Merci de laisser la série dans l’état où vous l’avez trouvée

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Serge Rosenzweig, grand scénariste parmi les grands, nous a un jour dit la chose qui m’a sans doute été la plus utile de ce que j’ai appris au conservatoire. Et j’en ai appris, des choses utiles! (comme d’apprendre à s’écouter… tout en écoutant les autres, c’est pas évident, mais c’est crucial).
Il nous a dit [insert backstory]: En sortant, merci de laisser la série dans l’était où vous l’avez trouvée en entrant.
Je me trompe peut-être d’un ou deux mots sur la citation mais le fond est là. Le fond c’est que quand vous écrivez pour une série, même feuilletonante, vous devez respecter le travail des autres: les créateurs, les scénaristes qui vous ont précédés, et ceux qui vous suivront. Vous partez avec un donné de base: le concept, les personnages, les épisodes déjà écrits… Au sein de l’épisode vous triturez tout ça comme il vous chante mais au final, rien ne doit avoir bougé. Ce qui permettra aux auteurs suivants de partir avec le même donné que vous.
C’est une des grosses différences entre série et unitaire: les personnages ne peuvent pas changer. Même dans du feuilletonant, à part exceptions, vous n’avez droit qu’à une illusion d’arc de personnage. Dans South Park, à la fin de chaque épisode (moins récemment, mais ça fait 12 ans!), un personnage a appris quelque chose… qu’il a oublié dans l’épisode suivant.
C’est essentiel d’accepter ce postulat: tout change mais tout demeure à l’identique. C’est sans doute frustrant, mais il y a un petit défi supplémentaire à y parvenir. Pour les vrais changements, il y a les unitaires.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous donner des exemples, vous trouverez par vous-même. En télé ou en cinéma, la série s’affranchit du changement (pour le cinéma, prenez Indiana Jones).
Le feuilletonant a ceci de particulier qu’il apporte l’illusion du changement. Les personnages ne peuvent pas se transformer au point de devenir différents, sinon, les spectateurs ne les reconnaîtront plus. Ce sont les événements extérieurs qui peuvent évoluer. Les personnages ne le feront que lentement, avec parcimonie. S’il y a un vrai changement entre la Rachel du début de Friends et la fin (et ça reste à démontrer), il s’est étalé sur dix ans.
Je ne parlerai pas ici de séries écrites par un auteur principal et qui reposent sur l’évolution d’un personnage, comme Six Feet Under, d’une part parce que ce sont des exceptions, d’autre part parce que je n’ai pas l’expertise nécessaire (je n’arrive pas à accrocher à 6 Feet, je trouve l’univers trop oppressant, j’ai envie de filer des baffes aux personnages, et ce n’est pas pour ressentir ces émotions-là que je regarde de la fiction).

Une série, finalement, c’est un écosystème qu’il ne faut pas perturber.
Comprendre ça, c’est faire un grand pas dans la compréhension du métier.

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Une Réponse to “Merci de laisser la série dans l’état où vous l’avez trouvée”

  1. Yap Says:

    C’est très perturbant comme révélation. Même si effectivement les personnages ne peuvent pas changer radicalement. Mais pour une série basée sur les personnages (enlever ici les CSI, NCIS, Law & Order et compagnie), on s’attendrait à une évolution des caractères.
    Bon, en y réfléchissant, je comprends l’idée. Et j’ai envie de dire « heureusement il y a des exceptions ». (Moi j’aime bien Six Feet Under, faudra que je songe à la finir.)

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