Archives d’un auteur

Utiliser les décors dans vos histoires

6 juin 2018

Les décors, les décors, les décors. On me demande: « sont-ils des personnages ? » je réponds non mais j’entends la question et c’est vrai que dans une certaine mesure le décor peut prendre vie dans l’histoire. Ce qui est sûr en tous cas, c’est qu’il lui donne de la vie (à l’histoire), il la fait vibrer, il l’incarne… En tous cas quand il est bien utilisé.

La plupart des films et séries que je regarde et des livres que je lis utilisent le décor comme une simple toile de fond. Les décors y sont interchangeables, unidimensionnels, ce qui ne devrait pas arriver quand le travail est fait à fond.

Alors bien sûr, vouloir que chaque scène se passe dans un contexte qui renforce le sous-texte et contribue à la charge émotionnelle du récit, c’est un peu perfectionniste et c’est plus un idéal vers lequel tendre qu’un impératif à atteindre à chaque fois, mais c’est intéressant de se demander jusqu’où l’on peut pousser un décor, non ?

Le « bon » décor, c’est un lieu qui renforce l’action de la scène. Si on le remplace par un autre, l’action perd en impact. L’exemple que j’ai l’habitude de donner c’est: comparez une dispute dans une cuisine à la même dispute dans une bibliothèque publique. L’exigence de silence, le presque recueillement du second lieu ne peut qu’amplifier la violence de l’action.

Finissons-en avec les scènes de café et de restaurant

À l’époque où j’étais scénariste, l’un des meilleures conseils que j’ai reçu, c’était de ne pas faire de scène où les deux personnages assis à la table d’un café, discutent.

Première raison: c’est paresseux. C’est la scène par défaut. La scène que l’on a lue ou vue un milliard de fois. C’est tellement commun que ce n’est même plus un cliché, on la voit, on n’y pense pas. Rien ne permet de se souvenir de cette scène si le conflit qu’elle déroule n’est pas lui-même mémorable.

La seconde raison: c’est statique. L’art narratif, c’est l’art du mouvement. Si vous voulez donner du souffle, de la vie, du rythme à votre histoire, créez-y du mouvement. Des personnages assis et qui discutent, cela étouffe votre récit.

Bonus: une fois que vous aurez supprimé toutes les scènes statiques de vos histoires, vous pourrez les réinjecter mais cette fois pour qu’elles contrastent avec les autres, parce que les décors aussi répondent à la règle du contraste.

C’est la comparaison qui permet au lecteur de tirer du sens de ce qu’il lit (comparaison entre deux comportements d’un personnage pour comprendre son état émotionnel ; comparaison entre deux découpages narratifs pour comprendre l’énergie, la vitesse de la scène ; comparaison entre deux interactions pour comprendre la nature des relations que les personnages entretiennent).

Lorsque vous faites contraster les éléments de votre récit, vous donnez une dimension supplémentaire à votre histoire, comme l’ombre donne du relief à une illustration. Lorsque toutes vos scènes sont en mouvement, celle où les personnages s’installent pour boire un café sort du lot. Elle capte davantage l’attention, comme cette fameuse rencontre entre De Niro et Al Pacino dans Heat.

Le décor contribue au sens de l’histoire

Quand vous devez faire parler vos personnages, faites-le dans un lieu qui fasse écho à leur conversation, à la tension qui sous-tend cet échange. Vous pouvez jouer sur une symbolique évidente, comme une visite au zoo, devant l’enclos des fauves à l’heure du déjeuner, pour rappeler le rapport de forces entre un antagoniste tout-puissant et un protagoniste à bout de souffle.

Pour un parallèle plus thématique, vous pouvez faire un lien plus métaphorique et jouer sur davantage de subtilité, au risque que la nuance passe inaperçue, comme lorsque vous faites se dérouler la scène devant un spectacle de marionnette ou dans une boutique de pantins pour souligner que le personnage n’est pas maître de sa vie.

 

Notez que le décor n’est pas seulement le lieu qui accueille l’action, c’est aussi la vie qui s’y déroule. En utilisant l’arrière plan (ici l’action qui se déroule autour des personnages) vous contribuez à l’immersion du lecteur dans votre univers et offrez à votre histoire de nouvelles opportunités de créer du sens.

Pour un regard plus complet sur cette question: comment utiliser les décors dans le récit.

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Chronologie de l’histoire

26 octobre 2015

Sur écrire.tv, j’ai publié un long article sur la chronologie de l’histoire. J’y partage 6 astuces que j’ai découvertes en travaillant sur des romans et séries à plusieurs fils d’intrigue. Pour ne pas s’égarer dans la continuité dramatique de l’histoire, et pour assurer sa cohérence, il est bon pour l’auteur de se pencher sur l’enchaînement des événements de son récit… et sur ceux qui se déroulent en off.

Je recommande de séparer les axes du récit et de les faire apparaître physiquement sur un tableau ou dans un logiciel, en utilisant un code couleur qui vous permettra d’isoler les personnages et les niveaux d’intrigue, ainsi que les événements « invisibles » (backstory et off).

Vous verrez aussi quelques astuces concrètes, comme le fait de ne pas vous perdre dans les détails, sauf ceux qui ont de l’importance (ne vous en faites pas, j’explique lesquels développer et pourquoi). Je crois que le conseil le plus intéressant est celui qui explique que le travail de la chronologie n’est pas limité à la phase de recherche, mais que l’auteur y revient tout au long de son écriture.

A mesure que vous avancez dans les étapes du texte (intention, synopsis, séquencier, continuité) et leurs versions, votre chronologie s’affine, votre compréhension et votre connaissance des personnages et des événements se précise… et la chronologie aussi. S’installe alors un cercle vertueux qui nourrit le projet.

Lisez mon article détaillé sur la méthodologie de la chronologie et découvrez mon nouvel atelier d’écriture en ligne.

Les trois points indispensables pour créer des personnages de roman

4 avril 2014

La création de personnages, en particulier de fiches personnages, est l’une phase qui pose le plus de question aux auteurs: jusqu’où développer le personnage ? Quoi dire, quoi ne pas dire.

Cette vidéo vous présente les trois points indispensables à tout personnage de fiction. Si vous réussissez à développer ces trois points de manière efficace, tout le reste devient optionnel.

personnages de roman

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Devenir écrivain, Denis et Anael en discutent

4 avril 2014

Si vous rêvez de devenir écrivain, d’apprendre à écrire livre ou de carrément vivre de l’écriture, les nouvelles discussions entre Denis Tison et Anael Verdier, tous les deux scénaristes diplômés du CEEA et coaches d’auteurs, vous préviendront contre les questionnements qui entourent la posture de l’auteur et son identité.

Comment Devenir Ecrivain par Anael Verdier

4 avril 2014

Dans cette conférence en direct, découvrez les principaux points sur lesquels vous devrez fournir des efforts pour:
– développer une meilleure qualité d’écriture
– vous positionner sur le marché comme un expert de l’écriture, quelque soit ce que vous écriviez
– rester maître de votre carrière

devenir écrivain

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Il faut savoir tourner la page

12 octobre 2012

Après 307 articles en l’espace de 5 ans, ce blog est officiellement fermé.

Je me retire du milieu. Je mets la clef sous la porte et je ne reviendrai pas.

Si je pouvais, je mettrais le feu au bâtiment, mais il reste quelques vieux tomes à l’intérieur de ces murs qui pourront servir à ceux qui prendront ma suite.

D’autres aventures m’attendent.

Pour la première fois depuis huit ans je sais où je vais et je me sens à ma place où je suis.

J’ai enfin trouvé le bon équilibre et la bonne organisation pour écrire les livres que je porte depuis toujours et ceux qui sont encore à venir.

Après une longue convalescence, j’ai enfin le sentiment d’avoir retrouvé l’évidence de l’écriture romanesque.

Je suis heureux du chemin parcouru, heureux d’avoir vaincu l’ennui, heureux de m’être forcé hors de mes zones de confort et dans la construction de nouvelles règles, d’une nouvelle vie. Je savais que je n’étais pas obligé de vivre entre les marges que le monde me proposait. Je savais que je pouvais définir mes propres règles mais il aura fallu attendre cette année pour que je parvienne enfin à le faire de manière durable.

A un niveau plus directement lié à l’écriture, ces sept années à apprendre et exercer (mais la frontière est mince entre les deux) le scénario, j’ai acquis une énorme connaissance des mécanismes narratifs, de la matière première qui fait les histoires, des outils qui permettent de les rendre passionnantes. Cette connaissance, j’ai longtemps lutté pour l’adapter à l’écriture romanesque et après une longue maturation, j’ai réussi à en tirer des systèmes, des processus de travail qui me permettront d’écrire de meilleurs livres.

Quand je me suis présenté à l’oral du conservatoire, j’ai annoncé la couleur directement: je cherchais avec le scénario à acquérir une compétence qui me permettrait de gagner de l’argent pour financer l’écriture de mes romans. J’étais curieux de découvrir une autre forme d’écriture mais ce qui m’intéressait surtout, c’était le métier qu’il y avait derrière et les options que je pensais qu’il m’ouvrirait. J’ai tenté pendant cinq ans de trouver le bon équilibre entre deux pratiques d’écriture. En vain. D’autres y arrivent sans doute. Moi pas. En tous cas pas avec le scénario de commande. Il y a trop d’incertitude, pas assez de stabilité, mon cerveau n’arrive pas à se concentrer dans la précarité. Comme le dit Oxmo Puccino

« Le suspense des prochains loyers peut poser des problèmes de loyauté »

Ma loyauté à moi va au roman et j’ai trop souffert de lui être infidèle.

Je n’exclus pas de redevenir scénariste un jour, mais ce sera pour des projets que j’aurai (vraiment) choisis. Ce sera sans doute en étant mon propre producteur.

En attendant, j’écris mon prochain roman et je le publie moi-même. Les rapports avec les producteurs, même lorsqu’ils ont été bons et positifs, m’ont échaudé et je ne veux plus aucune main extérieure dans mon processus créatif. Je ne veux pas d’intermédiaire entre mes livres et leur public.

J’ai un planning d’écriture suffisant pour m’occuper jusqu’en 2014.

Je n’ai tout simplement plus le temps d’être scénariste, de gaspiller ma vie à ne pas réaliser ce que je suis venu accomplir. Plus le temps, plus l’envie, le dégoût du milieu dans lequel ce métier s’exerce, aucun intérêt réel pour le métier lui-même… ça fait beaucoup de raisons d’arrêter.

J’ai quand même encore des choses à écrire sur le scénario, une sorte de bilan à partager, de guide pour les nouveaux venus. Je le ferai dans les mois à venir (je ne m’engage pas sur une date), je le ferai sur la nouvelle plateforme que j’ai destinée à ceux qui veulent devenir scénaristes.

Je posterai sans doute l’info de la mise à jour du site ci-dessus ici, sur ce blog pour lequel je garde une affection et un attachement profonds.

Merci à vous tous. J’ai aimé les échanges que nous avons eus, ils m’ont énormément enrichi en m’aidant à réfléchir à ma pratique et au métier de scénariste en général. Si j’ai tenu ce blog et si j’ai mis aussi longtemps à le déclarer officiellement fermé c’est pour vous, pour les rapports humains qu’il m’a permis de découvrir, de créer, de cultiver. J’espère que vous garderez le contact. Je ne disparais pas du web, loin de là! Vous pourrez me trouver sur de nouveaux blogs, plus hétérogène, sur http://ecrire.tv/ et bientôt aussi http://anaelverdier.com/

Bonne écriture à vous tous.

C’était bien.

Quelle voix pour vous ?

3 août 2012

Vous lirez souvent qu’il faut trouver votre « voix » pour être un bon auteur, un style narratif et un style littéraire (le type d’histoire que vous allez raconter et la manière dont vous allez le faire).

Vous lirez aussi qu’un scénariste doit s’empêcher d’avoir un style littéraire, il doit au contraire disparaître derrière l’action. C’est le type d’histoire qu’il va raconter et sa manière de les construire qui va constituter son style.

Je dis que ces deux affirmations font partie des pires conseils que vous puissiez recevoir.

La suite de ce billet sur le nouveau blog où je vous apprends tout ce que vous avez besoin de savoir pour devenir scénariste.