Archive for the ‘3a. Ateliers d’écriture’ Category

Atelier d’écriture en vrai

29 septembre 2011

Un atelier écriture à Bordeaux…la transmission et le partage : l’inspiration pour tous !

 

Après un an d’hésitation, de calculs, de tergiversations. Après avoir pesé le pour et le contre, j’ai décidé de lancer mon propre atelier d’écriture. J’enseigne déjà l’écriture depuis trois ans dans différentes écoles, il était temps de sauter le pas et de me mettre à mon compte. Je n’ai jamais supporté la condition du salarié, qui dépend d’un patron. C’est aussi sûrement pour ça que j’ai autant de mal avec la condition de scénariste: tous les désavantages du salariat sans aucun des bénéfices. Mise à part la liberté de travailler chez soi (mais est-ce vraiment un avantage?), je ne vois pas ce qui distingue le statut du scénariste de celui du salarié… à part l’absence d’un salaire fixe.

Non, me mettre à mon compte en tant qu’auteur, en tant que formateur, en tant qu’humain, c’est la direction que je donne à ma vie depuis un peu plus d’un an. C’est pourquoi cette année, j’ouvre l’atelier d’écriture de bordeaux, un atelier principalement destiné à des personnes avides d’aboutir des projets d’écriture d’envergure, avides de se libérer de leurs blocages créatifs et de devenir des auteurs plus conscients des processus à l’oeuvre dans la fiction et sa création, et pourquoi pas de se professionnaliser.

J’aspire pour cet atelier à un niveau d’exigence élevé. Amener des auteurs novices à s’armer pour affronter le métier d’écrivain (au sens large, peut-être qu' »écrivant » est moins connoté) de fiction. Ce sera une transposition de ce que je fais déjà en grande partie à l’université, où plusieurs des étudiants que je forme aspirent à devenir scénaristes mais n’ont aucun des outils pour et surtout des représentations très incomplètes du métier et de la manière dont il s’exerce.

L’idée d’un atelier d’écriture est de compléter ces représentations, de permettre à d’aspirants auteurs de se projeter dans une image juste de la réalité de ce métier, notre métier. Et pourquoi pas leur permettre de l’envisager à leur tour pour eux.

Je ne tiens pas à grossir et devenir une formation complète. J’ai trop à construire moi-même et j’ai trop rencontré de directeurs de formation pour comprendre que c’est incompatible. L’administratif prend vite trop de temps, les questions de programme, de pédagogie passent au premier plan au détriment de l’exercice de la créativité.

Mais quelques heures par semaine, suivre une demi douzaine d’apprenants, voir émerger des histoires, ça oui. Après tout, ce qui nous amène à choisir ce métier, est-ce autre chose que l’amour des histoires? Qu’elles soient lues, vues, entendues, ce qui nous pousse c’est que l’on veut toujours plus en découvrir et peut-être à un moment celles qui viennent de l’extérieur ne nous suffisent-elles plus et nous devient-il nécessaire de devenir conteurs à notre tour. En tous cas je crois que c’est ce qui m’anime, moi.

Pouvoir être présent au point d’origine des histoires, les voir évoluer, grandir, mûrir, c’est un peu comme voir son fils apprendre à marcher, à parler, gagner en autonomie, cela relève de la magie. Il y avait rien et soudain il y a quelque chose de vivant, de vibrant, de dense. L’atelier d’écriture n’a de sens pour moi que perçu de cette manière.

En attendant le 17 octobre, n’hésitez pas à vous promener sur le site, j’y transfèrerai petit à petit une partie de l’activité de ce blog, toute la partie théorique, pour me consacrer ici davantage au rapport de mes expérimentations professionnelles, et elles sont nombreuses!

Vaincre ses peurs pour devenir un auteur professionnel (HTTS Semaine 1)

1 septembre 2008

Ou les conseils d’Holly Lisle, semaine 1.

Le cours de la première semaine semble poser des bases que les semaines suivantes nuanceront: le cours s’adresse à des auteurs amateurs qui ont envie de se lancer dans l’écriture professionnelle. Holly nous demande de nous pencher sur les quatre barrières mentales qui ont pu nous bloquer jusque là et qui se mettront régulièrement en travers de notre route jusqu’à ce que la mort nous sépare. Ce sont les peurs mises en avant par tout programme de prise de confiance, de mise en action, de changement, bref les peurs essentielles qui nous habite tous, qui sont peut-être très utiles dans certains contextes mais qui, quand il s’agit d’aller accomplir ses rêves, sont des fouteuses de merde pas possible. Combien de vocations sacrifiées sur l’autel de la peur de la médiocrité ?

Ces quatre peurs sont:
– la peur de ne pas être prêt. On repousse toujours à plus tard en se disant que le moment n’est pas venu, qu’il nous reste tel ou tel cours à suivre, telle ou telle somme d’argent à mettre de côté, tel renseignement vital à prendre. Bref, on se trouve des excuses pour ne pas se frotter au risque d’être déçu, de se tromper de voie, on préfère ne rien faire plutôt qu’agir et accomplir son destin.

– la peur de l’imperfection, à l’inverse, est celle qui nous empêche de finir les choses. On veut que le roman/scénario qu’on écrit soit sans la moindre faille, on a peur d’un jugement négatif, d’être médiocre, de ne pas être à la hauteur, c’est une belle salope parce que la perfection n’est pas de ce monde.

– la peur d’être seul. Holly parle d’attitude de victime. C’est celle qui consiste à toujours se plaindre, à toujours saisir le moindre événement négatif pour se justifier de ne pas agir, se morfondre dans une contemplation morbide du fait que la vie c’est dur plutôt que de réagir pour se la faciliter, la vie. C’est ce qu’on fait quand on se plaint de la frilosité des diffuseurs mais qu’on se plie quand même à leurs desiderata plutôt que de proposer de nouvelles choses tout en s’assurant qu’elles vont passer les barrières mentales de nos interlocuteurs. Tout ça pourquoi? Parce qu’on a peur d’être seul si on réussit ce qu’on tente. Après tout, les gens aiment nous plaindre et nous consoler, ça leur donne l’impression d’être importants. Si on réussit ce qu’on entreprend, ils seront obligés de constater nos réussites et ne pourront plus nous infantiliser.

– La peur de changer. Autrement dite peur de penser. C’est l’attitude de l’auteur qui croit qu’être créatif c’est ressentir les choses sans réfléchir, y aller à l’instinct et à l’inspiration, qui sont les pires ennemis de la création. La réflexion est nécessaire, tout comme la conscientisation de l’acte créatif. Réfléchir, c’est porter sur le monde un regard éclairé, mais c’est aussi sortir de sa zone de confort où les choses rentrent dans des catégories claires, où les choses qui brillent sont bonnes et rassurantes même si sous leur couche dorée elles cachent des substances toxiques. Ressentir c’est accepter d’être un jouet de la pub et de la désinformation, c’est se laisser bercer d’illusions et rester ce gamin béat devant le spectacle de prestidigitation. C’est confortable mais pour un auteur c’est s’empêcher de pouvoir tenir un vrai discours.

Holly nous donne quelques outils pour dépasser ces barrières mentales et nous dit « à la semaine prochaine » en nous promettant que les semaines suivantes seront plus denses. Elle tient ses promesses et on en arrive vite à lui être reconnaissant d’avoir commencé en douceur. Le rythme des leçons est super soutenu et leur richesse est bien réelle. Plus là-dessus dans les jours qui viennent.

De l’éthique des animateurs d’atelier

18 juillet 2007

Je suis en train de lire (très vite parce que ce n’est pas passionnant) le Comment écrire de la Fantasy et de la SF d’Orson Scott Card et je suis choqué à chaque fois qu’il mentionne son travail en ateliers.

