How much must a writer write? – Mes Angoisses

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Les auteurs songent-ils à quantifier leurs écrits? Etre écrivain signifie t’il écrire tout le temps? Réflexion sur la considération et la légitimité d’un auteur par Anael Verdier.

C’est une question que je me pose souvent: est-ce que j’écris assez ? Est-ce qu’en écrivant aussi peu que je le fais je mérite vraiment de me qualifier d’auteur ? Est-ce que le fait de vouloir aussi enseigner, d’y consacrer du temps (du temps que je ne passe pas à écrire!) ne fait pas de moi un fraudeur ?

Combien un auteur doit-il écrire pour être un auteur ?

Assez pour vivre ? Assez pour remplir des annuaires de ses textes ? Assez pour m’occuper tous les jours ?

Et tout ce qui n’est pas publié/produit/acheté, est-ce que cela fait de moi un amateur ?

Le soir tombe, la nuit avance, la fatigue de la journée m’écrase et la ronde des doutes recommence. J’ai beau avoir fait mes preuves, avoir été diffusé dans le monde entier, vivre de mes textes, ce n’est jamais assez pour moi. Je ne me trouve jamais assez bon, jamais assez productif, jamais assez légitime. Je crois que même le jour où j’aurai publié mon bestseller, je croirai que les gens se sont trompés en achetant mon roman. Je crois que même le jour où mon blockbuster sera salué, je considérerai que j’ai juste su tromper le public.

Pourtant je ne travaille pas moins sérieusement qu’un autre. Je fais tout ce qu’il faut et même plus.

Combien faudrait-il que j’écrive de textes pour que l’angoisse qu’un jour tout s’arrête, cette vie de rêve où je suis payé pour inventer des histoires, pour que cette angoisse disparaisse ?

Faut-il que je meure à la tâche ?

Cette insatisfaction chronique, cette intransigeance vis-à-vis de moi-même me pousse à toujours rester sur le fil, vigilant, à apprendre toujours plus, à me renouveler, à me lancer de nouveaux défis. C’est bien, en un sens. C’est comme un mécanisme d’auto-bottée-de-cul (pardonnez le néologisme, le substantif de « botter » m’échappe).

L’angoisse me réveille souvent la nuit, elle me serre les tripes et me dit d’écrire mais comment écrire quand le grand Censeur se dresse par-dessus votre épaule ? C’est impossible. Alors je sombre encore plus.

Et j’aime ça

Parce qu’une fois la crise d’angoisse passée, il me reste cette sensation délectable d’être plus présent au monde que jamais, d’être à l’écoute de mes besoins. Je suis ouvert, l’âme déversée sur la table dans toute sa vulnérabilité, toute sa nudité. La censure se tait, les parasites s’éteignent, il n’y a plus que moi et mon essence, en face à face intense. C’est là que j’écris mes meilleurs textes, dans la transe qui s’en suit, qui vient en général la nuit mais parfois aussi le matin très tôt, quand l’insomnie me réveille à l’aube et que je trouve le courage de descendre me mettre à la page.

La crise d’angoisse est comme un cap, une frontière à franchir pour atteindre ce monde de pureté et de clairvoyance. Quand j’entre dans cet état tout devient moins réfléchi, plus intense, plus tripal. Une grande partie de mon apprentissage de romancier a été de provoquer cet état à la demande. J’ai beaucoup appris du chamanisme en matière de provocation de transes. Musiques assourdissantes et répétitives, boissons apaisantes (tisane de coquelicots en tête) ou à l’inverse excitantes (en alternance: café corsé et thé) pour renforcer ma concentration. La difficulté est de ne pas briser la transe. C’est pourquoi je préfère écrire quand la maisonnée dort. Mieux, quand la ville dort. Tard la nuit ou vraiment tôt, entre 5h et 8h, quand mes idées sont les plus claires. La transe est fragile, une interruption et tout est perdu. Je peux dire adieu à mes éclats de génie.

C'est à peu près ça, les bois en moins

Les deux nouvelles que j’ai publiées sur Kindle ont émergé de ces états-là.

Bizarrement, les scénarios que j’écris tirent rarement quelque chose de cette transe. Peut-être parce qu’ils répondent à des contraintes différentes, peut-être parce que j’ai trop en tête les producteurs quand je les écris. Peut-être simplement parce que j’intellectualise encore trop mon écriture scénaristique par rapport à mon écriture littéraire.

Qu’en est-il pour vous ?

