Character driven

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Tout le monde vous le dira, une bonne histoire est toujours « character-driven » : menée par les personnages.

On nous répète à longueur d’atelier d’être avec nos personnages, de penser à leur réaction dans cette situation ou celle-là, on nous reproche de mettre en scène des réactions qui ne sont pas fidèles au personnage, etc. etc.

Je comprends la théorie, je ressens, même, quand d’autres élèves, d’autres scénaristes, sortent des personnages. Il m’arrive de dire: « là ça ne ressemble pas à… Pierre/Marie/Jean/Julie », « je le/la verrais plus agir comme-ci ou comme-ça ». J’ai une compréhension intuitive de ce que c’est qu’être avec un personnage. Sans doute parce que, comme tous, j’ai l’expérience de l’humain, je sais reconnaître un comportement cohérent et identifier un comportement qui ne l’est pas.

Alors pourquoi, quand c’est à mon tour d’écrire, est-ce que je me fourvoie aussi facilement?
Pourquoi tout le monde, en tous cas tous les élèves avec qui j’ai bossé, se fourvoit-il?
Ou plutôt, comment aborder l’écriture pour qu’elle soit dirigée par les personnages?

Sur le pourquoi, je crois que c’est une question d’implication personnelle, intime, dans ses personnages, une sorte d’engagement presque relationnel. Une sorte de confiance doit s’instaurer, où l’on accepte que le personnage puisse dire des choses sur nous mais où la confiance est telle que l’on n’a pas peur de ce qu’il va pouvoir révéler.

Parce qu’écrire, c’est aller puiser en soi et se mettre à nu, la tendance générale semble aller vers un freinage des quatre fers. La peur de se livrer, de se donner en pâture à des lecteurs peut bloquer et fait se réfugier dans l’événementiel, dans les événements extérieurs dans lesquels on ballotte les personnages sans se soucier vraiment de qui ils sont.

Tout l’art de l’auteur, à ce niveau, est peut-être de savoir brouiller suffisamment les pistes pour que le lecteur d’abord, le spectateur ensuite, n’ait aucune idée de ce qui, dans un personnage, fait partie de l’auteur et de ce qui appartient en propre au personnage – même si les deux peuvent tendre à se confondre. L’art d’écrire c’est celui d’organiser l’information et de la masquer derrière le rythme de l’histoire, c’est faire oublier au spectateur qu’il y a un auteur derrière les personnages.

Sur le comment, je crois que j’ai trouvé une clef ce soir, ou plutôt cette nuit. C’est tout frais et je vous livre cette idée en pâturage. En même temps, ça semble tellement évident que j’ai un peu honte de ne le découvrir que maintenant. Il s’agirait, pour chaque scène (oui, l’écriture c’est pas pour les flêmards), de se demander ce que veut le personnage A, ce que veut le personnage B, dans quel état d’esprit ils sont, dans quel état de réceptivité ils sont.

Concrètement, ça exige de revenir à chaque fois à la source de l’histoire, d’à chaque scène se dire: voilà qui sont mes personnages, d’où ils viennent, où ils vont ; voilà les émotions qu’ils ressentent à cotoyer ce(s)t autre(s) personnage(s), voilà comment ces émotions se manifestent.

C’est long, c’est fastidieux, mais c’est finalement assez plaisant quand ça marche et je crois que, malgré le temps que ça prend, c’est un gain d’efficacité énorme.

Et ça permet d’écrire sans être trop inspiré.

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