« C’est pas notre faute »

by

Je lis régulièrement, j’entends régulièrement, on me dit régulièrement, qu’il faudrait que j’arrête de taper sur les scénaristes, que franchement, c’est pas leur faute aux pauvres petits auteurs si les costumes (je reprends à mon compte l’expression américaine particulièrement expressive pour désigner tous les prod, exec, diff… ; une traduction plus franco-française serait « les pingouins » mais il y a un côté péjoratif que je n’aime pas), les réalisateurs, les acteurs, les budgets sont incompétents, pas assez élevés, mauvais. Parce que finalement, la fiction audiovisuelle, c’est le fait d’une grande famille, d’une vaste chaîne de fabrication et qu’on est tous dans le même bateau, tous responsables. Vous relèverez, je l’espère, que quand ça foire, c’est en fait souvent la faute des autres et quand ça marche, c’est souvent grâce à soi. Passons là-dessus.

J’éclaircis tout de suite les choses: je ne suis pas réal-acteur-prod-diffuseur, je ne fais pas un blog sur comment-faire-pour-optimiser-le-budget-de-votre-prochaine-série (même si, sur ce point, j’aurais des choses à dire d’un point de vue de scénariste), je ne fais pas un blog sur les mérites comparés du 35mm et de la DV, ou sur la qualité des directeurs d’acteurs. J’ai commencé ce blog pour transmettre un peu de mes connaissances (très théoriques pour le moment) sur le métier de scénariste, partager mes réflexions, progresser en faisant participer ceux que ça intéresse. Parce qu’au fond, peut-être que les choses auxquelles je réfléchis et la manière dont je les présente peuvent en aiguiller d’autres que moi, peuvent servir à en rendre d’autres meilleurs dans le métier.
« Meilleurs dans le métier ». J’aurais pu appeler ce blog « comment être un meilleur scénariste ». Être un meilleur scénariste c’est aussi reconnaître sa part de responsabilité dans la fiction et faire de son mieux pour que la partie qui nous est dévolue dans ce grand oeuvre qu’est la production audiovisuelle soit aussi bonne que possible. Et même meilleure que ça. C’est pourquoi je parle sans cesse de la responsabilité du scénariste vis-à-vis de son public et de son travail. C’est pourquoi je milite pour un travail bien fait, pour des exigences élevées, pour qu’on ne se prenne pas pour des sous-américains, parce qu’en se prenant pour de bons auteurs, on s’oblige à être de meilleurs auteurs. Je continuerai à taper sur les scénaristes quand ils ne font pas honneur à leur corps de métier. On est tous dans la même galère et s’il y en a un qui foire, c’est tous les autres qui en patissent, quiconque aura assisté à une réunion de prod comprendra.
Donc, amis scénaristes, faites de votre mieux et au-delà et arrêtez de dire que si la fiction française n’est pas bonne, c’est la faute des autres. Demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour la rendre meilleure.

Ah, et je continuerai à véhiculer des tonnes de clichés sur les costumes, les réals et les acteurs, parce que des fois, faut bien le reconnaître, ça soulage.

Étiquettes : ,

6 Réponses to “« C’est pas notre faute »”

  1. Cedric Says:

    Bonjour.
    As tu un exemple d’un scénariste qui a foiré son travail ?

  2. L'Apprenti Says:

    Je ne dis pas « ok, ce film est raté, c’est la faute du scénariste », juste, par exemple sur The Lost Room, ce film est bourré de fautes de scénario. Mais plutôt que de faire passer la pilule en disant « c’est sûrement un problème de production », je préfère rappeler à tous les auteurs que ces erreurs-là, il faut tout faire pour ne pas les laisser passer. Et quand on nous demande de retravailler, il faut le faire de manière ingénieuse et malicieuse, pas en recourant à des facilités.

    Je ne crois pas que la production de The Lost Room aurait particulièrement empêché les scénaristes d’être plus inventifs sur les personnages, plus pertinents sur les dialogues. Je connais un certain nombre de scénaristes, moi le premier, qui laissent passer des trucs en sachant qu’ils sont mauvais. J’attire l’attention sur ce point. Ce n’est pas parce qu’on peut s’autoriser quelques imprécisions qu’il faut être laxiste, ou paresseux. Parce qu’en bétonnant un scénar, on se donne toutes les chances pour que le film soit bon à l’arrivée.

  3. Cedric Says:

    Ce que tu dis sur The Lost Room est vrai. En tout cas je partage ton point de vue. Que M6 diffuse cette série est une bonne chose car elle permet de voir que dans les séries US, tout n’est pas toujours très écrit ni joué (Krauze est parfait dans 6 feet et là c’est vrai qu’il est à côté).

    En revanche, il ne faut pas oublier qu’il y a parfois des impératifs qui font que tu manques de temps pour écrire et que donc, forcément, c’est moins bien. Ce n’est pas une excuse pour expliquer le qualité de certains scénarios français mais ça arrive beaucoup à la télévision.

    Et sans mettre une fois de plus la responsabilité sur les « costumes », si tu es dans le milieu professionnel tu devrais savoir qu’il y a des diffuseurs qui parfois te disent plus ou moins directement ce que tu DOIS écrire dans tes scènes (comme ils disent aussi au réalisateur les plans qu’il DOIT tourner). C’est le cas de TF1 ou de M6, par exemple. Ce n’est pas des « on dit », je l’ai vécu personnellement. Il faut faire avec, ce n’est pas non plus une manière de tout excuser, mais il faut aussi le savoir.

