Archive for the ‘Écrire un scénario’ Category

Chronologie de l’histoire

26 octobre 2015

Sur écrire.tv, j’ai publié un long article sur la chronologie de l’histoire. J’y partage 6 astuces que j’ai découvertes en travaillant sur des romans et séries à plusieurs fils d’intrigue. Pour ne pas s’égarer dans la continuité dramatique de l’histoire, et pour assurer sa cohérence, il est bon pour l’auteur de se pencher sur l’enchaînement des événements de son récit… et sur ceux qui se déroulent en off.

Je recommande de séparer les axes du récit et de les faire apparaître physiquement sur un tableau ou dans un logiciel, en utilisant un code couleur qui vous permettra d’isoler les personnages et les niveaux d’intrigue, ainsi que les événements « invisibles » (backstory et off).

Vous verrez aussi quelques astuces concrètes, comme le fait de ne pas vous perdre dans les détails, sauf ceux qui ont de l’importance (ne vous en faites pas, j’explique lesquels développer et pourquoi). Je crois que le conseil le plus intéressant est celui qui explique que le travail de la chronologie n’est pas limité à la phase de recherche, mais que l’auteur y revient tout au long de son écriture.

A mesure que vous avancez dans les étapes du texte (intention, synopsis, séquencier, continuité) et leurs versions, votre chronologie s’affine, votre compréhension et votre connaissance des personnages et des événements se précise… et la chronologie aussi. S’installe alors un cercle vertueux qui nourrit le projet.

Lisez mon article détaillé sur la méthodologie de la chronologie et découvrez mon nouvel atelier d’écriture en ligne.

Pourquoi écrire une série

22 mai 2012

Vous êtes scénariste, vous voulez vous lancer dans l’écriture d’une série. Vous êtes-vous demandé pourquoi ?

 Si votre réponse est « parce que ça marche », vous feriez sans doute bien de revoir votre copie.

L‘écriture d’une série demande du temps, de l’énergie, de la patience… Si vous ne le faites que par effet de mode, vous foncez droit dans le mur et la réception risque d’être super douloureuse. Il y a plein d’excellentes raisons d’écrire une série. L’effet de mode n’en fait pas partie.

Finesse et niveau de détail dans la série

Une série est parfaite pour faire évoluer des personnages en toute finesse. Quand vous avez neuf heures (12×45′) au lieu d’une heure et demie pour développer vos arcs narratifs, forcément, vous pouvez créer davantage de densité et un plus grand niveau de détail pour vos personnages. Vous pouvez les accompagner dans leur évolution à travers de plus nombreuses étapes que dans un unitaire, ce qui donnera à l’arrivée une évolution plus subtile et plus proche de la réalité. Les personnages pourront plus facilement faire des allers-retours dans leur évolution, espérant puis rejetant puis acceptant leurs changements, comme cela se passe pour nous.

 Une série donne aussi le temps d’entrer dans les détails de son univers mais il est rare qu’un producteur ou un diffuseur s’engagent sur une série à l’univers trop complexe. Surtout si c’est votre première. J’ai fait cette erreur au début de ma carrière, en arrivant avec des projets exigeant de créer de nouveaux décors, de nouveaux personnages, quasiment à chaque épisode. Ce genre de projet n’a de chance d’exister que si vous avez déjà un solide bagage, que vous avez fait vos preuves et que votre univers est assez consensuel pour garantir un minimum d’audience à vos partenaires. Plus votre projet est complexe plus il est cher. Là où vous voyez de la richesse pour le spectateur, ils voient les chèques qu’ils vont devoir signer.

Si vous écrivez une série dans l’espoir d’enfin réussir à vendre votre saga de Space Opéra, dites-vous bien que pour un Stargate ou Battlestar, il y a vingt Experts.Vous n’aurez pas plus de facilité à vendre votre saga sous forme sérielle que sous forme d’unitaire. Vous en aurez même sûrement moins !

Ce qu’une série permet de faire au contraire, c’est de créer de la densité pour votre univers. Ne confondez pas densité et diversité. En développant votre univers sur un plus long terme vous pourrez plus facilement travailler le niveau de détail pas le nombre des détails. Vous pourrez être plus précis, pas plus varié. C’est-à-dire que vous pourrez passer plus de temps sur les personnages secondaires, sur les interactions fines entre les personnages, sur la culture intrinsèque au microcosme que vous mettrez en scène.

