Oubliez vos trois actes

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S’il y a une chose que j’apprends en lisant des scénars, c’est qu’il faut oublier toutes ces notions avancées sur la structure scénaristique. Ce qui compte avant tout, c’est de se souvenir qu’une histoire, c’est une succession d’événements liés par la logique.
Autrement dit, vous allez du point A au point Z parce que vous déroulez l’alphabet ou vous additionnez 2 et 1 parce que vous voulez arriver à 3. Il vous faut un objectif, il vous faut des personnages qui aient une raison d’avoir cet objectif et vous ne devez jamais perdre de vue que toute action a des conséquences et que c’est encore plus vrai dans les histoires que dans la vie.
Ce qui signifie qu’on ne peut pas mettre en place une situation sans penser à ce qui va en découler, qu’on ne peut pas non plus se contenter de faire se succéder des scènes sans qu’elles aient un étroit rapport avec la ligne directrice qu’on s’est fixée (et qui s’étend quelque part entre l’objectif du personnage et l’objectif du scénario).
Quand vous construisez, demandez vous « et alors? » après chaque action, comme dans « qu’est-ce que cela déclenche? qu’est-ce que cela provoque? quelles sont les impacts de cette action sur les autres personnages et sur l’environnement? »
Ne vous contentez pas des réponses les plus évidentes, creusez, brainstormez, mindmappez, allez plus loin que la première idée, qui est celle de M. Toulemonde. Vous êtes conteur, que diable, surprendre votre auditoire, c’est votre boulot!

Les trois actes, la structure de Snyder, les idées de Truby, c’est bien mignon, mais si vous oubliez la base, vous n’allez nulle part. Et la base tient là-dedans: une histoire, c’est un écosystème.

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10 Réponses to “Oubliez vos trois actes”

  1. JC Says:

    C’est tellement vrai !

  2. dulle Says:

    Je suis loin d’être une acharnée de la théorie, et des manuels sur le sujet, mais concernant ce que tu appelles toi l’ecosystème Truby dit la même chose…
    Moi je trouve que ce qui est rare et qui fait la différence entre une bonne (ou mauvaise hein) et une excellente histoire, c’est le point de vue. C’est très compliqué à définir d’ailleurs…Mais les meilleurs, que ce soit les réalisateurs ou les auteurs, ont toujours des points de vue clairs sur leurs histoires. Et là tout de suite, l’histoire prend une autre dimension…

  3. Anaël Says:

    Ceci étant, un point de vue qui n’est posé sur aucune structure ne vaut rien, les meilleurs films sont, à mon avis, ceux qui mêlent les deux avec adresse. Un film qui n’est qu’un point de vue est vite didactique et chiant. Cela dit, le point de vue, je n’ai pas de technique pour le trouver. Je pense que l’idée de Lisle, avec sa sweet spot map, qui consiste à pousser l’auteur vers les zones de son imaginaire qui lui sont les plus propres est une bonne piste.
    Ce que j’arrive à identifier, c’est qui foire une histoire et je pense que s’il y a une chose essentielle à rappeler, c’est qu’une histoire doit suivre une logique, que les actions des personnages ne sont pas gratuites et que toutes les scènes doivent être nécessaires, que si on en enlève ou qu’on en déplace une, c’est l’ensemble qui est compromis.
    Après, la manière dont chacun va écrire, les sujets que chacun va traiter et l’éclairage qu’il va leur apporter, créeront le point de vue et je suis pas sûr qu’il puisse y avoir une histoire sans point de vue. La différence vient peut-être du degré de conscience de l’auteur par rapport à ce qu’il veut dire à travers ce qu’il raconte.

  4. dulle Says:

    Ah si, il y a plein d’histoires et de mises en scènes sans point de vue…Plein!

  5. Anaël Says:

    Ah, voilà un jeu intéressant! Je t’écoute (pas capable de déterminer l’orthographe de tout ouï – toutes ouïes – toutuy – toutou, oui…)

    Mais avant toute chose comment définis-tu le point de vue?

