Passage à l’acte

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Après plusieurs longues et éprouvantes semaines de doutes et d’atermoiements auprès de ses amis, d’une solitude pas toujours salutaire, l’apprenti scénariste aperçoit le bout du tunnel. La lumière lui redonne goût à la vie, à l’écriture, et foi en ses compétences. Il danse à la manière d’un leprechaun ivre au son d’un violon irlandais mal accordé, et se lance tête la première dans l’action. La fin de la pensée, le début de l’action, la solution est là. Dans le faire. Le mental est un ennemi quand on ne l’a pas tout à fait dominé.

Une rencontre avec un producteur qui s’avère être un mentor déguisé donne des pistes au scénariste en lui disant enfin avec des mots qu’il peut immédiatement comprendre ce qu’on lui dit de biais et ce qu’il sent intuitivement depuis trois ans: la formation universitaire est ton ennemie. Le scénario n’est pas affaire de thèmes comme tu le croyais, ce n’est pas une affaire de théorie, c’est une affaire de ressenti. Va chercher dans ton corps, pas dans ta tête, les manières dont vont agir et réagir tes personnages, simplifie tes idées à outrance, parce que ta tendance, à toi, est à la complication spontanée. Fonce, tête baissée, comme le dit Bradbury (quelle rencontre celle-là, aussi!), l’écriture est comme un lézard en danger, elle traverse la plaine en un clin d’oeil.

La réflexion, se dit-il, est une ennemie. Elle s’autoalimente et enferme la vie dans une cage plutôt que l’aider à s’envoler. Ne pense pas.

Bradbury dit encore: je n’ai jamais vraiment réfléchi à où j’allais, j’ai passé ma vie à faire des choses et voir où elle m’amenaient, à comprendre après coup. (« I have not so much thought my way through life as done things and found what it was and who I was after the doing » in. « Drunk and in charge of a bicycle », Zen in the art of writing)

Il est temps de passer à l’acte. Finir le travail entrepris sans chercher à le parfaire a priori. Ne pas se soucier outrageusement d’un thème qui finira par ressortir de lui-même. Ou pas, parce que la vie n’est pas une affaire de thématiques, c’est une affaire de mouvement et de ressenti. La vie c’est le chaos et toute l’histoire de la pensée n’est qu’une vaine tentative d’y mettre de l’ordre.

Alors la route sera longue parce qu’on ne se débarrasse pas innocemment de 5 années d’études supérieures, surtout quand quatre d’entre elles se sont faites dans des départements de philosophie. Mais déjà, le passage en anthropologie était mû par une insatisfaction vis-à-vis du caractère abstrait de la philosophie, une volonté de se rapprocher du monde des hommes qui se confrontent à une réalité bien concrète où le Da-Sein, les impératifs catégoriques et la téléologique dialectique hegelienne sont d’incompréhensibles fantaisies. La philosophie devient intéressante quand on cherche un sens à la vie, comme la religion, mais en général, elle apporte des réponses à celui qui s’est déjà frotté au monde et qui a déjà des idées à valider ou à consolider.

Quand on est un jeune bachelier plein d’incertitude sur ce qu’est la vie, sans grand repère autre que sa cellule familiale à cause des nombreux déménagements, elle contribue à alimenter l’idée que la vie est une absurdité, que toutes les visions du monde ont leur validité et qu’au fond, tout ça n’est qu’une grande jungle et que nous essayons tant bien que mal de nous en sortir avec la seule arme que la nature nous a donnée: la pensée réflexive.

Il est temps, maintenant, pour l’apprenti scénariste, de charger son balluchon sur son épaule et de quitter le monde des idées pour celui de l’agir, de quitter la théorie pour la pratique. Et de voir ce qui naîtra de ce nouveau périple.

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7 Réponses to “Passage à l’acte”

  1. sally Says:

    oh la la, je la connaissais pas celle là : l’écriture comme un lézard en danger…génial!
    Ravie de te voir reprendre du poil de la bête 🙂

  2. phil Says:

    tu dis j’ai mal et nous disons nous t’aimons, car ta douleur nous l’avons éprouvé ou l’éprouverons tous, et toi tu la dépasses pour voir la vie en grand, sans à priori. je suis heureux pour toi, si tu te sens plein de faim pour la vie à découvrir, et je suis heureux tout court, parce que je sais qu’un jour l’une de tes histoires sera si forte, si belle, si vraie qu’elle deviendra une légende et qu’elle nous aidera à vivre. Les histoires sont plus de vie, elles en sont la perle, elles sont en nous autant que nous en elles. IL FAIT BEAU, chouette !!

  3. JC Says:

    Bon, en résumé, t’arrêtes de te toucher et tu te mets à plancher, c’est ça ?

    😉

  4. Frédérik Says:

    Cet homme est d’un vulgaire… :p

  5. Michel Says:

    Vulgaire, c’est vrai, mais JC a raison : rien à dire, « un con qui marche ira toujours plus loin qu’un philosophe assis. »

  6. Photoelectrically Says:

    Somehow i missed the point. Probably lost in translation 🙂 Anyway … nice blog to visit.

    cheers, Photoelectrically!!

  7. Comment mes mentors m’ont aidé à devenir écrivain « Dramaturgie et scénario Says:

    […] Comment les bonnes rencontres m’ont aidé à reprendre du poil de la bête […]

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