Archive for the ‘_Anael Verdier’ Category

Il faut savoir tourner la page

12 octobre 2012

Après 307 articles en l’espace de 5 ans, ce blog est officiellement fermé.

Je me retire du milieu. Je mets la clef sous la porte et je ne reviendrai pas.

Si je pouvais, je mettrais le feu au bâtiment, mais il reste quelques vieux tomes à l’intérieur de ces murs qui pourront servir à ceux qui prendront ma suite.

D’autres aventures m’attendent.

Pour la première fois depuis huit ans je sais où je vais et je me sens à ma place où je suis.

J’ai enfin trouvé le bon équilibre et la bonne organisation pour écrire les livres que je porte depuis toujours et ceux qui sont encore à venir.

Après une longue convalescence, j’ai enfin le sentiment d’avoir retrouvé l’évidence de l’écriture romanesque.

Je suis heureux du chemin parcouru, heureux d’avoir vaincu l’ennui, heureux de m’être forcé hors de mes zones de confort et dans la construction de nouvelles règles, d’une nouvelle vie. Je savais que je n’étais pas obligé de vivre entre les marges que le monde me proposait. Je savais que je pouvais définir mes propres règles mais il aura fallu attendre cette année pour que je parvienne enfin à le faire de manière durable.

A un niveau plus directement lié à l’écriture, ces sept années à apprendre et exercer (mais la frontière est mince entre les deux) le scénario, j’ai acquis une énorme connaissance des mécanismes narratifs, de la matière première qui fait les histoires, des outils qui permettent de les rendre passionnantes. Cette connaissance, j’ai longtemps lutté pour l’adapter à l’écriture romanesque et après une longue maturation, j’ai réussi à en tirer des systèmes, des processus de travail qui me permettront d’écrire de meilleurs livres.

Quand je me suis présenté à l’oral du conservatoire, j’ai annoncé la couleur directement: je cherchais avec le scénario à acquérir une compétence qui me permettrait de gagner de l’argent pour financer l’écriture de mes romans. J’étais curieux de découvrir une autre forme d’écriture mais ce qui m’intéressait surtout, c’était le métier qu’il y avait derrière et les options que je pensais qu’il m’ouvrirait. J’ai tenté pendant cinq ans de trouver le bon équilibre entre deux pratiques d’écriture. En vain. D’autres y arrivent sans doute. Moi pas. En tous cas pas avec le scénario de commande. Il y a trop d’incertitude, pas assez de stabilité, mon cerveau n’arrive pas à se concentrer dans la précarité. Comme le dit Oxmo Puccino

« Le suspense des prochains loyers peut poser des problèmes de loyauté »

Ma loyauté à moi va au roman et j’ai trop souffert de lui être infidèle.

Je n’exclus pas de redevenir scénariste un jour, mais ce sera pour des projets que j’aurai (vraiment) choisis. Ce sera sans doute en étant mon propre producteur.

En attendant, j’écris mon prochain roman et je le publie moi-même. Les rapports avec les producteurs, même lorsqu’ils ont été bons et positifs, m’ont échaudé et je ne veux plus aucune main extérieure dans mon processus créatif. Je ne veux pas d’intermédiaire entre mes livres et leur public.

J’ai un planning d’écriture suffisant pour m’occuper jusqu’en 2014.

Je n’ai tout simplement plus le temps d’être scénariste, de gaspiller ma vie à ne pas réaliser ce que je suis venu accomplir. Plus le temps, plus l’envie, le dégoût du milieu dans lequel ce métier s’exerce, aucun intérêt réel pour le métier lui-même… ça fait beaucoup de raisons d’arrêter.

J’ai quand même encore des choses à écrire sur le scénario, une sorte de bilan à partager, de guide pour les nouveaux venus. Je le ferai dans les mois à venir (je ne m’engage pas sur une date), je le ferai sur la nouvelle plateforme que j’ai destinée à ceux qui veulent devenir scénaristes.

Je posterai sans doute l’info de la mise à jour du site ci-dessus ici, sur ce blog pour lequel je garde une affection et un attachement profonds.

