Archive for the ‘Devenir scénariste’ Category

Quelle voix pour vous ?

3 août 2012

Vous lirez souvent qu’il faut trouver votre « voix » pour être un bon auteur, un style narratif et un style littéraire (le type d’histoire que vous allez raconter et la manière dont vous allez le faire).

Vous lirez aussi qu’un scénariste doit s’empêcher d’avoir un style littéraire, il doit au contraire disparaître derrière l’action. C’est le type d’histoire qu’il va raconter et sa manière de les construire qui va constituter son style.

Je dis que ces deux affirmations font partie des pires conseils que vous puissiez recevoir.

La suite de ce billet sur le nouveau blog où je vous apprends tout ce que vous avez besoin de savoir pour devenir scénariste.

Pourquoi voulez-vous devenir scénariste ?

3 août 2012

(c) Sergey Peterman / Shutterstock.com

D’où vient votre rêve de devenir scénariste ?

Est-ce que vous voulez vraiment être humilié par les producteurs et les diffuseurs, voir votre travail être piétiné jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un amas pulpeux dans lequel vous ne vous reconnaissez pas, être dans le même élan vous aussi piétiné, froissé, brisé jusqu’à ne plus savoir ce que vous vouliez écrire au départ, jusqu’à perdre l’élan de vie qui vous a poussé au départ à vous engager sur cette voie ?

Voulez-vous vraiment voir sur les écrans la trahison commise par des réalisateurs qui pensent valoir mieux que vous parce que eux au moins ils sont derrière la caméra, parce qu’ils se sentent investis d’une mission quasi divine, anoblis par Godart et consorts, affranchis des notions de respect et d’humilité qui prévalent dans toute oeuvre collective ?

Voulez-vous écrire sur commande pour gagner votre pain quotidien ?

Probablement pas.

Si vous êtes un peu masochiste, comme moi, vous trouverez du plaisir à lutter pour maintenir votre présence, votre identité dans les textes maltraités par les producteurs, vous vous enorgueillirez d’avoir été à l’origine du film réalisé par le réalisateur et ses équipes.

Mais à l’origine, si vous revenez au point de départ de toute cette histoire, votre motivation n’avait rien à voir avec ça.
Je suis même sûr que votre motivation n’a pas grand chose à voir avec le fait d’écrire.

Oui, écrire c’est cool mais comme n’importe quoi quand ça devient votre boulot, ça devient chiant. Il y a des moments où vous préféreriez être ailleurs à faire autre chose, comme déplacer des chiffres dans des tableaux ou tracer des lignes sur un plan. Parce qu’en écriture il n’y a pas grand chose de machinal, il n’y a pas vraiment de phase de travail pendant laquelle vous pouvez juste laisser vagabonder votre esprit en faisant autre chose. Quand vous laissez vagabonder votre esprit c’est pour trouver des idées, définir des interactions entre des personnages, etc.

Si vous cherchez bien, votre motivation de départ c’est l’idée d’un mode de vie, non ?
Vous vous dites: scénariste c’est super, on passe son temps à écrire, à regarder des films, à rencontrer des producteurs, des acteurs, des réalisateurs.
Et c’est vrai. C’est exactement ce que vous allez faire, même si vous allez passer la moitié de votre temps à écrire, deux tiers du reste à regarder des films et le reste à rencontrer des gens. En gros.

Êtes-vous sûr que scénariste est le meilleur moyen d’atteindre le mode de vie dont vous rêvez ?
Prenez le temps de visualiser cette vie que vous convoitez. Identifiez ce qui compte vraiment dans votre vision. Est-ce le fait de travailler chez vous (ou sur la plage, même si c’est surfait de travailler sur la plage, le soleil empêche de voir l’écran et les grains de sable se glissent partout) ? Est-ce le fait d’écrire ce que vous voulez ? Est-ce le fait de rencontrer des stars ?

Parce que dans ces trois cas, il y a de bien meilleures options que scénariste.

