Archive for the ‘Réflexions’ Category

Réflexions sur ce blog

8 février 2012

Fin janvier, je me suis donné comme objectif d’avoir 100 visites par jour.

C’est arbitraire mais c’est une manière pour moi de voir si les changements que j’apporte au blog vous plaisent. Je pars du principe que s’il y a plus de lecteurs chaque jour c’est que le contenu a de la valeur à leurs yeux, qu’il vaut le temps qu’ils passent à le lire.

Je ne partais pas de très loin mais comme je ne passe pas beaucoup de temps sur le blog chaque semaine, je voulais me fixer des objectifs simples. Je suis content de voir que depuis le 31 janvier j’ai atteint et régulièrement dépassé cet objectif (entre 99 et 135 vues/jour). J’atteint que 30 jours soient écoulés pour vérifier que j’ai bien 3000 pages vues dans ce laps de temps et si c’est le cas, je me donnerai un objectif plus élevé pour mars. C’est un jeu sans conséquence et sans vraiment de sens, mais qui m’amuse et qui me flatte.

La fréquentation du blog n’a pas cessé d’augmenter depuis sa création en 2007, à part quelques chutes pendant les périodes de creux, et je suis flatté et honoré de l’intérêt que vous manifestez pour mes réflexions sur les métiers de l’écriture (puisque je dérive de plus en plus du scénario pur pour m’aventurer dans de nouveaux domaines).

Je vous avouerai que j’ai ressenti une petite pointe de jalousie quand j’ai lu que Nathalie Lenoir recevait 2500 visites par jour. Mais elle a vite disparu quand j’ai appris qu’elle passait 25 heures par semaine sur son blog!

J’ai réalisé qu’on ne jouait pas dans la même catégorie.

Je n’ai aucune envie de passer 25 heures par semaine sur mon blog, pas même 10 heures, peut-être pas même 4h. Quand j’ai créé ce blog en 2007 c’était pour me libérer d’une partie de la pression que je ressentais dans les derniers mois du CEEA. J’avais besoin d’un espace de liberté, de respiration, de réflexion, un espace de jeu. Je n’ai pas l’intention que cela change.

Ma vie personnelle a été pas mal mouvementée ces dernières années, l’activité sur le blog s’en est ressentie et j’en suis très heureux. Je ne voudrais pas que le blog prenne le pas sur ma vie privée. Aujourd’hui, je sais à nouveau ce que je veux, où je veux aller et où j’en suis et j’ai envie d’alimenter ces pages d’articles plus mûrs, plus en adéquation avec mon évolution. J’ai plus de facilités à publier des articles, à trouver des sujets, à savoir ce que j’ai envie de partager avec vous.

Je pense, si vous me suivez depuis quelques temps, que vous avez ressenti ces changements, et si j’en crois les statistiques, vous les appréciez.

J’ai (enfin!) trouvé un rythme de publication qui me convient, qui me permet de publier des articles d’une meilleure qualité tout en conservant une activité constante sur le blog.

Une dernière note là-dessus:  Je ne parle pas beaucoup des projets sur lesquels je travaille parce que le propre d’un projet est d’être incertain et que 80% d’entre les projets que je démarre ne déboucheront sur rien et j’aurais tendance à douter de l’intérêt pour vous de suivre des projets dont la majorité est vouée à disparaître. Mais peut-être que je me trompe. Peut-être que le processus même de construction d’un projet, le choix de l’arrêter ou de le continuer, ce qui le constitue et les éléments qui permettent de le juger, peut-être que cela vous intéresse ?
Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires ou par mail: apprenti[point]scenariste [at] gmail[point]com.

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Expérimentations de vie, encore. Changement de cap, encore.

7 août 2011

Bonjour à tous,

si vous êtes forts pour décrypter le sous-texte, vous aurez saisi que ma vie est (à nouveau!) en chantier. Je ne suis pas satisfait par l’expérience du métier de scénariste, par les perspectives d’avenir que j’y décèle. J’explore d’autres possibles. Je monte des projets, en silence, secrètement, pour ne pas éventer la motivation. Je cherche l’inspiration dans l’expérience de gens qui ont trouvé le succès. Par succès j’entends des gens qui ont réussi à vivre leur vie par eux-mêmes et pour eux-mêmes, qui ont accompli l’impossible, qui se sont arrachés à la course du quotidien et ont su insuffler un peu de sens à leurs actes. J’ai partagé plusieurs de mes découvertes sur les pages de ce blog.