Scott Card est un des grands auteurs de littérature de genre de notre époque et il a animé plusieurs ateliers d’écriture, dans différents contextes.
Je suis un grand client des ateliers d’écriture, qui permettent de se forcer à travailler, de confronter tout de suite son travail au regard des autres et aussi de rencontrer souvent des gens très bien avec qui débattre. Mais dans son livre, Scott Card arrive presque à me démotiver d’y assister.
Au stade de lecture où j’en suis (un peu plus de la moitié du livre), il a livré deux anecdotes, où il raconte comment il a mis en place dans ses ateliers des sessions qu’il appelle « 1000 idées à l’heure » dans lesquelles un brainstorming de groupe se penche sur des fondamentaux tels que: le prix de la magie ou la caractérisation des extraterrestres. Là où je suis profondément choqué c’est que les deux fois il raconte comment une super idée est venue des ateliers et comment il l’a réutilisée ensuite dans ses livres.

Alors je juge peut-être un peu vite mais c’est le genre de chose qui me fait bondir et hurler à l’escroquerie.
Dans son texte sur l’origine des idées, Neil Gaiman dit – et je le rejoins là-dessus – que c’est le travail de l’écrivain que de trouver des idées. Quand j’apprends qu’un animateur d’atelier, qui est censé donner confiance à ses interlocuteurs, qui fait cet exercice pour leur montrer que, finalement, c’est simple d’avoir des idées, qui prétend quelques pages plus tôt que c’est la singularité de l’écrivain que d’être plus attentif au monde qui l’entoure et aux idées que ce monde génère, quand j’apprends que cet écrivain s’empresse de récupérer les idées qu’il a fait créer par d’autres, je crie à l’imposture.

A mes yeux –et je me trompe peut-être, le débat est ouvert sur ce point– un atelier est un espace hors de l’espace-temps traditionnel, c’est une temporalité pendant laquelle des gens mettent en commun leur désir d’écrire pour créer une émulation qui leur fera à tous produire, selon les ententes, soit des oeuvres individuelles, soit une oeuvre collective. Dans ces ateliers, on organise la plupart du temps des exercices, des jeux d’écriture comme ceux popularisés par l’OULIPO, pour désinhiber l’écriture et/ou mettre en branle la « machine à idées ».
Il me semble qu’un accord tacite court dans ces ateliers pour dire que tout ce qui en émerge d’individuel reste la propriété intellectuelle de son auteur et le collectif appartient à tous et à aucun en même temps, le collectif, ne devrait pas sortir de l’atelier.

Il y a quelques temps, un procès a eu lieu outre-Atlantique sur les atrocités qui pouvaient émerger dans les writer’s room des séries télé. La cour a donné raison aux auteurs et fait de la writer’s room un lieu sacré où tout peut être dit et d’où rien ne peut sortir.
Un atelier d’écriture devrait fonctionner de la même manière. Si des idées émergent collectivement, elles doivent n’être réutilisées que collectivement (que ce soit parce que chacun des participants s’en sert comme point de départ pour une oeuvre individuelle ou dans le cadre d’une oeuvre collective). Tout le reste n’appartient qu’à cette bulle de réalité qu’a été l’atelier et ne devrait pas ressortir tel quel dans le travail d’un des participants.

A plus forte raison quand ce participant est l’animateur et que l’animateur est un auteur établi.
Pour qu’un atelier fonctionne, il faut que s’instaure un climat de confiance. Il est nécessaire que chacun sache que son travail va être respecté, que rien de ce qu’il dira ou créera ne sera plagié, sinon, l’atelier n’a plus aucun sens ou utilité. L’objectif de libération de l’écriture ne sera jamais atteint si à chaque mot que l’on écrit naît la crainte de le voir exploité par d’autres hors de l’atelier.
Et c’est encore plus complexe en ce qui concerne les idées. Dans un contexte comme l’atelier d’écriture ou la writer’s room, les idées naissent collectivement, elles sont construites par les débats et il devient vite impossible – et impertinent – d’identifier leur auteur. Ces idées n’ont plus d’auteur, elles ont des co-auteurs et à ce titre, restent la propriété du groupe et pas de ses membres.

