Archive for the ‘_Création’ Category

L’écriture, entre magie et technique

30 avril 2012

Réflexion autour d’un livre de Linda Seger sur la maîtrise de la création et de l’innovation pendant l’écriture. Allier l’émotion à la technique, telle est la mission d’un bon auteur, qu’en pensez-vous?

Je suis en train de lire un livre de Linda Seger sorti en 1999 (Comment faire d’un bon auteur un auteur formidable, non traduit en français) et à côté duquel j’étais complètement passé jusqu’à présent, c’est un livre sur la créativité, qui est l’un de mes sujets favoris en écriture, parce que c’est le plus épineux. Apprendre la technique ce n’est pas compliqué mais trouver le bon angle pour apprivoiser la créativité c’est autre chose. C’est un délicat équilibre entre lui donner assez de mou pour qu’elle s’exprime librement et la contraindre suffisamment pour pouvoir l’exploiter.

Je vous dirais bien de tout lâcher pour lire ce livre, parce qu’il a vraiment un effet formidable sur moi, mais je vais faire mieux que ça puisqu’une fois que je l’aurai fini, je vous écrirai une chronique sur son contenu. Néanmoins, j’avais envie de partager avec vous l’une des premières réflexions que je me suis faite grâce à sa lecture. Elle concerne le côté « magique » de l’écriture.

Préparez vos livres de sorts, vous écrivez une histoire

J’entends toujours les auteurs amateurs parler d’inspiration, d’écrire « quand c’est le moment », qu’il n’y a pas de règles en écriture parce que chaque projet est différent. Ça m’horripile mais je comprends, j’en suis passé par là aussi et le pire c’est que je ne peux pas dire que ces affirmations soient complètement fausses. Je connais les moments magiques de l’écriture, cette sensation de transe dont je parlais la semaine dernière, ce flux dans lequel on entre et tout disparaît et le monde que l’on est en train de créer prend une vie qui lui est propre, les personnages s’envolent et on n’a qu’à les suivre et tout ce qui sort de nos doigts est de l’or et c’est vraiment formidable. Mais tout professionnel de l’écriture sait qu’on ne peut pas construire une carrière sur ça. Alors on se blinde de connaissances théoriques, on lit manuel d’écriture sur manuel d’écriture, à la recherche du système qui nous permettra d’être toujours créatif, toujours au top de l’inspiration, de pondre des structures parfaites à chaque fois.

Le résultat, au moins au début, ce sont des textes creux, dénués d’émotions, trop mécaniques. Et l’auteur se réfugie derrière l’argument d’autorité « c’est comme ça qu’il faut faire, c’est McKee/Snyder/Truby/Verdier qui l’a dit ». Pourtant on le sait, les textes qui marchent le mieux sont ceux qui parlent aux émotions des lecteurs et des spectateurs. Ils ont parfois une structure bancale (ou plutôt leur écriture est tellement bonne que leur structure disparaît derrière les émotions, les personnages, les situations). Est-ce parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques ou parce qu’ils sont plus souvent touchés par la magie de l’écriture ?

Ma conviction c’est que c’est un mélange des deux. Quand l’auteur maîtrise parfaitement les techniques de l’écriture (structure, ironie dramatique, suspense, surprise, typologies des personnages, etc) ET qu’il sait lâcher prise pour laisser sa Muse s’exprimer à travers lui, c’est là que naissent les meilleures histoires. C’est sans doute pour cela que les grands mettent du temps entre deux films, deux livres. Pas parce que c’est long de les écrire mais parce qu’il faut arbitrer cette bataille entre l’intellect et l’instinct, que l’on penche tantôt trop d’un côté, tantôt trop de l’autre, et que trouver le juste milieu exige une patience et une minutie digne d’un bonze que peu d’auteurs se donnent la peine d’atteindre.

Il n’est finalement pas compliqué de devenir auteur. Lire quelques manuels pour comprendre les mécanismes d’une histoire qui marche suffit. Le manque de créativité est rarement un problème chez les jeunes auteurs et une fois que celle-ci est canalisée, que l’auteur a consenti un minimum d’efforts pour se constituer un réseau, à peu près n’importe qui avec une once de motivation est capable de devenir scénariste ou romancier. Mais laisser une marque, créer des oeuvres qui impactent vraiment le public, rejoindre les rangs des Audiard, Kaufman ou Weiner pour ne citer qu’eux, c’est  une autre paire de manche. Cela demande la rigueur d’un apprentissage perpétuel, un affinage à la fois de la maîtrise et du lâcher prise dont je parlais plus tôt, pour combiner technique et magie.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous encore de la magie dans ce que vous écrivez ou êtes-vous noyé par la technique ? A moins que pour vous ce soit l’inverse, il n’y a que la magie et pas du tout de technique ? Partagez vos réactions avec moi dans les commentaires.
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Drôle d’idée: « Je ressemble à un écrivain »

3 février 2012

Petite réflexion sur un sujet aussi abstrait que commun à tous: d’où viennent les Idées ?

ce matin, comme (presque!) tous les matins depuis le mois de juin 2011, je me prends en photo avec Photobooth. C’est juste une expérience comme ça, parce que l’outil est simple, et que ça m’amusera dans 10 ans de voir l’évolution de mon visage. Rien de plus. Ce ne sont pas normalement des photos que je partagerais mais ce matin, en me voyant, les cheveux en vrac, un vieux pull sur une chemise sable, une barbe mal entretenue, je me suis dit: « là! Je ressemble à un romancier! »

Anael Verdier

C’est bizarre comme on se forge des images mentales en permanence. Qu’est-ce qu’il y a de plus dans mon apparence d’aujourd’hui, par rapport aux autres jours, qui me frappe et qui me fasse penser que ça y est, « j’ai le look » ?

Est-ce que c’est le fait d’avoir travaillé à mes projets littéraires ces derniers jours ?

Est-ce le fait de réfléchir au nouveau statut de l’auteur que permet le livre électronique ?

Et d’où vient cette image du romancier ? De mes rencontres avec des auteurs dans les salons, des idées que j’ai fabriquées au cours de mes lectures ?  Des films que j’ai vus ?

Sans doute un peu de tout ça.

Mais c’est quand même bizarre. D’où viennent les idées ? De quelle obscure portion de l’univers ? J’ai eu un début de débat sur la question avec un excellent ami à moi la dernière fois que je suis allé à Paris mais aucune réponse n’a paru satisfaisante. Les idées sont-elles immanentes ? Y a-t-il une « sphère des idées » comme le pensait Platon ? Ou viennent-elles de bizarres connexions au coeur de notre cerveau ? Les deux sont-ils antinomiques ?

Je n’en sais rien. Je ne suis même pas sûr que la technologie permettra un jour de trancher avec certitude cette question-là.

Ce que je sais c’est qu’on peut apprivoiser les idées et les exploiter pour en faire des histoires et c’est vraisemblablement quelque chose qui vous intéresse si j’en crois les réponses au sondage que j’ai reçues jusqu’à maintenant. Alors je vous prépare un post du tonnerre sur le sujet mais je ne commencerai pas à l’écrire avant au moins deux semaines.

D’abord parce que je veux prendre le temps de faire le meilleur post possible, celui qui vous sera le plus utile et qu’il faut pour cela que je le prépare soigneusement.

Ensuite parce que je ne veux pas noyer le blog sous les messages techniques comme j’ai pu le faire à ses débuts. C’était intéressant mais je suis certain que ce n’est pas le mieux pour vous. Je préfère poster un ou deux messages techniques par mois, des messages avec un contenu « actionnable », c’est-à-dire un contenu avec lequel vous puissiez expérimenter entre deux messages.

Enfin parce que je veux laisser le plus de chance possible au plus grand nombre de lecteurs de s’exprimer sur le sondage.

Je ne l’avais pas fait jusqu’à maintenant, parce que j’avais une mauvaise visibilité sur mon emploi du temps, mais j’ai décidé d’arrêter le sondage le 17 février. C’est-à-dire que si vous voulez vous exprimer et contribuer au choix du prochain article, n’attendez pas, VOTEZ.
(le formulaire de vote est dans la marge de droite, il suffit de deux clics et votre vote sera enregistré! –>)

7 armes contre le blocage de l’auteur

28 janvier 2012

Une page qui reste blanche sous vos yeux, vous êtes bloqué. Voici quelques astuces qui vous aideront. Stop la réflexion et l’angoisse, place à l’action et à la satisfaction personnelle. 

En feuilletant les pages du blog, je me suis rendu compte que je n’avais pas publié de vrais conseils d’écriture depuis longtemps. A force de m’entendre dire de rendre le blog plus « personnel », j’en ai oublié la raison première de sa création, à savoir aider de jeunes auteurs à comprendre un peu mieux les ficelles de cet art ou, comme j’aime à l’appeler, de cet artisanat.

Depuis que j’ai lancé mon atelier d’écriture, j’ai réalisé que beaucoup d’aspirants auteurs étaient victimes de blocages. J’ai surtout réalisé que pour un bon nombre, ce blocage ne correspondait pas du tout à l’image d’Épinal qu’on peut en avoir. Les auteurs bloqués (AB dans la suite du texte) ne se mettent pas les cheveux en bataille en froissant page après page. Les AB nagent au milieu des pages de notes plutôt qu’au milieu des boulettes de papier. Ce n’est pas tant la page blanche qui les bloque que la page trop noire.

Ce n’est pas le cas pour tous. Certains AB sont vraiment incapables d’écrire le premier mot et procrastinent autant que faire se peut pour ne pas avoir à se confronter à cette terrible page blanche.

Ces deux symptômes ont des racines communes, et surtout des solutions communes, que je vous propose d’étudier ensemble aujourd’hui. Après tout, si Charlie Kaufman en a fait un film (et a reçu un oscar pour son scénario!), cela vaut bien le coup d’en faire un article.

Regardez maintenant : Adaptation
un scénario de Charlie Kaufman sur le blocage

L’angoisse de la page blanche

L’angoisse de la page blanche est la plus connue des deux manifestations du blocage de l’écrivain. Elle se traduit par de longues minutes passées à contempler l’horizon, le mur ou le plafond (selon l’emplacement de votre bureau). Ou à écrire première ligne sur première ligne selon la célèbre danse du « j’écris une phrase, je la relis, j’efface lettre par lettre ».  A moins que vous ne trouviez des tas de bonnes raisons de ne pas commencer : la faim, un coup de fil soudainement urgent, un peu plus de recherche sur votre sujet, bref la procrastination.

tiré d’Adaptation

Peu importe le symptôme, le résultat est le même : votre scénario, votre livre, n’avance pas. Vous vous arrachez les cheveux, et moins vous écrivez, plus vous êtes bloqué. C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous ne valez rien, que vous n’écrirez jamais rien, que vous êtes bon pour une vie de frustration et d’aigreur.
Je sais ce que c’est, j’en suis passé par là. Même si j’ai réussi à vaincre le blocage à chaque fois, à chaque fois qu’il se représente j’en viens à la même conclusion : cette fois c’est foutu.

« C’est une spirale qui vous entraîne vers l’enfer de l’écrivain : la certitude que vous n’écrirez jamais rien »

L’incapacité à terminer

L’autre forme de blocage est plus fourbe, parce qu’il n’en a pas l’apparence et il faut une certaine expérience pour le repérer. Je l’appelle « l’angoisse de la page noire ». Celle-ci se traduit par une écriture trop prolifique, par des classeurs de notes et de recherches qui s’entassent les uns après les autres, par une créativité mal canalisée et dispersée. Vous vous passionnez tellement pour l’univers et les personnages que vous développez que vous n’arrêtez pas de leur ajouter des détails. Vous vous posez tellement de questions que vous n’arrivez plus à faire de choix.

tiré de Wonder Boys

Vous êtes comme Grady (joué par Michael Douglas) dans Wonder Boys, vous n’arrivez plus à vous arrêter. Résultat, vous ne finissez jamais rien. Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer. Après tout, vous écrivez, alors où est le problème ? Mais vous avez beau essayer de vous rassurer, vous savez que vous êtes trop dispersé. Vous n’arrivez plus à prendre de décisions narratives et un auteur qui ne décide pas est un auteur foutu. On dit souvent qu’un écrivain écrit, c’est ce qui le définit. Mais c’est faux. Ce qui définit un écrivain, c’est qu’il écrit des histoires et qu’il les finit.

Fort heureusement, je rencontre rarement ce problème mais j’ai travaillé récemment avec un co-scénariste qui est tellement plongé dans ce blocage que cela fait 4 ans qu’il n’écrit plus rien. A la place, il théorise sur les projets qu’il pourrait écrire. S’il ne se ressaisit pas bientôt, sa carrière va lui passer à côté.

« Le blocage le plus pernicieux n’est pas celui qui vous empêche de commencer, c’est celui qui vous empêche de terminer »

Ne désespérez pas, tout n’est pas perdu!

