L’écriture, entre magie et technique

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Réflexion autour d’un livre de Linda Seger sur la maîtrise de la création et de l’innovation pendant l’écriture. Allier l’émotion à la technique, telle est la mission d’un bon auteur, qu’en pensez-vous?

Je suis en train de lire un livre de Linda Seger sorti en 1999 (Comment faire d’un bon auteur un auteur formidable, non traduit en français) et à côté duquel j’étais complètement passé jusqu’à présent, c’est un livre sur la créativité, qui est l’un de mes sujets favoris en écriture, parce que c’est le plus épineux. Apprendre la technique ce n’est pas compliqué mais trouver le bon angle pour apprivoiser la créativité c’est autre chose. C’est un délicat équilibre entre lui donner assez de mou pour qu’elle s’exprime librement et la contraindre suffisamment pour pouvoir l’exploiter.

Je vous dirais bien de tout lâcher pour lire ce livre, parce qu’il a vraiment un effet formidable sur moi, mais je vais faire mieux que ça puisqu’une fois que je l’aurai fini, je vous écrirai une chronique sur son contenu. Néanmoins, j’avais envie de partager avec vous l’une des premières réflexions que je me suis faite grâce à sa lecture. Elle concerne le côté « magique » de l’écriture.

Préparez vos livres de sorts, vous écrivez une histoire

J’entends toujours les auteurs amateurs parler d’inspiration, d’écrire « quand c’est le moment », qu’il n’y a pas de règles en écriture parce que chaque projet est différent. Ça m’horripile mais je comprends, j’en suis passé par là aussi et le pire c’est que je ne peux pas dire que ces affirmations soient complètement fausses. Je connais les moments magiques de l’écriture, cette sensation de transe dont je parlais la semaine dernière, ce flux dans lequel on entre et tout disparaît et le monde que l’on est en train de créer prend une vie qui lui est propre, les personnages s’envolent et on n’a qu’à les suivre et tout ce qui sort de nos doigts est de l’or et c’est vraiment formidable. Mais tout professionnel de l’écriture sait qu’on ne peut pas construire une carrière sur ça. Alors on se blinde de connaissances théoriques, on lit manuel d’écriture sur manuel d’écriture, à la recherche du système qui nous permettra d’être toujours créatif, toujours au top de l’inspiration, de pondre des structures parfaites à chaque fois.

Le résultat, au moins au début, ce sont des textes creux, dénués d’émotions, trop mécaniques. Et l’auteur se réfugie derrière l’argument d’autorité « c’est comme ça qu’il faut faire, c’est McKee/Snyder/Truby/Verdier qui l’a dit ». Pourtant on le sait, les textes qui marchent le mieux sont ceux qui parlent aux émotions des lecteurs et des spectateurs. Ils ont parfois une structure bancale (ou plutôt leur écriture est tellement bonne que leur structure disparaît derrière les émotions, les personnages, les situations). Est-ce parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques ou parce qu’ils sont plus souvent touchés par la magie de l’écriture ?

Ma conviction c’est que c’est un mélange des deux. Quand l’auteur maîtrise parfaitement les techniques de l’écriture (structure, ironie dramatique, suspense, surprise, typologies des personnages, etc) ET qu’il sait lâcher prise pour laisser sa Muse s’exprimer à travers lui, c’est là que naissent les meilleures histoires. C’est sans doute pour cela que les grands mettent du temps entre deux films, deux livres. Pas parce que c’est long de les écrire mais parce qu’il faut arbitrer cette bataille entre l’intellect et l’instinct, que l’on penche tantôt trop d’un côté, tantôt trop de l’autre, et que trouver le juste milieu exige une patience et une minutie digne d’un bonze que peu d’auteurs se donnent la peine d’atteindre.

Il n’est finalement pas compliqué de devenir auteur. Lire quelques manuels pour comprendre les mécanismes d’une histoire qui marche suffit. Le manque de créativité est rarement un problème chez les jeunes auteurs et une fois que celle-ci est canalisée, que l’auteur a consenti un minimum d’efforts pour se constituer un réseau, à peu près n’importe qui avec une once de motivation est capable de devenir scénariste ou romancier. Mais laisser une marque, créer des oeuvres qui impactent vraiment le public, rejoindre les rangs des Audiard, Kaufman ou Weiner pour ne citer qu’eux, c’est  une autre paire de manche. Cela demande la rigueur d’un apprentissage perpétuel, un affinage à la fois de la maîtrise et du lâcher prise dont je parlais plus tôt, pour combiner technique et magie.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous encore de la magie dans ce que vous écrivez ou êtes-vous noyé par la technique ? A moins que pour vous ce soit l’inverse, il n’y a que la magie et pas du tout de technique ? Partagez vos réactions avec moi dans les commentaires.
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