Les doutes

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A quoi bon écrire de la fiction? Ne vaut-il pas mieux faire médecin, ou prof, ou menuisier, participer à la société de manière évidente et concrète?

C’est marrant comme la vie a le don de nous envoyer des réponses pile quand on se pose des questions. J’en étais là, à me dire que ça rimait à rien de raconter des histoires quand j’ai décidé d’ouvrir le bouquin de Bradbury dont je vous parlais la dernière fois. Et paf, je tombe sur un texte qui s’interroge sur ce qui fait que la SF n’est pas reconnue (à l’époque et aux États-Unis, où les choses ont changé, pas comme en France où, paradoxalement, le temps a fermé les esprits, il n’y a qu’à voir le nombre de publications de SF dans les années 70/80 et comparer avec aujourd’hui). Et le voilà qui explique que la SF est importante parce qu’elle pose des questions et propose des réponses (même si les questions sont peut-être plus importantes que les réponses). Alors voilà, raconter des histoires c’est bien parce que ça permet de suggérer des solutions aux problèmes de la vie, de la société, etc.

Seulement aujourd’hui, quand je regarde ce qui se fait, je me demande où est le sens. J’en reviens à mon nombrilisme, pas seulement l’apanage des Français, et je me dis que c’est bien là l’origine de mes doutes. Je regarde et rien ne se passe, aucune révélation en moi, aucun écho, même ténu. Juste l’indifférence. La télé éteinte, les lumières rallumées dans la salle, je retrouve mon état d’avant le film. J’ai ingéré quelques images de plus, quelques sons, mais je me sens pas différent. Je n’ai rien gagné, rien perdu, j’ai juste passé le temps.

Et ma question dépasse le simple métier d’auteur, j’ai envie de demander à quoi bon vivre si c’est pour passer le temps entre naissance et mort? Si ce n’est pas pour s’interroger, s’améliorer sans cesse, remettre le monde et l’ordre établi en question. On ne peut pas s’endormir sur nos lauriers. Marianne titre cette semaine sur la pensée unique. On ne peut pas se contenter de la pensée unique. La fiction doit questionner la pensée unique, doit bouleverser l’ordre établi. La première question d’un auteur n’est-elle pas « Et si…? » Quelle fiction aujourd’hui pose ces questions? On donne un état des lieux, on fait un constat. Iron Man, pardonnez la référence américaine, dit qu’il faut des justiciers, elle ne propose pas d’alternative, et c’est ce que fait la fiction américaine depuis une petite dizaine d’années, parlez-en à Marc, il a des choses passionnantes à dire là-dessus.

La fiction française, pas mieux, c’est la crise de la foi en l’avenir et pire, en le présent. Regardez Deux Jours à Tuer, c’est le climax de cette phase de questionnement. On étouffe, on ne s’épanouit pas, on ne sait plus comment s’épanouir. C’est un fait. On tâtonne, la vie est devenu une série de tâtonnements. C’est le moment de faire la révolution, et la révolution commence dans les esprits. C’est bien, on a fait un état des lieux, mais maintenant il faut dépasser le constat et proposer autre chose. C’est le rôle de la fiction de montrer les alternatives, de faire réfléchir les gens, de les pousser à la philosophie et à l’action.

Je ne veux pas d’une fiction passéiste (Mai 68 en force), ni d’une fiction-état-des-lieux, c’est fini de regarder nos nombrils, il est temps de relever la tête et de ruer dans les brancards. Bousculons un peu les esprits, revenons à l’effervescence, et s’il faut abandonner les réfractaires sur le bord de la route, faisons-le, bordel! Arrêtez de signer pour des séries qui ne proposent rien au monde, arrêtez de signer et proposez mieux, proposez ce qui vous tient à coeur, racontez vos envies d’un autre monde, montrez-les, ouvrez les consciences plutôt que de nourrir l’auto-satisfaction, le défaitisme, la pensée négative et l’auto-apitoiement. J’en crèverai peut-être de faim mais je refuse de signer pour ces programmes dont on nous abreuve. Je m’en fous, je suis orgueilleux et c’est très bien. Marre de taire mes idées.

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3 Réponses to “Les doutes”

  1. sally Says:

    Encore un beau billet d’humeur… plein de criante vérité!
    C’est une question que je me pose aussi, régulièrement, surtout quand je suis devant les infos et particulièrement en ce moment…
    Certains en on fait des livres, je pense à Daniel Mermet que j’adore (et c’est peu dire).
    J’ai lu hier (depuis le temps) « Le combat ordinaire », pareil, je crois que la bd permet une liberté qui n’existe pas à la télé.
    Sinon, d’autres y arrivent, je pense à Marc que tu cites, avec « L’embrasement », alors pourquoi pas toi?

  2. dulle Says:

    Oui moi aussi j’aime beaucoup ce post et ton blog d’ailleurs en général.
    Et Sally, j’ai aussi adoré « Le combat ordinaire ». j’ai eu l’idée d’adapter une bédé pour un unitaire pour la téloche … Une histoire d’amour et de cul entre deux très vieilles personnes. Super joli récit, mais j’ai fait un bide ;-). hou là, mais je squatte là, sorry Anaël…

  3. Phil Says:

    Quand les enjeux sont d’une telle importance, il faut parler clairement.
    1/ les histoires sont elles vitales pour l’humanité ? Oui elles ont le pain du coeur et de l’esprit. On peut en discuter 100 ans, le nier mais c’est un fait
    2/ les histoires qu’on nous sert sont elles en majorité des histoires tronquées, tricheuses, fades devant lesquelles on ne vibre pas ? oui, en majorité. Inertie, peurs, systéme sclérosé, pourvoir des financeurs, diffuseurs.
    3/ faut il en tant qu’auteur se fixer de donner au public des vraies histoires ?oui, bien sur cette ambition est la seule légitimité de ce métier qui n’est solitaire que dans son exercice, mais ouvre par nature sur la multitude.
    4/ et pourtant quelque chose me gêne dans ce post et dans celui où tu dis que la vérité est  » nous sommes nés, nous allons mourir » et que les histoires sont des mensonges à raconter avec sincérité. C’est là le coeur du sujet. Nous ne sommes pas nés, nous n’allons pas mourir. C’est ça l’essence de la vie. Je ne vais pas me transformer en maître zen, mais peut être que la forme de tes questions sur la fiction tient à la forme de ta vision de la vie. De ce que tu es profondément, de ce que nous sommes au delà de nos unités. L’universalité de la vie sous toutes ses formes et individualités, c’est la source et le delta de toutes les histoires. C’est pour ça qu’elles sont si importantes. et qu’elles doivent être vraies.
    j’ai été long, ne m’en veux pas, il n’y a que de l’amour dans ce post mon ami !!

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