Mais si vous voulez écrire un texte qui servira de fondation à une oeuvre collective, accepter que vous n’êtes pas un Auteur mais un artisan de l’écriture, que vous devez faire rentrer vos idées narratives dans le cadre restrictif d’un budget, d’une ligne éditoriale et d’un format (en ordre décroissant d’importance), que vous ne serez jamais sur le devant de la scène, que vous ne rencontrerez probablement jamais Marion Cotillard, et que les gens se détourneront rapidement de vous dans les soirées quand ils comprendront que vous n’êtes pas, mais alors pas du tout « hype », alors continuez, devenez scénariste.
Le fait de travailler de chez vous et de faire partie de la « grande famille » de l’audiovisuel ne sera qu’un bonus que vous pourrez apprécier à sa juste valeur.

vacances

2 août 2012

En 2012, j’ai:
– refondu une sitcom d’anim, écrit une nouvelle bible, et un pilote pour une prod qui est en recherche de partenariats
– publié deux nouvelles sur Kindle
– écrit, vendu, et publié un Manuel d’écriture de Romans
– lancé mon propre atelier d’écriture et y ai rencontré des gens merveilleux
– écrit et publié le premier épisode de mon roman-feuilleton Les Larmes Félines (suite à paraître en août, septembre et octobre)
– recommencé à faire du sport
– lancé mon nouveau site d’auteur
– lancé un programme de formation à l’autopublication
– tourné et publié plusieurs vidéos de conseils sur l’écriture de nouvelles
– ouvert les portes de mon « Laboratoire d’écriture » pour donner un regard sur les coulisses de mon métier et de mes techniques d’écriture

Tout cela m’a demandé tellement d’énergie que je suis vidé!

Et ce n’est pas le quart de ce que j’avais prévu!

Je prends un mois de vacances. Vous n’entendrez plus parler de moi jusqu’en septembre. Je republierai sans doute quelques vieux billets que les plus récemment arrivés d’entre vous ne connaissent peut-être pas.

Je ne répondrai pas à mes mails, ne décrocherai pas le téléphone. J’essaierai d’écrire mais je ne suis pas sûr de le faire. J’ai besoin de me recharger en énergie, en créativité, en endurance.

En septembre, je repars de plus belle, avec:

– le lancement d’un programme de formation à distance mêlant vidéos, cours écrits, livrets d’exercices, avec une option tout virtuel et une option où vous recevez le matos par la poste. Ce sera sur http://commentecrireunlivre.org/ (note: ne vous soyez pas troublé par le nom, ce sera aussi une formation d’écriture de scénario!)
– l’écriture et la publication de la suite des Larmes Félines
– des stages d’écriture de nouvelles, de séries, des stages sur le métier d’auteur. (un weekend par stage, un stage par mois ou tous les deux mois selon votre demande, à partir d’octobre)
– + de billets sur ce blog et son déménagement progressif vers http://secretsdescenariste.com/
– la réécriture et la publication de mon roman de SF de 2004: Projet Yama (pour Noël si tout va bien)
– + de sport
– + de vidéos
– L’écriture et la publication de nouveaux manuels d’écriture (comment écrire une nouvelle, comment écrire une série, comment créer un personnage…) (à raison d’un par mois à partir d’octobre)
– la mise en page et la commande d’une version papier de mon manuel sur l’écriture de romans pour ceux qui préfèrent (dispo pour Noël)

Et ce n’est que le début !

Je vous laisse, je vais aller m’effondrer et dormir trois jours! (mais seulement une fois que j’aurai fini l’épisode 2 des Larmes Félines)

Je vous retrouve en Septembre!

