La nature de la fiction

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Qu’est-ce que la fiction ?

Je pose cette question d’allure anodine parce qu’en général, quand je dis ce que j’en pense, je rencontre des regards réprobateurs et des opinions contraires.

A quoi bon raconter ce que l’on vit chaque jour ?

Je pose cette question parce qu’une certaine fiction contemporaine m’apparaît souvent comme une succession de lieux communs nombrilistes tirés de l’expérience du monde bourgeoise d’une certaine classe moyenne qui fait des films et se regarde les faire ou se regarde raconter sa vie. Comme tous les gens de ma promo du bac, j’ai bien suivi les cours sur l’onanisme  l’autobiographie et bouffé des Confessions rousseauistes jusqu’à l’écoeurement et, rejet ou simple incompatibilité de caractère, j’exècre tout ce qui touche à l’auto-fiction. Et je ratisse large.

Pour moi, n’est pas fiction ce qui rentre dans la définition: moi, ma famille, mon milieu. Ce n’est pas digne d’intérêt, ça ne questionne pas mon monde, ça ne lui apporte rien, ça ne s’évade pas, ça se contente de grouiller dans sa flaque d’eau comme une portée de têtards faméliques et malchanceux.

Pour moi est peu digne de cinéma ce qui ne joue pas avec les codes et les conventions visuelles ou ce qui relève de la réalité quotidienne (les plans fixes sur une banquette de brasserie, les plans dans des bagnoles qui respectent les limites de vitesse, les scènes de restau, les repas de famille…). Si je veux de l’ennui, j’en ai à foison en descendant dans ma rue. Si je vais au cinéma, si je mets 10 euros dans une location de fauteuil, que je me tape la queue, les gens bruyants, les Coca à 3 euros, c’est pour en prendre plein la vue, pour que ma conception du monde soit bouleversée, pour que mon baromètre émotionnel s’affole.

Pas pour des petits sourires, des yeux qui restent secs, des bâillements ou des images convenues.

Toute histoire qui n’est pas suffisamment couillue au plan visuelle devrait être une pièce de littérature, toute histoire surchargée de dialogue devrait être une pièce de théâtre, toute histoire nombriliste devrait être une vie, pas une pièce de fiction.

A mon sens, la fiction est là pour bousculer l’ordre établi et/ou faire rêver et/ou être spectaculaire. Au sein de la fiction, il existe différents médias et chacun de ces médias a des caractéristiques qui doivent être exploitées: le style et la forme du texte en littérature, le dialogue et la mise-en-scène au théâtre, l’image et le son en audiovisuel.

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14 Réponses to “La nature de la fiction”

  1. Edmond Tourriol Says:

    Tu sais, le théâtre aussi, c’est cher.

  2. sally Says:

    Je suis de ton avis mais je comprends que d’autres suivent une autre voie, après quand une oeuvre m’apparait nombriliste c’est de mon avis surtout un manque de talent.
    Quand j’écris c’est pour m’évader justement, aller plus loin que les limites de ce corps et partager avec mes personnages leurs aventures forcément extraordinaires…
    Il y a juste une petite phrase qui me turlupine, celle qui dit que bien souvent la réalité dépasse la fiction et j’essaie de la garder en tête quand je crains d’aller trop loin:)

  3. Marc Herpoux Says:

    Bon, mais alors… Persepolis?
    Oui, je sais, c’est un dessin animé…
    … mais c’est autobiographique, non?!
    Bon pis, ça a beau être un dessin animé… c’est nombriliste quand même un petit peu…
    Et La Môme, alors? C’est pas « autobiographique », d’accord. Mais c’est « biographique » quand même!
    Et « Une femme sous influence » de Cassavetes?… Ah, ah, là je touche un point sensible! Non, y a rien d’autobiographique! Non, y a rien de biographique non plus! Non, c’est pas un dessin animé. Non c’est pas une reconstitution historique, non y a pas d’effet spéciaux… pire! la majorité du film se passe dans une baraque à la con…
    … mais la vache, qu’est-ce que c’est humain!!!
    Comment ça tu t’es fait chier?!?

  4. phil Says:

    encore une fois il me semble que tu poses la question du point de vue, et surtout de la vérité. ce qui est une faute pour un auteur c’est la complaisance, le manque de point de vue qui n’élève pas l’expérience personnelle au rang de vérité, d’être englué dans une perspective molle. ton post m’a fait penser à Henry Miller que j’adore et pourtant beaucoup de sa vie passe dans la moulinette de son extravagance. sa vie m’intéresse du fait du regard qu’il pose dessus. une autre question est : en quoi une fiction est plus vraie que l’expérience quotidienne.

  5. Opportune Says:

    J’ai un peu le même point de vue quant à la fiction, mais côté bouquins (puisque c’est mon taf, haha). Ce que tu dis peut s’y appliquer.
    J’aime quand un bouquin me retourne, c’est pourquoi je lis très rarement d’auteurs français, à cause justement de leur tendance à l’autofiction ultra-nombriliste qui n’est pas sans rappeler un certain type de cinéma, français of course.

  6. sally Says:

    Quel est le dernier film qui t’as bouleversé?
    Pour avoir une idée plus précise…

  7. Anaël Says:

    C’est difficile de répondre, peu de films me bouleversent vraiment. Beaucoup me plaisent, mais combien sortent du lot ?
    Heavy Metal
    M’a touché et continue de le faire chaque fois: Almost Famous malgré une assez piètre réalisation,
    Me touchent et me redonnent foi dans le cinéma les films de Wong Kar Wai et de Mike Figgis et certains Jarmush.

    Mais dans les films que j’ai vus récemment, rien. Penelope a été une vraie surprise et a bouleversé ma conception de la romcom, le reste a été conforme à mes attentes, pas désagréable, mais pas transcendant.

  8. sally Says:

    Wong Kar Way fait aussi partie de mes cinéastes préférés, de ceux qui détiennent la grâce…
    Dernièrement j’ai été touchée par There will be blood, La nuit nous appartient, les films de Innaritu et La vie des autres…
    Mais point de transcendant (ce que je recherche aussi), je crois que seuls les chef d’oeuvre ont ce pouvoir et peut être qu’avec l’âge devient on plus exigeant ou plus aigri, ce qui n’est vraiment pas souhaitable et à combattre absolument…:)

  9. Anaël Says:

    A mon avis, l’âge nous rapproche surtout de la mort, et donc de sa conscience, et donc de l’angoisse et du désir d’échapper à cette conscience (désir qu’il faut combattre absolument), donc de la recherche de la vérité, ou d’expériences qui nous fassent oublier notre mortalité. Passer 2h de sa vie à aller voir une daube, ça fout les boules.
    Je pense qu’on se prend la tête pour pas grand chose, moi le premier, mais moi ça m’amuse, après tout, ce ne sont que des films.

  10. Nicolas Says:

    moi j’aime bien les petits sourires au cinema…. genre Amelie Poulain, c’est un film basé que sur ce genre de petits sourires, et j’ai trouvé ça très bien.

    Peut-etre que je n’ai pas assez de petits sourires dans la vie – ça c’est une autre histoire, mais en tout état de cause, je n’attends pas d’un film qu’il révolutionne le monde à chaque fois.

    S’il m’a fait passer un bon moment pendant 2h, je ne suis pas mécontent. Si mon niveau d’exigence était plus élevé, je n’aimerais qu’une poignée de films, ce qui est pénible quand on aime regarder des films.

  11. sally Says:

    Amélie Poulain, c’est aussi (surtout…) LA très belle rencontre entre un scénariste et un réalisateur!