Heureusement, comme tout auteur le sait, un problème n’est qu’une solution attendant d’être trouvée. Et à force de rencontrer ces deux formes de blocage, chez moi, chez mes collègues et chez mes étudiants, j’ai décidé de mettre au point des outils pour sortir de ces spirales infernales. Certains sont des classiques qu’il est toujours bon de réviser, d’autres sont inédits. Je vous en livre sept. Certains valent pour l’un des deux blocages, d’autres pour les deux.

NB: je pars du principe que vous n’êtes pas en train de procrastiner, que vous avez coupé le net et toutes les distractions, et que vous êtes concentré sur votre projet de livre ou de scénario.

1. Prenez une douche

Oui, vous avez bien lu. Quittez votre bureau, déshabillez-vous et plongez-vous sous un jet d’eau chaude. Non seulement cela vous permettra de bouger un peu et d’éviter de mourir de rester trop longtemps assis, mais surtout, vous allez vous changer les idées. Plus vous resterez fixé sur votre blocage moins vous parviendrez à en sortir. Vous avez besoin de changer de perspective sur votre histoire alors levez-vous, marchez. La douche a ceci de magique qu’elle a tendance à libérer les idées de manière assez spectaculaire. En plus, vous en sortirez plus détendu, moins stressé, et accompagné d’une bonne odeur de savon. Rien de tel pour repartir du bon pied et débloquer cette écriture grâce aux nouvelles idées qui auront germé pendant votre escapade aquatique. Si vous êtes du genre page noire, la douche vous permettra de revenir à la source de votre récit et vous aidera à redéfinir de vos intentions.

1. Donnez-vous une limite de temps

Une source de blocage commune c’est l’idée que parce qu’on écrit, qu’on le fait de chez soi, à l’heure de son choix, on a tout le temps du monde pour écrire. Du coup vous ne vous y mettez jamais. Après tout, vous pourrez le faire ce soir. Ou cette nuit. Ou demain matin. Et la page reste blanche. Inversement, si vous vous y mettez maintenant, rien ne vous obligera à arrêter et ça peut être stressant de se dire qu’on peut écrire pendant tout notre temps libre. Un sentiment assez pernicieux de culpabilité si vous ne le faites pas peut s’installer. Alors qu’au contraire, ce n’est pas recommandé d’y passer tout votre temps. Pas plus que vous ne devez penser que vous pouvez le faire n’importe quand. Donnez-vous des horaires pour l’écriture, balisez votre temps de travail comme vous le faites pour votre job alimentaire ou pour vos activités encadrées (cours de sport, de musique, etc.) Il y a un temps pour chaque chose et l’écriture n’y déroge pas. Si vous savez que vous n’avez qu’une heure pour écrire, vous serez moins enclin à vous disperser ou à procrastiner.
Si une heure n’est pas assez court pour vous lancer, commencez par des plages de temps encore plus restreintes : commencez par 5 ou 8 minutes. Vous serez surpris de voir ce que vous pourrez accomplir en écrivant uniquement en accumulant les très courtes sessions d’écriture. Et si vous avez tendance à la dispersion, vous aurez un cadre tellement restreint que vos tendances à la sur-productivité seront étouffées dans l’oeuf.

3. Lisez un manuel d’écriture

Les (bons) manuels d’écriture sont écrits de manière à vous donner envie d’écrire. Ne vous plongez pas dans les parties les plus techniques, qui ne feront que vous torturer davantage, mais errez du côté des conseils aux jeunes auteurs, des introductions où l’auteur vous décrit la vie que vous pourrez atteindre quand vous aurez écrit votre histoire, cherchez les anecdotes, les témoignages, tout ce qui peut alimenter votre envie de devenir écrivain et d’écrire votre livre ou votre scénario. Renouez avec les raisons pour lesquelles vous êtes là, devant votre feuille ou votre écran, à galérer comme un repris de justice romain. Vous retrouverez l’espoir et la motivation et pourrez repartir de plus belle. Et si vous êtes du genre à ne pas savoir vous arrêter, un manuel vous remettra sur le droit chemin en vous rappelant comment structure votre projet, et revenir dans les clous.

Note: marche aussi avec un roman d’un auteur que vous admirez, avec ce double risque, d’une part d’imiter son style, d’autre part de ne pas réussir à poser le bouquin. N’oubliez pas que votre but, c’est d’écrire.

4. Sachez ce que vous voulez dire

Un des problèmes récurrents chez les auteurs bloqués c’est l’absence de réflexion sur le thème. Sachez que quand vous écrivez, vous portez un discours sur le monde. Or, ce discours reste souvent inconscient ou, au mieux, vague. Pourtant, c’est lui qui vous aidera à savoir quoi raconter puisque votre récit est une illustration de votre point de vue. Prenez quelques minutes pour vous demander ce que votre histoire illustre et ce que vous voulez dire à travers elle. Ensuite, réfléchissez à la meilleure manière de raconter votre histoire pour servir votre discours le mieux possible. Plus vous aurez conscience de vos intentions, plus elles seront claires, plus vous saurez où vous allez et surtout pourquoi vous y aller. La conséquence directe de cette prise de conscience c’est que vous ne douterez plus de votre histoire (donc plus de page blanche) et que vous saurez ce qu’il faut que vous montriez (donc plus de dispersion).

5. Rangez votre bureau

Pour savoir quoi écrire, il faut avoir les idées claires. Or, travailler dans le désordre a plutôt tendance à encombrer la tête de parasites. Faites du tri dans vos notes. Jetez celles qui ne vous servent plus ou qui sont trop nébuleuses. Abandonnez les projets entamés que vous ne finirez jamais, ils sollicitent une partie de votre cerveau pour rien. Rangez vos papiers, jetez vos stylos vides, rechargez ceux qui peuvent l’être, taillez vos crayons… En vous concentrant sur ces petites actions, vous programmez votre cerveau pour, lui aussi, faire le tri dans ses idées, pour affiner son discours et pour vous transmettre une image claire et ciselée de ce qu’il veut que vous racontiez. Prenez le quart d’heure ou l’heure (selon votre niveau de bazar) pour mettre de l’ordre dans vos projets créatifs. Vous serez bien plus efficace une fois que ce sera fait.

6. Découpez, structurez, préparez vos scènes

Souvent ce qui vous empêche d’avancer ou ce qui vous pousse à vous disperser c’est que vous n’avez pas assez structuré votre projet dans le détail. Vous vous retrouvez avec une montagne immense à gravir et aucun équipement pour le faire (cas de la page blanche) ou au contraire vous partez en randonnée sans carte et sans itinéraire et vous changez de route à chaque embranchement (cas de la page noire). Dans les deux cas, revenez aux bases de votre histoire et découpez-la en unités les plus petites possibles, un peu comme si vous la scrutiez avec un microscope. Votre but est de l’observer au niveau moléculaire. Subdivisez votre livre en sections, puis en chapitre, puis en scènes et à l’intérieur des scènes en mouvements. Pareil pour un scénario, ne vous contentez pas de quelques actes, définissez à l’avance chacun des beats, ces unités de rythme qui font avancer votre histoire. Ils feront 1/4 de page, 1 page maximum. Tout à coup, la montagne deviendra une succession d’étapes à rejoindre en quelques heures. La randonnée suivra un sentier balisé qui vous empêchera de vous perdre.

7. Arrêtez de réflechir et Écrivez !

Cela peut sembler évident, formulé comme ça, mais le meilleur remède contre le blocage, c’est de vous lancer dans la rédaction de votre histoire. Quand vous n’arrivez pas à commencer, le simple fait de mettre un mot sur la page, puis un autre et un autre, permet souvent au blocage de s’envoler. La source du problème est souvent que vous réfléchissez trop, que vous voulez trop que tout soit parfait dès le début, chose qui n’arrivera pas. Alors vous êtes dans une analyse paralysante. Commencez par le plus simple : une description de votre protagoniste ou du décor, mais forcez-vous à commencer.
Si vraiment vous n’y arrivez pas, changez de support. Passez au papier si vous étiez sur votre ordinateur, essayez d’écrire sur une machine à écrire. Ou alors écrivez que vous êtes bloqué, que vous ne savez pas par où commencer. Quelque soit l’astuce que vous emploierez, l’important c’est de commencer.

Laissez des commentaires pour me dire si mes conseils vous ont aidés!

Le sujet du prochain post sera déterminé par les résultats du sondage. Alors votez.

Vivre pour créer / Créer pour vivre

27 novembre 2011

 Malcom de Chazal écrivait : « Créer est le seul domaine où il faut se déposséder pour s’enrichir. » Qu’est ce que la création pour vous?

Je regarde les interviews de Jean Leloup, probablement le plus grand artiste de mon panthéon d’artistes.

