Vous êtes scénariste? Et vous avez écrit quoi?

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Scénariste…une profession? un état? ce qui prime c’est d’écrire, encore et toujours….écrire !

A partir du moment où vous décidez de devenir scénariste, cette question va venir vous hanter, encore, et encore et encore jusqu’à ce que vous commenciez à préférer ne PAS dire que vous êtes auteur quand on vous demande ce que vous faites.

Une chose que la plupart des gens ignorent, aspirants scénaristes compris, c’est que l’essentiel du CV d’un scénariste consiste en histoires que personne ne verra jamais. Elles existent mais elles ne sortiront jamais des tiroirs des producteurs qui les ont optionnées, des organismes qui les ont subventionnées ou, pire, du scénariste lui-même. Difficile de maintenir sa crédibilité sociale comme ça, mais c’est pourtant vrai.

Même si vous devenez le scénariste en vogue (pensez Frederic Krivine) et que vous arrivez, après une dizaine d’années de carrière, à (enfin!) placer vos propres séries dans les chaînes, la plupart des histoires que vous écrirez et vendrez ne seront jamais réalisées. Dans celles qui le seront, certaines seulement auront assez de retentissement pour que vos interlocuteurs en aient entendu parler et, si vous avez vraiment beaucoup de chance, pour qu’ils les aient vues.

Est-ce pour autant que vous n’êtes pas scénariste? Bien sûr que non. Le moment où vous devenez scénariste dépend de beaucoup de choses. Pour certains c’est le moment où vous consacrez tout votre temps à écrire, pour d’autres ce sera votre première vente, pour d’autres encore ce sera le moment où vous gagnerez votre vie en écrivant (et ce peu importe le temps que vous y passez). Peu importe où vous placez votre limite, vous devez savoir en quoi consiste vraiment la carrière d’un scénariste.

Si vous tenez à vivre de votre métier, vous écrirez bien moins que vous ne démarcherez, en tous cas au début. Comme dans beaucoup de choses, la loi de Parkinson s’applique et c’est de 20% de vos efforts de démarchage que proviendront 80% de vos contrats. Donc préparez-vous à enchaîner les rendez-vous infructueux, à téléphoner, envoyer des emails, inviter à déjeuner vos confrères, les producteurs, les réalisateurs, toutes les personnes que vous pouvez avoir sous la main et qui soit susceptible d’en savoir un peu sur le milieu, d’avoir un tuyau que vous n’avez pas, et de vous mettre sur un « plan » (bien sûr la réciproque est vraie et vous devrez vous aussi mettre vos confrères sur des « plans » pour que le système continue à fonctionner pour vous). Vous en profiterez aussi pour pitcher vos spec scripts, juste au cas où…. Le plan se présentera donc soit sous la forme d’un intérêt pour l’une de vos histoires soit, la plupart du temps, sous celle d’une commande pour un projet bien précis. En tous cas une fois que le plan est là, ça y est, vous êtes dans le bain!

Vous pouvez enfin faire ce que vous considérez comme votre vrai boulot d’auteur (même si vous découvrirez vite que le seul vrai boulot de l’auteur c’est de chercher du boulot) : vous é-cri-rez (Enfin! Wooohooo!! Alléluïa!!!). Au début vous serez euphorique et puis vous rencontrerez les premiers blocages et vous commencerez à peiner et à vous rendre compte que le temps passe, la deadline approche, les pages ne s’enchaînent pas assez vite, alors vous dormirez mois ce qui vous rendra encore moins efficace… Bref, vous vous acquitterez de votre tâche de scénariste.

Ellipse: vous avez rempli votre part du contrat, vous avez touché votre chèque (parce que vous êtes un scénariste sérieux et que vous ne travaillez jamais gratuitement) et vous recommencerez à démarcher (même si, idéalement, vous n’aurez pas cessé de le faire pendant que vous écriviez). A partir de là, les choses ne sont plus entre vos mains mais il se passe globalement deux choses: soit la série/l’unitaire est déjà vendu et le producteur a déjà une convention de prod avec la chaîne, et votre histoire a des chances d’être diffusée, soit – et c’est souvent le cas – le projet est développé en interne par la boîte de prod (ou sous convention de développement avec une chaîne ce qui revient grosso modo au même) et vous n’avez plus qu’à espérer que le projet aboutisse… un jour… peut-être… mais peu importe parce que vous êtes déjà sur la mission suivante.

Vous êtes scénariste. Vous êtes payé pour écrire des histoires selon les codes de l’audiovisuel. Vous faites votre boulot de manière exemplaire, vous êtes à l’heure sur vos deadlines, vos scripts sont d’une qualité à faire pâlir un scénariste américain, vous êtes le chouchou des chaînes mais personne ne verra le film de votre histoire avant quelques années… au mieux! Oui, bon dieu, vous êtes scénariste! Vous faites partie du milieu, vous travaillez sur des projets audiovisuels, vous êtes payé pour, alors pourquoi quand vous dites fièrement, dans une soirée: « je suis scénariste! » et qu’on vous demande « Ah ouais? et t’as écrit quoi que j’aie pu voir ? », pourquoi ne pouvez-vous répondre en hésitant que: « ben… tu sais, c’est un milieu particulier… tout ce qui est écrit n’est pas toujours réalisé…  mais je suis vraiment scénariste, hein! Regarde, ça c’est ma carte de la SACD et ça mon numéro d’AGESSA. Hé! Reviens! Tu veux voir ma feuille d’impôts ? »

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