Coaching

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Pourquoi avons-nous, en France, où abondent les script doctors et les agents, si peu de coaches d’écriture?

Le concept peut faire sourire, il repose sur le constat simple que toute vie d’auteur est traversée par des phases de doute (à peu près à chaque nouveau projet, à peu près à la moitié de chaque nouveau projet et à peu près aux 2/3 de chaque nouveau projet. Oh, et sans doute à peu près six mois après avoir posté chaque nouveau projet une première fois). La majeure partie de son temps, l’auteur la passe seul, et c’est un piètre réconfort que de pouvoir cracher sur le système avec ses petits potes auteurs qui passent par les mêmes phases. C’est un encore plus piètre réconfort d’en parler à des amis qui ne connaissent rien aux tribulations du métier d’auteur.

Non, ce qu’il faut dans ces cas-là (où généralement on se sent comme une sous-merde incapable d’aligner trois mots de manière à créer du sens ou de la beauté), c’est quelqu’un qui à la fois sache ce par quoi l’on passe pour l’avoir déjà vécu lui-même, et qui nous donne très pragmatiquement des « missions », nous assigne des objectifs d’écriture, parce que dans ces moments-là plus que dans n’importe quels autres, il faut persévérer, de ne pas se disperser (la tentation est grande de se lancer sur un nouveau chantier, qui arrivera aux mêmes écueils). D’où l’idée d’un coach. Il y en a plein outre Atlantique où l’on n’est pas aussi suspicieux envers l’idée du développement personnel.

Je n’ai jamais compris cette réticence des Français face aux méthodes de développement personnel, idem pour ce qui est de considérer l’écriture comme un travail, avec ses méthodes, ses outils, ses techniques (et oui ma bonne dame!). Pourtant, nous respectons et recherchons tous l’expérience de nos prédécesseurs, nous enseignons à nos enfants la vie sur la base de ce que nous en avons compris, nous lisons des philosophes et nous lisons de la fiction. Pourquoi sinon pour mieux orienter notre propre vie, pour savoir comment faire, quitte après, une fois les idées intégrées, à les adapter au reste de notre expérience. Le développement personnel, ce n’est rien d’autre que ça, et c’est souvent bien plus efficace (parce que concret) qu’une thérapie psychanalytique ou qu’une analyse sociologique du monde.

Pourquoi ne pas chercher à gagner du temps en prenant les raccourcis défrichés par nos ascendants ? Cela n’a jamais empêché personne de garder son sens critique et ce sont souvent des conseils pratiques tout simples (vous êtes déprimé? Buvez du millepertuis, répétez-vous que vous allez tout déchirer, faites du sport) qui sont les plus efficaces. Mais revenons à nos moutons.

Par coaching d’auteur, je n’entends pas une direction littéraire, ou un correcteur, si nous faisons bien notre boulot, nous sommes capables de nous en occuper, sinon notre agent le fera, sinon notre producteur/éditeur le fera, sinon un ami versé dans la correction le fera. Non, j’entends, comme en sport, quelqu’un qui nous fixe un programme d’exercices et d’objectifs à atteindre, qui nous harangue pour nous motiver, qui nous conseille un régime alimentaire (films à voir, livres à lire, etc.). Pas parce que nous incapables de le faire, mais parce qu’il arrive que nous soyons incapables de nous tenir à ce que nous nous fixons à nous-mêmes. Parce que la solitude peut être pesante, parce que la solitude peut appeler à la facilité, parce que les opportunités qui se présentent sont parfois tentantes même si on est déjà sur cinq projets qui nous prennent 26 heures par jour, et parce qu’on a parfois besoin de ce regard extérieur pour nous éclairer, non pas sur notre travail, mais sur notre manière de nous organiser.

Un coach d’écriture, pour moi, ce serait quelqu’un qui connaît les turpitudes propres à la vie d’un auteur et qui est là pour vous rappeler qu’au bout du tunnel, il y a de la lumière, mais que pour l’atteindre, il faut continuer à avancer et que pour ne pas se perdre, il faut avancer sur la ligne qu’on s’est imposée avant d’entrer dans le tunnel. Ce serait quelqu’un qui ne se substituerait ni à un agent ni à un correcteur, qui saurait être ferme et inflexible, qui dresserait avec l’auteur une liste d’objectifs et qui veillerait à ce que l’auteur les atteigne, qui ne s’en porterait pas garant, mais qui servirait de garde-fou.

Je me demande pourquoi, alors qu’on voit partout fleurir des coach en tout, il n’y en a pas en écriture. Sans doute parce que la culture française est la culture du poète maudit qui souffre plutôt que celle de l’écrivain professionnel qui sait qu’il a un métier et que ça implique une approche terre-à-terre.

Et sur la réticence envers les coaches, je ne dirai que ça: nous vivons dans une société de l’évaluation, notre éducation est faite sur la base d’évaluations successives de notre valeur, la validation ou non de nos compétences se trouve dans un regard extérieur, celui du maître. C’est inscrit dans notre esprit avant même qu’on sache parler. Paradoxalement, la seule validation que reçoit un auteur (avant celle, éventuelle, du public), c’est celle du producteur/éditeur. Mais avant d’en arriver là, il y a une longue route solitaire et silencieuse, on ne fait valider par personne l’écriture des chapitres, la construction d’un univers, d’un personnage. Le coach servirait de borne, de personne vers qui se tourner pour valider le passage des étapes. Tout simplement parce qu’on ne nous a pas ancré dans le corps l’idée que l’autovalidation avait la moindre valeur.

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2 Réponses to “Coaching”

  1. sally Says:

    ça ne me fait pas sourire moi!, car je me posais exactement cette question il y a quelques jours…compagnon d’écriture 😉
    le parallèle avec le sport est très judicieux, évidemment, il nous manquera toujours le côté physique (bien que je reste persuadée qu’une activité sportive régulière est toute indiquée pour un auteur) mais pour ce qui est du mental, on en est pas loin…il y a peu de places et seuls les meilleurs passeront la ligne avec la plus grande des rigueur!
    Et puis quand je vois sur les blogs des scénaristes pro le parcours du combattant qu’ils endurent, si c’est pas sportif ça! Je me demande même si le professionnalisme ne consiste pas à continuer à être en mesure d’écrire dans ces conditions là…d’avoir donc un mental à toute épreuve! En plus du talent, des compétences, du travail bien sûr; est ce bien nécessaire de le préciser!

  2. JC Says:

    Un coach d’écriture…

    Ça peut aussi s’appeler un co-auteur 😉

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