La Renaissance de Dramaturgie et Scénario – Le Phoenix reprend son essor

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Par où commencer ?

Plusieurs changements vont apparaître sur ce blog dans les semaines qui viennent. Certains ont commencé à se mettre en place, d’autres sont en préparation. Ils viendront peu à peu, par petites touches discrètes. Ils naissent de mon désir de donner plus de place au partage dans ma vie. Je veux donner davantage, partager mon expérience.

Quand j’ai commencé à publier sur ces pages, j’étais encore au CEEA, ignorant tout de l’avenir que me réservait ma carrière de scénariste. Hé! J’ignorais même si je finirais par vraiment devenir scénariste! Je n’avais aucune idée de par quel bout prendre les choses, je cachais ma peur panique de l’avenir derrière beaucoup de certitudes et un brin d’arrogance mal placée.

Le chemin a été étonnamment facile puisque deux ans à peine après ma sortie de l’école, je gagnais ma vie entièrement grâce à l’écriture. Une partie de mes revenus venait du scénario d’animation et une autre de mes piges dans un magazine spécialisé dans le jeu de société (sic). Ma vie personnelle, pendant ces deux ans, a été bien chamboulée elle aussi puisque, comme à mon habitude, je lançai tous les chantiers en même temps, démarrant à zéro ma vie professionnelle et ma vie de couple (une histoire pas simple qui mériterait que je la raconte un jour).

Je crois qu’à cette époque, je blogais beaucoup. Je n’étais pas à l’aise en tant que scénariste, puisque j’apprenais sur le tas la réalité du métier (c’est une chose que d’acquérir les compétences dans le sanctuaire d’une école, c’en est une autre que de les appliquer sur le terrain) mais j’avais des choses à dire, j’étais en plein dans le vif du sujet.

Pourtant, il ne m’a pas fallu longtemps pour être confronté à l’impensable : après avoir (enfin) réalisé mon rêve de vivre de l’écriture, un ennui profond s’est installé. Ca s’est littéralement passé comme ça. Un matin, en attendant les retours d’un directeur d’écriture sur un texte, j’ai réalisé que je m’ennuyais. Je n’avais jamais ressenti ça, un ennui aussi intense, pur, profond. L’angoisse!

3 ans de crise s’en suivent

Aussitôt, ce fut la remise en question: « Faut-il que je continue ou que je me convertisse ? Est-il temps de revenir au roman même si  toute forme d’écriture m’ennuie ? Devrais-je devenir jardinier ? Au moins je travaillerais en plein air. » Pour ne rien arranger (mais est-ce un hasard ?), j’enchaînai les plans foireux, producteurs qui ne payaient pas, productions qui stoppaient net et développements qui s’éternisaient je me retrouvai financièrement à sec, obligé d’écrire un court-métrage de commande pour une association agricole. J’avais honte. Je me cachais. Je ne parlais plus à personne. Je ne sortais plus, trop embarrassé pour demander de l’aide. Je ne bloguais plus. J’avais envie de disparaître. J’étais au plus mal.

Je découvris Tim Ferris. Je changeai mes paradigmes. Je revins sur des convictions ancrées. J’acceptai que le travail pût être autre chose que l’exercice de ma passion ou que celui-ci pût prendre d’autres formes que la seule écriture. Je compris aussi que l’écriture pour la télévision n’était pas l’accomplissement total de ma vocation et que j’avais perdu de vue mon premier objectif : être romancier.

Je réalisai alors avec effroi que je n’avais pas écrit un roman depuis 2004, l’année qui avait précédé mon entrée au CEEA (je ne compte pas le NanoWrimo de 2007 qui demanderait une réécriture considérable pour faire partie du lot). Pire, je n’écrivais plus de nouvelles. Pire, j’avais arrêté de développer des concepts on spec.

C’est là que la vérité m’a frappé: J’avais baissé les bras, j’étais devenu indifférent, je ne croyais plus à l’écriture comme un travail d’auteur, j’étais devenu persuadé que l’écriture n’était qu’un artisanat de mercenaire enchaînant les contrats de commande. J’étais désabusé. Je pratiquais la loi du moindre effort, me contentant de travailler pour les autres, sur les projets des autres, négociant les honoraires les plus élevés possibles grâce à l’expertise que j’avais acquise comme développeur de projets d’animation… ceux des autres. J’enchaînais les bibles mais au fond je ne croyais plus à ce que je faisais. Je savais que je le faisais bien mais sans coeur et sans âme.

