Archive for the ‘Dramaturgie’ Category

L’écriture, entre magie et technique

30 avril 2012

Réflexion autour d’un livre de Linda Seger sur la maîtrise de la création et de l’innovation pendant l’écriture. Allier l’émotion à la technique, telle est la mission d’un bon auteur, qu’en pensez-vous?

Je suis en train de lire un livre de Linda Seger sorti en 1999 (Comment faire d’un bon auteur un auteur formidable, non traduit en français) et à côté duquel j’étais complètement passé jusqu’à présent, c’est un livre sur la créativité, qui est l’un de mes sujets favoris en écriture, parce que c’est le plus épineux. Apprendre la technique ce n’est pas compliqué mais trouver le bon angle pour apprivoiser la créativité c’est autre chose. C’est un délicat équilibre entre lui donner assez de mou pour qu’elle s’exprime librement et la contraindre suffisamment pour pouvoir l’exploiter.

Je vous dirais bien de tout lâcher pour lire ce livre, parce qu’il a vraiment un effet formidable sur moi, mais je vais faire mieux que ça puisqu’une fois que je l’aurai fini, je vous écrirai une chronique sur son contenu. Néanmoins, j’avais envie de partager avec vous l’une des premières réflexions que je me suis faite grâce à sa lecture. Elle concerne le côté « magique » de l’écriture.

Préparez vos livres de sorts, vous écrivez une histoire

J’entends toujours les auteurs amateurs parler d’inspiration, d’écrire « quand c’est le moment », qu’il n’y a pas de règles en écriture parce que chaque projet est différent. Ça m’horripile mais je comprends, j’en suis passé par là aussi et le pire c’est que je ne peux pas dire que ces affirmations soient complètement fausses. Je connais les moments magiques de l’écriture, cette sensation de transe dont je parlais la semaine dernière, ce flux dans lequel on entre et tout disparaît et le monde que l’on est en train de créer prend une vie qui lui est propre, les personnages s’envolent et on n’a qu’à les suivre et tout ce qui sort de nos doigts est de l’or et c’est vraiment formidable. Mais tout professionnel de l’écriture sait qu’on ne peut pas construire une carrière sur ça. Alors on se blinde de connaissances théoriques, on lit manuel d’écriture sur manuel d’écriture, à la recherche du système qui nous permettra d’être toujours créatif, toujours au top de l’inspiration, de pondre des structures parfaites à chaque fois.

Le résultat, au moins au début, ce sont des textes creux, dénués d’émotions, trop mécaniques. Et l’auteur se réfugie derrière l’argument d’autorité « c’est comme ça qu’il faut faire, c’est McKee/Snyder/Truby/Verdier qui l’a dit ». Pourtant on le sait, les textes qui marchent le mieux sont ceux qui parlent aux émotions des lecteurs et des spectateurs. Ils ont parfois une structure bancale (ou plutôt leur écriture est tellement bonne que leur structure disparaît derrière les émotions, les personnages, les situations). Est-ce parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques ou parce qu’ils sont plus souvent touchés par la magie de l’écriture ?

Ma conviction c’est que c’est un mélange des deux. Quand l’auteur maîtrise parfaitement les techniques de l’écriture (structure, ironie dramatique, suspense, surprise, typologies des personnages, etc) ET qu’il sait lâcher prise pour laisser sa Muse s’exprimer à travers lui, c’est là que naissent les meilleures histoires. C’est sans doute pour cela que les grands mettent du temps entre deux films, deux livres. Pas parce que c’est long de les écrire mais parce qu’il faut arbitrer cette bataille entre l’intellect et l’instinct, que l’on penche tantôt trop d’un côté, tantôt trop de l’autre, et que trouver le juste milieu exige une patience et une minutie digne d’un bonze que peu d’auteurs se donnent la peine d’atteindre.

Il n’est finalement pas compliqué de devenir auteur. Lire quelques manuels pour comprendre les mécanismes d’une histoire qui marche suffit. Le manque de créativité est rarement un problème chez les jeunes auteurs et une fois que celle-ci est canalisée, que l’auteur a consenti un minimum d’efforts pour se constituer un réseau, à peu près n’importe qui avec une once de motivation est capable de devenir scénariste ou romancier. Mais laisser une marque, créer des oeuvres qui impactent vraiment le public, rejoindre les rangs des Audiard, Kaufman ou Weiner pour ne citer qu’eux, c’est  une autre paire de manche. Cela demande la rigueur d’un apprentissage perpétuel, un affinage à la fois de la maîtrise et du lâcher prise dont je parlais plus tôt, pour combiner technique et magie.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous encore de la magie dans ce que vous écrivez ou êtes-vous noyé par la technique ? A moins que pour vous ce soit l’inverse, il n’y a que la magie et pas du tout de technique ? Partagez vos réactions avec moi dans les commentaires.
Si vous avez aimé ce billet, partagez-le sur Facebook, Twitter, G+…!

Publicités

Fiction = Émotion

23 avril 2012

L’écriture vit au dépens de celui qui la ressent. L’auteur peut songer et restituer son vécu personnel afin d’écrire des scènes touchantes  pour que l’émotion soit la plus sincère et communicative au possible.  Les créateurs de la série Mad Men ont bien compris ce concept.

 

« Le bonheur, c’est le dividende de vouloir ce que l’on a divisé par avoir ce que l’on veut »

C’est en tous cas ce que suggère Chip Conley, auteur de Emotional Equations : Simple Formulas to Help your Life Work Better. Dans son livre, Chip déconstruit les grandes émotions de l’existence : le désespoir, la déception, le regret, l’anxiété, la vocation, la curiosité, l’authenticité et bien d’autres. Il part surtout du postulat que émotion = vie, une équation dans laquelle je me retrouve et que j’adapte ici en émotion = dramaturgie. Parce qu’avant toute chose, ce qui nous importe en tant qu’auteurs quand nous créons des histoires, c’est de provoquer des émotions chez nos spectateurs/lecteurs. Or, quel meilleur moyen pour le faire que de mettre en scène des personnages en train de vivre eux-mêmes des émotions ?

Comprendre les émotions n’est pas chose aisée et je saute sur chaque opportunité d’approfondir mes connaissances en la matière. Savoir où elles trouvent leur origine, comment elles évoluent, leur influence sur la santé ou comment les modifier. J’emprunte aux sources les plus scientifiques comme aux plus new age. Le but de l’auteur de fiction n’est pas traduire le réel mais d’extrapoler à partir de lui, de poser des questions et d’explorer toutes les options possibles.

Ecrire, c’est ressentir

L’acte d’écriture est lui-même hautement chargé en émotions. Quand j’entre dans ma transe d’écriture, le monde disparaît et j’entre de plein fouet dans l’univers de mon histoire. J’observe les personnages mais en même temps, je suis eux. Je ressens ce qu’ils ressentent, je souffre avec eux, je ris avec eux, j’espère et désespère avec eux. Si cet échange est absent de l’écriture, ce que j’écris est moins bon, moins authentique.

Mais pour rendre l’expérience du spectateur/lecteur plus intense, rien n’empêche d’apprendre ce qui crée l’émotion. La maîtrise des émotions, la connaissance de leurs tenants et les aboutissants font partie de la boîte à outil nécessaire à tout auteur de fiction. Si vous voulez apprendre à devenir romancier ou scénariste, ou si votre but est de garder vos compétences intactes, lisez tout ce que vous pouvez sur le fonctionnement des émotions.

Ecrire est une action physique

Les émotions prennent racine dans le corps. Il faut donc se débarrasser de la représentation de l’écriture comme une activité purement intellectuelle, comme un sport de pure pensée. Ecrire de la fiction c’est d’abord faire partager une émotion et c’est la ressentir soi-même. Ecrire c’est prendre conscience des troubles affectifs et de leur manifestation dans nos corps. C’est vivre ça et le traduire en mots et en images.

Un exercice assez simple consiste à se replonger dans une scène de sa propre existence, cette scène doit être chargée de l’émotion que l’on veut faire vivre à nos personnages. Fermez les yeux, rappelez le souvenir de cette scène. Ca peut être un moment de joie intense, de peur, de tristesse, l’essentiel c’est que vous associez cette scène à l’émotion que vous cherchez à transmettre. Visualisez la scène. Plongez à l’intérieur de votre souvenir, rappelez les senteurs, les couleurs, les sons. Que ressentez-vous ? Où cela se situe-t-il ? Dans quelle partie de votre corps vivez-vous l’émotion ? Comment réagissez-vous ? Comment votre posture se modifie-t-elle ? Comment votre conscience évolue-t-elle ? Notre champ visuel, par exemple, a tendance à se réduire quand nous sommes en proie à la peur ou à la colère et à s’élargir dans les moments de joie intense. Prenez mentalement note de tout cela. Continuez à observer votre souvenir pendant une vingtaine de minutes. Vous écrirez une bien meilleure scène après ça.

Acquérir les connaissances pour créer de la vraisemblance

Plus vos personnages réagiront de manière vraisemblable, plus vos spectateurs/lecteurs seront pris par votre histoire et auront envie de connaître la suite. Je revois Mad Men en ce moment et c’est un rappel constant de cette simple vérité. Les réactions des personnages face aux événements sont justes, mesurées, cohérentes avec le reste de leurs actions.

La roue de Plutchik, un bon point de départ

Quand on parle d’émotions, il faut aussi penser aux émotions du spectateur. Or, connaître leur fonctionnement vous aidera à créer les enchaînements de situations qui vous permettront de manipuler votre spectateur pour lui faire ressentir les émotions que vous aurez choisies. Savoir, par exemple, que l’anxiété est le produit de l’incertitude et de l’impuissance vous permettra de construire vos scènes de manière à renforcer ces deux sentiments chez le spectateur pour le tenir en alerte… et de rendre l’expérience complète en soulageant son incertitude et en le libérant de son anxiété à la fin de l’histoire.

Si vous parvenez à maîtriser cela, votre structure peut être imparfaite, ça ne fait rien, tout le monde vous le pardonnera. Ce que nous voulons c’est que la fiction nous émeuve.

L’inspiration via le souvenir des évidences

5 juin 2011

L’inspiration est une sorte d’état généré par la créativité qui vous transporte et vous fait créer toute sorte de choses….

C’est dans la douche que je trouve la plupart de mes idées narratives et que résous mes problèmes. Je travaille sur un projet en ce moment et j’en suis au tout début. J’ai la structure de base et deux-trois personnages. Je sais de quels autres personnages j’ai besoin mais ils n’ont pas pris vie encore. Ce sont des fonctions. Disons que j’ai besoin d’un dominant, d’un dominé, d’un rebelle (oui, comme chez les rats) mais qu’au-delà de ça je n’ai aucune idée de qui ils sont humainement: ce qu’ils pensent, quel travail ils ont, leurs rêves, leurs besoins, dans quoi ils vivent, leurs opinions politiques, leur niveau de vie, ni même la ville où se passe l’histoire.
Travailler en télé, sur des séries existantes (donc avec des personnages déjà construits) m’a fait perdre certains réflexes, que je retrouve au hasard des douches. Ce matin, notamment, cette « illumination » (pas vraiment parce que c’est quelque chose que j’ai compris depuis longtemps mais que j’avais oublié à force de ne plus travailler sur des projets personnels):

en fait il faut que je pense à ce dont j’ai besoin pour les personnages par rapport à l’intrigue. Si je fais travailler l’alpha dans l’événementiel, ça peut me donner une scène à un concert, ou elle peut organiser une super fête et rendre jaloux mon personnage principal. Il y a quelque chose dans cette idée qui colle bien avec le fait qu’elle soit le moteur du groupe.
De la même manière, il faut que je maximise les interactions possibles entre l’ensemble des personnages (donc il faut qu’elle puisse aussi « servir » à CCD et RDA)

Il y a des choses, ça va mieux en les disant.

The Joneses (2)

14 mai 2011

Le truc avec les Jones c’est que ce film m’a raconté énormément de choses sur moi, même si ces choses-là n’ont rien à voir avec l’histoire.
Le truc c’est que je ne suis pas un enfant de l’image. C’est sûrement la raison pour laquelle je n’ai pas d’envie particulière d’être réalisateur contrairement à bon nombre de scénaristes qui ne le sont que par défaut ou comme une passerelle vers la réalisation. Il n’y avait pas de télé chez moi pendant toute une partie de mon enfance et quand je suis parti de chez mes parents, je n’en ai pas non plus voulu. Je ne suis pas cinéphile et ne l’ai jamais été. Comme toutes les personnes de ma génération, je pense, le cinéma (comme la télé, les jeux vidéos et la BD) faisait juste partie du paysage. On allait au cinéma sans y penser, naturellement, comme un présupposé culturel.
Non, moi ce qui m’a vraiment poussé vers l’écriture, c’est le roman. Je suis un enfant de Phil Dick, de Stefan Wul, de William Gibson, Philippe Djian, Doug Coupland, d’une espèce de mélange de littérature blanche et de SF qui n’en est pas toujours. Je ne m’en suis jamais caché, ce qui me pousse à écrire c’est la perspective d’être reconnu comme romancier. Mais depuis quelques années, je ne sais plus ce que je veux écrire. Avec la conscience du métier et de son contexte viennent de nouvelles questions (quel genre? Pour quel public? Quelle étiquette autour de mon nom?), des questions dont je n’ai pas encore décidé si elles étaient pertinentes ou non et si oui comment je voulais y répondre. Depuis mon entrée au conservatoire, les cartes sont brouillées. La littérature comme objectif oui, mais comment? J’ai changé, j’ai évolué, mûri, la société aussi et mon regard n’a pas fini de faire le point sur ces nouveaux états. Ou peut-être que les changements ne sont pas aboutis et que c’est ce qui m’empêche d’avoir un regard clair sur ce qui est en jeu. La famille Jones m’a aidé à dissiper en partie le brouillard.
Ce film n’a rien d’ostentatoire. La réalisation est propre sans être tape à l’oeil, l’écriture est juste et précise, il se dégage une certaine élégance de la sobriété de la construction dramatique. Mais ce qui m’a le plus touché c’est qu’il n’y a dans cette fiction ni explosions, ni course-poursuite, il n’y a pas de drame familial terrible, rien de glauque, pas d’inceste, pas de parent abusif, ce n’est pas une fiction nombriliste autosatisfaite, il n’y a pas d’effets de manche pour masquer une construction faiblarde, ce n’est pas manichéen, la fin n’est ni bonne ni tragique, elle est juste logique et humaine et vraisemblable. La vie qui est montrée dans ce film ce n’est pas la vie des faits divers ou des Unes de journaux, ce n’est pas la vie des traités de psychiatrie, c’est la vraie vie. Les personnages secondaires qui sont mis en scène sont riches mais ce ne sont ni des requins sans scrupules ni des enfants gâtés sortis de Beverly Hills. Le propos que le film porte sur notre société n’est pas asséné à coups de marteau piqueur, il est « montré, pas décrété », avec simplicité et incarné dans des personnages qui sont avant tout humains.

Et c’est ce genre de fiction que j’ai envie d’écrire. Parce que la vie n’est pas faite que de violence, de meurtre (surtout qu’après des gamins de 18 ans dans des écoles à 5000€ l’année affirment que « la vie c’est violent »), de traumatismes d’enfance. La vie ce n’est pas l’angoisse de l’auteur-réalisateur qui se regarde écrire-réaliser (jeunes réalisateurs français, digèrerez-vous un jour la Nouvelle Vague?). Et que la vraie vie, avec ses joies quotidiennes et son ennui quotidien et ses peines quotidiennes peut nourrir assez de conflit pour alimenter une fiction. Et que l’observation de notre société n’a pas besoin d’être ostentatoire pour être juste et n’est-ce pas précisément le rôle de la fiction que de porter un regard sincère sur le monde qui la fait naître?

Éloge de la simplicité

30 avril 2011

L’apprenti scénariste doit viser la simplicité dans l’écriture de ses différents projets…

Pour une raison qui m’échappe, l’un des plus gros problèmes que rencontre le jeune scénariste, c’est la complexité de son histoire. Comme si, en créant de la confusion, on créait de la qualité. Ou plutôt, comme si en créant de la confusion, on évitait de se regarder en face et de traiter du coeur de notre sujet. Comme si l’on pouvait se cacher derrière l’embrouillamini de sous-intrigues, de personnages secondaires, de fausses pistes.
La théorie dramaturgique n’y est sans doute pas étrangère. Elle noie l’apprenti sous des masses d’informations, de méthodes, de trucs et astuces destinés à lui garantir le succès.
Les succès dramaturgiques – en tout cas certains des plus spectaculaires – jouent aussi leur rôle. Plus un film est tordu, plus il nous vrille le cerveau, plus l’auteur réussit à nous emmener là où l’on ne s’attendait pas à aller, plus on lui donne de crédit. Résultat, au moment de se mettre lui-même à l’écriture, le jeune auteur tente de reproduire ces effets de manche, oubliant que les scénaristes n’en sont généralement pas à leur coup d’essai, ou qu’ils ont rapiécé en la complexifiant une structure qui ne fonctionnait pas, ou qu’ils ont amélioré une histoire simple voire simpliste en éclatant sa narration de manière à embrouiller le spectateur. En tous les cas, à l’origine de toute histoire qui fonctionne il y a une idée simple, un coeur que l’on peut résumer en une ou deux phrases: le thème (de quoi ça parle au fond) et le sujet (de quoi ça parle à la surface). Au-delà, ce ne sont que des fioritures, de la technique et des astuces de scénariste pour illustrer une idée.

Dans les mois à venir, sous différentes formes, je vous reparlerai de cette quête de la simplicité, de cette nécessité de chercher la simplicité pour devenir un scénariste d’exception.

Kurt Vonnegut et la construction du récit

29 avril 2010

Bon, lisez et on en rediscute. Juste après l’avoir lu j’étais: « wow! ». Maintenant, je suis plutôt « huh? ». La question que je me pose c’est qu’est-ce qu’on peut faire de ça? C’est superbement écrit et tout mais ça fait pas avancer le shmilblik. Ou alors seulement pour dire qu’on ne peut pas réduire l’écriture à une théorie. Ce qui… voilà, quoi. Démerdez-vous les cocos, écrivez ce que vous voulez, il y aura toujours un public.
Sinon, je vous recommande aussi de lire ce blog: http://jakonrath.blogspot.com/
Et celui-ci: http://blog.nathanbransford.com/. Désolé, c’est tout en anglais. Si vous avez des références équivalentes en français, « lâchez-vous dans les comms » comme disent les jeunes.
Perso, je suis en train de faire du lèche vitrines sur ebay pour trouver une machine à écrire. Je ferai un post sur les avantages comparés de l’ordi vs la machine à écrire vs l’écriture à la main quand je l’aurai acquise et joué avec.

Série et nuance dramatique

28 novembre 2008

L’erreur qu’on commet le plus souvent quand on imagine une série, c’est de ne pas développer une série, justement, mais seulement un univers. Il y a quelque chose d’enivrant à jouer au démiurge, à inventer des personnages et les règles de l’environnement dans lequel ils vivent, mais un univers, ce n’est pas une série et juste y balancer des personnages, ce n’est pas suffisant.

Ce qui fait qu’un univers tout naze avec des personnages taillés à la hache peut donner lieu à une vraie série (diffusée et tout), alors qu’un univers super léché avec des personnages denses, aux motivations profondes et tout restera lettre morte au fond d’un tiroir, c’est ce que j’appellerai la nuance dramatique.
La nuance dramatique (ça pète comme nom, hein?), c’est ce petit détail du concept où vous expliquez ce que vous allez raconter et comment vous allez pouvoir raconter une infinité d’épisodes dans votre génial univers. Parce que le but d’une série, au-delà de développer des personnages sur dix ans, c’est justement de pouvoir la faire produire pendant dix ans. Et pour ça, vous avez intérêt à vous accrocher et à tenir un concept en béton. Souvent, plus c’est simple, mieux c’est, parce que quand vous aurez épuisé la quinzaine d’histoires évidentes, la dizaine d’histoires moins évidentes et les trois ou quatre idées géniales véhiculée par le concept, il faudra avoir les coudées franches pour aller puiser partout et alimenter les quelques centaines d’épisodes qui vous manqueront.

La nuance dramatique, c’est la structure de base de vos épisodes: quelle est la nature de l’incident déclencheur? à quel type de problème vont devoir faire face les personnages? Un procès? Une attaque de démons? Des vampires à Sunnydale? Un problème domestique? Plus vous serez large sur le type de problème, plus votre série à de chance de mettre en route l’imagination du producteur… et de voir le jour! Ce qui fera toute la différence, ce sera justement la qualité de votre univers et la singularité de vos personnages.

Ils ont des problèmes universels (largesse du concept) qu’ils résolvent à leur manière unique, originale, spécifique (singularité de vos personnages) dans un univers vraiment original et unique (qualité de votre univers).

Si vous devez faire l’impasse sur quelque chose, laissez un peu de backstory de côté mais pas la nuance dramatique.