Connaissez-vous ces attaques d’angoisse ? J’ai l’impression que mes confrères n’en parlent pas à cause de l’aveu de faiblesse que cela représente. Je crois que c’est important pour les aspirants auteurs d’entendre ça. L’écriture est un métier profondément intime et terriblement incertain. En publiant (peu importe la forme: scénario montré à un producteur, billet de blog ou roman livré aux masses), l’auteur se met en porte-à-faux et se livre au jugement de ses lecteurs. C’est souvent excitant mais c’est aussi régulièrement douloureux (si personne ne réagit c’est douloureux, si les gens réagissent mal c’est douloureux).

Connaissez-vous l’état de transe dont je parle ? Le provoquez-vous ? En avez-vous besoin pour bien écrire ? Partagez vos expériences dans les commentaires!

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3 Réponses to “How much must a writer write? – Mes Angoisses”

  1. Mllegretchen Says:

    Ah, enfin quelqu’un qui ose en parler… Personnellement je suis assez sujette aux crises d’angoisse lorsque j’écris… Comme dans mon entourage (à l’école ou après dans le milieu pro) tout le monde a l’air génialement heureux, semble écrire « naturellement », je finissais parfois par me dire que je ne devais pas être une vraie auteur… Trop perfectionniste, la peur de ne pas savoir où je vais (parce que c’est quand même un peu « ordo ab chaos » l’écriture!), de (me) décevoir, et un gap entre ce que j’envisage d’écrire et ce que j’arrive à écrire… Et si je me lâche, j’ai peur que ça n’ait plus aucun sens donc j’ai un censeur assez chiant sur le dos. Mes crises se sont améliorées avec le temps, depuis que 1) la peur serait toujours là; 2) l’écriture est un processus organique, qui prend du temps… Enfin il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet!!

    • Anaël Says:

      Bonjour,
      c’est vrai que c’est un sujet tabou. J’ai pensé à vous aujourd’hui en découvrant un post d’Allison Winn Scotch. C’est en anglais mais ça parle de doutes, de motivation, d’épuisement. http://www.allisonwinn.com/ask-allison/2012/4/25/im-back-and-questions-about-whats-next.html Accepterions-nous d’afficher notre vulnérabilité ?
      Être un auteur c’est toujours se mettre en avant, présenter une façade solide, donner à voir aux lecteurs une personnalité forte, apte à tout surmonter. Alors qu’écrire c’est avancer dans l’inconnu et douter tout le temps. Cela ne veut pas dire qu’il faille abandonner. Il faut trouver le courage d’avancer malgré l’épuisement et le doute et la peur de n’être pas assez bon.
      Lisez <a href="Zen in the Art of Writing, de Bradbury, c’est le livre le plus motivant qu’il m’ait été donné de lire sur l’écriture. Il me donne la pêche et le courage de continuer dans les moments les plus sombres.
      Sinon, mettez la main sur les derniers chapitres du livre de Viki King (Comment écrire un film en 21 jours). Tout est intéressant mais les derniers chapitres parlent des doutes, justement, et donne des pistes pour les surmonter.

      Mais oui, l’écriture fait peur, surtout si elle est vraiment forte, si elle met l’auteur en danger, si elle représente un risque. Il faut réussir à accepter cette peur et à la transformer en force. Il paraît que c’est possible…🙂 Quant à la patience, elle est la vertu première dont nous avons besoin mais elle ne doit pas devenir une excuse pour ne pas aller au bout de nos textes. Je me mens souvent en me disant qu’une histoire a besoin d’être mûrie quand tout ce qu’elle veut c’est être écrite!

  2. Anne-Gaelle Says:

    Moi je compare l’écriture au jeu de l’acteur. Ce sont deux actes, deux doutes permanents. Il faut du courage et un peu d’inconscience pour imposer ses influences, ses visions, ses émotions malgré ceux qui nous commandent (metteur(s) en scène pour moi et pour vous…) Et il n’est pas possible de rentrer dans un système si on veut continuer à donner de soi dans ce métier. Système veut dire en ce qui me concerne, frein! C’est compliqué de l’accepter mais en même temps je pense qu’il nous est permis à nous les créatifs d’accepter nos besoins (créatifs/humains). Ils sont différents pour chacun d’entre nous et non immuables. En tous cas pour moi, ces besoins d’oxygène pour alimenter nos inspirations (ce que je comprends de votre texte plus haut) sont libres à plus l’infini.
    Votre question est: est-ce que j’écris assez? courageusement, je vous dirais que non, puisque vous vous posez la question, n’est-ce pas déjà le signe que vous et seulement vous (mais c’est très important) voudriez écrire plus? Alors une idée: tentez-le sur un laps de temps que vous jugerez seul. écrivez plus pendant 15 jours. choisissez votre endroit….etc et vivez le PLUS écrire. Alors vous saurez.
    AG

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