Pourquoi vous n’êtes encore scénariste/romancier

9 juillet 2012
La liste qui suit répertorie la majeure partie des raisons que me donnent les aspirants scénaristes qui me contactent.
  1. Personne ne m’en a donné la permission
  2. J’ai peur
  3. Je ne maîtrise pas assez la technique
  4. Je n’ai jamais rien vendu
  5. Je n’ai jamais rien écrit
  6. Je n’ai pas de réseau
  7. Je n’ai pas le temps
  8. Je n’y crois pas assez
  9. Je me laisse trop d’options
  10. Je ne me laisse pas assez d’options
  11. Je ne veux pas faire de compromis
  12. Je fais les mauvais compromis
  13. Je manque d’expérience
  14. Je manque de confiance
  15. Je suis trop jeune
  16. Je suis trop vieux
  17. J’ai déjà un métier que je n’ose pas quitter
  18. Je n’ai pas de métier et j’ai besoin d’argent
  19. Je n’ai pas d’idée
  20. J’ai trop d’idées
  21. Je ne finis jamais rien
  22. Je ne commence jamais rien
  23. Je suis fatigué
  24. J’ai trop d’énergie et vous n’arrivez pas à rester assis
  25. J’ai mal à la tête
  26. J’ai faim
  27. Je ne me donne pas la permission
  28. Je ne serai jamais assez bon
  29. Tout a déjà été écrit
  30. Je n’aime pas la télé
  31. Mes enfants sont en vacances et sont dans mes pattes
  32. J’ai les pieds sur Terre
  33. Je n’ai pas reçu de formation en écriture
  34. Les producteurs/éditeurs ne voudront jamais me lire
  35. Je n’ai pas d’agent
  36. Je ne sais pas par où commencer
  37. Je dois finir Story
  38. et Anatomie du scénario
  39. et le Lavandier
  40. et…. les vingt-et-un livres de ma bibliographie pour apprenti scénariste
  41. Je n’arrive pas à travailler de chez vous
  42. Je n’arrive pas à travailler au bureau
  43. Je n’ai pas de bureau mais si j’en avais un…
  44. J’écris mieux la nuit mais Je n’ai pas l’énergie de veiller
  45. J’écris mieux le matin mais je n’arrive pas à me lever
  46. Je ne veux pas
  47. Je ne sais pas de quoi j’ai envie
  48. Je suis en retard sur les séries que je dois regarder
  49. Je n’ai pas trouvé ma voix
  50. Je n’arrive pas à me spécialiser
  51. Je suis trop spécialisé
  52. Mes parents n’apprécieraient pas
  53. Que vais-je dire à vos amis ?
  54. Et si ça ne marchait pas ?
  55. Je n’ai pas la bonne B.O.
  56. Je n’ai pas fini mes recherches
  57. J’ai fini mes recherches mais pas lu tous les livres
  58. J’ai fini mes recherches mais je dois trier mes notes
  59. Je ne veux pas montrer mon scénario (et s’il était mauvais?)
  60. J’ai montré mon scénario mais personne ne me comprend
  61. J’ai montré mon scénario et mes lecteurs sont unanimes: je suis nul
  62. Je suis génial, Coco, mais personne ne veut rien m’acheter
  63. Je refuse de faire de la commande
  64. Je rêve d’écrire de la commande mais ignore comment décrocher un contrat
  65. Je ne suis pas assez original
  66. Je suis trop original
  67. Je n’ai pas écrit depuis dix ans
  68. Je n’ai jamais rien écrit
  69. Je manque de courage
  70. Je ne connais personne dans le « milieu »
  71. J’ai besoin d’être encadré
  72. Je dois retravailler mon scénario
  73. Pourquoi moi ?
  74. C’est vraiment possible d’en vivre ?
  75. Je suis pas sûr…
  76. Je n’ai pas envie de manger des pâtes
  77. Je n’ai pas envie d’attendre cinq ans que ça démarre
  78. J’ai besoin de contraintes
  79. Je vais au séminaire de McKee et après je m’y mets
  80. Mon scénario n’est pas exactement « moi »
  81. Mon scénario est trop intime
  82. Qui ça va intéresser ?
  83. Je ne veux pas être à mon compte
  84. Et si ça marche ?
  85. Je ne sais pas travailler par moi-même
  86. Je suis malade
  87. Pas aujourd’hui, je peux vraiment pas
  88. J’ai besoin de repos, je commence après les vacances
  89. J’attends les vacances pour me lancer
  90. Ce n’est pas raisonnable
  91. J’ai une famille/un(e) petit(e) copain(ine)/un chien/un hamster qui dépend moi