Quand j’étais seul (80% du temps) et que j’ouvrais mes sens à ce que je vivais, je me sentais perdu au milieu d’un tunnel profond. Aucune lumière ne venait jusqu’à moi. J’avançais à tâtons et par habitude, pas parce que je croyais que le tunnel avait une fin. Je me disais que j’aurais pu m’assoir et attendre, ç’eût été pareil. Quelque part, c’est un peu ce que je faisais en arrêtant de développer mes projets: j’abandonnais.

Un sursaut de lucidité me poussa à convaincre F. de quitter Paris. Ailleurs, n’importe où, repartir à zéro. J’avais déjà pratiqué ça, la fuite en avant. On dira ce qu’on voudra, ça marche. Et ça demande plus de courage que de simplement rendre les armes. Tout reconstruire, miser le peu qu’il nous restait sur un acte de foi: ça ne pourrait pas être pire ailleurs.

J’enseignais déjà quelques heures dans une école de graphistes à Bordeaux. Pas grand chose, un poste que j’avais brigué par curiosité, par envie de transmettre, et simplement parce que l’opportunité s’est présentée. Je m’accrochais à ça et je cherchai d’autres écoles. Tout plutôt que de risquer de tout perdre à nouveau à cause d’un enchaînement de mauvaises circonstances. Je décidai de faire ce que tout les experts conseillent: arrêter de mettre tous mes oeufs dans le même panier. Scénariste c’est un métier précaire, ne croyez pas ceux qui vous disent le contraire. Le statut d’auteur n’offre aucune protection contre les coups du sort et ils sont courants.

Ce Que J’ai Compris sur Moi

Je ne vais pas détailler les deux ans qui ont suivi mais qu’il me suffise de dire que ça a été les deux années les plus riches de ma vie d’adulte. J’ai exploré ma psyché, j’ai plongé au plus profond de moi pour comprendre ce qui me manquait, ce que je voulais, ce que je devais faire pour avoir le sentiment de vivre une vie palpitante. Je me suis confronté au monde d’une manière inédite pour moi. J’ai lu énormément, pas de la fiction, mais des livres de développement personnel, de marketing, des livres sur ce qui fait une vie digne d’être vécue, des livres sur l’écriture mais pas des manuels cette fois, plutôt des livres d’auteurs, souvent des essayistes, parfois des romanciers. J’ai lu sur le travail, sur la productivité, sur l’entrepreneuriat, sur le dépassement de soi. J’ai noirci des centaines de pages d’introspection, j’ai fait des listes de ce que je voulais, de qui je voulais être. J’en ai déchiré des dizaines, je les ai recommencées encore et encore jusqu’à avoir une idée claire de la vie que je voulais construire désormais.

J’ai réalisé qu’il ne suffit pas de devenir écrivain pour maîtriser sa vie et qu’en devenant scénariste, j’avais oublié ma première règle de conduite: être aux commandes de mon existence. En me concentrant sur des contrats de commande, en cherchant à tout prix à devenir l’un d’eux, à faire partie du milieu, j’avais oublié que le milieu n’est pas la priorité.

J’ai aussi compris que j’avais besoin de défis impossibles pour me faire avancer dans la vie. Que maintenant que j’avais réussi à gagner ma vie en écrivant, cela ne m’intéressait plus. J’avais besoin d’autre chose. D’un nouveau défi. Comme celui d’enseigner l’écriture de scénario. Ou de devenir un romancier à succès. Ou d’accompagner de jeunes aspirants auteurs vers la construction de leur carrière. Ou de partager avec autres auteurs sur la notion d’autonomie.

J’ai souvent été surpris de constater que bon nombre de scénaristes n’étaient pas plus heureux de leur sort que nombre de banquiers ou d’ingénieurs. Je me suis toujours demandé comment on pouvait devenir scénariste sans que ce soit un choix conscient de tout instant. Je vois bien comment on peut devenir ingénieur ou banquier sans jamais se poser la question. Il suffit de suivre les rails. Bon au lycée, une grande école, un premier boulot et la vie s’enchaîne. Mais scénariste ? J’ai réalisé que la plupart des gens ne voulaient pas vraiment prendre de risque dans leur vie, que l’attrait du confort nous gagne tous à un moment ou à un autre. J’ai aussi compris que ça ne m’intéressait pas. Que je me sentais mort quand je vivais dans le confort et que j’avais besoin de toujours marcher au bord de l’abîme. J’ai besoin de me lancer des défis impossibles parce que cela m’oblige à grandir, à devenir meilleur et à vivre pleinement. Tant pis pour les angoisses nocturnes. Si l’alternative est l’ennui mortel que j’ai vécu pendant 3 ans, je les choisis avec bonheur !

