Le syndrome du premier jet

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Tous les textes sont sujets au syndrome du premier jet.

Anne Lamott, dans Bird by Bird insiste fortement sur le fait que le premier jet est toujours merdique et qu’il faut se déculpabilisr de ne pas y arriver du premier coup. Personne ne peut sortir un texte abouti (publiable, vendable, lisible, ce que vous voulez) sur un premier jet, pour une raison bien précise c’est que le premier jet est celui où sortent pour la première fois les idées que vous aviez en tête.
L’écriture est un phénomène un peu magique qui fait que lorsque vous commencez à écrire, les scènes qui étaient claires et limpides dans votre tête perdent quelque chose mais gagnent autre chose. C’est sans doute l’effet du passage de la partie « imagination & visualisation » du cerveau à la partie « intellectualisation & alphabétisation » qui est responsable de ces transformations, mais très pragmatiquement, ça se traduit par: ce qui est sur le papier n’a plus rien à voir avec ce que j’avais en tête et ce n’est pas une SI mauvaise chose que ça.

L’autre phénomène c’est qu’à partir du moment où une chose est posée sur du papier, elle prend une valeur très différente, aux yeux de notre cerveau, elle existe. Avant, ce n’était qu’une masse de potentialités, tout pouvait encore lui arriver, ce n’était que du vent, des images dans votre tête, rien de tangible pour le cerveau qui analyse.
Mais dès l’instant où une phrase existe, c’est décorticage et compagnie. Les questions que vous vous posiez vaguement par rapport à votre idée (est-ce que c’est vraiment la bonne? comment vais-je la développer?) se précisent, font surgir de nouvelles questions qui, parce qu’elles reposent sur des éléments tangibles, vous permettent d’avancer dans votre développement de l’idée.

Le premier jet doit sortir le plus rapidement possible, histoire de libérer l’auteur et d’éviter au cerveau analytique de trop s’en mêler. Le premier jet c’est un moment de liberté totale, où toutes les sensations et les images qui vous traversent la tête doivent être mises sur papier, peu importe qu’elles correspondent à l’idée (forcément étriquée) que vous vous faisiez de votre histoire. Tout doit sortir et vite, d’un seul jet autant que possible, sans pause. Tous les jours bossez comme un(e) dingue pour sortir ce texte sans laisser la place une seule seconde à l’analyse. Comme dirait Viki King, c’est votre coeur qui écrit cette version, pas votre tête. Le premier jet vient du ventre.
Le premier jet, c’est cette version chaotique du texte où se bousculent incertitudes, bonnes et mauvaises surprises, thématique brouillonne, digressions en tout genre, tâtonnements stylistiques, bref toute une matière première brute qui n’est en aucun cas une histoire, qui n’est en aucun cas un texte que l’on peut montrer. Le premier jet est un matériau de départ à partir duquel l’auteur peut réellement travailler.

Demain: la réécriture.

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