Archive for the ‘_Séries tv / Films / Animations/ BD’ Category

Le conflit dramatique

26 avril 2012

Un élément de la dramaturgie : le conflit du héros illustré ici par Dexter.

Le conflit est la phase où le héros n’est plus tranquille dans sa petite vie. Un évènement survient ou autre déclencheur de toute nature qu’il soit, altère le quotidien du héros. Il subsiste de nombreux conflits de tout genres qui font progresser l’histoire. En voici un exemple parmi tant d’autres : Dans la série de Showtime Dexter, le héros est confronté à lui-même dans une toute première mesure. Il persiste un conflit d’ordre moral dans lequel Dexter lutte et crée sa justice, devenant lui-même immoral. Il suit un code d’honneur pour lequel il est très attaché, car c’est le seul lien secret qu’il partage avec son père adoptif défunt. Sa nature de « maître serial killer » des serial killers l’isole de la société et sa vie tourne autour de la mort comme l’illustre son métier d’expert scientifique. C’est un serial killer qui, pourtant, travaille au sein du Miami Metro Police Department. C’est un conflit moral qui s’opère en lui : il met à disposition ses connaissances scientifiques afin de faire progresser les enquêtes mais s’arrange toujours pour résoudre l’affaire, selon son code, en premier.

Acte 1 : Exposition de la situation initiale

19 avril 2012

Un élément de la dramaturgie : la situation initiale illustrée via Gran Torino de Clint Eastwood.

La situation initiale d’une histoire expose les personnages (en grande partie le personnage principal) mais aussi les lieux et les objets ou choses dépassant le cadre de l’individu. Tout ce qui peut se dérouler avant l’incident déclencheur, c’est le cadre du début de l’histoire. Il n’est question que d’observation et pas encore d’interrogation quant à la suite des évènements.

Pour illustrer cet acte premier de toute histoire, prenons le film Gran Torino de Clint Eastwood. Ce film démarre avec tout ce qu’il y a de plus gai : une cérémonie funéraire.

Walt Kowalski, le personnage principal du film est un ancien vétéran de la guerre de Corée. Il a perdu sa femme et vit désormais seul dans un quartier où les conflits entre gangs sont nombreux. Rappelons que tous les éléments présentés dès les premiers instants d’une histoire jouent un rôle important dans la suite. Tout se justifie, le travail de l’image est associé à celui de la moelle narrative dans le but d’amener le spectateur à une mouvance progressive d’une intrigue qui va se complexifier et devenir plus palpitante (normalement).

L’acte 1 de ce film nous dévoile des personnes entourant Walt. On y découvre sa famille, malgré l’indifférence de ses fils qui semblent pressés de toucher l’héritage familial. Il y a aussi le père Jonavitch qui est soucieux de la santé usée et du devenir du vieil homme mais aussi ses voisins, la famille hmong Vang Lor, qui va sensiblement chambouler le quotidien de notre héros.

La situation initiale s’achève dès lors que le conflit dramaturgique s’introduit dans l’histoire. La question dramatique est supposée, le développement de l’histoire débute et l’exposition déroulée depuis le début va prendre un nouveau virage.

La tentative de vol de la Gran Torino (titre officiel du film) va déclencher les hostilités entre tout ce petit monde. Thao, le petit dernier de la famille hmong va se soumettre aux demandes de son cousin, membre d’un gang. En allant à l’encontre de son fond intérieur, il échouera se faisant surprendre par Walt. L’ancien vétéran de guerre est particulièrement malveillant envers les immigrants hmongs. Cet évènement sera jugé comme une offensive à laquelle Walt rétorquera. Un nouvel acte débute…

Limitless: un film bien… au début.

6 juillet 2011

Vu hier: Limitless

Un film qui, sur le papier, avait tout pour me plaire: un romancier bloqué découvre une super drogue qui décuple sa conscience. Formidable!
Un film qui, dans sa première moitié, m’a complètement embarqué. L’image est belle, les codes graphiques pour distinguer les moments où le héros est sous l’effet de la drogue de quand il n’y est plus, les effets de la drogue eux-mêmes, le début d’intrigue (qui a tué le dealer?), le début de méga conflit qui se profile (les absences du héros, un type louche qui se met à le filer, la découverte que tous les autres utilisateurs de la drogue sont morts dès qu’ils ont arrêté de la prendre). Un truc super bien mené et super bien maîtrisé, avec du rythme, de la gueule et des promesses.

Et puis tout d’un coup, on dirait que le scénariste lui-même a cessé d’être sous l’effet de sa drogue ou qu’il en a pris pour débloquer son histoire ou juste qu’il a salement merdé.

La moitié des éléments introduits dans la première partie disparaissent tout bonnement. On n’aura pas la réponse aux questions qu’on s’est posées. Le héros n’aura finalement pas les problèmes qu’on aurait pu imaginer. Il en a d’autres, complètement incohérents et artificiels (le mafieux à qui il a emprunté du cash et qu’il a oublié de rembourser (quoi?! ce type est censé être super intelligent et ne rien oublier!!)).

Est-ce un hasard si le switch se fait peu après que De Niro entre en scène?

Parlons-en, de De Niro, simple ombre d’un personnage, simple artifice au service d’une histoire qui s’emmêle les pinceaux. Avoir De Niro dans son cast et le traiter comme ça… Putain mec… C’est De-Fucking-Niro!!! et tu lui fais jouer de la merde! Son personnage n’a aucun éclat, aucune saveur. Mais ce n’est pas à cause de l’acteur, non, De Niro joue bien, c’est juste que ce personnage n’a rien à faire là.
Est-ce que si n’importe quel autre acteur avait joué ce rôle il aurait eu l’importance qu’il méritait? A savoir: aucune!

Je ne veux pas spoiler. Regardez le film. C’est une excellente illustration d’une histoire bien partie qui se saborde en vol.

Ah, et le plagiat de Kounen sur la scène d’intro, j’ai du mal quand même.

Ecriture freelance

19 juin 2011

Dennis McGrath parle d’écriture freelance, une pratique marginale outre Atlantique mais qui reste la règle chez nous.

L’article a un an mais une piqûre de rappel fait toujours du bien. La plupart des choses qu’il mentionne sont valables en France (le fait d’accepter d’être réécrit, le fait de devoir être seul face à son histoire…).

Vous pouvez aussi jeter un oeil sur sa série sur l’écriture d’épisodes « on spec » (partie 1, 2 et 3) dont les conseils valent pour n’importe quelle écriture sur une série préexistante (se familiariser avec la structure de la série, les personnages, ne pas se contenter des premières idées, respecter les règles de la série…)

Le secret de la réussite

20 mai 2011

Quel est le point commun entre Rockstar, Pixar et le AMC de ces dernières années (même si HBO recommence à se défendre)?

Qu’est-ce qui fait que ces compagnies sont au top dans leur domaine et jamais inégalées? Qu’est-ce qui fait d’elles des références dans leurs champ médiatique?

Une seule réponse: la qualité du contenu qu’elles développent, les histoires qu’elles prennent le temps de construire (est-ce un hasard si le slogan d’AMC est: « Story Matters Here »?)

Quand Rockstar prépare la sortie de son prochain jeu

J’y reviendrai dans un post à écrire dans un avenir incertain (sûrement après avoir revu Wall-E et Up, après avoir rejoué à GTA et peut-être à la reprise de Breaking Bad, ce qui nous laisse du temps) mais vous pouvez commencer à y réfléchir.

Je remercie mon estimé confrère Anthony Jauneaud pour m’avoir mis au jus de la publication par Rockstar d’un recueil de nouvelles noires à l’occasion de la sortie de leur nouveau jeu. Les nouvelles sont mises en ligne et téléchargeables en pdf directement sur le site de L.A. Noire et vont finir directement sur mon Kindle pour une lecture détendue et reposante.

