Comment écrire de la Fantasy et de la SF, Orson Scott Card

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J’ai lu ce livre dans sa traduction française, publiée chez Bragelonne.
Je ne sais pas si j’attendais beaucoup d’un auteur entouré (du moins dans mon esprit) d’une aura comme celle d’Orson Scott Card, mais ce livre soi-disant sur l’écriture m’a énormément déçu. Je l’ai trouvé creux, j’ai trouvé le personnage de Scott Card imbuvable et ses conseils dignes de n’importe quel manuel de littérature de collège (je sais, j’exagère).

Je ne ferai pas une critique détaillée point par point, déjà parce que ce n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant à lire, ensuite parce que j’ai autre chose à faire et vous aussi.
Le livre est clairement destiné à des auteurs (très) amateurs, c’est peut-être aussi pour ça qu’il ne m’a pas plu.
Le premier chapitre, consacré à une définition de la Fantasy et de la SF fait à tort l’économie d’une définition de la notion de genre, et ne donne au final aucune définition potable des genres qu’il est censé couvrir. Voilà 50 pages de remplies.

Ensuite, Scott Card passe 60 pages à expliquer comment on trouve une idée et comment on construit un monde pour une histoire.
J’ai parlé, ici, de l’inadmissible méthode qu’il a trouvée pour piquer les idées de gentils et naïfs auteurs amateurs qui lui font confiance mais je vais le répéter. Sous couvert de démontrer qu’il est tellement facile d’avoir des idées qu’on peut en avoir “1000 à l’heure”, Card fait trouver à ses étudiants les idées de départ de ses romans. Ou comment pratiquer l’art pas très subtil du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”.

Je suis plutôt partisan de l’idée de beaucoup construire ses histoires en amont (je n’ai pas toujours été comme ça, on pourra en rediscuter) mais, là, Card se moque de son lecteur. D’après lui, il faudrait connaître l’histoire détaillée de l’univers et des personnages que l’on crée, du Big Bang au moment présent. J’exagère à peine. C’est peut-être source d’idées mais ça me semble surtout être un excellent moyen de ne pas écrire (je devrais créer une catégorie de posts sur ce sujet inépuisable).
Alors, je suis d’accord qu’il faut en connaître un maximum sur le milieu et les personnages que l’on met en scène, mais ce maximum ne devrait pas être trop extensif. A chacun de dresser ses limites, les miennes se situent au point où je sens que mes recherches me détournent de mon histoire et m’empêchent d’y avancer.

Card parsème son bouquin d’idées saugrenues du style: on ne peut pas raconter une histoire du point de vue d’un extra-terrestre sans avoir de contrepartie humaine qui puisse apporter une comparaison et faire comprendre au lecteur ce que la culture de l’E.T. a de particulier. Il me semble pourtant que le lecteur apporte son propre point de vue d’humain et qu’il est capable de voir qu’une société lui est étrangère sans qu’on lui mette le doigt sur tout ce qui est différent (cf. mon post sur les détails insignifiants qui doivent le rester).
Encore une fois, ce n’est pas qu’une question d’extra-terrestres mais plutôt de culture différente. Quand je lis un roman japonais médiéval, je suis saisi par les différences culturelles et je n’ai pas besoin d’un narrateur qui me dise “et là Bob s’étonna que les guerriers, au lieu de prier avant de partir au combat, se contentassent de prendre le thé”. Idem pour un monde purement imaginaire.

Sur la construction du récit Card se contente de dire que l’écrivain doit avoir des notions de structure mais sans expliquer en quoi cela consiste. A part ça, il passe près de 20 pages à détailler la distinction entre narrateur, personnage principal et personnage de point de vue, choses que nous avons vues dans nos cours de français au collège.
Ensuite, il évoque une distinction dont je n’avais jamais entendu parler, entre récits de milieu, d’idée, de personnages ou d’événement. En gros, est-ce que votre histoire est une chronique, une enquête, l’histoire d’un personnage, ou une intrigue. A mes yeux, la chronique ne mérite pas le nom d’histoire, l’enquête et l’intrigue sont identiques et la seule distinction qui soit justifiée est entre les récits qui sont character-driven et plot-driven.
Dans les premiers, on s’attache davantage à l’évolution des personnages (ex. Les Sopranos), dans les seconds, c’est l’intrigue qui mène la barque et les personnages sont interchangeables et immuables (ex. Les Experts).

