The Joneses (2)

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Le truc avec les Jones c’est que ce film m’a raconté énormément de choses sur moi, même si ces choses-là n’ont rien à voir avec l’histoire.
Le truc c’est que je ne suis pas un enfant de l’image. C’est sûrement la raison pour laquelle je n’ai pas d’envie particulière d’être réalisateur contrairement à bon nombre de scénaristes qui ne le sont que par défaut ou comme une passerelle vers la réalisation. Il n’y avait pas de télé chez moi pendant toute une partie de mon enfance et quand je suis parti de chez mes parents, je n’en ai pas non plus voulu. Je ne suis pas cinéphile et ne l’ai jamais été. Comme toutes les personnes de ma génération, je pense, le cinéma (comme la télé, les jeux vidéos et la BD) faisait juste partie du paysage. On allait au cinéma sans y penser, naturellement, comme un présupposé culturel.
Non, moi ce qui m’a vraiment poussé vers l’écriture, c’est le roman. Je suis un enfant de Phil Dick, de Stefan Wul, de William Gibson, Philippe Djian, Doug Coupland, d’une espèce de mélange de littérature blanche et de SF qui n’en est pas toujours. Je ne m’en suis jamais caché, ce qui me pousse à écrire c’est la perspective d’être reconnu comme romancier. Mais depuis quelques années, je ne sais plus ce que je veux écrire. Avec la conscience du métier et de son contexte viennent de nouvelles questions (quel genre? Pour quel public? Quelle étiquette autour de mon nom?), des questions dont je n’ai pas encore décidé si elles étaient pertinentes ou non et si oui comment je voulais y répondre. Depuis mon entrée au conservatoire, les cartes sont brouillées. La littérature comme objectif oui, mais comment? J’ai changé, j’ai évolué, mûri, la société aussi et mon regard n’a pas fini de faire le point sur ces nouveaux états. Ou peut-être que les changements ne sont pas aboutis et que c’est ce qui m’empêche d’avoir un regard clair sur ce qui est en jeu. La famille Jones m’a aidé à dissiper en partie le brouillard.
Ce film n’a rien d’ostentatoire. La réalisation est propre sans être tape à l’oeil, l’écriture est juste et précise, il se dégage une certaine élégance de la sobriété de la construction dramatique. Mais ce qui m’a le plus touché c’est qu’il n’y a dans cette fiction ni explosions, ni course-poursuite, il n’y a pas de drame familial terrible, rien de glauque, pas d’inceste, pas de parent abusif, ce n’est pas une fiction nombriliste autosatisfaite, il n’y a pas d’effets de manche pour masquer une construction faiblarde, ce n’est pas manichéen, la fin n’est ni bonne ni tragique, elle est juste logique et humaine et vraisemblable. La vie qui est montrée dans ce film ce n’est pas la vie des faits divers ou des Unes de journaux, ce n’est pas la vie des traités de psychiatrie, c’est la vraie vie. Les personnages secondaires qui sont mis en scène sont riches mais ce ne sont ni des requins sans scrupules ni des enfants gâtés sortis de Beverly Hills. Le propos que le film porte sur notre société n’est pas asséné à coups de marteau piqueur, il est « montré, pas décrété », avec simplicité et incarné dans des personnages qui sont avant tout humains.

Et c’est ce genre de fiction que j’ai envie d’écrire. Parce que la vie n’est pas faite que de violence, de meurtre (surtout qu’après des gamins de 18 ans dans des écoles à 5000€ l’année affirment que « la vie c’est violent »), de traumatismes d’enfance. La vie ce n’est pas l’angoisse de l’auteur-réalisateur qui se regarde écrire-réaliser (jeunes réalisateurs français, digèrerez-vous un jour la Nouvelle Vague?). Et que la vraie vie, avec ses joies quotidiennes et son ennui quotidien et ses peines quotidiennes peut nourrir assez de conflit pour alimenter une fiction. Et que l’observation de notre société n’a pas besoin d’être ostentatoire pour être juste et n’est-ce pas précisément le rôle de la fiction que de porter un regard sincère sur le monde qui la fait naître?

Une Réponse to “The Joneses (2)”

  1. Frédéric (Démiurge) Says:

    Ta réflexion me fait penser à Adaptation de Spike Jonze et Charlie Kaufman et le débat entre Charlie Kaufman et le prof de la masterclass au sujet du contenu des films, Charlie qui dit : la vie n’est pas faite de tous ces évènements spectaculaires et le prof de la masterclass lui répond : mais si, tous les jours, des gens commettent des crimes ou des actions formidables ! Bon, je ne connais pas par coeur leurs arguments, mais c’est une question de fond.
    J’ai adoré l’été de Kikujiro de Kitano, ou the taste of tea, mais j’ai aussi adoré Festen ou Dans la peau de John Malkovich.

    Ton billet m’a fait réfléchir à une chose importante vis à vis de Psychodrame : avant ce n’était pas le cas, mais à présent, le jeu permet de centrer les histoires sur des choses plus anodines, plus subtiles si on le veut et je me rends compte que ça manquait vraiment. 🙂

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