Merci à vous tous. J’ai aimé les échanges que nous avons eus, ils m’ont énormément enrichi en m’aidant à réfléchir à ma pratique et au métier de scénariste en général. Si j’ai tenu ce blog et si j’ai mis aussi longtemps à le déclarer officiellement fermé c’est pour vous, pour les rapports humains qu’il m’a permis de découvrir, de créer, de cultiver. J’espère que vous garderez le contact. Je ne disparais pas du web, loin de là! Vous pourrez me trouver sur de nouveaux blogs, plus hétérogène, sur http://ecrire.tv/ et bientôt aussi http://anaelverdier.com/

Bonne écriture à vous tous.

C’était bien.

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Quelle voix pour vous ?

3 août 2012

Vous lirez souvent qu’il faut trouver votre « voix » pour être un bon auteur, un style narratif et un style littéraire (le type d’histoire que vous allez raconter et la manière dont vous allez le faire).

Vous lirez aussi qu’un scénariste doit s’empêcher d’avoir un style littéraire, il doit au contraire disparaître derrière l’action. C’est le type d’histoire qu’il va raconter et sa manière de les construire qui va constituter son style.

Je dis que ces deux affirmations font partie des pires conseils que vous puissiez recevoir.

La suite de ce billet sur le nouveau blog où je vous apprends tout ce que vous avez besoin de savoir pour devenir scénariste.

vacances

2 août 2012

En 2012, j’ai:
– refondu une sitcom d’anim, écrit une nouvelle bible, et un pilote pour une prod qui est en recherche de partenariats
– publié deux nouvelles sur Kindle
– écrit, vendu, et publié un Manuel d’écriture de Romans
– lancé mon propre atelier d’écriture et y ai rencontré des gens merveilleux
– écrit et publié le premier épisode de mon roman-feuilleton Les Larmes Félines (suite à paraître en août, septembre et octobre)
– recommencé à faire du sport
– lancé mon nouveau site d’auteur
– lancé un programme de formation à l’autopublication
– tourné et publié plusieurs vidéos de conseils sur l’écriture de nouvelles
– ouvert les portes de mon « Laboratoire d’écriture » pour donner un regard sur les coulisses de mon métier et de mes techniques d’écriture

Tout cela m’a demandé tellement d’énergie que je suis vidé!

Et ce n’est pas le quart de ce que j’avais prévu!

Je prends un mois de vacances. Vous n’entendrez plus parler de moi jusqu’en septembre. Je republierai sans doute quelques vieux billets que les plus récemment arrivés d’entre vous ne connaissent peut-être pas.

Je ne répondrai pas à mes mails, ne décrocherai pas le téléphone. J’essaierai d’écrire mais je ne suis pas sûr de le faire. J’ai besoin de me recharger en énergie, en créativité, en endurance.

En septembre, je repars de plus belle, avec:

– le lancement d’un programme de formation à distance mêlant vidéos, cours écrits, livrets d’exercices, avec une option tout virtuel et une option où vous recevez le matos par la poste. Ce sera sur http://commentecrireunlivre.org/ (note: ne vous soyez pas troublé par le nom, ce sera aussi une formation d’écriture de scénario!)
– l’écriture et la publication de la suite des Larmes Félines
– des stages d’écriture de nouvelles, de séries, des stages sur le métier d’auteur. (un weekend par stage, un stage par mois ou tous les deux mois selon votre demande, à partir d’octobre)
– + de billets sur ce blog et son déménagement progressif vers http://secretsdescenariste.com/
– la réécriture et la publication de mon roman de SF de 2004: Projet Yama (pour Noël si tout va bien)
– + de sport
– + de vidéos
– L’écriture et la publication de nouveaux manuels d’écriture (comment écrire une nouvelle, comment écrire une série, comment créer un personnage…) (à raison d’un par mois à partir d’octobre)
– la mise en page et la commande d’une version papier de mon manuel sur l’écriture de romans pour ceux qui préfèrent (dispo pour Noël)

Et ce n’est que le début !

Je vous laisse, je vais aller m’effondrer et dormir trois jours! (mais seulement une fois que j’aurai fini l’épisode 2 des Larmes Félines)

Je vous retrouve en Septembre!

Comment écrire une nouvelle

20 juillet 2012

Si l’écriture littéraire vous intéresse, j’ai mis en ligne une vidéo de conseils méthodologiques pour l’écriture de nouvelles.

C’est là: Comment écrire une nouvelle.

Dans le billet qui l’accompagne, je parle de l’intérêt de participer à des concours d’écriture, surtout en début de carrière, parce qu’ils permettent de prendre de bonnes habitudes de travail et d’apprivoiser la technique.

