Fiction = Émotion

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L’écriture vit au dépens de celui qui la ressent. L’auteur peut songer et restituer son vécu personnel afin d’écrire des scènes touchantes  pour que l’émotion soit la plus sincère et communicative au possible.  Les créateurs de la série Mad Men ont bien compris ce concept.

 

« Le bonheur, c’est le dividende de vouloir ce que l’on a divisé par avoir ce que l’on veut »

C’est en tous cas ce que suggère Chip Conley, auteur de Emotional Equations : Simple Formulas to Help your Life Work Better. Dans son livre, Chip déconstruit les grandes émotions de l’existence : le désespoir, la déception, le regret, l’anxiété, la vocation, la curiosité, l’authenticité et bien d’autres. Il part surtout du postulat que émotion = vie, une équation dans laquelle je me retrouve et que j’adapte ici en émotion = dramaturgie. Parce qu’avant toute chose, ce qui nous importe en tant qu’auteurs quand nous créons des histoires, c’est de provoquer des émotions chez nos spectateurs/lecteurs. Or, quel meilleur moyen pour le faire que de mettre en scène des personnages en train de vivre eux-mêmes des émotions ?

Comprendre les émotions n’est pas chose aisée et je saute sur chaque opportunité d’approfondir mes connaissances en la matière. Savoir où elles trouvent leur origine, comment elles évoluent, leur influence sur la santé ou comment les modifier. J’emprunte aux sources les plus scientifiques comme aux plus new age. Le but de l’auteur de fiction n’est pas traduire le réel mais d’extrapoler à partir de lui, de poser des questions et d’explorer toutes les options possibles.

Ecrire, c’est ressentir

L’acte d’écriture est lui-même hautement chargé en émotions. Quand j’entre dans ma transe d’écriture, le monde disparaît et j’entre de plein fouet dans l’univers de mon histoire. J’observe les personnages mais en même temps, je suis eux. Je ressens ce qu’ils ressentent, je souffre avec eux, je ris avec eux, j’espère et désespère avec eux. Si cet échange est absent de l’écriture, ce que j’écris est moins bon, moins authentique.

Mais pour rendre l’expérience du spectateur/lecteur plus intense, rien n’empêche d’apprendre ce qui crée l’émotion. La maîtrise des émotions, la connaissance de leurs tenants et les aboutissants font partie de la boîte à outil nécessaire à tout auteur de fiction. Si vous voulez apprendre à devenir romancier ou scénariste, ou si votre but est de garder vos compétences intactes, lisez tout ce que vous pouvez sur le fonctionnement des émotions.

Ecrire est une action physique

Les émotions prennent racine dans le corps. Il faut donc se débarrasser de la représentation de l’écriture comme une activité purement intellectuelle, comme un sport de pure pensée. Ecrire de la fiction c’est d’abord faire partager une émotion et c’est la ressentir soi-même. Ecrire c’est prendre conscience des troubles affectifs et de leur manifestation dans nos corps. C’est vivre ça et le traduire en mots et en images.

Un exercice assez simple consiste à se replonger dans une scène de sa propre existence, cette scène doit être chargée de l’émotion que l’on veut faire vivre à nos personnages. Fermez les yeux, rappelez le souvenir de cette scène. Ca peut être un moment de joie intense, de peur, de tristesse, l’essentiel c’est que vous associez cette scène à l’émotion que vous cherchez à transmettre. Visualisez la scène. Plongez à l’intérieur de votre souvenir, rappelez les senteurs, les couleurs, les sons. Que ressentez-vous ? Où cela se situe-t-il ? Dans quelle partie de votre corps vivez-vous l’émotion ? Comment réagissez-vous ? Comment votre posture se modifie-t-elle ? Comment votre conscience évolue-t-elle ? Notre champ visuel, par exemple, a tendance à se réduire quand nous sommes en proie à la peur ou à la colère et à s’élargir dans les moments de joie intense. Prenez mentalement note de tout cela. Continuez à observer votre souvenir pendant une vingtaine de minutes. Vous écrirez une bien meilleure scène après ça.

Acquérir les connaissances pour créer de la vraisemblance

Plus vos personnages réagiront de manière vraisemblable, plus vos spectateurs/lecteurs seront pris par votre histoire et auront envie de connaître la suite. Je revois Mad Men en ce moment et c’est un rappel constant de cette simple vérité. Les réactions des personnages face aux événements sont justes, mesurées, cohérentes avec le reste de leurs actions.

La roue de Plutchik, un bon point de départ

Quand on parle d’émotions, il faut aussi penser aux émotions du spectateur. Or, connaître leur fonctionnement vous aidera à créer les enchaînements de situations qui vous permettront de manipuler votre spectateur pour lui faire ressentir les émotions que vous aurez choisies. Savoir, par exemple, que l’anxiété est le produit de l’incertitude et de l’impuissance vous permettra de construire vos scènes de manière à renforcer ces deux sentiments chez le spectateur pour le tenir en alerte… et de rendre l’expérience complète en soulageant son incertitude et en le libérant de son anxiété à la fin de l’histoire.

Si vous parvenez à maîtriser cela, votre structure peut être imparfaite, ça ne fait rien, tout le monde vous le pardonnera. Ce que nous voulons c’est que la fiction nous émeuve.

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