7 armes contre le blocage de l’auteur

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Une page qui reste blanche sous vos yeux, vous êtes bloqué. Voici quelques astuces qui vous aideront. Stop la réflexion et l’angoisse, place à l’action et à la satisfaction personnelle. 

En feuilletant les pages du blog, je me suis rendu compte que je n’avais pas publié de vrais conseils d’écriture depuis longtemps. A force de m’entendre dire de rendre le blog plus « personnel », j’en ai oublié la raison première de sa création, à savoir aider de jeunes auteurs à comprendre un peu mieux les ficelles de cet art ou, comme j’aime à l’appeler, de cet artisanat.

Depuis que j’ai lancé mon atelier d’écriture, j’ai réalisé que beaucoup d’aspirants auteurs étaient victimes de blocages. J’ai surtout réalisé que pour un bon nombre, ce blocage ne correspondait pas du tout à l’image d’Épinal qu’on peut en avoir. Les auteurs bloqués (AB dans la suite du texte) ne se mettent pas les cheveux en bataille en froissant page après page. Les AB nagent au milieu des pages de notes plutôt qu’au milieu des boulettes de papier. Ce n’est pas tant la page blanche qui les bloque que la page trop noire.

Ce n’est pas le cas pour tous. Certains AB sont vraiment incapables d’écrire le premier mot et procrastinent autant que faire se peut pour ne pas avoir à se confronter à cette terrible page blanche.

Ces deux symptômes ont des racines communes, et surtout des solutions communes, que je vous propose d’étudier ensemble aujourd’hui. Après tout, si Charlie Kaufman en a fait un film (et a reçu un oscar pour son scénario!), cela vaut bien le coup d’en faire un article.

Regardez maintenant : Adaptation
un scénario de Charlie Kaufman sur le blocage

L’angoisse de la page blanche

L’angoisse de la page blanche est la plus connue des deux manifestations du blocage de l’écrivain. Elle se traduit par de longues minutes passées à contempler l’horizon, le mur ou le plafond (selon l’emplacement de votre bureau). Ou à écrire première ligne sur première ligne selon la célèbre danse du « j’écris une phrase, je la relis, j’efface lettre par lettre ».  A moins que vous ne trouviez des tas de bonnes raisons de ne pas commencer : la faim, un coup de fil soudainement urgent, un peu plus de recherche sur votre sujet, bref la procrastination.

tiré d’Adaptation

Peu importe le symptôme, le résultat est le même : votre scénario, votre livre, n’avance pas. Vous vous arrachez les cheveux, et moins vous écrivez, plus vous êtes bloqué. C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous ne valez rien, que vous n’écrirez jamais rien, que vous êtes bon pour une vie de frustration et d’aigreur.
Je sais ce que c’est, j’en suis passé par là. Même si j’ai réussi à vaincre le blocage à chaque fois, à chaque fois qu’il se représente j’en viens à la même conclusion : cette fois c’est foutu.

« C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous n’écrirez jamais rien »

L’incapacité à terminer

L’autre forme de blocage est plus fourbe, parce qu’il n’en a pas l’apparence et il faut une certaine expérience pour le repérer. Je l’appelle « l’angoisse de la page noire ». Celle-ci se traduit par une écriture trop prolifique, par des classeurs de notes et de recherches qui s’entassent les uns après les autres, par une créativité mal canalisée et dispersée. Vous vous passionnez tellement pour l’univers et les personnages que vous développez que vous n’arrêtez pas de leur ajouter des détails. Vous vous posez tellement de questions que vous n’arrivez plus à faire de choix.

tiré de Wonder Boys

Vous êtes comme Grady (joué par Michael Douglas) dans Wonder Boys, vous n’arrivez plus à vous arrêter. Résultat, vous ne finissez jamais rien. Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer. Après tout, vous écrivez, alors où est le problème ? Mais vous avez beau essayer de vous rassurer, vous savez que vous êtes trop dispersé. Vous n’arrivez plus à prendre de décisions narratives et un auteur qui ne décide pas est un auteur foutu. On dit souvent qu’un écrivain écrit, c’est ce qui le définit. Mais c’est faux. Ce qui définit un écrivain, c’est qu’il écrit des histoires et qu’il les finit.

