CEEA inside – 2

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« Ouais, assez d’accord, mais je rajouterai – et tu ne pourras pas dire le contraire – que quand tu écris, tu te mets à poil, t’es à fond vulnérable, si bien que c’est plusss qu’une question d’humilité, c’est une question de carapace. Il faut être fort, même si on peut te transpercer la peau en quelques mots de critique. Et ça, c’est pas donné à tout le monde… » (Peter)

Pour que les choses soient claires: non, je ne suis pas d’accord avec toi.

Écrire, ça ne doit pas être une mise à nu ou une exposition de ses vulnérabilités. Ça doit être un acte intime et éminemment personnel, il faut que ce que tu écris personne d’autre n’ait pu l’écrire mais il ne faut pas que ça t’implique en tant qu’individu.
Le texte que tu produis est autre chose que toi et il faut apprendre à séparer critique faite au texte et critique faite à toi. On appelle aussi ça « les questions d’ego ».

Le CEEA explose ton ego à coups de bazooka dès les premières semaines. Non pas en te détruisant toi mais en détruisant le lien trop fort entre tes textes et toi.

Oui, c’est vrai qu’on a tendance à tout mélanger. J’en suis passé par là aussi, et je n’en suis pas complètement revenu, mais je sais aujourd’hui accepter des critiques faites à mes textes sans me sentir attaqué.

Les ateliers du CEEA fonctionnent simplement: tu as un sujet (ou tu en choisis un) et tu dois écrire dessus (selon les ateliers ça peut être une scène, un court-métrage, un synopsis). Chaque semaine, en première année, nous avions un nouveau sujet et écrivions une nouvelle scène (mais cette année, c’était différent).
Évidemment, quand tu entres au conservatoire, tu es débutant, voire très débutant. Tu es là pour apprendre, ce qui veut dire que tu ne sais pas. Tu ne sais pas écrire mais tu crois que si, d’ailleurs, si tu as été pris, c’est que tu as du talent. (NB: je ne parle pas de Peter, le « tu » est générique). Donc tu te pointes avec ton texte et tu dois le lire devant tout le monde, ou alors tout le monde l’a déjà lu. Déjà ça c’est dur. Et puis ensuite, c’est la curie. Tout le monde a des commentaires à faire. D’abord ils sont hésitants, mais on prend vite ses marques et on se critique les uns les autres. Bien sûr c’est dur. Bien sûr on se prend des baffes, mais on comprend vite que ce n’est pas soi qui est visé mais bien le texte.

Et avec les semaines qui passent, puis les mois, on développe un nouveau regard sur l’écriture et sur les textes et on sait déceler les failles. Dans les textes des autres mais, surtout, dans ses propres textes. Comme on est tout le temps à la bourre, on laisse des erreurs dont on est parfaitement conscient et se disant que ça passera peut-être inaperçu… mais vous vous en doutez, ça ne passe jamais inaperçu.
Ce qu’il y a de bien c’est qu’au final, on en rigole. Ca devient non plus blessant d’être critiqué, mais lassant, désespérant, horripilant: tu sais que le texte n’est pas bon mais là tu as conscience de tes faiblesses de scénariste, des choses que tu n’arrives pas à gérer, des blocages que tu n’arrives pas à débloquer. Ce ne sont plus les critiques qui te blessent, c’est ta confiance en toi qui te lâches: « je n’y arriverai jamais ».
Tout le monde prononce cette phrase quelque part dans les deux ans, souvent plusieurs fois. Pas toujours en public, le plus souvent c’est la nuit au moment de se coucher, quand on se retrouve seul dans le noir et qu’on n’a pas avancé. Mais l’expérience fait ses preuves. On ne sort pas scénariste accompli du conservatoire mais on en sort armé pour le devenir. J’ai entendu dire qu’il fallait 15 ans pour faire un scénariste. Le conservatoire permet d’en gagner 5 ou 6 à mon avis. Mais ça, c’est à vérifier.

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