La réécriture, phase 1: élaguer

by

Bien, vous avez donc entre les mains un premier jet qui ne ressemble à rien, qui est bourré de digressions, où les personnages peinent à exister dans tout le premier tiers et sont hors de contrôle dans le dernier, où vous racontez quarante débuts d’histoires sans en terminer une seule. Beaucoup d’auteurs, plutôt de jeunes auteurs, s’arrêtent là, certains se disent qu’ils ont terminé un chef d’oeuvre qu’ils s’empressent d’envoyer à des éditeurs, et quand ils se font refuser partout, se jettent sur un site d’auto-édition, tout fiers que leur travail soit enfin reconnu.

Évidemment, ce n’est pas ce que vous voulez, vous connaissez la valeur du jugement extérieur et vous vous doutez qu’on ne devient pas producteur ou éditeur sans une certaine capacité à reconnaître le bon grain de l’ivraie. Et surtout, vous savez qu’un premier jet n’est pas une v.def.
Mais alors que faire? On entend partout dire qu’écrire, c’est réécrire, qu’il faut retravailler son premier jet, qu’il faut le corriger, mais personne (ou presque) n’explique vraiment comment ça marche.

Réécrire c’est repartir à la base, reprendre sa structure, chercher son thème dans le premier jet, reprendre les personnages tels qu’ils se sont révélés dans le premier jet, recentrer le récit autour de l’histoire, virer le superflu.
Dans un premier temps, vous allez chercher à vous réapproprier votre histoire, à reprendre le contrôle sur le texte. Identifiez le coeur de votre histoire. Je sais c’est facile à dire, mais ça s’apprend, commencez par résumer votre histoire en une phrase, simple: protagoniste objectif obstacle. Quand vous avez cette phrase, cherchez tout ce que vous avez écrit qui ne concerne pas votre propos, qui ne rapproche pas votre protagoniste de son objectif, qui n’ajoute rien en termes de tension dramatique liée à votre protagoniste. Et coupez.
Veillez quand même à bien sauvegarder votre nouvelle version dans un nouveau document, ou à laisser lisible ce que vous coupez si vous travaillez sur papier, peut-être que vous le reprendrez plus tard.

Votre objectif, à ce stade, c’est de dégager les éléments de base de votre réécriture. Quand vous aurez mis à jour les quelques scènes vraiment pertinentes, vous verrez qu’elles sont hésitantes, que les conflits n’y sont que potentiels, que les personnages sont repliés sur eux-mêmes, comme les situations. Reprenez ça. Souvent, il est plus facile et efficace de prendre une nouvelle page blanche pour réécrire la scène en s’inspirant de la précédente. Essayer de corriger la matière déjà écrite revient à mettre des rustines sur un trou quand ce que vous voulez vraiment, c’est une nouvelle chambre à air.
Normalement, à ce stade, une nouvelle magie opère. Le temps que vous avez laissé passer entre la fin de votre premier jet et le début de votre rééciture a fait mûrir l’histoire dans votre tête, une partie de vous sent où ça coince et a l’intuition de ce qu’il faudrait pour l’améliorer. Apprenez à l’écouter, c’est votre meilleure amie. Souvent vous n’aimerez pas ce que vous entendrez mais toujours, si vous faites lire votre texte à une personne extérieure, celle-ci mettra les doigts exactement là où votre voix intérieure sentait que ça clochait. Et vous ne voulez que cette personne-là soit un producteur, alors retravaillez jusqu’à ce que votre voix intérieure vous laisse tranquille.

Comme le dit Richard Shepard (Matador, The Hunting Party):

Also, my first official draft is really like my fifth draft. I do a lot of rewriting before I show it to anybody. I show it to a group of friends who are very critical and give me a lot of hard notes, and I get it to a place where, by the time it’s going to the studio or the producers, it has been truly vetted. I’ve worked out the kinks. I mean, you only get one chance to make a first impression. I know I sound like a deodorant ad, but it’s really true.

(CS weekly du 7 septembre 2007)

Enrichissez votre structure à partir de ce que vous avez découvert de votre histoire. J’ai tendance à dessiner un premier canevas de structure mais qui est destiné à évoluer suite à mon premier jet. Comme ça, je ne pars pas dans le vide avec mon premier jet, mais je ne ferme pas la porte à de bonnes idées. Après le premier jet, je fais une nouvelle structure où j’intègre les éléments qui ont surgi de cette première écriture. Partant de la nouvelle structure, je fais ma première vraie version de travail.
La difficulté à ce stade, c’est de couper toutes ces scènes que vous adorez mais qui n’apportent rien à l’histoire, mais il faut quand même le faire parce que vous voulez arriver à la version la plus efficace de votre travail. Ensuite vous pourrez mettre des fioritures mais si vous ne faites pas cet effort de synthétisme, votre histoire perdra en efficacité et votre propos tombera dans l’anecdotique.

Demain: comment cerner son sujet.

Advertisements

Étiquettes : ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :