Pourquoi une telle crudité?

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Je viens de tomber sur la page Allocine de L’Histoire de Richard O. et ça me fait étrangement penser à 9 Songs. J’ai regardé les extraits (1, 2, B.A.) et ça me semble incroyablement pas écrit et mal joué mais au moins il semble y avoir un semblant de prétexte narratif.

Je m’interroge. Pourquoi autant de nudité et de crudité dans le filmage des relations sexuelles dans la fiction en ce moment? Et ce n’est pas qu’au cinéma. Californication a commencé comme ça (et tend à s’en écarter après seulement 5 épisodes), Tell me you love me fait la même chose, et il me semble avoir entendu parler d’autres films dans le même genre. C’est vraiment le niveau 0 de la fiction. Montrer un couple en train de baiser, en montrant tout, est-ce encore du cinéma? J’ai toujours pensé que le porno était notre rempart contre l’invasion du cinéma (le vrai) par l’explicite.

Il y a des précédents, avec Catherine Breillat, avec Vincent Gallo, et d’autres. Mais là j’ai le sentiment d’une accumulation (d’ailleurs, même Denis McGrath en parle!). Et puis ça ne change rien, même à l’époque je pensais pareil.

Le cinéma n’est pas fait pour représenter la réalité, il est fait pour la détourner, l’embellir, l’enlaidir, la distendre, la déchiqueter, la reconstruire, mais certainement pas pour l’imiter, encore moins pour la représenter comme dans un miroir. Je parle du cinéma de fiction.

Je ne vais pas m’amuser à mettre une caméra en plan fixe devant ma fenêtre et regarder mes voisins, ça ne fera pas une bonne fiction, ça risque d’être ennuyeux à mourir (même s’ils baisent, même s’ils s’entretuent, même si je le monte suffisamment bien pour que des personnages naissent des silhouettes anonymes de mes voisins).
Je n’ai jamais compris ce qui pouvait pousser un réalisateur à ne pas utiliser les outils dont il dispose. Le cinéma c’est de la construction d’images, de la construction d’histoires, on est libres de faire ce que l’on veut du réel et on se contente de poser la caméra, de faire tenir des discussions banales et creuses aux acteurs. Messieurs les scénaristes et les réalisateurs, réfléchissez avant de prendre la plume et la caméra.

Pourquoi voulez-vous faire de votre histoire une oeuvre AUDIO-VISUELLE?

Trop souvent j’ai l’impression d’être en face de (mauvais) romans quand je suis au cinéma, en particulier devant les films d' »auteurs » français. Mais si je vais au cinéma c’est pour en prendre plein la vue. Je veux dire, je me pose pas deux heures devant un écran de 18m2 pour voir la même chose que dans la rue. Et comprenez-moi bien, je ne dis pas qu’il faut impérativement faire du spectaculaire, on peut utiliser l’image de manière très sobre et très élégante tout en étant impressionnant. Voyez Hitchcock.

Le film ne devrait jamais être un ersatz de la littérature ou de la radio, mais apporter quelque chose de plus. En arriver à montrer des corps nus en train de baiser en plan fixe, ce n’est pas faire du cinéma, c’est être au niveau 0 de la fiction et de l’audiovisuel. Si vous voulez des exemples de magnifiques traitement des ébats de couples, cherchez du côté de Mike Figgis ou Wong Kar Wai. Eux sont de vrais réalisateurs, qui savent faire des corps de leurs acteurs les éléments constitutifs d’images travaillées.

Le cinéma devrait être le royaume du rêve et de la fantaisie. Gondry, Lynch, Kaufman, sont, à ce titre, de vrais cinéastes. Vous voyez, je ne réserve pas cette exigence de jeu avec la réalité du cinéaste seulement aux réalisateurs, j’en attend autant des scénaristes. Je suis content de voir des histoires originales au cinéma, même si le traitment visuel n’est pas exceptionnel, mais à ce moment-là, que l’on me montre les choses. C’est toujours la même question: pourquoi écrire un scénario plutôt qu’un roman ou une pièce de théâtre, de radio, ou une chanson? Il faut de vraies raisons. Ce n’est pas la même écriture et on peut trouver plein de justifications pour préférer l’un à l’autre. Simplement, soyez clairs quand vous commencez à écrire et sachez pour quoi vous écrivez et pourquoi. Votre travail n’en sera que meilleur.

Et dans audiovisuel, il y a audio. Mais je ne parle pas du son, ce post est déjà beaucoup trop long mais comparez le travail sonore de L’Histoire de Richard O. et celui de Shoot ’em up, par exemple. L’un est saturé de bruits de fond, mal post-synchronisé, l’autre est propre.

En fait non, comparez même les scènes, la construction, le jeu des acteurs, la mise-en-scène. Rien ne vous choque?

Et ce que je dis pour le cinéma est vrai aussi pour les autres média. Ne cachons pas la vacuité de nos histoires sous de faux effets. Ou alors, assumons-le. Pourquoi Damien Odoul n’a-t-il pas fait un porno? Au moins, ça m’aurait évité de me mettre en colère et ça aurait pu être un bon film… dans son genre.

Je ne demande pas grand chose, juste que les gens fassent leur métier avec un minimum de sérieux et de conscience! Après, on s’étonne que la fiction française marche aussi mal, mais si on arrêtait de traiter le cinéma et la télé comme des arts détachés de toute logique commerciale, on arriverait peut-être à plus de rigueur et une meilleure qualité générale de la production.

Une Réponse to “Pourquoi une telle crudité?”

  1. jean paul galibert Says:

    ce qui me passionnerait, c’est le rapport entre le cinéma et mon « cinéma » perpétuel, la perception usuelle et imaginaire de mon plan de réalité

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