Fort heureusement, je rencontre rarement ce problème mais j’ai travaillé récemment avec un co-scénariste qui est tellement plongé dans ce blocage que cela fait 4 ans qu’il n’écrit plus rien. A la place, il théorise sur les projets qu’il pourrait écrire. S’il ne se ressaisit pas bientôt, sa carrière va lui passer à côté.

« Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer »

Ne désespérez pas, tout n’est pas perdu!

Heureusement, comme tout auteur le sait, un problème n’est qu’une solution attendant d’être trouvée. Et à force de rencontrer ces deux formes de blocage, chez moi, chez mes collègues et chez mes étudiants, j’ai décidé de mettre au point des outils pour sortir de ces spirales infernales. Certains sont des classiques qu’il est toujours bon de réviser, d’autres sont inédits. Je vous en livre sept. Certains valent pour l’un des deux blocages, d’autres pour les deux.

NB: je pars du principe que vous n’êtes pas en train de procrastiner, que vous avez coupé le net et toutes les distractions, et que vous êtes concentré sur votre projet de livre ou de scénario.

1. Prenez une douche

Oui, vous avez bien lu. Quittez votre bureau, déshabillez-vous et plongez-vous sous un jet d’eau chaude. Non seulement cela vous permettra de bouger un peu et d’éviter de mourir de rester trop longtemps assis, mais surtout, vous allez vous changer les idées. Plus vous resterez fixé sur votre blocage moins vous parviendrez à en sortir. Vous avez besoin de changer de perspective sur votre histoire alors levez-vous, marchez. La douche a ceci de magique qu’elle a tendance à libérer les idées de manière assez spectaculaire. En plus, vous en sortirez plus détendu, moins stressé, et accompagné d’une bonne odeur de savon. Rien de tel pour repartir du bon pied et débloquer cette écriture grâce aux nouvelles idées qui auront germé pendant votre escapade aquatique. Si vous êtes du genre page noire, la douche vous permettra de revenir à la source de votre récit et vous aidera à redéfinir de vos intentions.

1. Donnez-vous une limite de temps

Une source de blocage commune c’est l’idée que parce qu’on écrit, qu’on le fait de chez soi, à l’heure de son choix, on a tout le temps du monde pour écrire. Du coup vous ne vous y mettez jamais. Après tout, vous pourrez le faire ce soir. Ou cette nuit. Ou demain matin. Et la page reste blanche. Inversement, si vous vous y mettez maintenant, rien ne vous obligera à arrêter et ça peut être stressant de se dire qu’on peut écrire pendant tout notre temps libre. Un sentiment assez pernicieux de culpabilité si vous ne le faites pas peut s’installer. Alors qu’au contraire, ce n’est pas recommandé d’y passer tout votre temps. Pas plus que vous ne devez penser que vous pouvez le faire n’importe quand. Donnez-vous des horaires pour l’écriture, balisez votre temps de travail comme vous le faites pour votre job alimentaire ou pour vos activités encadrées (cours de sport, de musique, etc.) Il y a un temps pour chaque chose et l’écriture n’y déroge pas. Si vous savez que vous n’avez qu’une heure pour écrire, vous serez moins enclin à vous disperser ou à procrastiner.
Si une heure n’est pas assez court pour vous lancer, commencez par des plages de temps encore plus restreintes : commencez par 5 ou 8 minutes. Vous serez surpris de voir ce que vous pourrez accomplir en écrivant uniquement en accumulant les très courtes sessions d’écriture. Et si vous avez tendance à la dispersion, vous aurez un cadre tellement restreint que vos tendances à la sur-productivité seront étouffées dans l’oeuf.