Il me rappelle les bases qu’il ne faut jamais oublier:

créer n’est pas un métier, c’est une vocation. Si tu en fais un métier, tu tues la création en toi et tu ne peux plus être fier de toi-même, tu perds ton intégrité.

l’argent n’a pas d’importance. Plutôt vivre pauvre que de sacrifier sa création. Ce n’est pas forcément antinomique mais si l’argent pervertit ton art, brûle-le. L’argent apporte des choses dans ta vie. L’art apporte du sens.

Créer c’est tripper. Si tu ne trippes pas, ne crée pas. Si tu ne trippes pas, c’est que tu ne fais pas ce que tu devrais.

Créer ce n’est pas dur, ce qui est dur c’est de faire quelque chose à partir de ta création. Ça demande du travail, de s’investir soi, à fond. Tu dois rester intègre. Tu dois faire du bon travail, être fier de ce que tu partages avec le public. C’est pas dur, ça prend juste du temps.

Créer ne répond à aucune autre règle que celles que tu choisis de t’imposer.

Plus qu’un mois à trimer et je pourrai me rouler sans interruption ni parasites  pendant 8 mois dans la création à l’état pur. Visqueuse, sanglante, vibrante création.

Putain, j’ai hâte!

Ne jamais arrêter

16 novembre 2011

Digne d’un hymne de guerre :  ne lâchez jamais rien, restez toujours actif dans votre intérêt !

Some part of you dies when you stop making art.

Je ne sais pas où j’ai entendu ou lu ça. Ni même si je l’ai vraiment lu (et pas rêvé!).

Hier je parlais avec un de mes amis producteur et il m’a gentiment vanné sur mes projets de roman au point mort. Avec le recul, je suis même pas sûr qu’il m’ait vraiment vanné mais je sais jamais trop avec lui. S’il fallait incarner l’expression “pince sans rire », ce serait lui.

(note à part, j’ai revu Wall Street hier, quelque chose que je voulais faire depuis 1 an et il y a son sosie dans le film)(à propos des sosies, ça m’a fait bizarre mais j’ai croisé un mec qui me ressemblait atrocement avant-hier, même blouson en cuir que celui que j’ai à la maison, même dégaine, ça m’a fait bizarre dans un sens creepy, pas cool, je me demande si lui aussi s’est vu en moi)

Sa remarque m’a frappé. « Touché » aurait dit un ricain.

Je suis assez fort pour me trouver des excuses, pour me dire qu’il me faut plus de ci, moins de ça, que demain ou dans trois mois, les étoiles seront mieux alignées.

Je crois pas l’avoir raconté ici mais il y a quelques années, un mec est venu me voir dans un rêve et m’a demandé de but en blanc pourquoi je n’avais toujours pas écrit de roman. Sans doute mon inconscient, lassé de m’envoyer des messages symboliques et que je ne réagisse pas, qui a décidé d’envoyer les gros bras pour me remuer.

En vain?

Pas sûr. J’ai avancé sur des choses. Je n’ai juste rien terminé. Mais c’est ce qui fait la différence entre les romanciers et les autres, non? Les romanciers, eux, finissent leurs romans.

Et puis c’est mois de novembre, le mois du Nano. Il y a quatre ans j’ai participé et fini un premier jet en 30 jours. Je l’ai jeté (symboliquement) depuis, parce  que les 70 dernières pages demandaient une refonte totale et que j’avais la flemme.

Mais depuis quatre ans, je n’ai pas été à sec, loin de là. J’ai eu au moins une idée assez solide pour faire un roman chaque année. Alors quoi?

Des excuses: des problèmes d’argent, l’arrivée d’un bébé, un déménagement, l’acclimatation à une nouvelle vie, des boulots de commande. Des excuses.

J’ai le temps. J’ai les moyens. J’ai l’esprit libre. (Tout ça en grande partie parce que je suis parti de Paris, qui, malgré tout l’amour que je lui porte, m’étouffait).

Alors hier, le déclic.

Il a raison, qu’est-ce que je fais là à ne pas écrire mes romans?

Je me suis remis dessus, « Interdit d’aller te coucher sans avoir avancer, ne serait-ce qu’un peu! ». J’étais fatigué alors ce n’est pas spectaculaire mais j’ai écrit à peu près 600 mots. C’est plus que je n’en ai écrit depuis juillet.

Et qu’est-ce que ça me manquait!!!!

