La micro-niche

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TimK, un romancier américain autopublié explique pourquoi il veut ne jamais être publié dans un assez long post de son blog.

Son exposé, assez intéressant, avance, études à l’appui, que le désir d’être publié vient du mécanisme psychologique qui nous pousse à être plus satisfait d’un travail ou à avoir plus confiance dans un groupe/une école s’il nous a fallu plus d’efforts pour l’accomplir/y entrer. La valeur serait proportionnelle à l’effort. Un raisonnement qui ne nous est pas étranger, à nous qui soumettons nos personnages aux pires adversités pour leur permettre de changer et de s’améliorer. Quelle meilleure métaphore du mécanisme en question que d’avancer l’idée que pour vraiment apprendre quelque chose, il faut en avoir chié un max ?

Partant de là, TimK ajoute qu’il se moque complètement de « faire partie du club », mais que cela ne l’empêche pas de chercher un modèle économique viable pour son écriture. D’où une étude du concept de micro-niche. Ou de marketing ciblé.
Le circuit classique repose sur d’énormes structures qui doivent vendre d’énormes volumes sur un marché ultraconcurrentiel où les livres passent rarement plus d’une semaine sur les étals des libraires. Ce système n’est viable pour personne, auteur ou éditeur, et n’est qu’une fuite en avant qui pousse les éditeurs à produire toujours plus, à ne plus penser en terme de qualité mais de rentabilité. Pour TimK, ce n’est pas un système intéressant et il préfère vendre à 400 lecteurs intéressés par le type précis de fiction qu’il écrit (d’où le concept de micro-niche) et fidèles (et fidélisés par un suivi comm., des goodies, un service personnalisé) tout en récupérant la totalité des marges qu’il génère sur chacun de ses livres.

La démarche n’est pas idiote et s’inscrit dans la logique actuelle de communautarisme (des communautés se créent autour des auteurs), d’individualisation de la culture, même de masse (qui a dit vod?), et de la recherche de services toujours plus nombreux, plus personnalisés, le consommateur ne veut plus n’être qu’une ligne dans le listing de son fournisseur, il veut inscrire sa consommation dans une relation qui ne soit pas impersonnelle.
En contrepartie, l’auteur devient sont propre éditeur, il doit développer des compétences de vendeur et d’entrepreneur, il doit consacrer une partie de son temps à fidéliser son public, parce que dans une logique de micro-niche, un lecteur qui n’achète pas votre dernier titre, c’est une proportion non-négligeable de vos revenus qui se fait la malle avec lui.

En attendant, plutôt que de jouer à la loterie sur le marché traditionnel, la micro-niche qui consiste à cibler son public à une échelle microscopique n’est pas une alternative dénuée de sens, d’autant plus à une époque où le public prend l’habitude de pouvoir choisir sa propre culture (merci Internet), de suivre le quotidien des artistes (blogs, sites officiels, sites de fans…).
Et si la réflexion vaut pour l’écrit, n’a-t-elle pas aussi sa pertinence dans l’audiovisuel?

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6 Réponses to “La micro-niche”

  1. Michel Says:

    Cela s’appelle la Longue Traine et a été conceptualisé par Chris Anderson – en tout cas, c’est un dérivé.
    Concernant l’audiovisuel, cela s’applique aussi, à ceci prêt que les moyens déployés ne sont pas identiques. Même, si le coût de production peut être considérablement réduit, la production est aussi une œuvre collective, avec de multi-compétences, quoi qu’on en dise. La question est donc encore et toujours dans le rapport entre le coût de prod – en incluant l’énergie déployée / et le retour sur cet investissement. La micro-niche : d’accord. Mais à partir de combien ?

  2. Anaël Says:

    Après information, je n’ai pas le même sentiment, concernant la dérivation Longue Traîne et micro-niche, qui me semblent deux phénomènes liés mais indépendants.
    La Longue Traîne, corrigez-moi si je me trompe, montre qu’Amazon a intérêt à vendre des titres peu populaires parce que la masse de titres peu populaires (plus de titres vendus à moins de personnes) à la fin de la semaine rejoint voire dépasse la masse de titres populaires (moins de titres vendus à plus de personnes).