Prenez exemple sur les séries qui marchent. Combien de nouveaux personnages introduisent-elles et à quelle fréquence ? Souvent aucun dans la première saison. Pourquoi ? Parce que pour justifier de faire de votre projet une série, vous devez développer un univers qui se suffise à lui-même et qui porte en lui-même, c’est-à-dire sans ajout, la promesse d’une infinité d’histoire.

La série vue comme une sécurité pour l’auteur

Vous vous dites qu’une série bien menée est un excellent moyen de captiver les spectateurs et devient alors un moyen pour son auteur de sortir de la précarité. Tant que la série dure, (presque) plus besoin de faire la chasse aux nouveaux contrats, il y a du travail pour des années à venir. Une série, c’est un peu le CDI des auteurs. Dès que l’audience mord, vous êtes parti pour une durée qui dépendra de votre capacité à garder son attention en alerte. Pour autant, écrire une série dans l’espoir qu’elle vous apportera une stabilité financière, est-ce bien raisonnable ?

Surtout quand vous savez qu’entre le moment où vous vendez votre première option et le moment (pas garanti du tout) où le premier épisode est diffusé, il s’écoule en moyenne entre deux et cinq ans. Êtes-vous prêt à tout sacrifier pendant cette durée sur le seul espoir que votre série verra un jour la couleur d’un écran ?

Une série bien plus qu’un unitaire, c’est une histoire de passion, c’est quasiment un sacerdoce. Il faut des mois avant de créer un concept qui fonctionne vraiment, avant de trouver le bon équilibre entre les personnages, l’univers et la structure narrative. Il faut ensuite des mois pour écrire un pilote qui tienne la route. Des mois pour convaincre un producteur de s’engager sur le projet, des mois pour faire coïncider votre vision d’auteur avec sa vision de producteur et ensuite des mois voire des années avant qu’il réussisse à convaincre une chaîne de s’engager sur le projet. Et pendant tout ce temps, vous ne touchez généralement pas assez d’argent pour vivre. On vous dira que c’est mal et qu’il ne faut pas travailler gratuitement mais à moins d’avoir déjà pas mal d’asphalte sous vos roues, vous n’aurez pas le choix. Ou plutôt vous aurez le choix : ne jamais travailler gratuitement et toujours travailler sur les projets des autres, ou prendre votre mal en patience, travailler à perte, et un jour finir par faire votre place et vendre vos propres projets.

Parce qu’au final, dans ce métier comme dans tout métier d’indépendant, tout se résume à cette question : avez-vous fait vos preuves ou non ?

Si vous voulez prouver que vous êtes capable de développer une série, montrez que vous pouvez exploiter à l’infini le concept, les personnages et les situations de bases que vous avez mises en place dans la bible. Faites interagir vos personnages principaux entre eux en apportant chaque fois une nuance supplémentaire à leurs relations, à leurs rapports. Faites vivre le monde en appuyant chaque fois sur un détail différent mais sans jamais rien introduire de nouveau. Du moins pas avant d’avoir mené à bien votre première saison.

Si vous voulez écrire une série parce que vous êtes tellement amoureux de vos personnages et de leur microcosme que vous pouvez imaginer mille et une histoires les mettant en scène, alors allez-y, foncez !

Si vous voulez écrire une série parce que c’est ce que tout le monde fait, pour pouvoir développer un univers riche de dizaines de décors et de personnages, ou parce que vous pensez que c’est là qu’est l’argent, assurez-vous de bien comprendre le fonctionnement de l’industrie avant de vous lancer parce que vous vous exposez à de nombreuses désillusions si vous ne le faites pas.

N’oubliez pas que les producteurs et les diffuseurs investissent énormément d’argent, de temps et d’énergie dans les programmes qu’ils achètent. Ils veulent avoir un maximum de garantie que leur investissement sera réduit au minimum et qu’il en vaudra la peine. Votre job en tant qu’auteur c’est de les rassurer et d’aller au bout de votre engagement en tenant votre première saison sur un budget restreint. Une fois que la première saison sera un succès, vous pourrez allonger la note.

