De l’importance du détail

by

Denis McGrath, qui tient un excellent blog sur le métier de scénariste au Canada relaie aujourd’hui une vidéo postée sur son propre blog par Alex Epstein, sur une expérience menée au Royaume-Uni. Deux publicitaires sont invités à concevoir en 1/2 heure une affiche pour la promotion d’une chaîne de magasins. Je ne vous en dis pas plus, regardez la vidéo, la discussion continue en dessous.

Je vais prendre une approche légèrement différente de celle de D. McGrath et me pencher sur ce que cette expérience nous apprend sur le métier de scénariste.
D’abord, on avance un peu sur cette vaste notion des idées qui circulent et qui « sont dans l’air ». Expérience que nous avons tous déjà vécue: nous avons une idée génialissime, nous travaillons dessus comme des dingues et réalisons qu’un film, un bouquin, sort qui traite de la même idée. Pire, dont l’accroche repose sur les mêmes points révolutionnaires que la nôtre (il y a toujours, dans une idée, un point nodal, le coeur de ce qui nous fait suer sang et eau et qu’on ne changerait pour rien au monde).
Et si les idées venaient simplement de notre observation du monde? Si nous étions mis en contact avec les mêmes informations que les autres auteurs et qu’à partir de là nos esprits, nos cerveaux, tirent les mêmes conclusions? Jung parlait d’inconscient collectif.

Mais ce qui me frappe le plus, c’est la manière dont les conducteurs de l’expérience transmettent les informations subliminales aux « cobayes ».
Si vous regardez attentivement ce trajet en taxi, vous remarquerez que les informations sont répétées plusieurs fois et de manière différente. Plusieurs supports pour plusieurs itérations. Est-ce pour s’assurer que les cobayes repèrent les informations ou, plus
probablement, pour qu’ils les retiennent?
C’est une des premières leçons de dramaturgie que l’on reçoit: répétez les informations subtilement et discrètement. Une photo dans un coin, à laquelle personne ne fait attention pas même, et j’insiste là-dessus, pas même le spectateur, un objet, une vidéo, n’importe quoi.

Ce que cette expérience tend à montrer, et Denis McGrath le relève aussi, c’est que les détails qui semblent les plus insignifiants sont eux aussi repérés par le spectateur, même de manière passive. Ces détails sont essentiels, puisqu’ils permettent de faire passer les informations dont nous, scénaristes, avons besoin, tout en ayant l’air de parler d’autre chose – ce qui évite au spectateur de s’ennuyer ou de dire que l’intrigue était cousue de fil blanc.
La question que je me pose, et je n’ai pas d’élément de réponse à proposer, c’est « comment fait-on? »

Comment fait-on pour s’assurer qu’un détail insignifiant transparaisse suffisamment du scénario pour que personne dans la chaîne de fabrication n’en remette l’importance en cause, mais pas suffisamment pour que l’effet ne soit gâché par un insert au moment de la mise en image quand, tout ce que l’on veut vraiment, c’est que l’objet reste à peine perceptible? Combien de fois, en télé – en particulier française –, on a des plans énormes sur une photo à l’arrière plan (qu’on avait, de toute façon, déjà repéré), ou des personnages qui insistent lourdement, dans le dialogue, sur des éléments qui seraient tout aussi perceptibles s’ils étaient plus discrets?
Il y a cette discussion récurrente sur Urgences et le fait que la série utilise le jargon médical à outrance et sans s’inquiéter de savoir si oui ou non le spectateur va le comprendre, et la conclusion de la discussion est toujours que c’est ce qui a fait le succès de la série. Pourquoi ne pas tirer les leçons des expériences passées? Pourquoi ne pas oser la subtilité et comment, arriverons-nous, nous scénaristes, a faire évoluer les choses dans ce sens-là? Je pense qu’un des premiers éléments de réponse est de ne pas chercher la facilité et de décider de chercher à faire mieux que ce qu’on attend de nous, à chercher à reproduire – en mieux – ce que nous adorons dans nos films et séries cultes, et ce qui a fait que nous avons voulu faire ce métier.

Après, c’est une question d’éthique personnelle et je repose la question: pourquoi écrivons-nous si ce n’est pour nous hisser au rang des meilleurs?

Une Réponse to “De l’importance du détail”

  1. Camilla Says:

    Waouh! Tu es mon gourou!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :