le quart d’heure ou l’heure (selon votre niveau de bazar) pour mettre de l’ordre dans vos projets créatifs. Vous serez bien plus efficace une fois que ce sera fait.

6. Découpez, structurez, préparez vos scènes

Souvent ce qui vous empêche d’avancer ou ce qui vous pousse à vous disperser c’est que vous n’avez pas assez structuré votre projet dans le détail. Vous vous retrouvez avec une montagne immense à gravir et aucun équipement pour le faire (cas de la page blanche) ou au contraire vous partez en randonnée sans carte et sans itinéraire et vous changez de route à chaque embranchement (cas de la page noire). Dans les deux cas, revenez aux bases de votre histoire et découpez-la en unités les plus petites possibles, un peu comme si vous la scrutiez avec un microscope. Votre but est de l’observer au niveau moléculaire. Subdivisez votre livre en sections, puis en chapitre, puis en scènes et à l’intérieur des scènes en mouvements. Pareil pour un scénario, ne vous contentez pas de quelques actes, définissez à l’avance chacun des beats, ces unités de rythme qui font avancer votre histoire. Ils feront 1/4 de page, 1 page maximum. Tout à coup, la montagne deviendra une succession d’étapes à rejoindre en quelques heures. La randonnée suivra un sentier balisé qui vous empêchera de vous perdre.

7. Arrêtez de réflechir et Écrivez !

Cela peut sembler évident, formulé comme ça, mais le meilleur remède contre le blocage, c’est de vous lancer dans la rédaction de votre histoire. Quand vous n’arrivez pas à commencer, le simple fait de mettre un mot sur la page, puis un autre et un autre, permet souvent au blocage de s’envoler. La source du problème est souvent que vous réfléchissez trop, que vous voulez trop que tout soit parfait dès le début, chose qui n’arrivera pas. Alors vous êtes dans une analyse paralysante. Commencez par le plus simple : une description de votre protagoniste ou du décor, mais forcez-vous à commencer.
Si vraiment vous n’y arrivez pas, changez de support. Passez au papier si vous étiez sur votre ordinateur, essayez d’écrire sur une machine à écrire. Ou alors écrivez que vous êtes bloqué, que vous ne savez pas par où commencer. Quelque soit l’astuce que vous emploierez, l’important c’est de commencer.

Laissez des commentaires pour me dire si mes conseils vous ont aidés!

Le sujet du prochain post sera déterminé par les résultats du sondage. Alors votez.

L’inspiration via le souvenir des évidences

5 juin 2011

L’inspiration est une sorte d’état généré par la créativité qui vous transporte et vous fait créer toute sorte de choses….

C’est dans la douche que je trouve la plupart de mes idées narratives et que résous mes problèmes. Je travaille sur un projet en ce moment et j’en suis au tout début. J’ai la structure de base et deux-trois personnages. Je sais de quels autres personnages j’ai besoin mais ils n’ont pas pris vie encore. Ce sont des fonctions. Disons que j’ai besoin d’un dominant, d’un dominé, d’un rebelle (oui, comme chez les rats) mais qu’au-delà de ça je n’ai aucune idée de qui ils sont humainement: ce qu’ils pensent, quel travail ils ont, leurs rêves, leurs besoins, dans quoi ils vivent, leurs opinions politiques, leur niveau de vie, ni même la ville où se passe l’histoire.
Travailler en télé, sur des séries existantes (donc avec des personnages déjà construits) m’a fait perdre certains réflexes, que je retrouve au hasard des douches. Ce matin, notamment, cette "illumination" (pas vraiment parce que c’est quelque chose que j’ai compris depuis longtemps mais que j’avais oublié à force de ne plus travailler sur des projets personnels):

en fait il faut que je pense à ce dont j’ai besoin pour les personnages par rapport à l’intrigue. Si je fais travailler l’alpha dans l’événementiel, ça peut me donner une scène à un concert, ou elle peut organiser une super fête et rendre jaloux mon personnage principal. Il y a quelque chose dans cette idée qui colle bien avec le fait qu’elle soit le moteur du groupe.
De la même manière, il faut que je maximise les interactions possibles entre l’ensemble des personnages (donc il faut qu’elle puisse aussi « servir » à CCD et RDA)

Il y a des choses, ça va mieux en les disant.

Libérez Votre Créativité, Comment Éliminer les Parasites Qui Vous Empêchent d’Être au Top

5 juin 2011

Libérez votre créativité est un bouquin culte que le tout Hollywood cocaïné des années 90 a lu.