Oui, parce qu’écrire est un travail, pas juste un art inspiré ou l’attente contemplative d’un soudain souffle divin venu nous dicter tout son génie.

J’ai écouté ce matin une table ronde sur cette question sur France Culture et une auteur était encore dans ce fantasme de l’écriture comme un truc qui ne s’explique pas, ne se partage pas, ne se transmets pas. C’est tellement à côté de la plaque comme vision, ça m’a agacé. Heureusement, les deux autres filles étaient de l’école où écrire s’apprend. D’ailleurs l’Université du Havre ouvre la première formation universitaire française pour les romanciers.

Je suis en train de chercher à les contacter pour proposer d’intégrer leur équipe, si quelqu’un a des contacts là-bas, qu’il me le dise!

Mon nouveau cheval de bataille (mais est-ce que ce n’a pas été le rôle de ce blog depuis sa création), c’est d’encourager les aspirants écrivants à reconnaître qu’écrire est un métier, avec ses techniques, sa part d’inconnu, ses contraintes, ses responsabilités, qu’il est possible de penser en termes de carrière et qu’on n’est pas obligé d’être précaire pour être écrivain, pas plus qu’on ne doit écrire de la fiction ultraformatée pour réussir en écriture.

Vous verrez davantage de billets sur cette question dans les mois à venir parce que c’est celle qui m’intéresse le plus aujourd’hui où j’accompagne deux aspirantes romancière et auteur dramatique dans leur apprentissage et leur devenir écrivains.

J’espère que ça vous plaira et surtout que ça vous aidera à construire la carrière dont vous rêvez et que vous méritez.

En attendant, vous pouvez venir discuter mes techniques d’écriture sur: Comment écrire une nouvelle en sept étapes clefs

Vous êtes scénariste? Et vous avez écrit quoi?

7 mai 2012

Scénariste…une profession? un état? ce qui prime c’est d’écrire, encore et toujours….écrire !

A partir du moment où vous décidez de devenir scénariste, cette question va venir vous hanter, encore, et encore et encore jusqu’à ce que vous commenciez à préférer ne PAS dire que vous êtes auteur quand on vous demande ce que vous faites.

Une chose que la plupart des gens ignorent, aspirants scénaristes compris, c’est que l’essentiel du CV d’un scénariste consiste en histoires que personne ne verra jamais. Elles existent mais elles ne sortiront jamais des tiroirs des producteurs qui les ont optionnées, des organismes qui les ont subventionnées ou, pire, du scénariste lui-même. Difficile de maintenir sa crédibilité sociale comme ça, mais c’est pourtant vrai.

Même si vous devenez le scénariste en vogue (pensez Frederic Krivine) et que vous arrivez, après une dizaine d’années de carrière, à (enfin!) placer vos propres séries dans les chaînes, la plupart des histoires que vous écrirez et vendrez ne seront jamais réalisées. Dans celles qui le seront, certaines seulement auront assez de retentissement pour que vos interlocuteurs en aient entendu parler et, si vous avez vraiment beaucoup de chance, pour qu’ils les aient vues.

Est-ce pour autant que vous n’êtes pas scénariste? Bien sûr que non. Le moment où vous devenez scénariste dépend de beaucoup de choses. Pour certains c’est le moment où vous consacrez tout votre temps à écrire, pour d’autres ce sera votre première vente, pour d’autres encore ce sera le moment où vous gagnerez votre vie en écrivant (et ce peu importe le temps que vous y passez). Peu importe où vous placez votre limite, vous devez savoir en quoi consiste vraiment la carrière d’un scénariste.

Si vous tenez à vivre de votre métier, vous écrirez bien moins que vous ne démarcherez, en tous cas au début. Comme dans beaucoup de choses, la loi de Parkinson s’applique et c’est de 20% de vos efforts de démarchage que proviendront 80% de vos contrats. Donc préparez-vous à enchaîner les rendez-vous infructueux, à téléphoner, envoyer des emails, inviter à déjeuner vos confrères, les producteurs, les réalisateurs, toutes les personnes que vous pouvez avoir sous la main et qui soit susceptible d’en savoir un peu sur le milieu, d’avoir un tuyau que vous n’avez pas, et de vous mettre sur un « plan » (bien sûr la réciproque est vraie et vous devrez vous aussi mettre vos confrères sur des « plans » pour que le système continue à fonctionner pour vous). Vous en profiterez aussi pour pitcher vos spec scripts, juste au cas où…. Le plan se présentera donc soit sous la forme d’un intérêt pour l’une de vos histoires soit, la plupart du temps, sous celle d’une commande pour un projet bien précis. En tous cas une fois que le plan est là, ça y est, vous êtes dans le bain!