  12. dulle Says:

    Je ne suis pas d’accord, mais j’arrive après la bataille…
    Et les scènes de dîners de Pialat alors? C’est intense, c’est fort, c’est bouleversant et ça nous en dit beaucoup sur la nature humaine…Et les films « bourgeois » de Sautet…magnifiques…

  13. Philicare Says:

    Bonsoir,

    Oui… Ça frise quand même un peu le despotisme, la fin de ce post… On ne choisit pas le médium où l’on va exceller… J’aurais voulu être peintre, il n’y avait pas un tableau chez moi… Alors quand j’écris, j’essaie de peindre un peu… Quelle est la loi (artistique ou autre), quel est le précepte dictatorial qui pourra m’en empêcher ?

    Donc, les « devrat », « devrait », « devrait », je m’assied dessus sans complexe. D’autant que c’est justement l’impossibilité de faire (au sens noble du terme) quelque chose dans un médium particulier qui a, très souvent, généré une œuvre originale et forte.

    Et puis les grands artistes ne font que parler d’eux-mêmes. La seule différence, c’est que chez eux, et c’est peut-être pour cela qu’ils sont grands, ça ne se voit pas.

    On devrait apprendre à aimer tous les jours. Je suis triste pour vous que votre capacité à l’émotion se flétrisse. Personnellement, je ne pense pas que ce soit une marque d’exigence. Le temps rétrécit les neurones, c’est tout.

    Bien à vous et bonne chance,

    Philicare

  14. Anaël Says:

    Je n’empêche personne de faire ce qui lui chante, je pose des questions et j’apporte mes réponses. Et je suis ravi que vous vous asseyiez sur mes impératifs, qui ne valent que pour moi dans mon monde avec les limites que je décide d’y mettre.
    J’ai adoré American Buffalo (le film, je ne connais pas la pièce) et pourtant ce n’est rien d’autre que du théâtre filmé. Je pose des questions pour essayer de comprendre où je vais et profiter de l’expérience de chacun pour m’aider à y voir plus clair. Je ne donne pas de réponse définitive. Je pense qu’il est dommage de faire de l’audiovisuel si c’est pour n’être créatif ni dans le visuel ni dans le sonore, si c’est pour faire ce que la littérature pourrait mieux faire, ou le théâtre, ou la peinture… qui, au demeurant, n’est pas une forme de fiction.

    Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de tableau chez quelqu’un qu’il ne peut pas devenir peintre, il n’y avait pas la télé chez moi, ça ne m’a pas empêché de vouloir devenir scénariste ; bon, romancier d’abord, soit, mais tout métier s’apprend, le scénario comme la peinture. Sauf votre respect aucun écrit ne sera jamais une peinture ni aucun tableau un récit (et ne me citez pas La Jeune Fille à la Perle qui utilise un tableau comme prétexte à un récit).

    Je n’ai pas arrêté d’être ému, je ne suis simplement pas bouleversé par les films que je vois, c’est différent. Je ris, je pleure, j’aime, je hais, sans problème. Je constate simplement que ces films sont vides. Qu’il n’en reste rien passé l’heure et demi d’émotions, c’est comme les montagnes russes. Vous avez plein d’adrénaline quand vous êtes dessus et une fois sorti, il ne reste rien. Ça n’enlève pas votre capacité à ressentir l’adrénaline que de constater ça.

    L’exigence elle est d’abord pour moi, justement pour lutter contre le rétrécissement des neurones, pour rester conscient de ce que je fais. Parce que je ne veux pas écrire des choses vaines, je ne veux pas ajouter de l’absurde à la société. La fiction est un vecteur de sens, son rôle est de donner des pistes aux hommes pour qu’ils deviennent de meilleurs vivants.

    Quant aux grands artistes, ils ne parlent pas d’eux, ils parlent du monde dans lequel ils vivent et c’est ce qui fait toute la différence. Et s’ils sont vraiment grands, je vous rejoins là-dessus, ils ne le montrent pas. Et s’ils sont vraiment très grands, ils parlent même de l’humanité et leur message vaut pour tous les hommes à toutes les époques. Mais ceux-là sont vraiment peu nombreux. Ce sont les Balzac, Hugo, Heinlein, Asimov, Shakespeare…

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