Plus Belle La Vie

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Une fois n’est pas coutume, je laisse un petit mot sur LA série récurrente à la française, celle qui marche et qui déchire tout. Aujourd’hui le millième épisode, des projets comme un univers virtuel (pourquoi « Plus belle la life »? Ca me fait penser à cette jeune femme croisée dans la rue qui hurlait dans son téléphone « Il faut que t’assumes ta life ! »), le passage au 16/9, etc.

Je ne regarde pas Plus Belle la Vie. Le rythme m’exaspère, trop lent. Le jeu des acteurs m’énerve, trop français, trop en retenue. Je préfère le jusqu’au-boutisme des (bons) acteurs américains. Les storylines… non, je n’ai rien à dire sur les storyline, je ne regarde pas la série je vous dis. J’ai connu des gens qui regardaient. Tous les soirs. Et j’essaye de comprendre. Parce que tous ces gens s’entendaient pour dire que c’était mauvais. Pourtant, ils regardaient. L’accoutumance, j’imagine. Pour les autres, ceux que je ne connais pas, y aurait-il un plaisir à retrouver ses personnages favoris, comme, à l’époque, dans Maggy ? Mais Maggy n’a pas fait mille épisodes. Peut-être de nouveaux rapports à la télévision.

Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, de se questionner sur les raisons de cette pérennité et de ce succès, la question de se dire: ce sont ces gens qui décident ce qui marche ou pas, et si ces gens aiment Plus Belle la Vie, puis-je m’entendre avec eux ? Si j’avais du courage, si j’étais un brin plus professionnel, je regarderais la série, un trimestre au moins, histoire de suivre une vraie storyline (oui, j’ai assez souvent suivi les interventions des équipes de scénaristes pour connaître la structure des épisodes!). Mais je préfère m’enfuir. Si c’est ça (et RIS, et Lea Parker, et Avocats & Associés, et, et, et) la fiction française, alors c’est sans moi. Je n’ai pas vocation à changer le monde. Je n’ai pas vocation à priver 5,3 millions de téléspectateurs de leur came pour leur imposer la mienne (The Shield, Mad Men, John from Cincinnati, Diary of a call girl, Doctor who, Pushing Daisies…).

Ça ne vous frappe pas, vous, que les séries que vous adorez passent à des heures impossibles ou sur des chaînes de la TNT hyperconfidentielles, ou sur Canal ? Si elles marchaient aussi bien que Plus Belle la Vie, elles changeraient d’horaire. Regardez House (que je trouve aussi insipide que n’importe quelle série hospitalière). Mais c’est pareil là-bas, au pays mirifique d’Hollywood où les scénaristes peuvent s’épanouir. Combien de projets qui n’existent pas pour un qui surgit sur HBO, une chaîne au public encore plus ciblé que Canal ?

Moi les conclusions que j’en tire c’est que quand je regarde une série pour la jeunesse, même française, je m’amuse encore et j’y prends encore plaisir. Alors je sais où est ma place et c’est tant mieux ! Et je ne peux que saluer bien bas les auteurs de Plus Belle la Vie pour leur millième et leur en souhaiter mille autres, et de satisfaire un public toujours plus fidèle, qui n’est pas mon public.

13 Réponses to “Plus Belle La Vie”

  1. sally Says:

    hum, hum…Plus belle la vie, je ne préfère pas me prononcer;)

  2. JC Says:

    J’étais entièrement d’accord jusqu’à:
    « Regardez House (que je trouve aussi insipide que n’importe quelle série hospitalière) »

    😉

  3. Anaël Says:

    T’es pas d’accord avec le fait que le succès de House l’ait fait passer de la deuxième partie de soirée au prime ou sur le fait que je n’ai aucune affinité avec les séries hospitalières ? :p

  4. sally Says:

    House je regarde de temps en temps, pas accro mais je me marre bien quand même…je ne considère pas que ce soit véritablement une série hospitalière, c’est plus un prétexte à l’intrigue qu’autre chose, parce que moi aussi les séries hospitalières je trouve ça d’un ennui…

  5. Frédérik Says:

     » Je n’ai pas vocation à priver 5,3 millions de téléspectateurs de leur came pour leur imposer la mienne  »

    Et bien si tous les scénaristes pensent ainsi, cela ne m’étonne plus de constater la faiblesse croissante de la fiction française. Tristement, je comprends.

