Plant and payoff

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Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir à nouveau les mains dans le cambouis mais je remarque beaucoup le travail des scénaristes derrière les films que je regarde en ce moment. Surtout les plants et les payoffs, qui m’apparaissent avec de gros signaux rouges clignotants.
Je suis allé voir dimanche Les Simpsons le film et j’en ai trouvé partout. Je ne veux pas spoiler alors je n’en dirai pas plus mais allez voir le film (qui est très bien) et essayez de repérer tous les gags qui marchent (mieux) parce qu’une information a été plantée en amont. Quand elle ressort au moment du gag, rit-on parce qu’on la reconnaît et qu’elle est décontextualisée? Repérez aussi l’écart entre le plant et le payoff. J’ai repéré un plant au tout début du film qui ne paye qu’à la toute fin, et j’ai repéré un plant qui paye moins à peine deux minutes plus tard. Et que penser de la résolution du climax, qui n’existe que grâce à une information plantée de manière relativement anodine en amont?
Peut-être que c’était grossier ou peut-être que mon regard s’est affiné. Peut-être que je suis simplement très demandeur d’enseignements en ce moment et que, du coup, je suis davantage en mode « analyse ». Peu importe.

L’important c’est cette notion de plant and payoff, qui est très difficile à domestiquer, ou en tous cas, qui demande énormément de travail mais qui paye si elle est bien employée. C’est une technique souvent utilisée en comédie, mais qui est finalement à la base de toute dramaturgie, puisque la dramaturgie, principalement, consiste à savoir organiser l’information. Il faut dire les bonnes choses au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard. Et pour ne pas que nos histoires soient cousues de fil blanc, mieux vaut distiller les informations qui serviront à sa résolution dès le début du film. C’est comme de maladroitement montrer au premier acte le revolver qui est dans le tiroir pour le ressortir au moment du climax (c’est maladroit et c’est devenu un tel cliché que c’est presque un cliché aussi de montrer un revolver au premier acte et de NE PAS s’en servir de tout le film (ce qui est en plus gratuit et une perte de temps)).

Et cet art délicat ne se réussit qu’à force de réécritures, parce qu’on ne peut pas toujours deviner l’idée géniale que l’on va trouver pour la résolution et que c’est elle qui exige d’être préparée parce que c’est sur elle que se construit l’appréciation première du spectateur pour le film (ou du lecteur pour le livre, ça vaut aussi pour la littérature).
La construction d’un scénario, c’est deux mouvements qui alternent et se répondent continuellement, un mouvement chronologique, qui voit se construire le récit en passant de A à B à C, et un mouvement totalement non-linéaire, qui passe de C à A puis à C puis à B, en fonction des besoins que génèrent chaque scène d’être préparée à l’avance. Avec cette difficulté supplémentaire qu’il faut distiller les préparations dans tout le premier acte, sinon, le spectateur risque une overdose d’informations.

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