Mais indépendamment de tout cela, souvenez-vous que les meilleures séries naissent d’abord d’une histoire d’amour entre vous et vos personnages.

Si vous voulez en savoir plus sur la création d’une série, de l’idée initiale à la bible définitive et la manière de la pitcher pour la vendre, restez connecté sur le blog pendant tout le mois de juin et inscrivez-vous au séminaire que j’organise du 23 au 24 juin, à Bordeaux.

La série, la plus grande école de l’écriture

14 mai 2012

Écrire sur une série, pas écrire une série, entrer dans le détail du processus de production, dans les arcanes de la validation, sentir la frustration d’un concept qui nous échappe, faire tenir une intrigue dans la durée impartie, ne pas déborder, couper ce qui est en trop, tout ce qui est en trop, respecter un concept et des personnages, créer du rythme, véhiculer du sens, tenir des deadlines, réécrire, réécrire, réécrire, putain! réécrire encore, trouver d’autres idées d’épisodes, valider le syno enfin! passer au séquencier, recommencer, valider, continuité, recommencer, valider, célébrer.

Recommencer un autre épisode, de préférence sur une série, avec une autre équipe.

Faire ça pendant cinq ans, minimum.

La télévision, et l’écriture sérielle encore plus, est la meilleure des écoles pour peu que vous échouiez lamentablement, régulièrement, et que vous en profitiez pour comprendre comment fonctionne le milieu.

Quand vous travaillez sur une série en conditions réelles, vous vous confrontez à des problèmes désagréables tels que « comment répondre à la commande dans les temps tout en racontant une histoire exaltante dans laquelle j’insufflerai mon propre style ? »

ou

« comment être créatif sans trahir le concept ? Comment éviter de passer pour un débutant en proposant une histoire qui rentre dans les cases posées par la série tout en étant original ? Comment ne pas changer le protagoniste, respecter les contraintes de personnages et de décors tout en étant créatif ? »

La vraie créativité, celle qui fait une différence, celle qui est capable de toucher le public, naît des cadres. C’est la manière futée de ne pas détourner une contrainte mais d’en tirer l’essence, d’aller trouver la faille du protagoniste qui n’a pas encore exploitée, le potentiel d’une relation qui ne s’est pas encore révélé et de traiter le conflit jusqu’au bout sans jamais éclater les limites de la commande. Cette créativité est la marque d’un grand auteur et la série est la meilleure des écoles pour la développer parce qu’elle ne permet aucun écart, aucune paresse.

Proposez de détourner le concept et vous ferez malgré vous l’étalage de votre incompétence.

A l’inverse, si vous êtes capable de vous approprier un concept, d’aller au bout d’une situation dramatique et d’apporter un point de vue unique à une série sans en changer le sens, la dynamique ou l’équilibre, alors vous serez reconnu comme un vrai scénariste. Faites-le de manière systématique et rien ne vous résistera.

Quand vous en serez là, faites l’impensable, quittez la profession, et développez vos propres projets. Qui sait, vous pourriez être le prochain Georges R.R. Martin ou Wong Kar Wai.

 

Le conflit dramatique

26 avril 2012

Un élément de la dramaturgie : le conflit du héros illustré ici par Dexter.

Le conflit est la phase où le héros n’est plus tranquille dans sa petite vie. Un évènement survient ou autre déclencheur de toute nature qu’il soit, altère le quotidien du héros. Il subsiste de nombreux conflits de tout genres qui font progresser l’histoire. En voici un exemple parmi tant d’autres : Dans la série de Showtime Dexter, le héros est confronté à lui-même dans une toute première mesure. Il persiste un conflit d’ordre moral dans lequel Dexter lutte et crée sa justice, devenant lui-même immoral. Il suit un code d’honneur pour lequel il est très attaché, car c’est le seul lien secret qu’il partage avec son père adoptif défunt. Sa nature de « maître serial killer » des serial killers l’isole de la société et sa vie tourne autour de la mort comme l’illustre son métier d’expert scientifique. C’est un serial killer qui, pourtant, travaille au sein du Miami Metro Police Department. C’est un conflit moral qui s’opère en lui : il met à disposition ses connaissances scientifiques afin de faire progresser les enquêtes mais s’arrange toujours pour résoudre l’affaire, selon son code, en premier.