    Vous avez dit ambition ?

  6. Anaël Says:

    Je comprends pas vraiment le rapport. L’ambition ne fonctionne que tant qu’elle s’inscrit dans un monde qui peut lui faire une place. Je constate quels sont les succès de la fiction française et j’en déduis ce qu’aime le public. Force est de constater que ce n’est pas ce que j’aime moi et que mon public risque de ne pas être celui-là.

    Ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas et ça ne veut pas dire que je ne cherche pas à tout casser dans mon domaine à moi. Mais l’ambition implique aussi de cibler clairement ses objectifs et d’être un minimum réaliste. Être un boeuf qui fonce tout droit sans réfléchir, je n’appelle pas ça être ambitieux mais simplement borné.

    Par ailleurs, quand je constate que tous les confrères qui se disaient apprentis scénaristes il y a quelques mois sur les blogs et qui commencent à bosser, tous sont contents d’aller alimenter le système. Et le système ne demande que ça, d’être alimenté. Je ne vais pas me rendre malade pour changer une fiction qui ne veut pas l’être (ni les auteurs, ni le public, ni les producteurs, ni les diffuseurs, personne). Je préfère concentrer mes efforts là où je prends du plaisir, continuer à ne pas regarder ces programmes-là et laisser tranquille le 10e de la population qui prend plaisir à les regarder.

    Mon directeur d’études m’a dit un jour quelque chose de très juste: quand vous écrivez pour la télévision, vous vous adressez à des millions de gens. Vous devez tenir compte de leurs attentes et les respecter. Je respecte le goût des spectateurs pour Plus Belle la Vie, pour Joséphine, et autres. Je respecte aussi mes goûts qui sont autres et je suis persuadé qu’on peut vivre en bonne entente.

    Et peut-être qu’un jour mes créations se retrouveront au stade de PBLV, puisque c’était le sujet initial de ce billet, mais je serai passé par mon chemin et je me serai fait plaisir. C’est la base, ne nous leurrons pas, le plaisir de l’auteur, sinon ça ne sert à rien de faire ce boulot. Je n’ai pas envie de me sacrifier à écrire des trucs qui ne plaisent pas juste pour être scénariste. Si je ne trouve pas ma place (mais je la trouve, vous en faites pas), je changerai de voie. Je n’appelle pas ça du manque d’ambition mais du respect de soi.

  7. Frédérik Says:

    Je ne suis pas tout à fait d’accord.
    Cela n’a pas de sens de parler d’un monde laissant de la place à l’ambition : , ce serait banaliser le concept, elle perdrait alors son sens, je pense. L’ambition c’est la volonté de faire des grandes choses, puis de les réaliser, envers et contre tout. Pourrait-on parler d’ambition dans un monde qui donne sa place à tout, qui rend tout possible ? Non, c’est de la force de bouleverser les choses dont on parle ici, pas de s’inscrire dans un cadre qui favorise nos velléités créatives.
    Je suis jeune et idéaliste et je changerai peut-être une fois que je connaitrai la réalité du terrain, mais en attendant, je pense que si l’on veut changer les choses, il faut faire preuve d’ambition et de persévérance, oui (borné, hein ?). L’audiovisuel avec ses revenus colossaux a amené une fâcheuse tendance dans l’art. En effet, il convient, apparemment, d’écrire pour un public selon ses gouts… Mais ce n’est pas au public de dicter ses gouts à l’artiste ! C’est à l’artiste de d’influencer les idées, les pensées, les gouts du public. Le scénariste échappe à la caste convoitée de l’auteur, libre et influent. En France, le scénariste est castré, soumis, indolent. Et l’on conviendra tous que ce n’est pas de son gré, que c’est le système qui veut ça. Mais les scénaristes ont autant besoin du système que l’inverse. Et c’est là que l’ambition « révolutionnaire » entre en jeu. Nous ne sommes pas dans une si grande position de faiblesse en tant qu’auteur, et il ne tiens qu’à nous de proposer des projets de qualité, qui ne soient pas en phase avec ce que l’on pense être les gouts du public. Le public prend ce qu’on lui donne. Alors donnons-lui de la qualité pour qu’il y prenne gout. Arrêtons de penser que parce qu’il n’aime pas ça ce n’est pas faisable, car l’accoutumance fait que tant qu’il y aura de la merde, il en redemandera, jusqu’à ce qu’on lui mette de l’excellence en face des yeux, et qu’il developpe une nouvelle addiction. Bénéfique pour tous. Donc, les gouts du public ne sont pas un cause de remise en question. Ce n’est pas parce qu’on leur donne de la merde et qu’ils en redemandent que l’on doit soi-même se mettre à écrire de la merde (je parle en général, je ne vise ni les français, ni PBLV).