3. Lisez un manuel d’écriture

Les (bons) manuels d’écriture sont écrits de manière à vous donner envie d’écrire. Ne vous plongez pas dans les parties les plus techniques, qui ne feront que vous torturer davantage, mais errez du côté des conseils aux jeunes auteurs, des introductions où l’auteur vous décrit la vie que vous pourrez atteindre quand vous aurez écrit votre histoire, cherchez les anecdotes, les témoignages, tout ce qui peut alimenter votre envie de devenir écrivain et d’écrire votre livre ou votre scénario. Renouez avec les raisons pour lesquelles vous êtes là, devant votre feuille ou votre écran, à galérer comme un repris de justice romain. Vous retrouverez l’espoir et la motivation et pourrez repartir de plus belle. Et si vous êtes du genre à ne pas savoir vous arrêter, un manuel vous remettra sur le droit chemin en vous rappelant comment structure votre projet, et revenir dans les clous.

Note: marche aussi avec un roman d’un auteur que vous admirez, avec ce double risque, d’une part d’imiter son style, d’autre part de ne pas réussir à poser le bouquin. N’oubliez pas que votre but, c’est d’écrire.

4. Sachez ce que vous voulez dire

Un des problèmes récurrents chez les auteurs bloqués c’est l’absence de réflexion sur le thème. Sachez que quand vous écrivez, vous portez un discours sur le monde. Or, ce discours reste souvent inconscient ou, au mieux, vague. Pourtant, c’est lui qui vous aidera à savoir quoi raconter puisque votre récit est une illustration de votre point de vue. Prenez quelques minutes pour vous demander ce que votre histoire illustre et ce que vous voulez dire à travers elle. Ensuite, réfléchissez à la meilleure manière de raconter votre histoire pour servir votre discours le mieux possible. Plus vous aurez conscience de vos intentions, plus elles seront claires, plus vous saurez où vous allez et surtout pourquoi vous y aller. La conséquence directe de cette prise de conscience c’est que vous ne douterez plus de votre histoire (donc plus de page blanche) et que vous saurez ce qu’il faut que vous montriez (donc plus de dispersion).

5. Rangez votre bureau

Pour savoir quoi écrire, il faut avoir les idées claires. Or, travailler dans le désordre a plutôt tendance à encombrer la tête de parasites. Faites du tri dans vos notes. Jetez celles qui ne vous servent plus ou qui sont trop nébuleuses. Abandonnez les projets entamés que vous ne finirez jamais, ils sollicitent une partie de votre cerveau pour rien. Rangez vos papiers, jetez vos stylos vides, rechargez ceux qui peuvent l’être, taillez vos crayons… En vous concentrant sur ces petites actions, vous programmez votre cerveau pour, lui aussi, faire le tri dans ses idées, pour affiner son discours et pour vous transmettre une image claire et ciselée de ce qu’il veut que vous racontiez. Prenez le quart d’heure ou l’heure (selon votre niveau de bazar) pour mettre de l’ordre dans vos projets créatifs. Vous serez bien plus efficace une fois que ce sera fait.

6. Découpez, structurez, préparez vos scènes

Souvent ce qui vous empêche d’avancer ou ce qui vous pousse à vous disperser c’est que vous n’avez pas assez structuré votre projet dans le détail. Vous vous retrouvez avec une montagne immense à gravir et aucun équipement pour le faire (cas de la page blanche) ou au contraire vous partez en randonnée sans carte et sans itinéraire et vous changez de route à chaque embranchement (cas de la page noire). Dans les deux cas, revenez aux bases de votre histoire et découpez-la en unités les plus petites possibles, un peu comme si vous la scrutiez avec un microscope. Votre but est de l’observer au niveau moléculaire. Subdivisez votre livre en sections, puis en chapitre, puis en scènes et à l’intérieur des scènes en mouvements. Pareil pour un scénario, ne vous contentez pas de quelques actes, définissez à l’avance chacun des beats, ces unités de rythme qui font avancer votre histoire. Ils feront 1/4 de page, 1 page maximum. Tout à coup, la montagne deviendra une succession d’étapes à rejoindre en quelques heures. La randonnée suivra un sentier balisé qui vous empêchera de vous perdre.