Fiction = Émotion

23 avril 2012

L’écriture vit au dépens de celui qui la ressent. L’auteur peut songer et restituer son vécu personnel afin d’écrire des scènes touchantes  pour que l’émotion soit la plus sincère et communicative au possible.  Les créateurs de la série Mad Men ont bien compris ce concept.

 

« Le bonheur, c’est le dividende de vouloir ce que l’on a divisé par avoir ce que l’on veut »

C’est en tous cas ce que suggère Chip Conley, auteur de Emotional Equations : Simple Formulas to Help your Life Work Better. Dans son livre, Chip déconstruit les grandes émotions de l’existence : le désespoir, la déception, le regret, l’anxiété, la vocation, la curiosité, l’authenticité et bien d’autres. Il part surtout du postulat que émotion = vie, une équation dans laquelle je me retrouve et que j’adapte ici en émotion = dramaturgie. Parce qu’avant toute chose, ce qui nous importe en tant qu’auteurs quand nous créons des histoires, c’est de provoquer des émotions chez nos spectateurs/lecteurs. Or, quel meilleur moyen pour le faire que de mettre en scène des personnages en train de vivre eux-mêmes des émotions ?

Comprendre les émotions n’est pas chose aisée et je saute sur chaque opportunité d’approfondir mes connaissances en la matière. Savoir où elles trouvent leur origine, comment elles évoluent, leur influence sur la santé ou comment les modifier. J’emprunte aux sources les plus scientifiques comme aux plus new age. Le but de l’auteur de fiction n’est pas traduire le réel mais d’extrapoler à partir de lui, de poser des questions et d’explorer toutes les options possibles.

Ecrire, c’est ressentir

L’acte d’écriture est lui-même hautement chargé en émotions. Quand j’entre dans ma transe d’écriture, le monde disparaît et j’entre de plein fouet dans l’univers de mon histoire. J’observe les personnages mais en même temps, je suis eux. Je ressens ce qu’ils ressentent, je souffre avec eux, je ris avec eux, j’espère et désespère avec eux. Si cet échange est absent de l’écriture, ce que j’écris est moins bon, moins authentique.

Mais pour rendre l’expérience du spectateur/lecteur plus intense, rien n’empêche d’apprendre ce qui crée l’émotion. La maîtrise des émotions, la connaissance de leurs tenants et les aboutissants font partie de la boîte à outil nécessaire à tout auteur de fiction. Si vous voulez apprendre à devenir romancier ou scénariste, ou si votre but est de garder vos compétences intactes, lisez tout ce que vous pouvez sur le fonctionnement des émotions.

Ecrire est une action physique

Les émotions prennent racine dans le corps. Il faut donc se débarrasser de la représentation de l’écriture comme une activité purement intellectuelle, comme un sport de pure pensée. Ecrire de la fiction c’est d’abord faire partager une émotion et c’est la ressentir soi-même. Ecrire c’est prendre conscience des troubles affectifs et de leur manifestation dans nos corps. C’est vivre ça et le traduire en mots et en images.

Un exercice assez simple consiste à se replonger dans une scène de sa propre existence, cette scène doit être chargée de l’émotion que l’on veut faire vivre à nos personnages. Fermez les yeux, rappelez le souvenir de cette scène. Ca peut être un moment de joie intense, de peur, de tristesse, l’essentiel c’est que vous associez cette scène à l’émotion que vous cherchez à transmettre. Visualisez la scène. Plongez à l’intérieur de votre souvenir, rappelez les senteurs, les couleurs, les sons. Que ressentez-vous ? Où cela se situe-t-il ? Dans quelle partie de votre corps vivez-vous l’émotion ? Comment réagissez-vous ? Comment votre posture se modifie-t-elle ? Comment votre conscience évolue-t-elle ? Notre champ visuel, par exemple, a tendance à se réduire quand nous sommes en proie à la peur ou à la colère et à s’élargir dans les moments de joie intense. Prenez mentalement note de tout cela. Continuez à observer votre souvenir pendant une vingtaine de minutes. Vous écrirez une bien meilleure scène après ça.