Vous pouvez enfin faire ce que vous considérez comme votre vrai boulot d’auteur (même si vous découvrirez vite que le seul vrai boulot de l’auteur c’est de chercher du boulot) : vous é-cri-rez (Enfin! Wooohooo!! Alléluïa!!!). Au début vous serez euphorique et puis vous rencontrerez les premiers blocages et vous commencerez à peiner et à vous rendre compte que le temps passe, la deadline approche, les pages ne s’enchaînent pas assez vite, alors vous dormirez mois ce qui vous rendra encore moins efficace… Bref, vous vous acquitterez de votre tâche de scénariste.

Ellipse: vous avez rempli votre part du contrat, vous avez touché votre chèque (parce que vous êtes un scénariste sérieux et que vous ne travaillez jamais gratuitement) et vous recommencerez à démarcher (même si, idéalement, vous n’aurez pas cessé de le faire pendant que vous écriviez). A partir de là, les choses ne sont plus entre vos mains mais il se passe globalement deux choses: soit la série/l’unitaire est déjà vendu et le producteur a déjà une convention de prod avec la chaîne, et votre histoire a des chances d’être diffusée, soit – et c’est souvent le cas – le projet est développé en interne par la boîte de prod (ou sous convention de développement avec une chaîne ce qui revient grosso modo au même) et vous n’avez plus qu’à espérer que le projet aboutisse… un jour… peut-être… mais peu importe parce que vous êtes déjà sur la mission suivante.

Vous êtes scénariste. Vous êtes payé pour écrire des histoires selon les codes de l’audiovisuel. Vous faites votre boulot de manière exemplaire, vous êtes à l’heure sur vos deadlines, vos scripts sont d’une qualité à faire pâlir un scénariste américain, vous êtes le chouchou des chaînes mais personne ne verra le film de votre histoire avant quelques années… au mieux! Oui, bon dieu, vous êtes scénariste! Vous faites partie du milieu, vous travaillez sur des projets audiovisuels, vous êtes payé pour, alors pourquoi quand vous dites fièrement, dans une soirée: « je suis scénariste! » et qu’on vous demande « Ah ouais? et t’as écrit quoi que j’aie pu voir ? », pourquoi ne pouvez-vous répondre en hésitant que: « ben… tu sais, c’est un milieu particulier… tout ce qui est écrit n’est pas toujours réalisé…  mais je suis vraiment scénariste, hein! Regarde, ça c’est ma carte de la SACD et ça mon numéro d’AGESSA. Hé! Reviens! Tu veux voir ma feuille d’impôts ? »

L’écriture, entre magie et technique

30 avril 2012

Réflexion autour d’un livre de Linda Seger sur la maîtrise de la création et de l’innovation pendant l’écriture. Allier l’émotion à la technique, telle est la mission d’un bon auteur, qu’en pensez-vous?

Je suis en train de lire un livre de Linda Seger sorti en 1999 (Comment faire d’un bon auteur un auteur formidable, non traduit en français) et à côté duquel j’étais complètement passé jusqu’à présent, c’est un livre sur la créativité, qui est l’un de mes sujets favoris en écriture, parce que c’est le plus épineux. Apprendre la technique ce n’est pas compliqué mais trouver le bon angle pour apprivoiser la créativité c’est autre chose. C’est un délicat équilibre entre lui donner assez de mou pour qu’elle s’exprime librement et la contraindre suffisamment pour pouvoir l’exploiter.

Je vous dirais bien de tout lâcher pour lire ce livre, parce qu’il a vraiment un effet formidable sur moi, mais je vais faire mieux que ça puisqu’une fois que je l’aurai fini, je vous écrirai une chronique sur son contenu. Néanmoins, j’avais envie de partager avec vous l’une des premières réflexions que je me suis faite grâce à sa lecture. Elle concerne le côté « magique » de l’écriture.

