Totémisme

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Voilà, j’ai reçu mon exemplaire de Save the Cat!, commandé sur Amazon, et j’ai sauté tout le début pour me précipiter sur la partie qui m’intéressait et dont j’attendais qu’elle me sauve la vie (ou en tous cas mon scénario): « Let’s Beat it Out! » où il découpe la structure en 15 points et « Building the Perfect Beast » où il présente The Board.

Pour vous résumer un peu la situation: il y a ce long métrage que j’aurais déjà dû finir depuis deux mois, pour lequel j’ai écrit trois bonnes centaines de pages si je mets bout à bout toutes les versions de synopsis, de séquencier, de recherches de personnages et de scènes… sans parvenir à rien.
Il faut impérativement que je le termine pour septembre, pour plein de raisons dont l’une, et pas des moindres, est mon estime personnelle. Ca faisait trois bonnes semaines que je tournais en rond, que je déplaçais des post-it sur ma porte de chambre, que je buvais café sur café, que je ne dormais pas. C’est vers le milieu de la deuxième semaine que j’ai découvert l’existence du livre de Blake Snyder et de ce que j’en lisais, ce livre allait me sauver la mise. Il comportait une méthode claire comme je les aime, une de celles qui réduit considérablement les blancs dans la structure, en donnant plein d’étapes intermédiaires.
J’ai récupéré tout ce que je pouvais en attendant d’avoir le livre et j’ai déchiffré sa Beat Sheet comme je pouvais.

Ça m’a un peu aidé, j’ai aussi regardé des films, enfin, les premières moitiés de l’acte 2 de quelques films, et j’ai été un peu rassuré: je comprenais mieux ce que je devais mettre là, à cet endroit de mon film.
Puis ça a bloqué.
Alors je suis parti. Là je vous écris d’une maison en Provence, où je n’ai plus le même mur désespérement beige en face de moi, où il n’y a le bordel pré-déménagement autour de moi, et surtout, où il y a un ciel magnifique, le soleil, une piscine, un jardin, et une femme aimante pour s’occuper de moi et m’aider à voir la lumière au bout du tunnel.

Et le livre est arrivé.
Je me suis jeté dessus dès que j’ai pu me mettre au calme et tout s’est mis en place. J’ai passé la journée suivante à remplir des post-its et à les coller sur « le board », un outil merveilleux dont je vous reparle tout de suite.
J’ai aussi relu quelques pages du merveilleux livre de Viki King dont je ne dirai jamais assez de bien et ça m’a remonté un peu plus le moral.

Étrangement, je sentais qu’une fois que je lirais le livre de Snyder, tout irait mieux. C’est sans doute un genre de programmation inconsciente, un peu comme si je décidais qu’il me fallait un chapeau porte-bonheur pour écrire. Je crois que nous autres, auteurs, avons besoin de nous saisir d’objets et de les détourner de leurs fonctions, d’en faire des compagnons d’écriture, des totems. Pour moi, ce sont des livres. Parce que, finalement, je savais déjà ce que j’ai lu, mais de le voir là, noir sur blanc, posé par un mec qui a écrit 75 scripts, ça avait quelque chose de rassurant, un peu comme un phare qui m’éviterait de me nauffrager sur les récifs.

Ce que le livre dit? Simplement ça:
plutôt que d’avoir 3 actes, ou 3 actes et un midpoint, pourquoi ne pas diviser la structure d’un récit en encore plus d’étapes, des étapes qu’on n’appelerait pas actes mais auxquelles on donnerait des noms plus explicites, plus personnels aussi, comme « De l’amusement et des jeux », « Les méchants se rapprochent », ou « Tout espoir est perdu ». Et comme ça pour 15 éléments du scénario, qui seront autant de repères dans la structure.
Ça marche plutôt bien – pour moi. Comme toujours dans les manuels, les explications sont superficielles, on peut difficilement expliquer ce qui marche pour toutes les formes de récit en quelques lignes. Mais quand on est scénariste, ou romancier, quand on raconte des histoires, il me semble qu’on doit être capable d’ouvrir son regard et d’interpréter ce qu’on lit, suffisamment en tout cas pour comprendre de quoi il s’agit.
Naïvement, j’aurais pu protester: « mais il n’y a pas de « méchants » dans mon histoire, c’est une fille et son père qui se retrouvent après 15 ans ». Pourtant, il y a des doutes, des rejets, dse incertitudes, qui grandissent dans la deuxième moitié de mon acte 2 et qui sont l’équivalent de « Les méchants se rapprochent ». Et ça, je n’ai pas eu besoin de Blake Snyder pour le mettre dans mon histoire.

Ce que j’essaye de dire c’est qu’une critique s’élève souvent contre les manuels ou les méthodes, et c’est « écrire, ça ne s’apprend pas, ce n’est pas des maths, il ne suffit pas de faire 2 + 2 pour avoir 4 ». C’est vrai, écrire ce n’est pas de l’algèbre mais il y a des ingrédients, comme dans une recette de cuisine, tout le travail de l’auteur c’est d’apprendre à les doser et à bien les mélanger pour avoir un film qui excite les papilles sans les saturer par trop d’assaisonnement et sans les endormir par manque d’épices. Les méthodes montrent les ingrédients, et de la même manière que vous avez 31.000 recettes de mayonnaise, vous avez plusieurs dizaines de recettes de scénario.

Mais avoir la recette ne garantit pas le résultat. C’est à vous de faire prendre votre histoire et ça, il n’y a que l’expérience pour l’enseigner.

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