On m’objectera peut-être que l’idée n’est qu’un point de départ et qu’à partir d’une même idée, 10 auteurs écriront 10 histoires différentes. C’est vrai. Mais si l’objectif des exercices d’écriture est de démontrer qu’il est aussi facile d’avoir une idée que de se réveiller le matin, ne le sabotez-vous pas en vous précipitant sur une idée émergée d’un travail en atelier pour écrire votre prochain roman?
Je vous dis qu’on peut avoir mille idées à l’heure, ce qui fait 24.000 idées par jour, mais je me jette sur l’idée que j’ai construite avec vous. Quel message je vous donne?

Une des premières règles de la dramaturgie, c’est montrez, ne dites pas. Même dans la vie, on dit souvent que ce sont les actes qui comptent, et pas les paroles. Quel message retiendriez-vous le mieux: le fait que je vous dise que je peux avoir 24.000 idées par jour ou le fait que je vous montre qu’au fond, je suis avide d’idées nouvelles? Est-ce qu’après ça vous avez encore envie de faire un atelier avec moi, même si je suis un écrivain prestigieux?

Synopsis – courts, longs et moyens

11 juillet 2007

Je rattrape mon retard comme je peux.
C’est un peu tard pour répondre à la question du postulant, mais c’est aussi bien, je n’aurais pas voulu te charger la tête de notions inutiles et de règles arbitraires.

Le synopsis est un exercice bâtard à mi-chemin entre écriture littéraire et écriture scénaristique. D’ailleurs, il ne faut pas le dire, mais je me sers d’un synopsis écrit au conservatoire comme trame d’un prochain roman.

La différence entre un synopsis court et un long, c’est … sa longueur, avec pour corollaire important le degré de détails. N’importe quelle histoire doit pouvoir se résumer à une phrase. Pour ceux qui, comme moi, ont besoin d’espace pour se sentir à l’aise, c’est plutôt un paragraphe ou une page. Et ce, quelle que soit l’histoire.
C’est très important de comprendre ça parce que nous avons besoin, dans ce métier, de savoir de quoi nous parlons. Et c’est souvent difficile pour un auteur, pris dans les méandres de son imaginaire, d’arriver au coeur de son histoire. C’est pourtant très instructif et très utile pour pouvoir bien raconter cette histoire.
Sauf pinaillage, ce résumé s’appellera un synopsis à partir du moment où il contient le début, le milieu et la fin de l’histoire:

Le synopsis raconte une histoire.

En général, d’après ce que j’ai pu voir et entendre, un synopsis de long-métrage que l’on destine à un producteur fait dans les 5 pages. Au-delà, on commence à parler de traitement mais pour moi, c’est de l’ordre de l’enc**** de mouches.

Les vraies différences à retenir sont entre le synopsis, le séquencier et la continuité dialoguée, qui correspondent vraiment à des catégories différentes.

Cette histoire de synopsis/traitement rejoint mon idée de la flemme du scénariste, qui aime avoir beaucoup d’argent pour le moins de travail possible. Les producteurs, eux, en veulent le plus possible pour leur argent, d’où la distinction. Mais l’objet est le même: Un résumé plus ou moins littéraire d’une histoire encore à écrire.

J’ai l’habitude de comparer le synopsis à une nouvelle, à plusieurs différences près, très importantes:
– le synopsis ne contient aucun dialogue ;
– le synopsis ne contient rien qui ne puisse être traduit visuellement (pas de « il pense que » ; « il se sent ceci ou cela » ; pas de voix intérieure) ;
– le synopsis respecte la structure du film et, souvent, préfigure son découpage narratif ;
– le synopsis évite les formules de style, il est rédigé au présent et à la troisième personne.

Ces règles, à part la dernière, permettent quelques exceptions. Il faut garder en tête que le synopsis doit donner une idée assez claire du film à venir, pas être une oeuvre en soi.

Plus le synopsis sera long, plus vous pourrez entrer dans les détails avec le risque qu’au moment de passer au séquencier, beaucoup des éléments que vous aviez imaginés et qui fonctionnaient bien dans l’objet semi-littéraire qu’est le synopsis, sautent parce qu’ils ne seront pas adaptés ou adaptables à l’objet scénaristique.