    Et si les scénariste sont heureux d’alimenter le système c’est d’avantage pour payer leur loyer. Qu’on leur donne enfin l’opportunité d’allier l’utile à l’agréable.

    Pour finir, partons de cette simple considération : si tous les scénaristes de France ne proposaient que de bons projets, excellents de A à Z, on aurait la chance d’éviter des daubes…

    C’est ensuite aux autres maillons de la chaine de production de suivre, mais commençons de notre coté par ce petit geste simple qui est d’augmenter nos exigences et de se montrer ambitieux. Il n’y a que comme ça qu’on avancera, et que la fiction française se renouvellera. Enfin.

  8. Frédérik Says:

    Utopie, quand tu nous tiens…

  9. Anaël Says:

    Je suis globalement de ton avis, mais déjà de ce qu’un auteur trouve mauvais, un autre peut le trouver bon ; donc ton argument de « si tous les auteurs proposaient des bons projets » ne tient pas la route. J’ai lu des myriades de projets merdiques (de mon point de vue) que leurs auteurs trouvaient bons. J’ai aussi lu de bons projets qui ne me plaisaient pas mais qui étaient objectivement bons. Ça c’est autre chose.

    Ensuite, certes, l’ambition est une question de révolutionner le monde, mais il faut choisir quel monde, et il faut choisir pour qui on veut le révolutionner. Je ne crois pas à une vision égocentriste de la révolution qui dise: je vais faire le monde à mon image et merde aux autres. Je fais ma vie à mon image et merde aux autres. Pour ce qui est de révolutionner le monde, c’est trop de boulot pour trop peu de reconnaissance. Et je n’ai pas envie de me battre pour un public ou un système dont je n’ai rien à faire.

    Par contre, me dépasser pour donner le meilleur de moi-même dans un milieu et pour un public que je respecte, c’est autre chose. Partir du constat, disons, que la fiction française est pourrie, et dire: j’arrive je vais tout changer, ça ne me semble pas être ambitieux, juste prétentieux. Parce que c’est d’entrer de jeu se placer au-dessus du milieu que l’on ambitionne de révolutionner et c’est, du coup, éviter de se remettre en question, soi, et ouvrir volontairement la possibilité de faire de la merde à son tour. De la merde différente, mais de la merde.

    Aborder un milieu que l’on respecte, où l’on a le sentiment que les gens font les choses bien, où l’on a plus de modèles que de gens que l’on méprise, et se dire: voilà un milieu épanouissant, je vais devoir me déchirer mais je vais me hisser au niveau de ces types, ça, pour moi, c’est ambitieux.

    Dire d’un milieu qu’il est pourrit dans son ensemble, sans essayer de le comprendre, c’est prétentieux et irrespectueux. C’est clair, c’est plus facile de dire: « ces connards ne comprennent rien à rien » que de reconnaître que « ces gens sont très heureux parce que ce qu’ils veulent c’est ça, ça et ça et qu’ils n’ont pas besoin de moi ». Mais au final, on écrit pour des gens, parce qu’un auteur sans public, c’est un auteur de journal intime. Je n’ai rien contre les auteurs de journaux intimes, mais ils font rarement une carrière professionnelle (et non, les quelques centaines de lecteurs de blog ne font pas une carrière pro).

    Pourquoi a-t-on mis à jour des techniques de dramatisation des récits? Parce qu’on raconte des histoires à des gens, parce qu’on ne veut pas les ennuyer. Pourquoi? Tiens, peut-être bien parce qu’on écrit pour un public.
    Alors certes il faut le surprendre, mais ne nous leurrons pas, s’il n’aimait vraiment pas les programmes, il zapperait. C’est pas comme s’il y avait plein d’autres séries, des DVDs, des activités sociales. Si vraiment PBLV était de la bouse déversée au biberon à un public inerte et inconscient parce qu’habitué à ça, il n’y aurait pas 5,3 M de téléspectateurs tous les soirs devant.