    L’idée d’ultrapositionnement que propose la micro-niche (i.e. s’adresser à un public bien précis et particulier que l’on aura choisi pour l’adéquation de ses besoins avec notre produit) n’est rentable que parce qu’il y a peu d’intermédiaires sur la chaîne de production – ici un auteur qui s’occupe de tout le travail éditorial en plus de son travail d’écriture – ce qui permet de partager le gâteau (les recettes) en moins de parts, donc de générer des profits à partir d’un plus faible volume de ventes.
    La longue traîne repose sur l’addition de plusieurs faibles volumes pour générer des recettes aussi importantes que les volumes importants, dans un modèle économique traditionnel. Autrement dit, mon entreprise a les mêmes besoins qu’une entreprise classique mais plutôt que de tout miser sur dix titres populaires, je mise sur cent titres moins populaires dont les revenus, mis bout à bout, me rapporteront autant/plus que les titres populaires.
    L’autoédition ciblée dit: je fidélise quatre-cents clients autour d’un seul produit mais je limite les besoins de mon entreprise en diminuant les coûts et en distribuant les marges à moins de monde.

    Ca m’apparaît très différent, même si les phénomènes sont liés et que l’Internet permet plus facilement de trouver ces quatre-cents clients qu’à une époque où les communications étaient lentes et laborieuses.

    Concernant l’application en audio-visuel, c’est plus sur la notion d’ultraniche que je m’interroge que sur l’autoproduction. A savoir, est-il possible de marketer une chaîne (voir mon poste sur la fabrication des marques) de manière rentable en ciblant un public très précis. Il me semble que c’est ce que fai(sai?)t HBO. C’est un peu le cas de NerdTV ou GameOne.

  3. Michel Says:

    Tu as raison – même si ces phénomènes sont liés – s’ils sont « cousins » en quelque sorte, ils sont différents.

    Sur le fait de marketer une chaine : je suis d’accord avec ton analyse. Lire aussi le livre « La fin de la télévision » de JL Missika – c’est exactement cela : une parcellisation de la demande et de l’offre de plus en plus fine.

    Mais le problème réside aussi dans le fait de passer du stade artisanal/marrant (cf. NerdTV) à une plus grande qualité. Au final, l’audiovisuel reste une industrie, à moins de vouloir consciemment se restreindre à un certain type de concepts. « Le Projet Blair Witch » en est l’exemple « ultime »- et peut-être même paradoxal. La vraie difficulté vient donc d’arriver contourner ces contraintes, à les utiliser, dans la production de projet qui dépasse les films de genre. HBO a produit certes les Soprano (la plus grande série de tous les temps), mais nous ne pouvons pas parler ici de niche à proprement parlé.
    A priori, je crois que le premier type de « produit » à pouvoir dépasser ces clivages, c’est le documentaire.

    De toute façon, c’est toujours un triple rapport qui prévaudra : investissement-coût de production/public potentiel, avec, en plus, la volonté non pas de faire fortune, mais simplement de faire, tout simplement… Ce dernier point change tout.

  4. Le Branding ou l’art de s’auto-étiqueter « Dramaturgie et scénario Says:

    […] Hier, j’y ai pensé en tombant sur Neuf Mois et je suis sûr d’avoir déjà abordé la question. A l’heure de Youtube et à la veille de la disparition de l’hertzien, il me semble […]

  5. Talents Says:

    Bonjour

    L’auto-édition – c’est avant tous la mise en avant d’un auteur.
    Un auteur qui s’est beaucoup investi dans ses écrits. Cette passion qui est trop souvent déçu par l’édition traditionnelle. Ou trop souvent la rentabilité prime. Ou trop souvent la notoriété d’un nom est synonyme de publication.

    Un modèle économique en pleine refonte qui va bouleverser le monde de l’édition. Comme cela est déjà en train de se produire pour le modèle économique de la vente de produit musicaux.

    Frédéric

    • Anaël Says:

      Personnellement, je ne crois pas du tout à l’auto-édition comme modèle fiable de création de contenu de qualité. Il me semble nécessaire de faire intervenir dans le processus de création un regard extérieur et avisé, capable de couper et corriger ce qui doit l’être. Trop d’auteurs auto-édités ne sont pas capables de faire la distinction entre leur ego, leur attachement émotionnel à leur travail et la qualité de ce travail. Je ne dis pas que tous les éditeurs traditionnels éditent de la qualité ou font un bon travail éditorial mais je pense qu’ils ont un rôle indispensable à jouer dans le contrôle de la qualité des oeuvres.

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