Acquérir les connaissances pour créer de la vraisemblance

Plus vos personnages réagiront de manière vraisemblable, plus vos spectateurs/lecteurs seront pris par votre histoire et auront envie de connaître la suite. Je revois Mad Men en ce moment et c’est un rappel constant de cette simple vérité. Les réactions des personnages face aux événements sont justes, mesurées, cohérentes avec le reste de leurs actions.

La roue de Plutchik, un bon point de départ

Quand on parle d’émotions, il faut aussi penser aux émotions du spectateur. Or, connaître leur fonctionnement vous aidera à créer les enchaînements de situations qui vous permettront de manipuler votre spectateur pour lui faire ressentir les émotions que vous aurez choisies. Savoir, par exemple, que l’anxiété est le produit de l’incertitude et de l’impuissance vous permettra de construire vos scènes de manière à renforcer ces deux sentiments chez le spectateur pour le tenir en alerte… et de rendre l’expérience complète en soulageant son incertitude et en le libérant de son anxiété à la fin de l’histoire.

Si vous parvenez à maîtriser cela, votre structure peut être imparfaite, ça ne fait rien, tout le monde vous le pardonnera. Ce que nous voulons c’est que la fiction nous émeuve.

Acte 1 : Exposition de la situation initiale

19 avril 2012

Un élément de la dramaturgie : la situation initiale illustrée via Gran Torino de Clint Eastwood.

La situation initiale d’une histoire expose les personnages (en grande partie le personnage principal) mais aussi les lieux et les objets ou choses dépassant le cadre de l’individu. Tout ce qui peut se dérouler avant l’incident déclencheur, c’est le cadre du début de l’histoire. Il n’est question que d’observation et pas encore d’interrogation quant à la suite des évènements.

Pour illustrer cet acte premier de toute histoire, prenons le film Gran Torino de Clint Eastwood. Ce film démarre avec tout ce qu’il y a de plus gai : une cérémonie funéraire.

Walt Kowalski, le personnage principal du film est un ancien vétéran de la guerre de Corée. Il a perdu sa femme et vit désormais seul dans un quartier où les conflits entre gangs sont nombreux. Rappelons que tous les éléments présentés dès les premiers instants d’une histoire jouent un rôle important dans la suite. Tout se justifie, le travail de l’image est associé à celui de la moelle narrative dans le but d’amener le spectateur à une mouvance progressive d’une intrigue qui va se complexifier et devenir plus palpitante (normalement).

L’acte 1 de ce film nous dévoile des personnes entourant Walt. On y découvre sa famille, malgré l’indifférence de ses fils qui semblent pressés de toucher l’héritage familial. Il y a aussi le père Jonavitch qui est soucieux de la santé usée et du devenir du vieil homme mais aussi ses voisins, la famille hmong Vang Lor, qui va sensiblement chambouler le quotidien de notre héros.

La situation initiale s’achève dès lors que le conflit dramaturgique s’introduit dans l’histoire. La question dramatique est supposée, le développement de l’histoire débute et l’exposition déroulée depuis le début va prendre un nouveau virage.

La tentative de vol de la Gran Torino (titre officiel du film) va déclencher les hostilités entre tout ce petit monde. Thao, le petit dernier de la famille hmong va se soumettre aux demandes de son cousin, membre d’un gang. En allant à l’encontre de son fond intérieur, il échouera se faisant surprendre par Walt. L’ancien vétéran de guerre est particulièrement malveillant envers les immigrants hmongs. Cet évènement sera jugé comme une offensive à laquelle Walt rétorquera. Un nouvel acte débute…

La Renaissance de Dramaturgie et Scénario – Le Phoenix reprend son essor

15 avril 2012

Par où commencer ?

Plusieurs changements vont apparaître sur ce blog dans les semaines qui viennent. Certains ont commencé à se mettre en place, d’autres sont en préparation. Ils viendront peu à peu, par petites touches discrètes. Ils naissent de mon désir de donner plus de place au partage dans ma vie. Je veux donner davantage, partager mon expérience.

