La procrastination, c’est vraiment grave ?

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La tendance à remettre à plus tard ce que vous aviez prévu de faire vous agace? Comment percevez-vous la procrastination?

 

La procrastination est-elle un mal moderne, comme on veut bien nous le faire croire ? J’en doute.

J’ai lu quelque part, il y a quelques temps, qu’un auteur du XVIIIe siècle avait déjà du mal à se concentrer sur ses romans, qu’il écrivait sa correspondance au lieu d’écrire sa fiction et que cela le perturbait. Internet n’a fait que changer la nature des distractions disponibles.

La mode est à la lutte contre cette tendance à toujours remettre à plus tard. Moi je suis partagé. D’un côté je me dis qu’effectivement, souvent, j’ai tendance à vouloir glander plutôt que bosser, à tester de nouveaux jeux stupides en flash qu’à construire ma prochaine histoire.

D’un autre côté, je me rends compte qu’il y a des activités que je ne rechigne jamais à faire et qui ne sont pourtant pas forcément folichonnes.

Et je me demande si la procrastination, plutôt qu’un mal, ne serait pas un moyen pour l’esprit, le corps, tout notre être, de nous guider vers ce que l’on devrait faire.

Steven Pressfield, qui a écrit ce bouquin formidable qu’est The War of Art, affirme que le cerveau a gardé des instincts de l’époque où nous n’étions encore que des reptiles. Or, les reptiles ne pensent qu’à économiser leur énergie et à glander, en gros.


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D’après lui, la procrastination c’est le symptôme que nous nous apprêtons à faire quelque chose de crucial pour le développement de notre âme et que si nous avons tendance à procrastiner, c’est parce que nous avons peur, à un niveau cellulaire, instinctif, du changement que cela impliquera de réussir cette nouvelle entreprise.

D’autres auteurs abondent dans ce sens, ajoutant que quand l’esprit change, c’est la structure synaptique du cerveau qui se reconfigure, et que nous sommes physiquement différents dès lors que nous devenons psychiquement différents.

J’ai quelques doutes à ce sujet et, même si j’ai tendance à penser qu’on remet au lendemain, je crois que c’est plus par confort que par instinct de préservation. J’adhère à la théorie de la limite haute, qui veut que l’on tombe malade ou que l’on s’inonde de pensées négatives dès que l’on s’apprête à dépasser les limites de ce que l’on croyait capables dans nos vies. Mais je pense que c’est très différent de la procrastination quotidienne.

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Pour moi la procrastination trouve ses racines dans trois sources. La difficulté étant de savoir à chaque fois laquelle.

1) Vous êtes comme un enfant incapable d’anticipation.
Quand j’étais petit et que les parents proposaient d’aller passer l’après-midi dans les bois (oui on faisait ça, pas vous?), je ne voulais jamais. J’étais bien à la maison, avec mes jouets. J’étais incapable de me projeter dans autre chose. Tout ce que je voyais, c’est que ce que j’allais arrêter de faire, pas les options qui s’offraient à moi. C’est le cas quand vous trouvez un plaisir immédiat à un jeu en flash, à un film sur YouTube ou à un épisode de votre série préférée. Vous pensez à la route qui vous sépare de la forêt et ça vous saoule d’avance. Vous n’avez pas envie de faire l’effort de bosser, même si votre satisfaction sera plus profonde quand vous aurez commencé à travailler.

La solution: souvenez-vous de l’état émotionnel dans lequel vous vous êtes trouvé la dernière fois que vous avez trouvé la concentration nécessaire à l’écriture. Souvenez-vous de la satisfaction ressentie la dernière fois que vous avez atteint votre objectif d’écriture de la journée.

2) Vous n’avez aucune envie de faire ce que vous devriez faire et vous êtes légitimement en train de faire autre chose.
Mais une petite voix vous culpabilise. Soit que vous deviez impérativement remplir votre déclaration d’impôt soit que vous pensiez devoir appeler grand-tatie, vous êtes en train de repousser le moment de faire un truc franchement désagréable. Dans ce cas, on peut se demander si la procrastination en est vraiment. En effet, procrastiner a une connotation négative, du genre vous devriez faire un truc et à la place, vous êtes improductif. Si vous terminez l’écriture de votre roman pour évitez de faire vos impôts, parle-t-on encore de procrastination ?

La solution: posez-vous la question en toute franchise: le devoir que vous fuyez vous est-il vraiment imposé ? Si c’est vous qui vous l’imposez, faites-vous une fleur et oubliez. Grand-Tatie s’en remettra si vous ne l’appelez pas. Pas la peine de vous torturer avec ça. Sinon, faites-le le plus vite possible. Vous devrez remplir votre déclaration dans tous les cas, alors finissez-en et oubliez-la. Mieux, si vous pouvez déléguer (à un comptable, à votre femme, à grand-tatie…), faites-le.

3) Vous pensez devoir faire un truc et vous vous plantez.
Ça ressemble à la cause précédente mais celle-ci est bien plus insidieuse et dangereuse pour vous en termes d’épanouissement personnel. On craint tous de se réveiller à 60 ans et de se rendre compte qu’on a raté notre vie. Le truc c’est que des fois, pour éviter ça, on se donne des objectifs qui ne correspondent pas avec ce dont on a besoin. C’est le cas aussi pour nos personnages, qui ont des besoins et des objectifs et la dramaturgie nous apprend beaucoup de chose sur nous-mêmes à ce niveau. On peut croire que le jour où on sera enfin un scénariste accompli, qu’on aura vendu notre long-métrage, la vie nous sourira, on sera enfin heureux. Et on essaye d’écrire ce long-métrage. Sauf qu’à chaque fois qu’on s’y met, on procrastine. Si vous lisez Pressfield, vous accuserez votre cerveau reptilien, vous vous culpabiliserez et vous vous acharnerez… jusqu’au jour où vous vendrez votre long-métrage pour vous rendre compte qu’en fait c’était pas ça du tout que vous aviez besoin de faire.
Dans ce cas, la procrastination est plutôt comme un avertissement que non, vous n’êtes pas sur la bonne voie. Je le vois quand je me lance dans des activités pour lesquelles je ne manque jamais de motivation, qui sont plaisantes, faciles, évidentes. La procrastination n’est pas un problème pour celles-ci. La question c’est comment identifier la « bonne » de la « mauvaise » procrastination.

La solution: faites des choses. Allez au bout des étapes et questionnez-vous sur ce que vous en retirez comme satisfaction personnelle à long-terme. Oubliez le court-terme, c’est un mauvais guide. Construisez votre vie sur des choses pérennes. Vendre des épisodes de série peut vous payer à manger pour quelques temps mais cela vous comble-t-il, artistiquement, créativement ? A vous de voir. C’est vous qui portez la solution.

Mais arrêtons de culpabiliser chaque fois qu’on se met à glander.
PS: tout n’est pas toujours aussi noir et blanc. Des fois vous avez juste besoin de mûrir un peu plus longtemps votre projet avant de vous mettre à écrire. Dans ce cas, allez faire un tour, restez au calme, ne surchargez pas votre cerveau d’informations en regardant trop de vidéos.

PPS: Plus qu’un jour pour choisir le sujet de mon prochain post. Pour l’instant, deux ex-aequo en première place. Le suspense est à son comble. Le sondage est dans la marge. VOTEZ MAINTENANT –>

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2 Réponses to “La procrastination, c’est vraiment grave ?”

  1. dhzd Says:

    « Procrastiner » est un mot à la mode. Et comme tous les mots à la mode, il m’agace terriblement.

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