J’ai envie d’écrire là-dessus, d’expérimenter avec ça, de partager cette conviction que nos vies peuvent être extraordinaires et que tout est possible. Je crois que c’est ça que mon coeur exige.

Fast Forward Jusqu’à Aujourd’hui

J’ai partagé les deux dernières années entre l’écriture et son enseignement. J’ai trouvé la sortie du tunnel et aujourd’hui je lutte pour reconstruire ma foi, je m’accroche à l’impératif moral et esthétique qui me force à écrire mes projets. Je me suis donné comme règle de limiter les projets de commande que j’accepte et de les sélectionner avec attention. Je me suis donné pour impératif de ne plus devoir écrire pour vivre. Parce que cela ne me suffit pas. Il y a un certain confort à travailler pour les autres, la prise de risque est moins grande. Mais le sens aussi est moindre. Je me suis laissé prendre au chant de sirènes des chèques faciles, du travail quasi mécanique de la commande et  je veux maintenant me donner la chance de construire une oeuvre qui me soit propre et dont je puisse être fier, dont mon fils puisse être fier. C’est risqué. Ça me fait peur. Putain que ça me fait peur ! Mais ça en vaut la peine.

Et je veux partager cette construction avec vous, qui êtes là depuis des années, à me faire confiance. Je veux continuer à vous accompagner dans votre apprentissage du métier d’auteur et maintenant que le tunnel est derrière moi, maintenant que les nuages qui encombraient l’horizon se sont dissipés, je peux recommencer à le faire sérieusement.

Je ne le ferai pas seul. J’ai pris sous mon aile une apprentie scénariste, Mélissa. Elle publiera ici des billets, dans lesquels elle vous apportera un regard neuf, un point de vue de découvreuse de l’écriture, de ses règles et du milieu dans lequel les auteurs gravitent. Je lui ai aussi demandé de lire des manuels d’écriture et de les chroniquer sur le blog à raison d’un ou deux par mois.

De mon côté, je publierai chaque semaine un nouveau billet. Cela pourra être un billet d’humeur parlant succinctement d’un aspect de l’écriture, ou un billet plus technique.

Je me suis aussi lancé le défi de formaliser mes méthodes d’écriture, mes convictions d’auteur et mes systèmes de travail dans de courts manuels. Deux ans d’enseignement m’ont contraint à réfléchir à ces questions et j’ai envie d’écrire un livre sur le fruit de ces réflexions. L’envie d’écrire des choses qui me sont propres revient de plus en plus régulièrement et elle est de plus en plus insistante. Je retrouve des sensations endormies. J’espère n’être pas trop engourdi.

J’ai aussi envie d’écrire un manifeste, qui développera ce que je viens de raconter ici, le chemin qui m’a mené du rêve au désespoir, de la passion à l’indifférence. Et surtout les outils qui m’ont permis de réentendre la voix de mon âme. Je voudrais servir d’exemple pour rappeler qu’il ne faut pas sacrifier sa voix au charme de l’argent. Si votre passion c’est d’écrire de la commande, faites-le et brillez là-dedans, mais si vous voulez être auteur avant tout, je ne suis pas sûr que le sacrifice en vaille la peine. Marc Herpoux m’avait pourtant prévenu. Je suis presque prêt pour ce livre. J’étudie des manifestes, pour en comprendre la structure et les codes.

J’écris un roman que je vais autopublier, mais ça, vous le saviez déjà.

J’ai des dizaines d’autres projets, dont je vous parlerai ici. Revenez régulièrement, ou mieux, inscrivez-vous à ma newsletter: http://www.anaelverdier.com/newsletter/, je vous enverrai un mail quand je publierai un nouveau billet.

Dans tous les cas, restez connectés au blog, les choses vont sérieusement se remettre à bouger!

Anaël

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