A part 46, tout cela n’est qu’une longue liste d’excuses pour ne pas vous lancer et vous confronter au réel. Ce n’est pas dur de devenir scénariste. Cela demande de l’abnégation, un peu de courage, et beaucoup de travail.

Arrêtez de penser à toutes les raisons qui s’opposent à ce que vous viviez votre rêve et lancez-vous. Concluez un pacte avec vous-même aujourd’hui pour commencer/finir un scénario, le diffuser, appeler un producteur/éditeur par jour tant que vous n’aurez pas obtenu un rendez-vous, pour aller à un festival les rencontrer, pour contacter un confrère et commencer à constituer votre réseau, pour terminer vos livres de technique (vous n’en avez pas vraiment besoin), pour oser.

C’est l’été (je sais, on ne dirait pas), c’est le moment de faire des choses audacieuses.

Le pivot secret

26 juin 2012

Je ne sais pas si l’idée vous a déjà effleuré mais après avoir parlé avec des dizaines de scénaristes, de romanciers, d’aspirants auteurs qui ont réussi ou échoué à atteindre leurs objectifs, il m’apparaît de plus en plus clairement que pour réaliser votre rêve de devenir auteur, la technique ne sert à rien.

Oh bien sûr la technique vous sera utile pour raconter de bonnes histoires (ou en tous cas de meilleures histoires), pour avoir un système à appliquer quand vous aurez besoin de produire des textes de commande dans des délais imposés. Mais ce n’est pas la technique qui fera de vous un scénariste ou un romancier à temps plein.

Réfléchissez-y. Tout autour de vous il n’y a que des gens qui partagent votre objectif et tous sont comme vous en train de se perfectionner, de lire et relire des manuels d’écriture et d’acquérir les bases de la technique. Bientôt vous ne pourrez plus vraiment avancer dans votre connaissance théorique. Il vous faudra de l’expérience pratique. Vous avez un niveau équivalent, pourtant seule une poignée va réussir. Alors si ce n’est pas la technique, qu’est-ce qui fait la différence ?

Est-ce la capacité à se constituer un réseau ? Non. Je connais plein de scénaristes qui détestent cette partie du boulot et qui la font sans gaieté de coeur. J’adore cette partie du boulot mais ils travaillent plus que moi. J’en connais aussi qui adorent être en société et qui travaillent moins que moi (sûrement parce qu’ils aiment plus être en société qu’écrire).

Alors si ce n’est ni la technique ni la capacité à se constituer un réseau qui font la différence ? Qu’est-ce que c’est ? La chance ? Si vous les écoutez, les auteurs vous raconteront comment ils ont eu leurs premiers contrats et ce sera un tel concours de circonstances que vous penserez : « wow, ce mec est super chanceux! » alors qu’il ne vous a pas raconté les centaines d’autres tentatives qui n’ont pas abouti. Si la chance joue un rôle ce n’est pas pour déterminer si vous réussirez ou non, mais pour les détails. Sur quels projets travaillerez-vous, avec qui, dans quelles conditions.

Le vrai point déterminant c’est votre état d’esprit, votre mindset pour le dire à l’américaine. Si je devais le traduire ça donnerait votre programmation d’esprit.

En gros: êtes-vous sûr que vous allez réussir ? Le sentez-vous dans vos tripes ? Savez-vous que vous ne lâcherez rien même si ça doit vous prendre trente ans d’y arriver (mais ça ne prendra pas trente ans, ça aussi vous le savez) ?

Le point commun entre tous les auteurs qui ont réussi c’est cette détermination indéfectible, cette certitude limite pathologique qui leur a fait supporter refus après refus, porte fermée après porte fermée, avec obstination.

Si vous n’avez pas cette détermination, pas la peine de ranger vos manuels d’écriture et vos manuscrits, rien n’est perdu pour vous. Cette programmation n’est pas innée, elle se construit à force de se frotter au regard des autres. Quand j’ai décidé que je vivrais de l’écriture j’ai dû supporter les « conseils bienveillants » d’à peu près tout le monde. Personne n’y croyait. Je n’étais pas prêt à me laisser décourager et tous ces doutes n’ont fait que renforcer ma détermination. Rien n’était plus important au monde que de réussir à vivre de l’écriture et à construire le mode de vie qui allait avec. Quand j’ai décidé de devenir écrivain, c’était une envie d’adolescent, rien ne me donnait plus de plaisir que l’écriture et je me voyais bien faire ça toute ma vie. Elle aurait pu être remplacée par autre chose. L’aurait-elle été si je n’avais pas eu à répondre aux doutes que me renvoyait l’extérieur ?

Aucune idée.

Ce que je sais aujourd’hui c’est qu’il existe des tas de techniques pour programmer son cerveau, pour le mettre en mode « succès » et vous devriez y jeter un oeil si vous ne pensez pas déjà être dans cet état d’esprit.

Avant de vous y mettre, posez-vous ces trois questions:

* Pourquoi voulez-vous devenir scénariste ?

* Qu’êtes-vous prêt à sacrifier pour devenir scénariste ?

* Comment imaginez-vous votre vie quand vous serez scénariste ?

* Quelle est votre stratégie pour devenir scénariste ?

Répondez-y aussi longuement que possible, par écrit. Observez chaque détail qui se met en place dans vos réponses.

Que pensez-vous de cette idée selon laquelle c’est votre état d’esprit qui détermine votre réussite plus que vos compétences ?

Partagez votre avis dans les commentaires.

Pourquoi écrire une série

22 mai 2012

Vous êtes scénariste, vous voulez vous lancer dans l’écriture d’une série. Vous êtes-vous demandé pourquoi ?

 Si votre réponse est « parce que ça marche », vous feriez sans doute bien de revoir votre copie.

L‘écriture d’une série demande du temps, de l’énergie, de la patience… Si vous ne le faites que par effet de mode, vous foncez droit dans le mur et la réception risque d’être super douloureuse. Il y a plein d’excellentes raisons d’écrire une série. L’effet de mode n’en fait pas partie.

Finesse et niveau de détail dans la série

Une série est parfaite pour faire évoluer des personnages en toute finesse. Quand vous avez neuf heures (12×45′) au lieu d’une heure et demie pour développer vos arcs narratifs, forcément, vous pouvez créer davantage de densité et un plus grand niveau de détail pour vos personnages. Vous pouvez les accompagner dans leur évolution à travers de plus nombreuses étapes que dans un unitaire, ce qui donnera à l’arrivée une évolution plus subtile et plus proche de la réalité. Les personnages pourront plus facilement faire des allers-retours dans leur évolution, espérant puis rejetant puis acceptant leurs changements, comme cela se passe pour nous.

 Une série donne aussi le temps d’entrer dans les détails de son univers mais il est rare qu’un producteur ou un diffuseur s’engagent sur une série à l’univers trop complexe. Surtout si c’est votre première. J’ai fait cette erreur au début de ma carrière, en arrivant avec des projets exigeant de créer de nouveaux décors, de nouveaux personnages, quasiment à chaque épisode. Ce genre de projet n’a de chance d’exister que si vous avez déjà un solide bagage, que vous avez fait vos preuves et que votre univers est assez consensuel pour garantir un minimum d’audience à vos partenaires. Plus votre projet est complexe plus il est cher. Là où vous voyez de la richesse pour le spectateur, ils voient les chèques qu’ils vont devoir signer.