7. Arrêtez de réflechir et Écrivez !

Cela peut sembler évident, formulé comme ça, mais le meilleur remède contre le blocage, c’est de vous lancer dans la rédaction de votre histoire. Quand vous n’arrivez pas à commencer, le simple fait de mettre un mot sur la page, puis un autre et un autre, permet souvent au blocage de s’envoler. La source du problème est souvent que vous réfléchissez trop, que vous voulez trop que tout soit parfait dès le début, chose qui n’arrivera pas. Alors vous êtes dans une analyse paralysante. Commencez par le plus simple : une description de votre protagoniste ou du décor, mais forcez-vous à commencer.
Si vraiment vous n’y arrivez pas, changez de support. Passez au papier si vous étiez sur votre ordinateur, essayez d’écrire sur une machine à écrire. Ou alors écrivez que vous êtes bloqué, que vous ne savez pas par où commencer. Quelque soit l’astuce que vous emploierez, l’important c’est de commencer.

Laissez des commentaires pour me dire si mes conseils vous ont aidés!

Le sujet du prochain post sera déterminé par les résultats du sondage. Alors votez.

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6 Réponses to “7 armes contre le blocage de l’auteur”

  1. Anne Says:

    La douche ça marche bien.
    Un autre moyen qui marche sur moi et qui ressemble au conseil 7. C’est écrire un brouillon avant de passer à l’ordi.
    L’ordinateur est frustrant, parce que j’ai envie d’écrire tout de suite quelque chose de parfait/bien et quand ce n’est pas le cas (à chaque fois ☺, puisque la V1 est forcément pas terrible) je déprime et je procrastine.
    Solution:
    Je prends un bloc note pourri, un bic de merde, et j’écris.
    J’écris mal, avec des fautes, des ratures etc… on s’en fiche, ça libère.
    Le but est de lâcher prise et d’accepter qu’on ne peut pas faire bien du premier coup. Et après je peux plus facilement repasser à l’ordinateur. Évidemment ça prend plus de temps mais je trouve ça très efficace.

    • Anaël Says:

      Bonjour « Anne »,
      merci pour ton commentaire, ça me fait plaisir d’avoir de tes nouvelles, même indirectement.
      C’est vrai que le brouillon tout moche fonctionne bien, j’aurais pu le mettre dans le post. Les miens sont entrecoupés de petits dessins tout pourris dans les moments où je galère.
      Et de flèches dans tous les sens, et de ratures bien entendu.
      Anael

  2. Nils Says:

    Bonjour : merci merci merci pour ce blog chargé de conseils dont j’ai commencé à me nourrir ce soir. Pardonnez-moi les possibles fautes d’orthographe qui suivent, j’écrit rapidement et j’aimerais partager avec vous mon opinion sur tout ça !

    J’ai vécu à l’étranger pendant des années et, arrivé en France il y a huit mois environs, j’essaye de passer le concours du CEEA. J’ai envoyé mon synopsis et j’en suis assez content.

    Je trouve vos conseils par rapport aux bloques d’écritures TRES intéressants. Moi je rajouterais peut étre que cela peut aider d’écrire dans des endroits différents, ou, par exemple, sur des cahiers au lieu de rester collés à l’écran. J’adore terminer mon travail sur un clavier (et je prefère d’habitude écrire ainsi) mais pour le travail général et les premières idées je me force à faire des brouillons de la structure sur des petits cahiers (hélas, désordonnés..). Mon bureau… c’est le chaos total ! Des feuilles partout. Mais je m’y retrouve, et je sais ou sont « classés » les différents projets.

    Sur la douche : bingo ! Ça marche ! Pour ce qui me concerne : bien entendu le café aide énormèment (hélas !) ainsi qu’une sorte de tendance à me renfermer chez moi quand je sens qu’une idée me tracasse/hante et que je dois la concrétiser, et l’écrire. Ça devient mon objectif, même si parfois cela risque de devenir une obsession. Pour le dernier synopsis je me suis rendu compte que plus j’y pensait moins j’avançait : plus je lui donnait d’importance moins mon travail prenait de l’ampleur.. donc oui, cela confirme votre idée de sortir et chercher à se détendre, je confirme et je l’ai appris il y a même pas longtemps.

    Sur les manuels d’écriture, mon approche est de les lire une ou deux fois et puis s’en rappeler le contenu essentiel en l’adaptant à notre modus operandi personnel. On ne pourra jamais suivre au 100% un modèle d’un tel écrivain/guru de scénario, mais l’on doit selon moi prendre le mieux que chaque d’entre eux nous communique. McKee (ce n’est pas forcément l’auteur qui m’a le plus donné), Lajos Egri (le meilleur selon moi, qui vise vraiment à faire comprendre ce que vous soulignez si bien: un écrivain ou un dramaturge partira toujours du thème/message globale qu’il veut introduire et envelopper autour du film et à partir de là il va pouvoir manier l’histoire et les personnages adéquats à ce fin), Field (il m’a toujours donné l’idée d’étre un peu « vieillot » et un peu « rigide » dans « Screenplay » … j’ai tendance à l’utiliser seulement pour confronter ce que j’ai déjà écrit avec ses modèles), Vogler (le voyage de l’héro, me sert souvent pour établir un synopsis clair. Loin de me perdre dans toutes ses pages j’essaye de garder l’essentiel de la progression du personnage et des differentes étapes dans la structure de ce que j’écris). Dans l’ordre, pour mon travail, je commence par établir le thème en suivant les conseils de Lajos Egri (trouver « the premise », le sujet que l’on va conter et qui va englober chaque action et « beat » de notre recit), après je fais un peu de brain-storming général avec de l’association d’idée, écriture automatique.. et tout en commençant à me rattacher à des objets et des situations visuelles je commence à démarquer des personnages et des situations cinématographiques. Je trouve une image et un « fatal flow » qui correspondent à ce personnage. Je dois aussi avoir une petite idée de la fin. Et puis je me lance dans le synopsis, en me rappelant les étapes du voyage de l’héro de Vogler, et en utilisant le paradygme de Field seulement pour balancer un peu et équilibrer l’ampleur de chaque acte.

    Par rapport au temps d’écriture  : c’est incroyable, vous avez exprimé tous les problèmes que j’ai affronté ces dernières années. Je pensais que j’étais tout simplement paresseux, que je devais des fois genre « me coller à la chaise et bosser grave ! ». C’est bien vrai, on pense avoir tout le temps de ce monde. Et on pense réfléchir sagement en se disant «  pourquoi écrire rapidement et mal, quand on peut laisser venir les idées petit à petit… ? »… (et, malheureusement, c’est vrai, les meilleures idées me viennent presque toujours toutes seules et dans des moments inattendus!)

    …et ainsi, les journées, les semaines passent, ayant concrétisé (parfois) seulement une scène.. avec l’illusion de « devoir laisser son personnage grandir en soi… ! ». Je me dit «J’ai écrit peu, mais au moins je suis content du contenu: ça fonctionne ». Mais faut aussi, d’une certaine manière « se forcer » à se caler encore plus dans ses pensées, et à forger un lien avec l’histoire.. grosso-modo cela devient un peu comme une partie d’échec : pendant quelques heures de la semaine s’obliger à se concentrer sur notre histoire, notre échiquier et ne pas le perdre de vue : y vivre. Faut s’obliger à participer à se jeu, et trouver une façon de s’obliger, parfois même physiquement à affronter cette tache, qu’elle soit quotidienne, ou hebdomadaire.. déplacer les pièces sur l’échiquier ! Ne pas attendre une magie, une illumination qui nous fasse gagner la partie. Car c’est vrai que ce que j’aime le plus de l’écriture c’est ces idées qui arrivent comme un flash pendant la journée sans le vouloir. Parfois j’aimerais avoir tout le temps ce monde pour vivre que pour développer ces flash d’un instant.. et c’est là qu’il faut apprendre l’écriture « comme métier » et s’imposer des règles, pour « canaliser » notre façon de penser et créer les histoires, nous rendre plus rapides, concrets, et plus proches à une machine-à-écrire humaine… tout en gardant notre sensibilité et notre regard face au monde bien entendu:)