Julia Cameron (ex de Scorcese), prône l’écriture de 3 pages matinales pour libérer l’esprit de ses pensées vagabondes et libérer, justement, sa créativité (note: la version originale du bouquin s’intitule The Artist’s Way). C’est une pratique bénéfique que je recommande à tout le monde (ça fait bientôt 3 ans que je m’y abstreins). Mon éminent confrère Anthony Jauneaud (oui je sais c’est insupportable ces politesses incessantes, mais c’est tellement bon!) m’a fait découvrir 750words, qui m’a laissé sceptique.

Jusqu’à ce que je m’inscrive.

C’est simple, épuré, dans les lignes minimalistes de onepageperday, que j’adore ou de Ommwriter.
Allez y faire un tour et vous verrez.

Présenté comme un outil permettant d’écrire les pages du matin en question, il peut tout à fait être utilisé pour atteindre un objectif de mots quotidiens sur un projet plus suivi.

Le principe des pages du matin c’est d’écrire au fil de la plume, avant de commencer la journée de travail, tout ce qui vous passe par la tête, de votre liste de course au dernier rebondissement de l’histoire que vous êtes en train d’écrire en passant par le ô si craquant costume de David Duchovny dans le dernier épisode de Libérez votre créativité – Un livre culte ! (n’hésitez pas à m’offrir l’intégrale en cliquant ici), bref vraiment tout ce qui peut encombrer votre cerveau et vous empêcher d’écrire votre chef d’oeuvre.

Les pages du matin sont une sorte de cri primal de l’écriture, une décharge de votre trop plein de pensée, trop plein d’idées, trop plein d’envie et putain que ça fait du bien quand ça sort!

Énergie et écriture

6 mai 2011

Être auteur professionnel, c’est être indépendant, travailler en freelance, autrement dit être responsable de la gestion de son planning.

Si un jour de flemme vous choisissez de blogger toute la journée plutôt que de travailler sur la commande en cours dont la date limite arrive à grands pas, c’est vous qui en paierez les pots cassés (à savoir devoir travailler plus le lendemain, ou devoir faire autant en moins de temps).

J’ai découvert qu’une grande partie de ce qui fait que le boulot d’indépendant fonctionne, c’est la conscience de son propre rythme. Dans ma vision ultrasimplifiée des rythmes biologiques je fais le constat simple qu’à certaines heures de la journée mon corps est plus apte à certaines activités qu’à d’autres.

Organiser sa journée autour de ce constat permet d’atteindre une meilleure efficacité dans le travail. Par exemple, constatant que je suis plus créatif dans le calme du matin, plus agité l’après-midi, plus passif le soir. Je décide de me couper du monde le matin (je laisse mon téléphone éteint et je coupe l’internet sur mon ordi) et de ne pas décrocher de mon bureau tant que je n’ai pas exploité au maximum ma concentration matinale. Selon l’heure à laquelle je me lève et la qualité de mon petit déjeuner, cela me donne entre 3 et 5 heures de travail efficace. Je sais qu’après le déjeuner j’ai tendance à l’hypotension et à avoir besoin de dormir un peu. Je sais aussi qu’après cette pause, c’est quasiment impossible pour moi de rester assis sur ma chaise. J’ai besoin de sortir, de bouger, de me dépenser. Résultat: je prends mes rendez-vous à partir de 17h, heure à partir de laquelle je sais que de toutes façons c’est mort, je n’écrirai plus. Selon mon état de fatigue ou la qualité de mon travail du matin, je peux me remettre à écrire passé 20h, quand mon excitation de l’après-midi retombe.

Cela peut sembler évident mais ça a été long et laborieux pour que je l’accepte. J’ai longtemps lutté, espérant imposer à mon corps le rythme que mon cerveau voulait suivre. Je me suis longtemps acharné à essayer d’écrire en vain pendant l’après-midi. Accepter de suivre le rythme naturel de mon corps, de m’adapter à ses changements (j’ai longtemps écrit tard la nuit avec beaucoup de succès), m’aide à être plus régulier dans mon travail, dans sa qualité, à être moins frustré de ne pas atteindre mes objectifs quotidiens (en temps ou en quantité d’écriture), à faire la paix avec moi-même et à ne plus culpabiliser en me disant que là, je devrais être en train de bosser au lieu de courir dans tous les sens. Être à l’écoute de son corps et de soi-même est à mon sens essentiel à la poursuite d’une vie épanouie. Mais lorsqu’il s’agit du travail en indépendant, avoir conscience de ses rythmes m’apparaît comme une nécessité salvatrice capable de rendre le labeur moins douloureux, plus fluide et surtout plus efficace en évitant de passer trois heures sur une tâche qui pourrait être accomplie en une seule heure à un autre moment de la journée.