  6. dulle Says:

    Un exemple précis: le dernier Jaoui manque cruellement de point de vue. A la sortie du film, tu te demandes, mais qu’est-ce qu’elle a voulu dire? Qu’est-ce qu’elle nous raconte? Elle parle de féminisme mais on ne sait pas ce qu’elle pense elle du féminisme en tant qu’auteur. Le point de vue, pour grossir le trait, c’est le « message » que veut nous faire passer l’auteur. sa vision du monde a lui. Regarde « Match point », le point de vue est clair: en ce monde, point de justice.(ce n’est pas parce que tu te comportes mal que tu vas payer…) Tout est une question de chance. Parfois on gagne, parfois on perd. Et toute l’histoire nous démontre ça. Et ça commence dès le premier plan. Pour moi c’est ça le point de vue. C’est un engagement de l’auteur, en quelque sorte…
    Despérate housewife, par ex, le point de vue du créateur c’est: être une femme au foyer c’est chiant! C’est même souvent l’enfer. Et ça ça change tout. et ça rend les choses beaucoup intéressantes qu’une série sur les aventures de femmes au foyer, qui pourrait être rigolote mais bon, ce serait pas aussi excitant.

  7. Madame Lachaise Says:

    Mouais, pour « Desperate » je suis d’accord et j’irais même plus loin en citant Marc Cherry : « le couple hétérosexuel c’est chiant »;). Pour « Parlez-moi de la pluie » c’est plus compliqué… L’auteur ou plutôt les auteurs ont un point de vue, mais qui ne se définit pas facilement: les contraintes qu’on s’impose où qu’on subit, les rôles qu’on endossent ou pas… Tout cela donne un curieux mélange mélancolique et généreux. Je ne sais pas bien l’expliquer, mais si ce film m’a touché c’est parce qu’il ne parle pas que de la pluie. Il y a des toiles figuratives et des toiles abstraites…

  8. JC Says:

    C’est tellement vrai !!

  9. Marc Herpoux Says:

    C’est marrant. Je me souviens qu’à une époque c’était mon obsession cette histoire de « scène qui devait obligatoirement apporter quelque chose au « grand tout » de l’histoire »…
    … Aujourd’hui, j’aurais presque tendance à m’en méfier…
    Bon, ça n’autorise pas à écrire n’importe quoi non plus, ni à faire chier le spectateur avec des digressions sans fin… Mais je trouve ça intéressant de ménager des « respirations », et de surprendre aussi.
    En fait, à force de classicisme, le spectateur (c’est à dire nous tous) comprend vite la règle du jeu dans un film. Il devance rapidement ce qui va venir.
    Une fois la mécanique lancée – le fameux: A, B, C, D… il attend le Z de la fin. Et c’est toujours un dilemme pour l’auteur: Si tu termines sur Z, tu déçois… si tu termines ailleurs… tu frustres.
    Aujourd’hui, j’aurais tendance à vouloir « dérégler » la machine… avec toutes les limites de ce type d’exercice.
    En tout cas, je trouve de plus en plus important de ménager des « respirations ». La « scène qui ne sert à rien » est souvent la scène que je défends lorsqu’une prod’ veut « raccourcir » un scénar’… la « scène qui ne sert à rien » c’est souvent – comme par hasard – une « scène de vie », une « scène émotionnelle » ou « une scène poétique », bref un truc qui contrebalance la fameuse « intrigue A », et rend l’histoire plus crédible et attachante.

    Marc

    PS: je devance aussi JC que je vois venir avec son: « C’est tellement vrai!! »

  10. Anaël Says:

    Sauf que je suis pas d’accord avec toi, on peut avoir des respirations qui nourrissent l’intrigue et qui ne sont pas juste « posées » là. Ce que je cherche à dire dans ce post, c’est que les événements doivent répondre à une logique interne, pas qu’il faut écrire de manière téléphonée. Au contraire, c’est en collant au mieux aux personnages et à la logique interne qu’une histoire réussira à surprendre le spectateur… sans le décevoir!

    Ce qui rend l’histoire crédible et attachante, ce sont les personnages, pas les scènes qui tombent du ciel. L’important, à mon sens, c’est que les moments plus poétiques contiennent leur propre justification et s’inscrivent logiquement dans l’histoire. On ne devrait pouvoir enlever aucune partie d’un récit sans l’altérer en totalité. Et ça n’empêche aucunement d’être poétique, posé, esthétique, ou autre, ça oblige juste à plus de cohérence.

    En substance, c’est pas tant respecter une structure classique que le spectateur voit venir que respecter l’univers qu’on met en place, la ligne narrative directrice qu’on se donne, et les personnages que l’on a créé. C’est comme ça qu’on surprend le mieux le spectateur, en créant des personnages originaux qui agissent logiquement (par rapport à qui ils sont) dans des univers originaux qui répondent logiquement à leurs actions (par rapport à ce qu’ils sont).

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