Auteur à temps plein ou à temps partiel?

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Réflexion sur le temps réparti par un auteur dans son art…

De la manière dont je vois les choses aujourd’hui, nous (les scénaristes, romanciers, graphistes, musiciens…) faisons face à deux options. D’un côté tout faire pour ne vivre que de notre art, même si cela implique (et c’est inévitable, au moins au début), de développer des projets de commande. De l’autre, assurer un revenu par ailleurs et développer notre art sur notre temps libre, ce qui permet de ne pas développer de projets de commande mais de rester sur des projets à soi, personnels, et porteurs de sens pour nous. Les deux options ont leurs aléas.

Dans le premier cas, le risque principal c’est d’épuiser son énergie créative dans les projets de commande, d’être en permanence sur une corde raide qui nous pousse à chercher la prochaine commande sous peine de finir désargenté. C’est le risque à la fois de n’avoir plus rien à dire de personnel et de ne plus avoir le temps ou la force de le faire tant on s’épuise à travailler pour les autres, essayant de réunir les trois miettes du gateau qui nous éviteront de finir à la rue. C’est ce que j’ai fait pendant quatre ans et j’ai perdu tout le plaisir que l’écriture était censée apporter à ma vie. Or, quitte à faire un boulot qui n’apporte aucun plaisir, autant en choisir un qui s’accompagne d’un chèque mensuel plutôt que de la précarité et de l’incertitude permanente du métier d’auteur.
L’avantage c’est la satisfaction de pouvoir se dire qu’on est auteur à temps plein, remplir ses journées d’écriture et d’art, de déjeuners avec des producteurs, de cafés avec des collègues, de rester en phase avec le microcosme du milieu qui, nous reconnaissant comme l’un des siens, nous offre plus de travail de commande. Le problème bascule alors: de la course à la prochaine commande, on en vient à se demander comment on va répondre à toutes les commandes en même temps et à devoir en refuser certaines.

Dans l’autre cas, le risque est de se laisser endormir par le confort d’avoir son salaire à la fin de chaque mois, de pouvoir se payer des trucs, s’encombrer d’objets et perdre cette petite dose de frustration nécessaire à l’écriture de textes puissants, puisant au coeur de nos besoins les plus fondamentaux, besoins que l’on se masque en remplissant nos intérieurs de gadgets et en consacrant nos vies à la course à la consommation perpétuelle. C’est la voie que je teste depuis un an, tentant de gagner assez d’argent à droite à gauche pour maintenir un minimum de confort et de me libérer assez de temps pour écrire, des textes personnels cette fois, rien d’imposé par l’extérieur.
L’avantage de cette voie c’est qu’elle permet à l’auteur qui la poursuit de rester en phase avec le monde, avec les « vrais gens », de comprendre leurs problématiques, leurs questionnements, leurs doutes, leurs besoins et d’ainsi pouvoir y réagir avec notre fiction.

J’expérimente, je teste, je ne sais pas ce que cela donnera.
Et vous, quelle option privilégiez-vous

Une Réponse to “Auteur à temps plein ou à temps partiel?”

  1. Mad O'Lenna Says:

    Hello Anaël, je viens de voir que tu continuais ton blog, c’est cool! Je me sens très en phase avec ce dont tu parles dans tes post, la recherche de la vie « juste », s’accorder avec soi même, faire résonner nos tripes🙂 J’ai l’impression que c’est ce qui me meut, célébrer le temps que j’ai. En même temps, j’ai pris le chemin inverse au tien : d’abord dans le cadre, dans la pliure socio-économique, à gagner des sous et devenir quelqu’un qui se pose là (chef de …). je suspends mon jugement là dessus, comme tu le remarques, c’est la vraie vie des gens, en tout cas, là où de très nombreuses personnes décident de s’investir.
    Pour moi, quelle liberté le jour où le carcan s’est brisé sous son propre poids. Depuis, je suis le courant, mais qui cette fois m’emporte dans des eaux accueillantes. La chance est là, rencontrer les bonnes personnes, surfer sur un âge de raison où le nécessaire s’est réduit, où le superflu encombre : je navigue à vue là où la plupart de mes camarades gèrent des emprunts immobiliers, réservent leurs vacances et nantissent le livret A de leurs enfants. Mais quoi, c’est ma voie. je ne la recommande pas, je me sens seulement tellement libérée de pouvoir la suivre! C’est la seule chose pour laquelle je militerais : le droit au choix. Qu’on ne devienne pas une société où on te fait dentiste parce qu’il y a une demande en dentistes, peu importe ton adresse pour sculpter le bois. Tu vois, ça c’est une interrogation très forte : comment participer à la marche du monde, à l’orientation économique, sociale et humaine de la planète… je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante. ça viendra.
    et pour répondre à ta question : boulot alimentaire ou boulot épanouissant, je propose de sortir de l’alternative : quand on est curieux, toute expérience nourrit pourvu qu’elle n’enferme pas. et quand on est rebelle, on ne se laisse pas enfermer, on change d’expérience🙂 Bises à toi et bonne continuation dans tes projets! K

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