Quand j’ai commencé à publier sur ces pages, j’étais encore au CEEA, ignorant tout de l’avenir que me réservait ma carrière de scénariste. Hé! J’ignorais même si je finirais par vraiment devenir scénariste! Je n’avais aucune idée de par quel bout prendre les choses, je cachais ma peur panique de l’avenir derrière beaucoup de certitudes et un brin d’arrogance mal placée.

Le chemin a été étonnamment facile puisque deux ans à peine après ma sortie de l’école, je gagnais ma vie entièrement grâce à l’écriture. Une partie de mes revenus venait du scénario d’animation et une autre de mes piges dans un magazine spécialisé dans le jeu de société (sic). Ma vie personnelle, pendant ces deux ans, a été bien chamboulée elle aussi puisque, comme à mon habitude, je lançai tous les chantiers en même temps, démarrant à zéro ma vie professionnelle et ma vie de couple (une histoire pas simple qui mériterait que je la raconte un jour).

Je crois qu’à cette époque, je blogais beaucoup. Je n’étais pas à l’aise en tant que scénariste, puisque j’apprenais sur le tas la réalité du métier (c’est une chose que d’acquérir les compétences dans le sanctuaire d’une école, c’en est une autre que de les appliquer sur le terrain) mais j’avais des choses à dire, j’étais en plein dans le vif du sujet.

Pourtant, il ne m’a pas fallu longtemps pour être confronté à l’impensable : après avoir (enfin) réalisé mon rêve de vivre de l’écriture, un ennui profond s’est installé. Ca s’est littéralement passé comme ça. Un matin, en attendant les retours d’un directeur d’écriture sur un texte, j’ai réalisé que je m’ennuyais. Je n’avais jamais ressenti ça, un ennui aussi intense, pur, profond. L’angoisse!

3 ans de crise s’en suivent

Aussitôt, ce fut la remise en question: « Faut-il que je continue ou que je me convertisse ? Est-il temps de revenir au roman même si  toute forme d’écriture m’ennuie ? Devrais-je devenir jardinier ? Au moins je travaillerais en plein air. » Pour ne rien arranger (mais est-ce un hasard ?), j’enchaînai les plans foireux, producteurs qui ne payaient pas, productions qui stoppaient net et développements qui s’éternisaient je me retrouvai financièrement à sec, obligé d’écrire un court-métrage de commande pour une association agricole. J’avais honte. Je me cachais. Je ne parlais plus à personne. Je ne sortais plus, trop embarrassé pour demander de l’aide. Je ne bloguais plus. J’avais envie de disparaître. J’étais au plus mal.

Je découvris Tim Ferris. Je changeai mes paradigmes. Je revins sur des convictions ancrées. J’acceptai que le travail pût être autre chose que l’exercice de ma passion ou que celui-ci pût prendre d’autres formes que la seule écriture. Je compris aussi que l’écriture pour la télévision n’était pas l’accomplissement total de ma vocation et que j’avais perdu de vue mon premier objectif : être romancier.

Je réalisai alors avec effroi que je n’avais pas écrit un roman depuis 2004, l’année qui avait précédé mon entrée au CEEA (je ne compte pas le NanoWrimo de 2007 qui demanderait une réécriture considérable pour faire partie du lot). Pire, je n’écrivais plus de nouvelles. Pire, j’avais arrêté de développer des concepts on spec.

C’est là que la vérité m’a frappé: J’avais baissé les bras, j’étais devenu indifférent, je ne croyais plus à l’écriture comme un travail d’auteur, j’étais devenu persuadé que l’écriture n’était qu’un artisanat de mercenaire enchaînant les contrats de commande. J’étais désabusé. Je pratiquais la loi du moindre effort, me contentant de travailler pour les autres, sur les projets des autres, négociant les honoraires les plus élevés possibles grâce à l’expertise que j’avais acquise comme développeur de projets d’animation… ceux des autres. J’enchaînais les bibles mais au fond je ne croyais plus à ce que je faisais. Je savais que je le faisais bien mais sans coeur et sans âme.

