L’écriture ludique

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Ce matin, je me demandais ce que les non-initiés comprennent quand je dis que je suis « en train d’écrire un long-métrage ». J’imagine que la plupart visualisent un type qui tape jour et nuit sur son clavier, en proie à une inspiration mystérieuse, il écrit son histoire linéairement, peut-être qu’il y en a qui le voient même en train de rouler en boule des feuilles de papier qui s’entassent ensuite dans une corbeille pleine à ras bord.

Pourtant, la part effective d’écriture, et encore plus, d’écriture linéaire, est très minoritaire quand « j’écris un scénario ». Par exemple, ce matin, j’ai passé deux heures dans mon lit à essayer d’entretenir cet état de demi-sommeil où mes pensées sont encore relativement libres de la censure du surmoi mais où ma conscience est suffisamment éveillée pour que je puisse retenir les plus intéressantes, voire les guider vers de plus amples développement.
Ca fait partie du processus créatif, pour dénouer des blocages ou des impasses de scénario, que de demander à son moi inconscient de nous donner des pistes pendant nos rêves.

Mais quand j’écris, c’est scène par scène mais pas linéairement. Je commence par écrire les scènes pivot, celles sans lesquelles le film ne peut pas fonctionner: turning points, grosses scènes de révélation ou très chargées en émotion. Ce sont des scènes auxquelles je dois impérativement arriver. Une fois que je les ai trouvées, je peux construire les scènes antérieures, celles qui m’amèneront là.
J’ai réfléchi en amont à mes personnages et à ma structure, alors je sais déjà ce que raconte le film et de qui il parle. C’est maintenant la partie tricotage et fine couture, il faut que tout soit lié et coule de source. Alors je commence par le plus important et je remonte. Points nodaux, scènes fortes, un peu moins fortes, scènes d’establishing…
Après, il faut de toutes manières tout reprendre, retravailler, reformuler, réarticuler, reformater, tailler la pierre pour arriver à la forme la plus parfaite possible. Mais en général, là encore, je retravaille une scène par-ci, une scène par-là. Ce sont deux processus différents. J’évite de retravailler des scènes quand je suis en train d’en créer d’autres et réciproquement.

Écrire c’est beaucoup construire, que ce soit au niveau du squelette ou du séquencier, au niveau de la scène ou à celui du scénario tout entier. Tout se pense, se conscientise, s’articule, du moindre dialogue à la plus petite indication de lieu. Il n’y a qu’ainsi que l’histoire peut devenir unique et, surtout, fonctionner. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas ces moments d’inspiration délurée où les idées s’imposent à nous, simplement que l’inspiration vient bien en amont de la fabrication, c’est un peu comme le charpentier qui a l’idée d’une maison. Il la voit en image dans sa tête, il trace les plans – c’est la part d’inspiration – puis il rend son plan fonctionnel et il construit. Avoir l’idée de la maison c’est le plus rapide, construire prend plus de temps. En scénario c’est pareil et c’est finalement très ludique. J’adore ça!

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