    Et puis parfois, le réalisateur, qui « écrit » un film lui aussi à sa façon, ne sait pas bine le faire. J’ai vécu ça très récemment pour une série pour M6. J’avais écrit une scène simple qui fonctionnait avec efficacité. Pas cher, pas compliqué à tourner, juste la base. Le réalisateur a choisi de ne PAS suivre ce qui était écrit et d’y mettre sa vision. Du coup ça ne marche pas. Ca ne veut pas dire que seul ce que j’avais écrit pouvait marcher, mais souligne le fait que pendant le tournage, même si tu t’es bien mis d’accord avant (pendant la préparation la lecture etc…), au moment du tournage, il y a encore quelqu’un qui ré-interprète ce que tu as rédigé. Et que tu n’en es pas responsable…

  4. L'Apprenti Says:

    Tout à fait. Encore une fois, je ne remets rien de tout cela en cause. J’ai tout à fait conscience de ces contraintes extérieures et je ne prétends pas qu’on puisse faire sans. Mais j’insiste sur cette idée que nous devons faire de notre mieux pour plier la contrainte à l’avantage de l’histoire, que nous devons faire de notre mieux pour satisfaire les « costumes » et servir l’histoire. Ce n’est pas facile, c’est parfois impossible, mais si tout était cuit, ce ne serait pas amusant, n’est-ce pas?

    Je crois, dans ma naïveté d’utopiste, qu’il est possible de faire changer les choses, à force de persévérance et d’insistante, de remettre le scénariste au contrôle, de nous imposer sur les tournages pour éviter que ce que tu décris n’arrive avec les réalisateurs, ou que cela arrive moins, ou que cela n’arrive que suite à une vraie conversation réal-scénariste, que le scénariste essaye de servir la vision du réal tout en préservant l’histoire.

    J’insiste sur cette idée que notre travail c’est de veiller à ce que les histoires qui arrivent au spectateur soient les meilleures possibles, ça implique « d’éduquer », d’une certaine manière, les autres intervenants, aux notions de la dramaturgie. Je crois que c’est le rôle de tout le monde dans la chaîne de fabrication de travailler pour l’histoire mais le fait est que les costumes s’inquiètent davantage d’argent et que les réal en sont encore à l’âge du réal-auteur. Mais l’image ne suffit pas et il faut montre aux réal qu’on peut faire de belles choses tout en respectant l’histoire et qu’en fiction, une belle réalisation est une réalisation qui raconte quelque chose. Bon, j’ai l’air de mais je suis pas en train de dire que le scénariste devrait être un genre de missionaire qui sauve le monde de la fiction.
    Je me mets du point de vue de notre position, de ce qu’on peut faire avec nos compétences. Je ne connais pas beaucoup de réalisateurs qui soient sensibles aux règles de la dramaturgie. Ils savent faire des images mais peu s’inquiètent de raconter quelque chose avec leurs images. C’est dommage et je crois qu’il faut en discuter avec eux, leur dire: on n’est pas en train de réaliser un film fait pour n’être qu’esthétique, on fait une oeuvre de fiction, il y a une histoire et il faut nous mettre à son service.

    Le fait est que c’est le scénariste qui s’y connait le mieux en dramaturgie, en « racontage » d’histoires. C’est donc lui le premier responsable (pas le seul, hein, le premier chronologiquement parlant) de l’histoire et c’est lui qui est le plus à même d’avoir les outils pour, à toutes les étapes de la fabrication, veiller à ce que l’histoire soit mise en avant, servie, par tout le monde.
    Alors oui, je parle d’un monde idéal, où le scénariste serait consulté et écouté, mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas oeuvrer vers ce monde idéal.

  5. L'Apprenti Says:

    Au fait, merci Cédric, de contribuer à enfin faire de ce blog un espace de discussion et d’échange plutôt qu’un espace de monologue.

  6. Cedric Says:

    De rien ! 😉

    Je crois aussi que c’est possible. Mais cela prend du temps et pour être dedans je crois qu’il faut d’abord se plier aux lois actuelles (qui sont très souvent en la défaveur de la qualité et de l’auteur), faire ses preuves dans un moule parfois inconfortable (ne serait-ce que pour travailler…) et, quand on a un peu plus de légitimité, faire changer un peu les choses. C’est un travail très très long. je ne sais pas quel âge tu as mais moi qui suis trentenaire (donc pas complètement moisi encore), je ne suis pas certain de voir ça de mon vivant, mais bon.

    mais le tableau n’est pas totalement noir, il y a des producteurs (et des Chargés de programmes) avec qui on travaille dans le bon sens, où tout est poussé vers le haut.

    En revanche, ce que tu dis sur les tournages et sur la place du scénariste sur le plateau, je crois qu’il faut le relativiser pour plusieurs raisons. Déjà pour une question de moral (de l’auteur). quand tu es sur un plateau, il est parfois très douloureux de voir ton texte réinventé par le réal, les acteurs etc… et parfois ça te mine plus qu’autre chose. Et puis dans la relation que tu entretiens avec le réalisateur, c’est très compliqué aussi. Tu ne peux pas , pendant un tournage, dire au réalisateur « c’est pas comme ça qu’il faut faire ». Ou alors, si, tu en discute un peu, mais au bout d’un moment le chef c’est lui et il n’y a rien de pire que de remettre en question cette hiérarchie. Surtout que si l’auteur passe tout son temps à veiller à ce que son texte soit bien respecté… il ne lui reste plus beaucoup de temps pour écrire (la suite…) 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :