Exception culturelle, mon cul!

by

C’est idiot de tenter d’entrer dans des moules qui ne sont pas à notre taille, ou dans des univers où on ne se reconnaît pas et je ne vois aucune raison valable de le faire à part l’absence de talent.

J’ai essayé, j’ai tâtonné, et je n’ai jamais été aussi mauvais que lorsque je tentais de rentrer dans les cases, et jamais aussi bon que lorsque je laissais mon imaginaire propre et singulier s’exprimer dans mon travail.

Chaque auteur se doit de se poser la question de son univers, de s’interroger sur ce qu’il aime faire et sur ce qui fait son individualité. On m’a demandé récemment ce que je pensais de « l’exception culturelle française ». Très franchement, je n’en pense rien. Tout simplement parce qu’à mes yeux ça n’a aucun sens de parler d’exception culturelle, a fortiori nationale.

Chacun nous sommes formés par notre vécu, par les cultures dans lesquelles nous avons évolué, par les récits qui nous ont marqué et les images qui nous ont touchés. Ça n’a pas de sens de poursuivre une identité « française », ce qui en a, au contraire c’est de chercher notre identité propre. Parce que ce qui fait l’originalité et la beauté d’un récit, ce qui fait sa richesse c’est le regard propre de son auteur et personne ne se résumé à sa nationalité. D’autant moins à une époque d’ouverture des cultures, où tous, nous sommes baignés de cinéma international, de musique internationale, de littérature internationale. Aussi bien américaine qu’australienne, chinoise, coréenne, sud-africaine, guadeloupéenne, sud-américaine…
C’est l’appropriation par chacun de ces influences qui fait l’exception de son regard.

J’ai conscience, sans le comprendre, du besoin de beaucoup de gens, auteurs compris, de se sentir appartenir à une caste, d’être reconnu comme membre à part entière d’une communauté. Et je pense que c’est de là que vient ce souci de rejoindre une spécificité à l’échelle d’un pays. Et je pense aussi que c’est de là que vient une grande partie de l’indigence de notre fiction. On ne cherche pas à se distinguer en tant qu’individu, on cherche à être soi dans les carcans définis par une certaine tradition.

Pourquoi ne pas s’assumer jusqu’au bout et proposer les vrais trucs dont on rêve? Par peur de vivre vraiment? Mais putain, si même les auteurs ont peur de leurs rêves, le monde va vraiment mal! Alors bougeons-nous, réveillons l’enfant qui s’agite en nous, libérons nos génies créatifs et battons-nous jusqu’au sang s’il le faut pour faire jaillir notre individualité, qui n’est ni française, ni européenne, ni une spécificité « d’auteur », qui n’appartient à aucune école, qui ne participe d’aucun dogme, qui n’est qu’à nous seuls et qui nous rend si beaux, qui fait notre fiction si riche!

C’est peut-être un chemin solitaire mais on peut le partager avec nos semblables. C’est peut-être un chemin effrayant mais c’est un chemin de vie et de passion. Et merde aux excuses qu’on peut se trouver, dont aucune n’est valable.

Elle est là notre seule responsabilité. Il est là notre rôle d’auteurs.

Advertisements

20 Réponses to “Exception culturelle, mon cul!”

  1. Ronan Says:

    Bonjour,

    Je vous rejoins entièrement dans ce que vous dites, et je tenais à vous en faire part, car ce chemin solitaire dont vous parlez est plus agréable quand on sait que d’autres l’ont emprunté et que d’autres encore l’emprunteront.

    Rester soi-même, quelque soit son domaine d’activité – et même en dehors de tout domaine, quel qu’il soit – n’est pas chose aisée quand on est sans cesse confronté à la machine uniformisante qu’est celle de l’industrie de masse. Il faut, pour que cette industrie fonctionne, qu’elle uniformise au maximum la population qu’elle cible. Les multinationales ciblant rien de moins que l’humanité entière, elles déploient d’incroyables moyens pour remodeler chacun de nous et le faire rentrer, presque sans force – apparente, du moins – dans cet unique moule qu’est celui du client parfait… Leur « arme » : la communication sous toutes ses formes : publicité, série télévisée, etc.

    L’exception culturelle est un mythe. Une fumisterie destinée à nous faire croire que nous serons épargrnés, collectivement. A y réfléchir, si ce n’était pas si dramatique, ce serait risible…

    Alors, oui, il y a un combat à mener, et oui encore, il doit être mené individuellement. Car ce n’est qu’en restant des individus libres que nous conserveront la richesse de nos vies.

    Le monde va vraiment mal, en effet. Mais, seulement si on le regarde sous cet angle. Pourtant, il est rempli – même s’il s’en vide – de choses extraordinaires qui, prises individuellement, sont source d’émerveillement.

    Protégeons ces merveilles, protégeons la diversité culturelle, biologique, etc.

    Empêchons-les d’uniformiser nos vies et notre planète pour leur seuls futiles plaisirs de riches « pourris-gâtés ».

    Battons-nous ! Crions au scandale ! Affichons nos différences et soyons-en fiers !

    Résistons en détournant, chacun de nous, ce qui a été uniformisé pour le rendre à nouveau unique.

    Fuyons les modes, obligeons-nous à ajouter notre touche personnelle à tout ce qui nous touche. Marquons notre chemin, laissons notre propre empreinte.

    Faisons cela, oui, faisons-le, chacun à notre manière…

  2. Marc Herpoux Says:

    Ce que tu dis est très « jolie »… mais la réalité n’est pas celle-ci.
    La grande crainte de la « globalisation » est l’extinction progressive des diversités culturelles.
    Et cette extinction peut se faire par l’hégémonie d’une culture sur les autres…
    Grâce au pouvoir de l’argent !

    « L’uniformisation » aujourd’hui est déjà bien conséquente… Elle peut aller plus loin encore !
    Elle peut se faire au saint même d’une nation – sans concurrence particulière avec d’autres cultures.
    C’est ainsi que t’entends depuis plus de dix ans qu’un seul type de musique, c’est ainsi que tu finis par ne plus voir qu’un seul type de cinéma, c’est ainsi que certaines formes artistiques disparaissent du paysage « culturel ».

    N’oublions jamais ce qu’est devenu le cinéma italien, si riche, si créatif, si populaire… et aujourd’hui si rarissime.
    Et oui, excuse moi, mais je parle bien de « cinéma italien ! », je ne parle pas de Fellini en particulier, ou de Marco Ferreri, ou de Bertolluci, ou de je ne sais quel autre… je parle du cinéma italien en général.
    Des cinéastes obliger d’aller mendier des capitaux ailleurs que dans leur pays, parce que leur industrie est muselée.
    Politiquement, certes… mais surtout et avant tout financièrement !

    La censure, aujourd’hui, passe d’abord par le financement ou pas d’un projet. C’est le dictat de qui aura ou pas de l’argents. Et ce dictat n’est pas forcément politique – au sens politicien du terme – il est d’abord industriel, économique et financier…

    Et là, I’m sorry about that, mais les « ricains » ont un rôle very important.
    Car si tu ne fais pas financièrement barrage à leur dictat… t’es mort !
    Oui, toi, Anaël ! Toi, dans ton individualité propre ! Toi, le créatif ! Pas la nation, non, toi, et rien d’autre que toi !!!
    Pourquoi ?
    Mais tout simplement parce qu’il n’y aura plus personne pour te donner le pognon dont t’as besoin pour faire ce que tu veux faire !
    It’s very simple !

    Crois-tu sincèrement avoir un jour, en France, un projet qui puisse rivaliser avec les entrées de Titanic ?!

    Alors, vive l’exception culturel, vive l’exception musical, vive l’exception d’un certain cinéma, vive l’exception de tout ce qui n’est pas lié qu’à l’argent !

    Une nation qui part du principe que sa culture n’est pas qu’une marchandise (note le « n’est pas que »)… que cette culture sert aussi un idéal, une façon de voir et de philosopher, bref, une nation qui crée un fond de soutien pour défendre cette exception de toutes les pressions marchandes qui l’attaquent… c’est une nation qui défend la diversité de ses auteurs, une certaine diversité de penser.

    La philosophie chinoise n’a rien à voir avec la philosophie occidentale… et leur création n’aura rien à voir avec la nôtre.
    Il ne s’agit pas de faire partie d’une caste quelconque. Il s’agit de survie.

    Oui, je vais voir des films chinois… mais je suis bien incapable de les écrire. Ca n’est pas moi. Cette identité culturelle n’est pas la mienne.
    Oui j’adore le cinéma américain… MAIS JE NE SUIS PAS AMERICAIN !
    Et je ne suis pas chinois non plus… mais y a quand même moins de musique chinoise à la radio, moins de film chinois au cinéma, moins de série chinoise à la télé, moins d’invité chinois dans les émissions de variété en access prime time (note le terme en « access prime time », y a-t-il un équivalent chinois pour dire « access prime time » ?).

    Et que dirais-tu si t’étais Finlandais. Y a-t-il un cinéma Finlandais ?
    Très honnêtement… je n’en sais foutre rien !
    En revanche, je suis sûr que « Je suis une légende » avec Will Smith, passera dans tous les « bons » cinémas Finlandais.
    Je n’en suis pas aussi sûr d’Amélie Poulain (et je suis pas vache, j’ai pris Amélie Poulain en exemple.)

    Marc

  3. Isabelle Says:

    CLAP CLAP CLAP

    Je rajouterais juste que les américains ont très bien compris ça. Le protectionnisme est une notion qu’ils savent manier…

    L’exception c’est quand même plus joli, non ?

  4. Sisyphe Says:

    Très bien. Partons de ton principe que l’exception culturelle est une gigantesque fumisterie, et supprimons les quotas de fiction française. Claquement de doigts. Les chaînes sont libres, elles font ce qu’elles veulent. Que crois-tu qu’il va se passer?

    a) Elles vont continuer à produire des fictions françaises à 1M d’Euros l’heure alors qu’elles peuvent acheter des séries comme Desperate Housewives ou CSI pour 100 000 Euros pour exactement les mêmes recettes publicitaires ;
    b) Lundi : CSI Vegas, Mardi : Ugly Betty, Mercredi : Grey’s Anatomy, Jeudi : CSI Miami, Vendredi : Law & Order.

    Le problème s’est posé pour la musique française et la radio il y a quelques années : sans l’exception culturelle, sans les quotas liés à cette exception culturelle, les maisons de disques en France seraient devenus des centres de distribution géographique de leur maison-mère, des simple passe-plats.

    Le truc, et comprends bien que ce n’est pas personnel, c’est que s’il n’y a pas de « canal de distribution » pour ce que tu écris, ton talent, tu pourras malheureusement te le mettre dans ton exception culturelle (ok, c’était facile)…

  5. Jo Ann v. Says:

    Eish… même si je le voulais, je ne rentre dans aucune case, à moins de me couper en mille morceaux. Je suis fille de la mondialisation et ça se ressent dans mon écriture.
    La seule case où je me trouve (et encore, pas légitime), c’est la case des auteurs francophones. Et dire que c’est le portugais ma langue maternelle… eish wena!

  6. Isabelle Says:

    L’exception culturelle : c’est permettre à cette diversité là d’exister 😉

  7. L'Apprenti Says:

    Vous mélangez beaucoup de choses, tous.

    L’uniformisation de la culture ne date pas d’hier. Tous les innovateurs en culture ont dû lutter contre le régime bien-pensant de la culture de masse et ce, bien avant l’avènement du ciné ou de la télé. Ça n’a rien à voir avec la mondialisation, ça a à voir avec l’inertie des masses, avec la culture populaire, avec le fait que nous aimons, en tant qu’être humains pétris de frayeurs, rester dans le statu quo et nous faire caresser dans le sens du poil. On n’aime pas que nos habitudes soient bousculées alors quand un mec comme Courbet, par exemple, se met à peindre des enterrements, on crie au scandale.
    Quand un mec comme Galilée affirme que la Terre tourne autour du soleil et pas l’inverse, on le fout en taule et on l’oblige à se parjurer, sans doute avec forces critiques.

    Et à l’époque, ce n’est pas la faute aux Américains et ce n’est pas non plus la faute à l’argent.

    Les institutions de soi-disant protection et promotion d’une culture propre à la France sont des nids à influences politicardes. Le bruit est répandu dans le milieu, les fils de… ont plus de chances que les anonymes. Et autant je suis persuadé que le phénomène est moins répandu qu’on veut bien le dire autant je suis intimement convaincu que les lecteurs desdites commissions sont les plus grands défenseurs du statu quo culturel. Faire français, ok, mais faire le même français qu’à chaque fois.
    Ou l’uniformité perpétrée par l’institution sensée nous en protéger.

    La vérité c’est que l’innovation a toujours dû trouver des biais pour s’exprimer et qu’elle n’est jamais passée par les institutions. Normal. Le rôle des institutions c’est d’être pérennes, elles ne vont pas inviter le loup dans la bergerie.

    On trouvera toujours toutes les excuses du monde pour justifier le système en place et ce, quel que soit le système. Mais la création est antisystémique, elles trouve ses propres modes d’expression.

    Marc, je te trouve bien virulent, toi qui est le premier à chercher d’autres modes de financement, d’autres moyens d’exprimer ta créativité.

    Ensuite, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit et ne me faites pas confondre « exception culturelle » et « identité culturelle ». Nous sommes nourris et formés par notre culture, c’est indéniable et je ne prétends pas le contraire. Ce que j’affirme au contraire c’est qu’il ne faut pas chercher à « faire français ». Suivez votre identité, ne cherchez pas davantage à faire américain ou chinois, mais cherchez à faire « vous ». C’est tout ce que je dis.

    L’uniformité musicale est un mythe. Ok les radio diffusent les hit, comme les chaînes de télé, comme les multiplexes de cinéma, mais parce qu’il existe cette chose qu’on appelle la culture populaire et qui est la culture telle qu’elle a été digérée par une majorité de gens. Nous ne sommes pas tous égaux devant la culture, nous n’appréhendons pas l’expérimentation culturelle avec le même goût.
    En réalité la majorité d’entre nous est faite de consommateurs de culture, pas de penseurs ou de faiseurs de culture. Je trouve normal de ne pas imposer nos délires créatifs, ceux-là même qui nous permettront de renouveler la culture, à des gens qui n’en ont rien à faire. Parce que par essence l’expérimentation est inaboutie, elle est un chemin.

    Ce n’est que lorsque les surréalistes ont été digérés qu’ils ont pu accéder à une légitimité publique. Mais si vous aviez été leurs contemporains, comment auriez-vous réagi? Comment réagissez-vous à la recherche innovante d’aujourd’hui? Souvent, l’oeuvre qui va changer le paysage culturel dans vingt ans apparaît comme une bouillie informe, un truc incompréhensible que seuls quelques visionnaires peuvent apprécier dans tout son génie.
    C’est dans l’ordre des choses. C’est comme ça que la nature fonctionne aussi, par expérimentations. Combien d’hybrides avant d’arriver à l’homme d’aujourd’hui, au tigre, à l’éléphant? Combien n’ont pas survécu, n’ont été que des tentatives non-viables d’évolution?

    Mon propos c’est de dire que si vous voulez vraiment que la fiction française change, il faut vous libérer de vos filtres d’interprétation du monde habituels, il faut vous placer au-delà des questions de financement et de quotas, de concurrence internationale, et de diffusion. On ne changera rien si on reste le cul entre deux chaises: un peu comme avant pour le financement et un peu comme demain pour l’innovation.
    L’argent ne doit pas être une excuse, l’argent ça se trouve, rien ne vous empêche d’écrire un blockbuster TF1 pour financer votre vraie écriture. Si les mots sont votre outil, alors vous devez pouvoir les utiliser pour vous nourrir mais l’alimentaire ne doit pas être une fin en soi.

    Il faut arrêter de s’autocongratuler et de s’autojustifier de ne pas agir. Ou arrêter de se plaindre de l’état des choses.

  8. J_christ Says:

    Non mais moi je comprends ce que tu veux dire 😉
    La fiction télé française n’est pas très bonne et on parle souvent des responsabilités: celle des producteurs, des diffuseurs, des annonceurs…

    Et il y a la nôtre, celle des auteurs.
    Car on peut continuer à proposer aux producteurs et diffuseurs des concepts qui sont des variantes de Navarro ou Lescaut, ou on peut décider de leur proposer des choses qu’on a simplement eu envie d’écrire, et qui par là-même auront une qualité et une force qui peuvent les séduire.
    C’est un choix. Bien sûr, ne soyons pas naïfs, il faut bien bouffer, et on sera toujours un peu obligés de travailler sur des commandes molles, qui plaisent à tout le monde et donc à personne en particulier.
    Mais on peut à côté de cela proposer autre chose. Et ça pourra même bien se vendre ailleurs. Quand Canal fait « Engrenages », ça change de ce qu’on a l’habitude de voir, et ça se vend à la BBC…
    Mondialisation ne veut pas forcément dire bouillie, uniformisation par le bas.
    Chaplin faisait déjà dans la mondialisation avec Charlot, et c’était apprécié partout, de L.A. à Pekin en passant par Paris et Sidney. Est-ce condamnable ?
    Bien sûr que non, il peut y avoir des oeuvres fortes qui font le tour du monde, des machins nuls qui font le tour du monde, et des oeuvres exigentes appréciées par un petit nombre. Bref, tout ça reste ouvert, et relève surtout, en partie, de notre responsabilité. C’est nous la force de proposition, c’est nous qui pouvons faire prendre conscience à des décideurs qu’il y a des sujets, des thèmes, des personnages, des mots qu’ils n’imaginaient pas rencontrer un jour. Ces gens-là n’ont pas d’imagination. C’est nous leur imaginaire.
    C’est, je crois, ce que voulait dire l’Apprenti.
    Enfin je crois hein …! 😉

  9. juju Says:

    Salut l’apprenti, c’est juju.
    L’exception française ce n’est pas une question « d’identité nationale ».
    C’est une doctrine politique selon laquelle la culture doit échapper à la loi du marché pure et dure et être protéger par l’état. Mais ce n’est pas propre à la culture et, jusqu’à un passé proche, d’autres domaines publics ont été ainsi « protégés » comme l’énergie, la santé, les transports, etc.
    C’est ce que défend par expemple le CNC pour l’audiovisuel (les américains n’ont jamais cessé de dénoncer le caractère illégal au regard des lois commerciales mondiales de cette institution).
    L’exception culturelle, ça ne veut pas dire « la culture française est exceptionnelle » mais ca veut dire « la culture représente une exception par rapport à d’autres biens de consommation ».
    Moi, je suis plutôt d’accord surtout lorsqu’on regarde plus loin que le bout de son nez. La « culture » ce n’est pas que le scénario et la télé, c’est aussi le théatre, la musique, les arts plastiques, la danse, l’art lyrique, etc.
    Bien sûr, j’ai conscience des effets pervers et négatifs de la subvention publique de la culture. Notamment une coupure de plus en plus grande entre une avant-garde autosatisfaite et un large public incrédule.
    Mais à tout bien réfléchir je préfère ça à ce qui s’est passé en Italie depuis quinze ans…
    Ce qui connaissent « l’aventure » berlusconienne, saurons de quoi je parle. Sinon branchez vous sur la Rai Uno et vous comprendrez. A côté TF1, c’est de la (trés) trés haute qualité!
    Alors ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain!
    Bise
    Juju

  10. Cedric Says:

    Ah ben t’es là, JC, je te cherchais partout. C’est bien beau de discuter de la vie, tout ça, mais nous on a un épisode de « Diane Femme Flic » à écrire, je te signale… Allez viens par là…

    « c’est nous la force de proposition », qu’est-ce qui faut pas entendre…

    Et excusez le, m’ssieurs dames.

  11. Marc Herpoux Says:

    OK, je suis virulent.
    Mais ton post commence quand même par : « L’exception Culturelle, mon cul !!! »
    Perso, j’adore ! Mais bon, il ne faut pas non plus t’étonner à quelques réactions épidermiques. Avec un titre pareil, t’ouvre le bal !

    Je ne suis toujours pas d’accord avec une partie de ton discours.
    La distinction que fait Juju est primordiale. « L’identité culturelle » c’est une chose, « l’exception culturelle » en est une autre.
    « L’exception culturelle » c’est une mesure politique protectionniste (comme l’a fait remarquer Isabelle), et elle est nécessaire à notre survie.
    Là aussi Juju a raison : tout système a son travers et ses failles. Un système parfait n’existe pas. Mais je préfère la faille du « copinage » et des « privilèges » de certain, qu’un système à l’italienne.
    Quand tu dis :
    « Mon propos c’est de dire que si vous voulez vraiment que la fiction française change, il faut vous libérer de vos filtres d’interprétation du monde habituels, il faut vous placer au-delà des questions de financement et de quotas, de concurrence internationale, et de diffusion. »

    Je demande : « Comment peux-tu te « placer au-delà des questions de financement et de quotas ? » Comment peux-tu te « placer au delà de la concurrence internationale, et de la diffusion ? »
    Tu me parles de Courbet, de Galilée… mais moi je te parle d’1 à 2 millions d’euros pour qu’un long métrage « moyen » puisse voir le jour !
    Les surréalistes, aujourd’hui, au cinéma, sans fond de soutien, c’est tout simplement impossible – en peinture, oui, en littérature oui.
    … au cinéma, non !
    Les chiffres ne sont pas les mêmes.
    Aujourd’hui on veut que tout soit « digéré » – pour reprendre tes termes – avant même que ça ne soit consommé.

    Oui je pense à d’autres formes de financement que la télé. C’est vrai qu’elle a trop de pouvoir. Tout le système audiovisuel passe par elle en France. On ne peut rien faire sans elle. Oui, il faut ouvrir notre système économique…
    … mais quel rapport avec l’exception culturelle ?
    La télé en soi, n’a rien à voir avec l’exception culturelle. Comme le fait remarquer Sisyphe, tu supprimes les quotas obligatoires… elle ne finance plus que l’achat de programmes déjà existant aux states.
    C’est grâce à l’exception culturelle qu’il y a encore un cinéma français aujourd’hui. On peut le dire.

    Je pense que tu ne perçois pas l’aspect « pratique » des choses.
    Quand tu dis :
    « L’argent ne doit pas être une excuse, l’argent ça se trouve, rien ne vous empêche d’écrire un blockbuster TF1 pour financer votre vraie écriture. »

    Mais la financer avec quoi ?
    Tu parles d’écriture au sens « d’écrire »… ou de « tourner » ?
    « Ecrire », c’est de la littérature, ça coûte que dalle… « tourner », c’est autre chose !

    « L’argent ça se trouve », c’est un peu facile.
    Dans ma quête de « nouveaux financements », il y a un facteur déterminant : la diffusion !
    Imagine : t’as écris un truc super original dont personne ne voulait. Très bien. T’as réussi à trouver le fric pour le tourner, OK…
    … et après ?
    Tu le diffuses où ?
    La télé ? Sûrement pas ! Elle n’en voulait pas !
    Le cinéma ? … 3 salles d’art et d’essais sur paris à la rigueur… UGC, Pathé, Gaumont, MK2, fait une croix dessus si t’as aucun distributeur au départ !
    Internet ?
    Qui va le voir, sans un budget pub conséquent pour dire que ça existe ? Ca te rapporte quoi financièrement ? La VOB ? Sans pub ?
    Le DVD ? Personne ne voudra presser X millier d’exemplaire d’un truc qui n’est passé nulle part et qui n’a pas l’ombre d’une publicité. Surtout que c’est un marché qui se meurt !

    C’est petit la France, si t’as pas un réseau de distribution solide avant ton financement… t’es mort !
    A partir de là, une question se pose : qui va mettre du fric sur un truc qui ne se remboursera pas s’il ne peut pas être diffusé ?
    Eh, eh !
    It’s Catch 22 !
    Je veux pas sembler agressif, mais tu parles politique…
    C’est pas un sujet léger.
    T’ouvres ton post avec : « l’exception culturel mon cul ! » quand même…
    Ta phrase est virulente. En tout cas, je la perçois comme telle !
    J’en reviens donc au point de départ : avec un titre pareil, t’as ouvert le bal !
    Sans rancune.

    Marc

  12. Sisyphe Says:

    Entièrement d’accord avec Marc et Juju, pas mieux.
    Ah, si : un véritable apprenti ne dirait pas « vous mélangez beaucoup de choses, tous ». Un apprenti devrait pouvoir souffrir la contradiction, la rechercher même… Sinon il se ferait appeler « Le Maître », et ce serait beaucoup, beaucoup moins sympa…

  13. L'Apprenti Says:

    Non, Marc, je ne vais pas accepter tes excuses, je trouve bien au contraire extrêmement sain qu’un débat naisse sur ce blog et tu n’as pas à t’excuser d’en être un des instigateurs. Je suis virulent, c’est vrai, et je continue à l’être.

    Je pense que réfléchir en termes de diffuseurs traditionnels ou de schémas économiques traditionnels est une erreur. Nous avons la chance d’être en plein coeur d’un séisme social où tout est en train d’être remis en question, aucune approche classique n’a plus de raison d’être pour-soi.
    Il faut réfléchir à de nouvelles sources de financement et de diffusion. Une question a été soulevée à l’époque où le communautarisme commençait à se généraliser sur le net: vaut-il mieux montrer un objet à 1 million de personnes en espérant toucher son public, ou cibler un public et ne montrer le produit qu’à cette cible-là?

    C’est toute la démarche d’HBO, par exemple. Le principe de la diffusion de niche, est un concept qui n’est pas répandu en France. Tu me rétorqueras que c’est une question de taille du public, qu’une niche « à l’Américaine » justifie qu’on s’y intéresse et que ce n’est pas le cas en France.
    Je ne suis, encore une fois, pas d’accord, mais on dépasse le cadre du simple financement pour entrer dans la question de « à qui adresse-t-on notre travail »? Je préfère mille fois m’adresser à dix personnes susceptibles d’aimer ce que je fais qu’à dix mille qui y resteront insensibles.

    Je comprends la distinction entre « exception » et « identité » culturelle, je comprends vos points de vue mais je continue à penser qu’on peut créer de belles choses en-dehors de ce système-là.
    Vous critiquez le système à l’italienne mais il me semble que de tous les pays européens, les films qui ont reçu le plus de publicité méritée ici ces dernières années, ce sont les films italiens. Et même en admettant que « le Caïman », ou « Romanzo Criminale », pour ne citer qu’eux, soient des exceptions au sein d’un paysage culturel appauvri, je ne suis pas convaincu que le cinéma français puisse se targuer d’autant de réussites de cette qualité dans le même laps de temps.

    Parce qu’encore une fois, et je ne parle plus de télé, même avec votre système de l’exception culturelle, je continue encore à voir et revoir des clones de films « d’auteurs » français chiants, mal écrits, mal tournés et gueulards. Et je ne vois pas où est la justification du système là-dedans.
    Et si c’est un problème de compétence, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi l’argent qu’on investit dans la production de ces films ne va pas plutôt dans un système de formation de cinéastes de qualité.

    Maintenant, vous allez me faire remarquer que les films que je cite sont des coproduction. Parlez-moi d’exception culturelle européenne, d’efforts conjoints pour financer un cinéma et une télévision capables, par les moyens mis en oeuvre (tant financiers qu’au niveau de la réserve de talents dont on dispose en Europe), de concurrencer la « Grande Menace Américaine » (excusez le sarcasme), et peut-être que je vous rejoindrai.

  14. L'Apprenti Says:

    Ah, et à l’égard de Sisyphe, l’humilité de l’apprenti ne doit pas lui faire oublier ses propres opinions. Et mon « vous mélangez beaucoup de choses » n’était que factuel. Je pense que personne ne me contredira sur le fait que beaucoup de sujets sont abordés pêle-mêle dans ces commentaires, sans forcément de lien flagrant entre eux.
    Si je me posais réellement en maître, je ne laisserais aucune place à la discussion. Mais la discussion doit aller dans les deux sens, pas dans un seul.

  15. Isabelle Says:

    Puisque tu parles de cinéma, en dehors de la cinématographie Indienne ( qui soit dit en passant regorge de merveilles) aucune cinématographie non américaine ne peut exister sans le système français. Les films Français sont chiants, mal écrits – quand ils sont écrits- ,mais plus il y en aura et plus on aura de chance de voir émerger un autre  » Persepolis » et plus on pourra les voir en salles. Les réseaux de salles en dehors de la France sont à pleurer…
    Et même si 2007 a particulièrement été catastrophique, j’ai la faiblesse de croire que les films « nouvelle vague 40 ans trop tard et le talent en moins » finiront par doucement disparaître.

    En ce qui concerne les niches à la télévision, faisons en sorte qu’elles existent !!! Ce n’est pas impossible. Tout change et c’est tant mieux, mais sans exception culturelle les chances de réussite sont quasi nulles.

  16. Marc Herpoux Says:

    Je commence à saisir la confusion de ce débat.
    D’un côté se pose la question de la « qualité culturel » (la qualité de ce qu’on regarde), et de l’autre une politique de financement : l’exception culturelle.
    Et c’est comme si l’un était coupable de l’autre. Mais c’est faux !!!
    En quoi enlever l’exception culturelle créerait de meilleurs scénaristes, de meilleurs réalisateurs, de meilleurs producteurs, de meilleurs diffuseurs…

    Il y a un problème de formation en France, c’est certain. Il y a un problème de professionnalisme en France, ça c’est sûr !
    Mais heureusement, il n’y a pas de problème de financement.
    En gros, tu voudrais enlever la seule chose qui fonctionne ici bas – et comme le fait très justement remarquer Isabelle, qui permet aussi à d’autre projet européen (et pas qu’européen) d’exister !

    Mais c’est le pire que tu puisses faire. Supprimer le peu qu’il nous reste !
    Supprimer l’argent qui finance nos projets ne rendrait pas nos projets meilleurs.
    Le mal est beaucoup plus profond.

    Penser que les talents n’ont pas le droit de citer, que la France regorge de créatifs inexploités, qu’il n’y a qu’un petit cercle de privilégier qui s’autofinance pour faire de la merde, alors qu’un océan de chef d’œuvre ne verrait pas le jour… c’est de la mythologie !

    La France a surtout un gros problème d’identité, oui ! La France ne sait pas se servir de son patrimoine !

    C’est quand même chiant de devoir attendre Dan Brown pour qu’existe qu’un thriller sur la Joconde et le Louvre. Et ce qui fait encore plus pitié, c’est de voir ensuite toutes ces chaînes de télé pomper médiocrement un filon mystico-biblique pour en faire d’ignobles rejetons à peine regardable.
    Pourquoi le font-ils ?
    A question idiote, réponse idiote : Parce que les américains l’ont fait avant, et que c’est un succès international. Et si les américains l’on fait, alors nous, on peut le faire. Mais si les américains ne l’ont pas fait… alors là, ça risque de ne pas marcher. Le publique risque de ne pas venir.
    C’est à pleurer de médiocrité… mais c’est un problème de confiance en soi, c’est tout.
    On s’aligne, tout le temps. C’en est devenu notre mode de fonctionnement. On n’innove pas, on s’aligne…

    Grossièrement, il y a deux sources d’inspirations dans notre cinéma :
    – L’excellente formule d’Isabelle : “La nouvelle vague 40 ans trop tard et le talent en moins”
    – Et j’ajouterais : “Le cinéma américain avec 10 ans de retard, et l’argent en moins”

    Quand on aura accepté de « dépasser » cette fichu « nouvelle, nouvelle, nouvelle vague » qui n’en finit pas, mais qu’on arrêtera aussi de faire du sous-cinéma américain, alors la France aura peut-être trouvé son créneau, son truc à elle (c’est le cas du cinéma coréen, du cinéma japonais, du cinéma anglais, du cinéma italien…)

    On peut ne pas aimer Amélie Poulain, mais moi je trouve que ça a de la gueule Amélie Poulain. Y a une vraie écriture, et c’est bien de chez nous !
    Hier soir je me suis rematé Ridicule de Patrice Leconte, et je me disais, si tout le cinéma français avait cette classe, qu’est-ce que ce serait chouette (bon scénar’, bonne mise en scène, bonne prestation, belle lumière, etc.), un sujet bien de chez nous, dans une langue bien de chez nous – les dialogues sont superbes, les personnages attachants, les scènes originales… et ça dit quelque chose sur notre époque avec un sujet qui se passe au XVIIIéme…

    C’est ça que j’attends pour l’avenir (en tout cas, c’est comme ça que je pense ma propre création) : Ridicule ou Amélie ne cherchent par à reproduire la nouvelle vague. Ridicule ou Amélie ne marchent pas sur les plates bandes américaine. Ridicule ou Amélie cherchent à faire un cinéma français original…
    … et ce que je dis là n’a rien à voir avec l’exception culturelle !
    L’exception culturelle n’étouffe en rien notre créativité. L’exception culturelle ne fait que révéler qu’on en a peu… mais à qui la faute ?!
    C’est ça la question qu’on devrait se poser !

    Par pitié, ne tuons pas notre propre mode de financement, ce serait se tirer une balle dans le pied alors qu’on a déjà du mal à avancer.

  17. L'Apprenti Says:

    Ah voilà!!
    Le débat aboutit! Je te rejoins entièrement et tu me rejoins également, nos deux pensées se rencontrent pour qu’en émerge une troisième, plus précise et complète.
    Formidable! Je peux sortir de ma mauvaise foi argumentative et reconnaître ma confusion (qui n’a échappé à personne, je le sais bien) entre exception et identité culturelle.

    J’adore voir la pensée en mouvement, j’adore!

  18. Isabelle Says:

    « La France a un gros problème d’identité. » Il est tellement gros, qu’il existe aujourd’hui un ministère qui s’en charge avec comme commander in chief un adepte de la 2ème catégorie de films français « Le cinéma américain avec 10 ans de retard, et l’argent en moins”. Malheureusement, il ne s’agit pas que de films…
    L’exception culturelle est politique et nécessaire. Notre responsabilité d’auteur est éthique et tout aussi nécessaire. On ne peut ignorer ni l’un, ni l’autre. Voulons-nous des films qui nous ressemblent? Pour qu’un film nous ressemble, il faut d’abord qu’il soit fidèle à l’identité de son (ses) auteur(s). Voulons-nous une société qui nous ressemble? Pour qu’une société joue son rôle, elle se doit de se nourrir de toutes les différences…

    Et qui fait le lien, raconte, conteste, dénonce ?

    😉

  19. Jo Ann v. Says:

    (En aparté, Joyeux Noël collègue ! :-))

  20. Frédérik Says:

     » Crois-tu sincèrement avoir un jour, en France, un projet qui puisse rivaliser avec les entrées de Titanic ?!  »

    😀
    Bienvenue Chez Les Ch’tis !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :