Archive for the ‘2i. Denis McGrath’ Category

Le Branding ou l’art de s’auto-étiqueter

30 septembre 2008

J’ai déjà pointé vers un article de Denis McGrath concernant l’importance pour les chaînes de définir leur marque avec précision et de s’y tenir. C’est aujourd’hui Blake Snyder qui s’y colle en demandant aux lecteurs de son blog où ils se situent sur le marché, dans quelle niche et s’ils sont capables d’établir une marque claire qui réunisse un public précisément ciblé comme un film de Tarantino ou une comédie de Veber peuvent le faire.
Hier, j’y ai pensé en tombant sur Neuf Mois et je suis sûr d’avoir déjà abordé la question. A l’heure de Youtube et à la veille de la disparition de l’hertzien, il me semble important de se poser une question: où est-ce que je me situe dans tout ça?
A l’heure où j’écris ces lignes, je regarde les clips et me dis que les producteurs de musique l’ont déjà bien compris, en créant des produits homogènes, entièrement tournés vers leur cible. Amusez-vous, un matin, à regarder un top entier, et à noter paroles, mise en scène, traitement de l’image, musique… Tout vous semblera peut-être identique à l’oreille mais les différences sont signifiantes. Peut-être que j’en ferai une analyse plus poussée un jour.
Il me semble d’autant plus important de se poser ces questions que nos choix nous définissent aussi en tant qu’auteur. Quel sujet je choisis de traiter et comment? Ils orientent nos décisions d’accepter ou non une commande, permettent de se spécialiser dans un domaine et d’y devenir excellent plutôt que de tout essayer, de papillonner, et de n’être vraiment bon dans rien.

Alors, comment vous définissez-vous?

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Scénarisation et professionnalisme

17 juillet 2008

Denis McGrath nous fait part d’une discussion ouverte au Canada, sur la nécessité ou non de réserver des « places » pour des auteurs freelance sur une série. Au-delà de la spécificité canadienne de cette question, il partage une réflexion sur la possibilité ou non de vivre de son écriture qui me semble avoir des échos pour nous, en France.

Grosso modo, ce qu’il dit c’est qu’il faut d’abord assurer la possibilité pour les scénaristes qui cherchent à se professionnaliser, la possibilité de vraiment vivre de leur écriture avant de se poser d’autres questions. Une profession qui offre une vraie opportunité de carrière (autrement dit, qui permette de vivre de son travail, ce qui est la base, sans se soucier de sources de revenus alternatives) permet à ses membres de transmettre leur savoir aux nouveaux arrivants et permet à leur créativité de rester au top.

Chaque séminaire où interviennent des scénaristes, chaque discussion que vous avez avec un scénariste, à part une ou deux exceptions, la précarité de ce métier vous saute aux yeux. Ce n’est pas parce que vous faites partie du staff d’une série ou que vous avez vendu un unitaire à une chaîne ce mois-ci que dans 6 mois, un an, vous toucherez encore un revenu de votre écriture. Nous courons tous après une place de choix dans un staff, être dans les bons papiers d’un producteur, prier pour que nos scénars donnent de bons films qui fassent de bons résultats pour qu’on nous rappelle la prochaine fois. On est tous là à être déchirés entre la nécessité d’écrire des choses qui ne nous plaisent pas pour vivre et de développer nos propres projets… pour vivre aussi.

Mais il y a deux acceptions à cette idée de vivre grâce à son travail et je crois que dans les métiers de passion, la deuxième est la plus importante. Bien sûr il faut payer un loyer et manger, mais à quel prix? Il y a des dizaines de métiers moins éreintants, moins éprouvants pour les nerfs que l’écriture, qui peuvent apporter le gîte et la pitance, plus quelques loisirs. On est en pleine bulle 2.0 de l’Internet, n’importe qui peut apprendre la programmation et lancer un commerce florissant, il y a des niches qui s’ouvrent, des opportunités énormes à saisir. Sinon, il y a toujours des boulots accessibles, certainement plein de qualités et qui apportent un revenu fixe pour peu de consentir le minimum requis d’efforts nécessaire à leur accomplissement.
Alors pourquoi l’écriture?
Pourquoi le vertige qui nous saisit à l’approche d’un nouveau projet? Pourquoi l’insoutenable attente quand on envoie un texte à un producteur et qu’il ne rappelle pas? Pourquoi la contrainte de travailler sur les projets des autres et la douleur de devoir réécrire sous les conseils de gens qui ont en tête d’auteurs préoccupations que la qualité de l’histoire? L’écriture est un métier difficile, épuisant, déroutant, précaire et peu rémunérateur. Alors pourquoi écrire?

Je le disais, et ça a suscité débat, je me refuse à écrire n’importe quoi. Si j’ai choisi ce métier c’est parce que j’ai besoin d’écrire pour vivre. Pas pour manger, pas pour avoir un toit. N’importe quel job peut m’apporter ça. Mais parce que créer des histoires me fait vibrer plus que n’importe quoi, parce que j’ai des histoires à raconter, parce que je me sens aller de l’avant quand je progresse dans ce métier, parce que c’est la seule activité qui me fasse défaut si je ne la pratique pas pendant plus de trois jours consécutifs. Si je n’écris pas, je déprime et à terme mes émotions meurent, je meurs.

Mais n’importe quelle écriture ne peut pas m’apporter ça et devoir accepter de pisser n’importe quelle copie juste pour manger, ce n’est pas ça que j’appelle vivre de l’écriture. Par pisser de la copie, j’entends le fait que sous la pression économique, les auteurs sont contraints à accepter n’importe quel deal, souvent plusieurs en même temps, ce qui les empêche de donner le meilleur de leur compétence dans chacune de leurs assignations. Un système qui offre aux auteurs la possibilité d’être de vrais professionnels doit permettre à ces auteurs de donner le meilleur d’eux-mêmes dans les travaux qu’il leur impose. Le salariat « à l’Américaine » (que TF1 essaye d’implémenter doucement) est peut-être une solution.
Si les auteurs ont un poste, un salaire et qu’au sein de ce poste ils peuvent se concentrer sur un type de contenu (des histoires pour tel univers de fiction), alors ne deviennent-ils pas de vrais professionnels de l’écriture et plus les mercenaires qu’ils sont actuellement, obligés de se vendre au plus offrant, de courir plusieurs lièvres à la fois et de consciemment laisser leur travail être bradé et méprisé, juste parce qu’ils doivent manger?

Un producteur m’a dit un jour une chose très intéressante, quoiqu’édifiante. En gros c’était ça: si tu veux développer tes propres contenus, ne t’adresse pas à la télé ou tu vas y aller en mendiant. La télé ne bosse qu’avec de grosses boîtes qui ont le pouvoir politique de leur imposer leurs contenus ou avec des licences qui ont déjà fait leurs preuves. Va voir du côté de l’édition traditionnelle et reviens vers les chaînes. Sinon, tu vas te faire réduire en pâtée.

Une histoire n’a pas besoin d’être parfaite

22 septembre 2007

Démonstration (c’est un bien grand mot, mais allons-y pour « démonstration ») par Denis McGrath.