Quand j’étais seul (80% du temps) et que j’ouvrais mes sens à ce que je vivais, je me sentais perdu au milieu d’un tunnel profond. Aucune lumière ne venait jusqu’à moi. J’avançais à tâtons et par habitude, pas parce que je croyais que le tunnel avait une fin. Je me disais que j’aurais pu m’assoir et attendre, ç’eût été pareil. Quelque part, c’est un peu ce que je faisais en arrêtant de développer mes projets: j’abandonnais.

Un sursaut de lucidité me poussa à convaincre F. de quitter Paris. Ailleurs, n’importe où, repartir à zéro. J’avais déjà pratiqué ça, la fuite en avant. On dira ce qu’on voudra, ça marche. Et ça demande plus de courage que de simplement rendre les armes. Tout reconstruire, miser le peu qu’il nous restait sur un acte de foi: ça ne pourrait pas être pire ailleurs.

J’enseignais déjà quelques heures dans une école de graphistes à Bordeaux. Pas grand chose, un poste que j’avais brigué par curiosité, par envie de transmettre, et simplement parce que l’opportunité s’est présentée. Je m’accrochais à ça et je cherchai d’autres écoles. Tout plutôt que de risquer de tout perdre à nouveau à cause d’un enchaînement de mauvaises circonstances. Je décidai de faire ce que tout les experts conseillent: arrêter de mettre tous mes oeufs dans le même panier. Scénariste c’est un métier précaire, ne croyez pas ceux qui vous disent le contraire. Le statut d’auteur n’offre aucune protection contre les coups du sort et ils sont courants.

Ce Que J’ai Compris sur Moi

Je ne vais pas détailler les deux ans qui ont suivi mais qu’il me suffise de dire que ça a été les deux années les plus riches de ma vie d’adulte. J’ai exploré ma psyché, j’ai plongé au plus profond de moi pour comprendre ce qui me manquait, ce que je voulais, ce que je devais faire pour avoir le sentiment de vivre une vie palpitante. Je me suis confronté au monde d’une manière inédite pour moi. J’ai lu énormément, pas de la fiction, mais des livres de développement personnel, de marketing, des livres sur ce qui fait une vie digne d’être vécue, des livres sur l’écriture mais pas des manuels cette fois, plutôt des livres d’auteurs, souvent des essayistes, parfois des romanciers. J’ai lu sur le travail, sur la productivité, sur l’entrepreneuriat, sur le dépassement de soi. J’ai noirci des centaines de pages d’introspection, j’ai fait des listes de ce que je voulais, de qui je voulais être. J’en ai déchiré des dizaines, je les ai recommencées encore et encore jusqu’à avoir une idée claire de la vie que je voulais construire désormais.

J’ai réalisé qu’il ne suffit pas de devenir écrivain pour maîtriser sa vie et qu’en devenant scénariste, j’avais oublié ma première règle de conduite: être aux commandes de mon existence. En me concentrant sur des contrats de commande, en cherchant à tout prix à devenir l’un d’eux, à faire partie du milieu, j’avais oublié que le milieu n’est pas la priorité.

J’ai aussi compris que j’avais besoin de défis impossibles pour me faire avancer dans la vie. Que maintenant que j’avais réussi à gagner ma vie en écrivant, cela ne m’intéressait plus. J’avais besoin d’autre chose. D’un nouveau défi. Comme celui d’enseigner l’écriture de scénario. Ou de devenir un romancier à succès. Ou d’accompagner de jeunes aspirants auteurs vers la construction de leur carrière. Ou de partager avec autres auteurs sur la notion d’autonomie.

J’ai souvent été surpris de constater que bon nombre de scénaristes n’étaient pas plus heureux de leur sort que nombre de banquiers ou d’ingénieurs. Je me suis toujours demandé comment on pouvait devenir scénariste sans que ce soit un choix conscient de tout instant. Je vois bien comment on peut devenir ingénieur ou banquier sans jamais se poser la question. Il suffit de suivre les rails. Bon au lycée, une grande école, un premier boulot et la vie s’enchaîne. Mais scénariste ? J’ai réalisé que la plupart des gens ne voulaient pas vraiment prendre de risque dans leur vie, que l’attrait du confort nous gagne tous à un moment ou à un autre. J’ai aussi compris que ça ne m’intéressait pas. Que je me sentais mort quand je vivais dans le confort et que j’avais besoin de toujours marcher au bord de l’abîme. J’ai besoin de me lancer des défis impossibles parce que cela m’oblige à grandir, à devenir meilleur et à vivre pleinement. Tant pis pour les angoisses nocturnes. Si l’alternative est l’ennui mortel que j’ai vécu pendant 3 ans, je les choisis avec bonheur !