Préparez vos livres de sorts, vous écrivez une histoire

J’entends toujours les auteurs amateurs parler d’inspiration, d’écrire « quand c’est le moment », qu’il n’y a pas de règles en écriture parce que chaque projet est différent. Ça m’horripile mais je comprends, j’en suis passé par là aussi et le pire c’est que je ne peux pas dire que ces affirmations soient complètement fausses. Je connais les moments magiques de l’écriture, cette sensation de transe dont je parlais la semaine dernière, ce flux dans lequel on entre et tout disparaît et le monde que l’on est en train de créer prend une vie qui lui est propre, les personnages s’envolent et on n’a qu’à les suivre et tout ce qui sort de nos doigts est de l’or et c’est vraiment formidable. Mais tout professionnel de l’écriture sait qu’on ne peut pas construire une carrière sur ça. Alors on se blinde de connaissances théoriques, on lit manuel d’écriture sur manuel d’écriture, à la recherche du système qui nous permettra d’être toujours créatif, toujours au top de l’inspiration, de pondre des structures parfaites à chaque fois.

Le résultat, au moins au début, ce sont des textes creux, dénués d’émotions, trop mécaniques. Et l’auteur se réfugie derrière l’argument d’autorité « c’est comme ça qu’il faut faire, c’est McKee/Snyder/Truby/Verdier qui l’a dit ». Pourtant on le sait, les textes qui marchent le mieux sont ceux qui parlent aux émotions des lecteurs et des spectateurs. Ils ont parfois une structure bancale (ou plutôt leur écriture est tellement bonne que leur structure disparaît derrière les émotions, les personnages, les situations). Est-ce parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques ou parce qu’ils sont plus souvent touchés par la magie de l’écriture ?

Ma conviction c’est que c’est un mélange des deux. Quand l’auteur maîtrise parfaitement les techniques de l’écriture (structure, ironie dramatique, suspense, surprise, typologies des personnages, etc) ET qu’il sait lâcher prise pour laisser sa Muse s’exprimer à travers lui, c’est là que naissent les meilleures histoires. C’est sans doute pour cela que les grands mettent du temps entre deux films, deux livres. Pas parce que c’est long de les écrire mais parce qu’il faut arbitrer cette bataille entre l’intellect et l’instinct, que l’on penche tantôt trop d’un côté, tantôt trop de l’autre, et que trouver le juste milieu exige une patience et une minutie digne d’un bonze que peu d’auteurs se donnent la peine d’atteindre.

Il n’est finalement pas compliqué de devenir auteur. Lire quelques manuels pour comprendre les mécanismes d’une histoire qui marche suffit. Le manque de créativité est rarement un problème chez les jeunes auteurs et une fois que celle-ci est canalisée, que l’auteur a consenti un minimum d’efforts pour se constituer un réseau, à peu près n’importe qui avec une once de motivation est capable de devenir scénariste ou romancier. Mais laisser une marque, créer des oeuvres qui impactent vraiment le public, rejoindre les rangs des Audiard, Kaufman ou Weiner pour ne citer qu’eux, c’est  une autre paire de manche. Cela demande la rigueur d’un apprentissage perpétuel, un affinage à la fois de la maîtrise et du lâcher prise dont je parlais plus tôt, pour combiner technique et magie.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous encore de la magie dans ce que vous écrivez ou êtes-vous noyé par la technique ? A moins que pour vous ce soit l’inverse, il n’y a que la magie et pas du tout de technique ? Partagez vos réactions avec moi dans les commentaires.
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Fiction = Émotion

23 avril 2012

L’écriture vit au dépens de celui qui la ressent. L’auteur peut songer et restituer son vécu personnel afin d’écrire des scènes touchantes  pour que l’émotion soit la plus sincère et communicative au possible.  Les créateurs de la série Mad Men ont bien compris ce concept.

 

« Le bonheur, c’est le dividende de vouloir ce que l’on a divisé par avoir ce que l’on veut »

C’est en tous cas ce que suggère Chip Conley, auteur de Emotional Equations : Simple Formulas to Help your Life Work Better. Dans son livre, Chip déconstruit les grandes émotions de l’existence : le désespoir, la déception, le regret, l’anxiété, la vocation, la curiosité, l’authenticité et bien d’autres. Il part surtout du postulat que émotion = vie, une équation dans laquelle je me retrouve et que j’adapte ici en émotion = dramaturgie. Parce qu’avant toute chose, ce qui nous importe en tant qu’auteurs quand nous créons des histoires, c’est de provoquer des émotions chez nos spectateurs/lecteurs. Or, quel meilleur moyen pour le faire que de mettre en scène des personnages en train de vivre eux-mêmes des émotions ?