    Face à l’analyse de la structure et le bloque conséquent: j’ai résolu en laissant vraiment presque à coté la lecture des ouvrages de référence pendant mon travail, ainsi que les idées de structure, division en acte, etc… je me concentre d’abord sur les images (1) d’une façon moins logique, et plus naive, et puis seulement après avoir trouvé les éléments visuels qui vont remplir un récit logique qui doit étre travaillé je commence à m’ouvrir l’ésprit face au théories de Vogler etc… J’essaye de me forcer à ne pas mélanger ces deux travaux : avant « jouer » avec les personnage, les images, et les sons qu’ont peut imaginer, à partir du thème choisis.. et affronter cela, comment dire… libre ! Presque naivement quoi, comme si écrire était un jouet. Et après, seulement après, trouver des liens une histoire qui relie le thème choisis au « flash visuels» que j’ai imaginé. Et pour finir : remplir la structure.
    En gros dans ma tète, j’ai cet ordre de priorités : 1) Le Thème, 2)Série d’ Images, 3)Personnages, 4)Début et Fin du récit, 5)Structure.

    Je me dis que si les premiers 4 points sont bien abordés la structure devrait nous poser moins de problèmes. Il y a 3 ans je partais souvent du personnage et de la structure, pour m’apercevoir en cours d’écriture que je ne saisissais pas le thème (en gros je ne savais pas ce que je voulais raconter!) et cela me semble tellement absurde aujourd’hui ! Car il y a un discours vraiment de PRIORITE’ vis à vis de la connaissance du message que l’on veut transmettre, et c’est Lajos Egri avec son excellent bouquin sur la dramaturgie qui m’a apprit ça.

    Reste à travailler sur l’aspect qui me donne le plus de problème : le temps ! C’est le point que vous avez souligné qui encore aujourd’hui, s’avère, hélas, irrésolu de mon coté. Page blanche !:( bon, pas de problèmes, je vais faire ça demain…. et ainsi de suite…. C’est idiot, on a l’impression que de tous les points c’est le plus simple à affronter…mais non je n’ai pas trop l’impression, faut faire gaffe à ne pas le sous-estimer. En tout cas, je suis content car je crois cerner le problème, et avoir compris ce qui me faut travailler pour m’améliorer et pour avoir encore plus de chances avec le CEEA l’année prochaine (Ouais, cette année je suis assez content de mon synopsis mais pas assez pour étre certain d’avoir passé le premier tour.. on verra)

    Je continue à travailler ! L’espoir y est, les idées aussi, l’ambition ne manque jamais..
    désolé pour la longueur, j’aimerais bien savoir ce que vous pensez sur ma façon de procéder. Au plaisir de lire encore votre blog, je vous remercie encore, c’est une mine d’or.

    • Anaël Says:

      Bonjour Nils,

      merci pour votre commentaire, qui enrichit énormément mon post. J’espère que les prochains sujets que j’aborderai vous inspireront autant de réactions!

      Je reviendrai dans un prochain post sur l’importance du thème, vous avez raison de le souligner à nouveau. C’est un sujet sur lequel beaucoup d’auteurs butent et dont ils ne comprennent pas nécessairement l’intérêt de prime abord. C’est pourtant la base à maîtriser si l’on ne veut pas avoir un récit mécaniste.

  3. Marie José Says:

    Vraiment mercî pour vos conseils. J’ai traversé une période pendant laquelle tout s’écrivait dans ma tête avant même que je me mette au travail. J’ai écrit plusieurs nouvelles à cette période et depuis plusieurs années, c’est comme si ma veine s’était tarie. J’ai d’abord progressivement délaissé l’écriture, pui tout laissé tomber, puis repris et écrit des choses qui ne me plaisaient pas vraiment, puis arrêté de nouveau, puis « farfouillé » sur Internet pour trouver des textes sur l’écriture, et je suis tombée par hasard sur votre blog. Je ne sais pas encore si grâce à vous je vais me remettre à écrire vraiment, c’est-à-dire à écrire quelque chose jusqu’à la fin…, mais vos conseils me redonnent le courage de me confronter de nouveau sérieusement avec la page blanche. Merci encore.

  4. safta Says:

    Merci : c’est encourageant.

    A. S.

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