J’ai envie d’écrire là-dessus, d’expérimenter avec ça, de partager cette conviction que nos vies peuvent être extraordinaires et que tout est possible. Je crois que c’est ça que mon coeur exige.

Fast Forward Jusqu’à Aujourd’hui

J’ai partagé les deux dernières années entre l’écriture et son enseignement. J’ai trouvé la sortie du tunnel et aujourd’hui je lutte pour reconstruire ma foi, je m’accroche à l’impératif moral et esthétique qui me force à écrire mes projets. Je me suis donné comme règle de limiter les projets de commande que j’accepte et de les sélectionner avec attention. Je me suis donné pour impératif de ne plus devoir écrire pour vivre. Parce que cela ne me suffit pas. Il y a un certain confort à travailler pour les autres, la prise de risque est moins grande. Mais le sens aussi est moindre. Je me suis laissé prendre au chant de sirènes des chèques faciles, du travail quasi mécanique de la commande et  je veux maintenant me donner la chance de construire une oeuvre qui me soit propre et dont je puisse être fier, dont mon fils puisse être fier. C’est risqué. Ça me fait peur. Putain que ça me fait peur ! Mais ça en vaut la peine.

Et je veux partager cette construction avec vous, qui êtes là depuis des années, à me faire confiance. Je veux continuer à vous accompagner dans votre apprentissage du métier d’auteur et maintenant que le tunnel est derrière moi, maintenant que les nuages qui encombraient l’horizon se sont dissipés, je peux recommencer à le faire sérieusement.

Je ne le ferai pas seul. J’ai pris sous mon aile une apprentie scénariste, Mélissa. Elle publiera ici des billets, dans lesquels elle vous apportera un regard neuf, un point de vue de découvreuse de l’écriture, de ses règles et du milieu dans lequel les auteurs gravitent. Je lui ai aussi demandé de lire des manuels d’écriture et de les chroniquer sur le blog à raison d’un ou deux par mois.

De mon côté, je publierai chaque semaine un nouveau billet. Cela pourra être un billet d’humeur parlant succinctement d’un aspect de l’écriture, ou un billet plus technique.

Je me suis aussi lancé le défi de formaliser mes méthodes d’écriture, mes convictions d’auteur et mes systèmes de travail dans de courts manuels. Deux ans d’enseignement m’ont contraint à réfléchir à ces questions et j’ai envie d’écrire un livre sur le fruit de ces réflexions. L’envie d’écrire des choses qui me sont propres revient de plus en plus régulièrement et elle est de plus en plus insistante. Je retrouve des sensations endormies. J’espère n’être pas trop engourdi.

J’ai aussi envie d’écrire un manifeste, qui développera ce que je viens de raconter ici, le chemin qui m’a mené du rêve au désespoir, de la passion à l’indifférence. Et surtout les outils qui m’ont permis de réentendre la voix de mon âme. Je voudrais servir d’exemple pour rappeler qu’il ne faut pas sacrifier sa voix au charme de l’argent. Si votre passion c’est d’écrire de la commande, faites-le et brillez là-dedans, mais si vous voulez être auteur avant tout, je ne suis pas sûr que le sacrifice en vaille la peine. Marc Herpoux m’avait pourtant prévenu. Je suis presque prêt pour ce livre. J’étudie des manifestes, pour en comprendre la structure et les codes.

J’écris un roman que je vais autopublier, mais ça, vous le saviez déjà.

J’ai des dizaines d’autres projets, dont je vous parlerai ici. Revenez régulièrement, ou mieux, inscrivez-vous à ma newsletter: http://www.anaelverdier.com/newsletter/, je vous enverrai un mail quand je publierai un nouveau billet.

Dans tous les cas, restez connectés au blog, les choses vont sérieusement se remettre à bouger!

Anaël