Quelle place pour les notes

4 mai 2011

Une question assez simpliste revient souvent dans mes discussions avec des confrères: comment gérer la prise de notes?


Il va sans dire que les idées surgissent aussi à l’improviste et qu’il vaut toujours mieux, dans ces cas-là, avoir de quoi les noter. Il y a ça.
Il y a aussi les notes que l’on prend au moment de réfléchir à un projet en cours. On peut jeter des notes en vrac au tout début du projet, pour mettre ses idées à plat, ou bien l’on peut noter pendant que l’on écrit, une idée pour une scène future (cette virgule est bizarrement placée mais j’aime bien la respiration qu’elle induit).
La question est: que fait-on de ces notes?
Je remplis environ un à un et demi Moleskine (192 pages, ~10×15 cm) par mois, sans compter les feuilles volantes sur lesquelles je ne laisse aucun espace blanc, les cartes heuristiques et les listes qui ornent les murs de mon bureau. Force est de constater que je ne relis pas systématiquement ces notes. Je le fais sans le préméditer une fois tous les 4 à 6 mois et généralement, je me contente de souligner une idée que je retrouve et qui m’intéresse toujours. Ou alors je me dis "ah c’est vrai, c’était une bonne idée, ça!". Et puis rebelote.
Pourtant, je ne pourrais pas me passer de mes carnets. J’ai besoin de prendre ces notes et je crois que quelque part, elles font travailler mon subconscient. Elles me permettent d’intégrer des notions, d’en tester d’autres, de développer sans perdre trop de temps, d’initier une réflexion. Je crois que sans la prise de notes, le bruit serait trop fort, les idées hurleraient sans cesse dans ma tête et m’empêcheraient de me concentrer. Au moins quand j’ai posé sur le papier l’idée qui vient de surgir, elle ne revient pas me distraire. Sauf quand elle est géniale, mais c’est une autre histoire.

D’autres (comme Antony Johnston) prétendent avoir des systèmes, gérer leurs notes de manière consciencieuse et raisonnée. Ça me semble quasiment impossible dans mon cas. Je regarde l’état de mon bureau, l’état de ma To-Do list et je me dis que j’ai peut-être besoin de m’entourer de chaos pour créer. Que le bazar est peut-être un de mes moteurs, au moins dans une certaine phase de l’écriture.

Parlez-moi un peu de votre manière de procéder, je suis curieux.

Éloge de la simplicité

30 avril 2011

L’apprenti scénariste doit viser la simplicité dans l’écriture de ses différents projets…

Pour une raison qui m’échappe, l’un des plus gros problèmes que rencontre le jeune scénariste, c’est la complexité de son histoire. Comme si, en créant de la confusion, on créait de la qualité. Ou plutôt, comme si en créant de la confusion, on évitait de se regarder en face et de traiter du coeur de notre sujet. Comme si l’on pouvait se cacher derrière l’embrouillamini de sous-intrigues, de personnages secondaires, de fausses pistes.
La théorie dramaturgique n’y est sans doute pas étrangère. Elle noie l’apprenti sous des masses d’informations, de méthodes, de trucs et astuces destinés à lui garantir le succès.
Les succès dramaturgiques – en tout cas certains des plus spectaculaires – jouent aussi leur rôle. Plus un film est tordu, plus il nous vrille le cerveau, plus l’auteur réussit à nous emmener là où l’on ne s’attendait pas à aller, plus on lui donne de crédit. Résultat, au moment de se mettre lui-même à l’écriture, le jeune auteur tente de reproduire ces effets de manche, oubliant que les scénaristes n’en sont généralement pas à leur coup d’essai, ou qu’ils ont rapiécé en la complexifiant une structure qui ne fonctionnait pas, ou qu’ils ont amélioré une histoire simple voire simpliste en éclatant sa narration de manière à embrouiller le spectateur. En tous les cas, à l’origine de toute histoire qui fonctionne il y a une idée simple, un coeur que l’on peut résumer en une ou deux phrases: le thème (de quoi ça parle au fond) et le sujet (de quoi ça parle à la surface). Au-delà, ce ne sont que des fioritures, de la technique et des astuces de scénariste pour illustrer une idée.

Dans les mois à venir, sous différentes formes, je vous reparlerai de cette quête de la simplicité, de cette nécessité de chercher la simplicité pour devenir un scénariste d’exception.


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