Preview de l’automne: CBS

19 mai 2011

Les chaînes préparent la rentrée… voici quelques previews de CBS :
http://www.forom.com/videos-des-nouvelles-series-cbs.519211.html
Person of Interest touche tous mes points sensibles mais J.J. Abrams ça me fait un peu peur…

The Joneses (2)

14 mai 2011

Le truc avec les Jones c’est que ce film m’a raconté énormément de choses sur moi, même si ces choses-là n’ont rien à voir avec l’histoire.
Le truc c’est que je ne suis pas un enfant de l’image. C’est sûrement la raison pour laquelle je n’ai pas d’envie particulière d’être réalisateur contrairement à bon nombre de scénaristes qui ne le sont que par défaut ou comme une passerelle vers la réalisation. Il n’y avait pas de télé chez moi pendant toute une partie de mon enfance et quand je suis parti de chez mes parents, je n’en ai pas non plus voulu. Je ne suis pas cinéphile et ne l’ai jamais été. Comme toutes les personnes de ma génération, je pense, le cinéma (comme la télé, les jeux vidéos et la BD) faisait juste partie du paysage. On allait au cinéma sans y penser, naturellement, comme un présupposé culturel.
Non, moi ce qui m’a vraiment poussé vers l’écriture, c’est le roman. Je suis un enfant de Phil Dick, de Stefan Wul, de William Gibson, Philippe Djian, Doug Coupland, d’une espèce de mélange de littérature blanche et de SF qui n’en est pas toujours. Je ne m’en suis jamais caché, ce qui me pousse à écrire c’est la perspective d’être reconnu comme romancier. Mais depuis quelques années, je ne sais plus ce que je veux écrire. Avec la conscience du métier et de son contexte viennent de nouvelles questions (quel genre? Pour quel public? Quelle étiquette autour de mon nom?), des questions dont je n’ai pas encore décidé si elles étaient pertinentes ou non et si oui comment je voulais y répondre. Depuis mon entrée au conservatoire, les cartes sont brouillées. La littérature comme objectif oui, mais comment? J’ai changé, j’ai évolué, mûri, la société aussi et mon regard n’a pas fini de faire le point sur ces nouveaux états. Ou peut-être que les changements ne sont pas aboutis et que c’est ce qui m’empêche d’avoir un regard clair sur ce qui est en jeu. La famille Jones m’a aidé à dissiper en partie le brouillard.
Ce film n’a rien d’ostentatoire. La réalisation est propre sans être tape à l’oeil, l’écriture est juste et précise, il se dégage une certaine élégance de la sobriété de la construction dramatique. Mais ce qui m’a le plus touché c’est qu’il n’y a dans cette fiction ni explosions, ni course-poursuite, il n’y a pas de drame familial terrible, rien de glauque, pas d’inceste, pas de parent abusif, ce n’est pas une fiction nombriliste autosatisfaite, il n’y a pas d’effets de manche pour masquer une construction faiblarde, ce n’est pas manichéen, la fin n’est ni bonne ni tragique, elle est juste logique et humaine et vraisemblable. La vie qui est montrée dans ce film ce n’est pas la vie des faits divers ou des Unes de journaux, ce n’est pas la vie des traités de psychiatrie, c’est la vraie vie. Les personnages secondaires qui sont mis en scène sont riches mais ce ne sont ni des requins sans scrupules ni des enfants gâtés sortis de Beverly Hills. Le propos que le film porte sur notre société n’est pas asséné à coups de marteau piqueur, il est « montré, pas décrété », avec simplicité et incarné dans des personnages qui sont avant tout humains.

Et c’est ce genre de fiction que j’ai envie d’écrire. Parce que la vie n’est pas faite que de violence, de meurtre (surtout qu’après des gamins de 18 ans dans des écoles à 5000€ l’année affirment que « la vie c’est violent »), de traumatismes d’enfance. La vie ce n’est pas l’angoisse de l’auteur-réalisateur qui se regarde écrire-réaliser (jeunes réalisateurs français, digèrerez-vous un jour la Nouvelle Vague?). Et que la vraie vie, avec ses joies quotidiennes et son ennui quotidien et ses peines quotidiennes peut nourrir assez de conflit pour alimenter une fiction. Et que l’observation de notre société n’a pas besoin d’être ostentatoire pour être juste et n’est-ce pas précisément le rôle de la fiction que de porter un regard sincère sur le monde qui la fait naître?