J’avais la trouille de m’y remettre, de me rendre compte que j’avais tout oublié, tout perdu. Mais non, ça va, je me débrouille encore. J’ai envie d’essayer de rattraper le Nano. Il faudrait que je fasse 3300 mots par jour jusque fin novembre pour y arriver. Je ne pense pas que je le ferai, pour plein de raisons, mais j’ai envie d’essayer. Ecrire au moins 500 mots par jour sur ce projet là, qui comporte des sorcières, du sexe, de la comédie. Un projet très ado, vaguement adulte, que je porte depuis trèèèèès longtemps.

Ce que je voulais dire avec ce post, c’est surtout, de ne pas perdre de vue ce pour quoi vous êtes là.

C’est ok de prendre le chemin des écoliers, de tenter des trucs de temps en temps, de céder au chant des sirènes ici ou là sur la route. Simplement, revenez à votre motivation première, à votre envie de départ. C’est elle que vous devez nourrir et entretenir et chérir et cajoler. Le reste n’est que de la poudre aux yeux.

Je m’en suis rendu compte quand, malgré ma réussite en tant que scénariste, j’ai ressenti l’ennui, la lassitude et la frustration. J’ai trouvé différentes causes à tout ça mais au fond il n’y en avait qu’une: je ne faisais pas ce que je devais faire. Je n’étais pas où je devais être. Je ne peux pas savoir à votre place que vous devez écrire. Souvent c’est ce que nous remettons toujours au lendemain, ce qui nous effraie le plus, parce qu’il y a trop d’implication personnelle derrière ce projet. Je ne veux pas me laisser avoir par le confort de l’enseignement ou par les paillettes du métier de scénariste. C’est bien pour vivre, pour construire le cadre qui me permettra d’être romancier, mais c’est tout.

Ne cessez jamais de faire de l’art, de créer.

Martin Sheen dit quelque chose comme ça à son fils, dans Wall Street: « crée quelque chose, plutôt que de profiter des fruits du labeur de gens qui triment » (je paraphrase). J’y ai vu plus qu’un propos sur les pratiques des traders, j’y ai vu la conviction d’artiste d’Oliver Stone.

Expérience Créative #5: Acquérir une nouvelle compétence

11 juillet 2011

Toujours cultiver sa curiosité, l’esprit ouvert fait naître plus de choses…

 

Surtout ne pas s’asphyxier. Ne pas répéter sans cesse le même discours. Ne pas s’enfermer dans ses représentations. Cultiver la curiosité intellectuelle. Cultiver la curiosité tout court. Pour les autres, pour la vie, pour soi. De quoi suis-je capable? De quoi ai-je envie? J’aimerais parler chinois/japonais/allemand/togolais/turc. J’aimerais savoir piloter un avion/un bateau, j’aimerais savoir coder mon propre site web, j’aimerais ci, j’aimerais ça. Le faire. Apprendre une nouvelle compétence, selon son degré de difficulté, prend entre 1 semaine et 1 an. La maîtriser au point d’être expert est plus long mais le but n’est pas d’être expert. Le but est d’enrichir sa vie pour enrichir son écriture. Quand on se sait capable de plus, quand on a appris les compétences à la surface de nos envies, il est temps d’être créatif. Quand le plus évident est couvert il faut trouver par quoi le remplacer. Qu’apprendre maintenant que je sais piloter un avion en Chine? Comment rendre ma vie encore plus extraordinaire?
Apprenez quelque chose de nouveau aujourd’hui et voyez comment cela rejaillit sur votre écriture. Parlez-m’en.

Expérience Créative #4: Prendre des vacances

4 juillet 2011

S’accorder du temps pour s’enrichir de par l’aventure et la découverte de l’inconnu, chasser le quotidien pour inspirer un nouvel air…

Partir à la dernière minute. Lâcher prise. Ne plus penser à rien. Surtout pas aux projets. Se forcer à ne pas écrire. Lire des romans de plage. Ne pas regarder la télé. Ne pas aller au cinéma. Parler une autre langue. Se noyer dans d’autres lieux. Ne pas choisir son hôtel. Rencontrer des gens. Danser. Boire trop. Partir à l’aventure. Ne prendre aucune note. Ne pas faire le touriste. Aller au-delà. Négliger les monuments. Se perdre dans des villes étrangères. S’endormir sur un banc. Découvrir une plage fréquentée uniquement par les locaux. Partir en basse saison. Faire de nouvelles expériences. Partir léger. Déconnecter. Redécouvrir sa propre ville.