Comprendre les émotions n’est pas chose aisée et je saute sur chaque opportunité d’approfondir mes connaissances en la matière. Savoir où elles trouvent leur origine, comment elles évoluent, leur influence sur la santé ou comment les modifier. J’emprunte aux sources les plus scientifiques comme aux plus new age. Le but de l’auteur de fiction n’est pas traduire le réel mais d’extrapoler à partir de lui, de poser des questions et d’explorer toutes les options possibles.

Ecrire, c’est ressentir

L’acte d’écriture est lui-même hautement chargé en émotions. Quand j’entre dans ma transe d’écriture, le monde disparaît et j’entre de plein fouet dans l’univers de mon histoire. J’observe les personnages mais en même temps, je suis eux. Je ressens ce qu’ils ressentent, je souffre avec eux, je ris avec eux, j’espère et désespère avec eux. Si cet échange est absent de l’écriture, ce que j’écris est moins bon, moins authentique.

Mais pour rendre l’expérience du spectateur/lecteur plus intense, rien n’empêche d’apprendre ce qui crée l’émotion. La maîtrise des émotions, la connaissance de leurs tenants et les aboutissants font partie de la boîte à outil nécessaire à tout auteur de fiction. Si vous voulez apprendre à devenir romancier ou scénariste, ou si votre but est de garder vos compétences intactes, lisez tout ce que vous pouvez sur le fonctionnement des émotions.

Ecrire est une action physique

Les émotions prennent racine dans le corps. Il faut donc se débarrasser de la représentation de l’écriture comme une activité purement intellectuelle, comme un sport de pure pensée. Ecrire de la fiction c’est d’abord faire partager une émotion et c’est la ressentir soi-même. Ecrire c’est prendre conscience des troubles affectifs et de leur manifestation dans nos corps. C’est vivre ça et le traduire en mots et en images.

Un exercice assez simple consiste à se replonger dans une scène de sa propre existence, cette scène doit être chargée de l’émotion que l’on veut faire vivre à nos personnages. Fermez les yeux, rappelez le souvenir de cette scène. Ca peut être un moment de joie intense, de peur, de tristesse, l’essentiel c’est que vous associez cette scène à l’émotion que vous cherchez à transmettre. Visualisez la scène. Plongez à l’intérieur de votre souvenir, rappelez les senteurs, les couleurs, les sons. Que ressentez-vous ? Où cela se situe-t-il ? Dans quelle partie de votre corps vivez-vous l’émotion ? Comment réagissez-vous ? Comment votre posture se modifie-t-elle ? Comment votre conscience évolue-t-elle ? Notre champ visuel, par exemple, a tendance à se réduire quand nous sommes en proie à la peur ou à la colère et à s’élargir dans les moments de joie intense. Prenez mentalement note de tout cela. Continuez à observer votre souvenir pendant une vingtaine de minutes. Vous écrirez une bien meilleure scène après ça.

Acquérir les connaissances pour créer de la vraisemblance

Plus vos personnages réagiront de manière vraisemblable, plus vos spectateurs/lecteurs seront pris par votre histoire et auront envie de connaître la suite. Je revois Mad Men en ce moment et c’est un rappel constant de cette simple vérité. Les réactions des personnages face aux événements sont justes, mesurées, cohérentes avec le reste de leurs actions.

La roue de Plutchik, un bon point de départ

Quand on parle d’émotions, il faut aussi penser aux émotions du spectateur. Or, connaître leur fonctionnement vous aidera à créer les enchaînements de situations qui vous permettront de manipuler votre spectateur pour lui faire ressentir les émotions que vous aurez choisies. Savoir, par exemple, que l’anxiété est le produit de l’incertitude et de l’impuissance vous permettra de construire vos scènes de manière à renforcer ces deux sentiments chez le spectateur pour le tenir en alerte… et de rendre l’expérience complète en soulageant son incertitude et en le libérant de son anxiété à la fin de l’histoire.

Si vous parvenez à maîtriser cela, votre structure peut être imparfaite, ça ne fait rien, tout le monde vous le pardonnera. Ce que nous voulons c’est que la fiction nous émeuve.