La série, la plus grande école de l’écriture

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Écrire sur une série, pas écrire une série, entrer dans le détail du processus de production, dans les arcanes de la validation, sentir la frustration d’un concept qui nous échappe, faire tenir une intrigue dans la durée impartie, ne pas déborder, couper ce qui est en trop, tout ce qui est en trop, respecter un concept et des personnages, créer du rythme, véhiculer du sens, tenir des deadlines, réécrire, réécrire, réécrire, putain! réécrire encore, trouver d’autres idées d’épisodes, valider le syno enfin! passer au séquencier, recommencer, valider, continuité, recommencer, valider, célébrer.

Recommencer un autre épisode, de préférence sur une série, avec une autre équipe.

Faire ça pendant cinq ans, minimum.

La télévision, et l’écriture sérielle encore plus, est la meilleure des écoles pour peu que vous échouiez lamentablement, régulièrement, et que vous en profitiez pour comprendre comment fonctionne le milieu.

Quand vous travaillez sur une série en conditions réelles, vous vous confrontez à des problèmes désagréables tels que « comment répondre à la commande dans les temps tout en racontant une histoire exaltante dans laquelle j’insufflerai mon propre style ? »

ou

« comment être créatif sans trahir le concept ? Comment éviter de passer pour un débutant en proposant une histoire qui rentre dans les cases posées par la série tout en étant original ? Comment ne pas changer le protagoniste, respecter les contraintes de personnages et de décors tout en étant créatif ? »

La vraie créativité, celle qui fait une différence, celle qui est capable de toucher le public, naît des cadres. C’est la manière futée de ne pas détourner une contrainte mais d’en tirer l’essence, d’aller trouver la faille du protagoniste qui n’a pas encore exploitée, le potentiel d’une relation qui ne s’est pas encore révélé et de traiter le conflit jusqu’au bout sans jamais éclater les limites de la commande. Cette créativité est la marque d’un grand auteur et la série est la meilleure des écoles pour la développer parce qu’elle ne permet aucun écart, aucune paresse.

Proposez de détourner le concept et vous ferez malgré vous l’étalage de votre incompétence.

A l’inverse, si vous êtes capable de vous approprier un concept, d’aller au bout d’une situation dramatique et d’apporter un point de vue unique à une série sans en changer le sens, la dynamique ou l’équilibre, alors vous serez reconnu comme un vrai scénariste. Faites-le de manière systématique et rien ne vous résistera.

Quand vous en serez là, faites l’impensable, quittez la profession, et développez vos propres projets. Qui sait, vous pourriez être le prochain Georges R.R. Martin ou Wong Kar Wai.

 

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