La seule partie véritablement pertinente est peut-être la dernière, celle où Card parle de son expérience personnelle, de ce qu’est une vie d’auteur. C’est ce qui fait du livre de King, à la différence de celui-ci, une lecture passionnante. Finalement, Card ne va au fond de rien dans ce supposé manuel, il se contente de quelques généralités et de deux-trois mouvements de manches pour détourner l’attention. Je ne le conseille pas, même aux débutants, qui apprendont bien plus d’un vrai manuel.

NOTE: en faisant mes recherches pour cette critique, j’ai découvert que Card publie sur son site des “cours d’écriture”. Je ne sais pas ce qu’ils valent, vu que je n’ai pas pris le temps de bien regarder. Mais l’info est là, si vous voulez y jeter un oeil. Ceci dit, je trouve qu’il y a une certaine ironie dans le fait qu’un mec qui dit explicitement avoir pris des idées collectives pour en faire des romans individuels fasse une leçon de morale sur le plagiat.

4 Réponses vers «Comment écrire de la Fantasy et de la SF, Orson Scott Card»

  1. Straseele à dit:

    Je lus très attentivement votre discours qui n’incite pas à aller acheter cet ouvrage. Je n’ai que 16 ans et cela fait depuis 3 ans que j’écris une double trilogie de fantasy et un monde que j’ai créé, certes vous avez raison, ce livre est destiné au plus jeunes, les débutants, les vrais de chez vrais, j’allais me précipité à l’acheter, cependant j’ai voulu en apprendre davantage sur les qualités ( dont très peu y régnent) et les critiques qui sont nombreuses d’après vous. A présent je ne commanderai pas ce bouquin et dorénavant je réfléchirai plus avant de me lancer dans l’achat d’un ouvrage aussi modeste qu’il soit. Merci de m’avoir permi de garder quelques euros, car j’aurai été très déçu.
    Merci cher monsieur et à bientôt. Straseele sandy.

    PS: Si vous voulez en apprendre davantage sur moi, et surtout sur ma double trilogie de fantasy vous pouvez me contacter à l’adresse suivante: sandystraseele@gmail.com. Merci beaucoup.

  2. Straseele à dit:

    Je peux vous conseiller le livre s’intitulant ” A La Croisée Des Mondes” c’est un best-seller ( selon moi, bien sûr, ceci est mon point de vue). Courrez chez votre libraire l’acheter vous ne serez pas déçu. Si quelqu’un à quelques chose à me dire je lui laisses la parole.

  3. Jean-Paul Aussel à dit:

    Bonjour,

    J’écris moi-même une saga de SF, en bande-dessinée, http://holomoon.over-blog.com/. Où j’ai exposé des points sur l’écriture de scénario (dans la partie catégorie/scénario), essentiellement d’après le livre ECRIRE SON SCENARIO - Manuel Pratique
    Auteur(s) : Maryse Leon-Garcia

    J’ai passé pas mal de temps à concevoir l’univers, “trop” d’un point de vue rationnel, mais en même temps cette immersion/construction fait que maintenant le scénario, les personnages ont leur propre vie et qu’une certaine réalité existe par rapport à ce qui est spécifique dans la SF, c’est à dire l’absence de référence tangible (même si le monde Sf fini par créer une auto référence, on reste dans un domaine très différent du roman historique par exemple). C’est agréable de lire un point de vue critique sur ce travail d’Orson S.Card, mais je ne partage pas votre point de vue. J’ai trouvé certaines notions très finement expliquées dans cet ouvrage et très utiles.

    Je ne suis pas un fan d’Orson Scott Card, j’ai beaucoup apprécié certaines choses mises en place dans le retour à la terre, mais je me suis ennuyé à mourir dans la conclusion de la saga, visiblement cet auteur arrive à mettre en place des univers, mais devient par la suite plus fasciné par l’équation de cet univers que par la vie émotionnelle des personnages.

    Je suis tombé par hasard sur votre blog, et je vais le lire avec intérêt.

    Merci en tout cas pour ce point de vue différent du mien, même si je maintiens que vous êtes un peu dur avec ce manuel qui pose de bonnes questions.

    Jean-Paul Aussel

    PS : j’ai beaucoup apprécié le livre de Stephen King sur l’écriture.

  4. Jean-Paul Aussel à dit:

    Voilà, j’ai lu une bonne partie de votre site avec intérêt, et nous avons en tout cas les mêmes bâillements face aux fictions françaises. Je mets un lien vers votre site sur mon blog.

    Bon atterrissage dans l’appartement et je fais comme vous, 30 mm max par jour pour le blog.

    Cdlt

    JPA

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