    Et pour appuyer mon argumentation, quoi de mieux que ce foutage de gueule TF1esque qu’a été L’Hôpital et qui a connu une vraie descente en flèche entre ses différentes diffusions. Le public n’est pas stupide, il sait ce qu’il aime, et les quelques centaines de milliers d’intellectuello-maniaco-obsessionnels de séries dont je fais partie et qui ont des goûts élitistes (The Wire, 6 Feet, The Shield et compagnie) ne représentent, soyons-en conscients, qu’une minorité de gens capable, par amour de l’art, de rester debout jusqu’à des heures indues juste pour le plaisir de regarder leurs séries.

    Mais le public change. Les nouvelles techno font qu’on est plus informés, plus tôt, la télé prend de l’âge et a presque atteint la respectabilité. Mais ça reste un sous-média et une sous-culture. La génération des gens nés dans les années 80 est la première génération a avoir vraiment grandi avec la télé, en France en tous cas.

    Et ce public-là va exiger d’autres choses. Et ces auteurs-là vont proposer d’autres choses et quand ces directeurs de programmation-là arriveront dans les chaînes, quand ces annonceurs-là arriveront dans les boîtes de com, alors les choses changeront pour mieux nous correspondre. Mais t’en fais pas, la génération suivante, ou celle d’après, trouvera aussi nos programmes lents et ringards, et râlera du public que nous serons et de ses goûts.
    Enfin, ça c’est si notre société survit jusque là.

  10. Frédérik Says:

    « la génération suivante »

    C’est moi 🙂

  11. Anaël Says:

    Ah, non, désolé, mais c’est plutôt les gamins qui naissent en ce moment.

  12. sally Says:

    Ne pas se trahir… très important, le plus important!
    Quitte à ne pas en vivre, tant pis ya d’autres job pour gagner sa vie…
    ça devrait être un leitmotiv tous les jours, rien que de me le dire, moi ça me procure une grande bouffée d’oxygène 😉

  13. nico Says:

    Discussion super interessante, les gars! Je suis néanmoins plutôt de l’avis d’Anael: si on a pas de respect pour la série sur laquelle on écrit, c’est foutu d’avance. Et je crains que ce soit une des raison de l’échec flagrant des séries française: je crois que personne n’est vraiment motivé pour écrire les aventures de Mimi Mathy. Si j’avais l’occasion d’écrire un épisode de, mettons Dr Who, je serai tellement excité que je rassemblerais tous mes neurones à fond pour pondre un épisode au moins aussi bon que « Blink »! Pour Joséphine, non seulement je n’ai vu que 3 ou 4 épisodes – sans déplaisir, mais sans enthousiasme – mais en plus ça ne m’évoque rien de très excitant: une naine rigolote qui aide des SDF sidéens qui volent de la drogue dans le parking d’un supermarché en banlieue…

    D’un autre côté, je pense qu’il est faux d’affirmer qu’un scénariste est un « Auteur », Artiste avec un grand A. Certes, il y a une part de créativité, comme des publicitaires qui cherchent un slogan ou les hommes politiques qui écrivent leurs discours. Mais la grande liberté absolue de l’artiste n’a pas de sens à la télévision: c’est un média de masse, qui s’impose aux téléspectateurs. L’argument de la zappette n’est pas vraiment pertinent. En fait, la plupart des téléspectateurs sont trop fainéants: ils s’arretent sur TF1, posent la zappette et regardent ce qui passe. Point barre.

    Dans tout ça, il faut essayer de tier son épingle du jeu… et gagner sa croutte. Je fais partie de ceux qui accepteraient un job sur RIS ou PBLV. Satanas que je suis, j’ai quand meme envie de pratiquer le métier de scénariste. Et j’essaierais de faire du mieux que je peux. C’est en définitive, la seule chose à faire: trouver ce qu’il y a de bon dans le médiocre et tirer le meilleur parti des données de départ.

    Personne n’a dit que c’était facile/amusant/gratifiant.

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