De l’émotion

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S’il y avait des recettes pour transmettre des émotions, ça se saurait. Les groupes de marketting dépensent des tas d’argent tout le temps pour trouver le système qui provoquera un vrai sentiment de besoin pour leur produit.
Il y a bien la scène avec les violons et le super monologue de self-revelation du héros, à la fin du film. Mais ça commence à être déjà vu, même si ça marche à chaque fois, ça ne donne pas de la profondeur aux émotions.
Un des secrets que tout le monde donne c’est « écrivez ce qui vous émeut et vous toucherez votre public ». Je n’ai pas vérifié ça. Il y a plein de choses que je lis qui ne m’émeuvent pas et plein de choses qui m’émeuvent quand je les écris mais qui n’émeuvent pas les lecteurs. Si la sincérité est une des bases nécessaires de la qualité émotionnelle d’un texte, elle n’est pas suffisante.

Une autre partie du « truc » repose dans la manière dont les scènes sont construites et amenées. C’est toute la tension dramatique construite pendant le film qui explose dans la scène finale en un feu d’artifice émotionnel (oui, j’aime bien parler de feux d’artifices en ce moment). Les Québécois sont assez forts pour ça, par exemple, dans Being At Home with Claude, projeté vendredi matin à Paris, dans le cadre du festival du cinéma québécois. C’est quelque chose que je ne retrouve pas dans le cinéma français. Une analyse assez intéressante de l’auteur de la pièce originale, René-Daniel Dubois, est que le langage n’a pas la même fonctionnalité dans les deux langues, qui ont pourtant la même base.
En français « de France », on utilise les mots pour désigner les choses et on vise à une certaine efficacité du langage qui vise à dire peu mais bien. En québécois, il y a cette tendance à tourner autour des choses, à parler autour, à ne pas dire, à ne dire qu’en dernier recours.
C’est ce resserrement progressif du sens qui fait monter l’émotion et nous laisse vider après des films comme Le Déclin de l’Empire Américain ou Un 32 août sur Terre. J’ai le sentiment que les films français, à force de trop dire, vident les mots et les situations de leurs charges émotionnelles. C’est peut-être de là que naît le sentiment d’un cinéma bavard, nombriliste, alors que les cinéastes d’ici ne sont pas plus bavards que les autres, ils sont peut-être juste trop explicites.

La vérité c’est qu’on ne sait pas, c’est une alchimie tellement compliquée entre auteur et lecteur, entre auteur, image, acteurs, son, et spectateur, qu’on ne peut pas maîtriser les émotions et leur évocation. Peu importe que l’on connaisse les dictionnaires de symboles sur le bout des doigts, que l’on fasse des études sociologiques avant de choisir son sujet, son thème ou sa métaphore. Le secret c’est qu’il faut juste avoir confiance et accepter que ça puisse ou non marcher sans qu’on ne contrôle rien.

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