Si vous écrivez une série dans l’espoir d’enfin réussir à vendre votre saga de Space Opéra, dites-vous bien que pour un Stargate ou Battlestar, il y a vingt Experts.Vous n’aurez pas plus de facilité à vendre votre saga sous forme sérielle que sous forme d’unitaire. Vous en aurez même sûrement moins !

Ce qu’une série permet de faire au contraire, c’est de créer de la densité pour votre univers. Ne confondez pas densité et diversité. En développant votre univers sur un plus long terme vous pourrez plus facilement travailler le niveau de détail pas le nombre des détails. Vous pourrez être plus précis, pas plus varié. C’est-à-dire que vous pourrez passer plus de temps sur les personnages secondaires, sur les interactions fines entre les personnages, sur la culture intrinsèque au microcosme que vous mettrez en scène.

Prenez exemple sur les séries qui marchent. Combien de nouveaux personnages introduisent-elles et à quelle fréquence ? Souvent aucun dans la première saison. Pourquoi ? Parce que pour justifier de faire de votre projet une série, vous devez développer un univers qui se suffise à lui-même et qui porte en lui-même, c’est-à-dire sans ajout, la promesse d’une infinité d’histoire.

La série vue comme une sécurité pour l’auteur

Vous vous dites qu’une série bien menée est un excellent moyen de captiver les spectateurs et devient alors un moyen pour son auteur de sortir de la précarité. Tant que la série dure, (presque) plus besoin de faire la chasse aux nouveaux contrats, il y a du travail pour des années à venir. Une série, c’est un peu le CDI des auteurs. Dès que l’audience mord, vous êtes parti pour une durée qui dépendra de votre capacité à garder son attention en alerte. Pour autant, écrire une série dans l’espoir qu’elle vous apportera une stabilité financière, est-ce bien raisonnable ?

Surtout quand vous savez qu’entre le moment où vous vendez votre première option et le moment (pas garanti du tout) où le premier épisode est diffusé, il s’écoule en moyenne entre deux et cinq ans. Êtes-vous prêt à tout sacrifier pendant cette durée sur le seul espoir que votre série verra un jour la couleur d’un écran ?

Une série bien plus qu’un unitaire, c’est une histoire de passion, c’est quasiment un sacerdoce. Il faut des mois avant de créer un concept qui fonctionne vraiment, avant de trouver le bon équilibre entre les personnages, l’univers et la structure narrative. Il faut ensuite des mois pour écrire un pilote qui tienne la route. Des mois pour convaincre un producteur de s’engager sur le projet, des mois pour faire coïncider votre vision d’auteur avec sa vision de producteur et ensuite des mois voire des années avant qu’il réussisse à convaincre une chaîne de s’engager sur le projet. Et pendant tout ce temps, vous ne touchez généralement pas assez d’argent pour vivre. On vous dira que c’est mal et qu’il ne faut pas travailler gratuitement mais à moins d’avoir déjà pas mal d’asphalte sous vos roues, vous n’aurez pas le choix. Ou plutôt vous aurez le choix : ne jamais travailler gratuitement et toujours travailler sur les projets des autres, ou prendre votre mal en patience, travailler à perte, et un jour finir par faire votre place et vendre vos propres projets.

Parce qu’au final, dans ce métier comme dans tout métier d’indépendant, tout se résume à cette question : avez-vous fait vos preuves ou non ?

Si vous voulez prouver que vous êtes capable de développer une série, montrez que vous pouvez exploiter à l’infini le concept, les personnages et les situations de bases que vous avez mises en place dans la bible. Faites interagir vos personnages principaux entre eux en apportant chaque fois une nuance supplémentaire à leurs relations, à leurs rapports. Faites vivre le monde en appuyant chaque fois sur un détail différent mais sans jamais rien introduire de nouveau. Du moins pas avant d’avoir mené à bien votre première saison.

Si vous voulez écrire une série parce que vous êtes tellement amoureux de vos personnages et de leur microcosme que vous pouvez imaginer mille et une histoires les mettant en scène, alors allez-y, foncez !

Si vous voulez écrire une série parce que c’est ce que tout le monde fait, pour pouvoir développer un univers riche de dizaines de décors et de personnages, ou parce que vous pensez que c’est là qu’est l’argent, assurez-vous de bien comprendre le fonctionnement de l’industrie avant de vous lancer parce que vous vous exposez à de nombreuses désillusions si vous ne le faites pas.

N’oubliez pas que les producteurs et les diffuseurs investissent énormément d’argent, de temps et d’énergie dans les programmes qu’ils achètent. Ils veulent avoir un maximum de garantie que leur investissement sera réduit au minimum et qu’il en vaudra la peine. Votre job en tant qu’auteur c’est de les rassurer et d’aller au bout de votre engagement en tenant votre première saison sur un budget restreint. Une fois que la première saison sera un succès, vous pourrez allonger la note.

Mais indépendamment de tout cela, souvenez-vous que les meilleures séries naissent d’abord d’une histoire d’amour entre vous et vos personnages.

Si vous voulez en savoir plus sur la création d’une série, de l’idée initiale à la bible définitive et la manière de la pitcher pour la vendre, restez connecté sur le blog pendant tout le mois de juin et inscrivez-vous au séminaire que j’organise du 23 au 24 juin, à Bordeaux.

La série, la plus grande école de l’écriture

14 mai 2012

Écrire sur une série, pas écrire une série, entrer dans le détail du processus de production, dans les arcanes de la validation, sentir la frustration d’un concept qui nous échappe, faire tenir une intrigue dans la durée impartie, ne pas déborder, couper ce qui est en trop, tout ce qui est en trop, respecter un concept et des personnages, créer du rythme, véhiculer du sens, tenir des deadlines, réécrire, réécrire, réécrire, putain! réécrire encore, trouver d’autres idées d’épisodes, valider le syno enfin! passer au séquencier, recommencer, valider, continuité, recommencer, valider, célébrer.

Recommencer un autre épisode, de préférence sur une série, avec une autre équipe.

Faire ça pendant cinq ans, minimum.

La télévision, et l’écriture sérielle encore plus, est la meilleure des écoles pour peu que vous échouiez lamentablement, régulièrement, et que vous en profitiez pour comprendre comment fonctionne le milieu.

Quand vous travaillez sur une série en conditions réelles, vous vous confrontez à des problèmes désagréables tels que « comment répondre à la commande dans les temps tout en racontant une histoire exaltante dans laquelle j’insufflerai mon propre style ? »

ou

« comment être créatif sans trahir le concept ? Comment éviter de passer pour un débutant en proposant une histoire qui rentre dans les cases posées par la série tout en étant original ? Comment ne pas changer le protagoniste, respecter les contraintes de personnages et de décors tout en étant créatif ? »

La vraie créativité, celle qui fait une différence, celle qui est capable de toucher le public, naît des cadres. C’est la manière futée de ne pas détourner une contrainte mais d’en tirer l’essence, d’aller trouver la faille du protagoniste qui n’a pas encore exploitée, le potentiel d’une relation qui ne s’est pas encore révélé et de traiter le conflit jusqu’au bout sans jamais éclater les limites de la commande. Cette créativité est la marque d’un grand auteur et la série est la meilleure des écoles pour la développer parce qu’elle ne permet aucun écart, aucune paresse.

Proposez de détourner le concept et vous ferez malgré vous l’étalage de votre incompétence.

A l’inverse, si vous êtes capable de vous approprier un concept, d’aller au bout d’une situation dramatique et d’apporter un point de vue unique à une série sans en changer le sens, la dynamique ou l’équilibre, alors vous serez reconnu comme un vrai scénariste. Faites-le de manière systématique et rien ne vous résistera.

Quand vous en serez là, faites l’impensable, quittez la profession, et développez vos propres projets. Qui sait, vous pourriez être le prochain Georges R.R. Martin ou Wong Kar Wai.