Le dernier en date est Derek Sivers et une longue vidéo de lui, normalement vendue 99$ est disponible gratuitement chez Sumoapp jusqu’au 8 août. (D’après ce que je comprends, Sumoapp est un genre de Groupon spécialisé dans les produits virtuels). Il y parle de vivre en conscience, de se demander ce que l’on veut et pourquoi, de rester concentré sur ses objectifs et de décider des règles de sa propre existence.

Sivers est un musicien qui a réussi assez tôt dans sa vie à vivre de sa musique. Quelques concerts, un studio d’enregistrement qu’il loue à d’autres musiciens, quelques albums. Il se débrouille. L’Internet débarque. On est en 98 ou 99. Il y voit une nouvelle opportunité de diffuser son travail. Monte un site où il vend son CD.

Un copain lui demande de vendre aussi le sien. Puis un autre. Et le pote d’un pote. Des mails commencent à arriver, envoyés par des étrangers. Sivers monte un petit business. Il s’inspire du disquaire à côté de chez lui, qui fait du dépôt-vente pour des artistes locaux. Le musicos fixe le prix de son album. Sivers prend 35$ pour l’ajouter à sa base de données et 4$ sur chaque vente. C’est tout. Dix ans plus tard, il revend CD Baby pour 22 Millions de Dollars, monte une fondation pour lutter contre l’illetrisme musical et lui verse les 22 Millions en échange d’une rente à vie.

Il prend quelques vacances au Japon et réalise qu’il a plein d’idées entrepreneuriales mais pas de structure pour les implémenter. Il monte une nouvelle boîte, un laboratoire pour tester de nouvelles choses, toujours dans le domaine de la musique.

Une belle histoire, comme je les aime, comme je veux construire la mienne. Avec de la galère et des doutes et des erreurs et de l’aventure et aussi des réussites, qu’il raconte dans la vidéo linkée plus haut.

Le métier de scénariste ne m’apportera rien de tout ça, je l’accepte aujourd’hui. Ce n’est pas un métier qui me convient. Il y a trop de gens à qui répondre sans arrêt. Trop de niveaux de hiérarchie derrière l’illusion de l’indépendance. Je m’ennuie. Je n’apprends plus. Je ne vois pas comment progresser, comment vraiment découvrir quelque chose de nouveau.

Je n’arrête pas d’écrire pour autant, j’ai trop d’histoires à raconter mais je réfléchis aujourd’hui à d’autres manières de leur donner forme et de les diffuser. Il se passe des choses dans le monde de la littérature, une petite révolution a eu lieu il y a quelques mois, à l’image de celle de la musique voilà quinze ans, et je compte bien en profiter. Et j’ai surtout tellement d’autres projets en-dehors de l’écriture!

Je continuerai à parler de fiction, d’écriture, de tout ce qui fait notre relation depuis 4 ans. Mais je parlerai aussi d’autres choses, ailleurs. Je vous dirai où quand le temps sera venu. C’est une ère de grand bonheur qui s’annonce!

PS: Pour plus de Sivers, ou si vous manquez le deal sur sa vidéo, faites un tour sur son blog et piochez dans les articles.
PPS: Ou faites une recherche sur TED, il y a fait quelques interventions.
PPPS: Et après, si tout ça vous intéresse, il a aussi un livre au Domino’s Project: Anything you want.

Film vs série

11 mai 2011

Une série et un film sont-ils amenés dans leur production à diffuser d’une manière homonyme du sens? N’est-ce pas là une différence notable avec la littérature paginée?

J’ai regardé The Joneses aujourd’hui. Avec tous les changements dans ma vie à l’époque de sa sortie en salles, je l’avais raté mais l’affiche m’avait accroché et cela fait plusieurs mois que je repense à ce film. Je n’avais rien lu dessus. Je déteste ça, lire sur les films avant de les voir, ça déflore l’expérience spectatoriale et c’est vraiment du gâchis. Donc je ne savais pas à quoi m’attendre mais David Duchovny est très haut dans ma top-list des acteurs à suivre en ce moment et Demi Moore… Demi Moore jouait dans Striptease à l’époque où mes hormones faisaient la guerre à mon enfance.

Et puis il y avait cette affiche, avec sa logline.

Le film est exceptionnel. Je suis fâché avec le cinéma depuis quelques années. Trop peu de films m’ont convaincu ou donné envie de les revoir. Il y a bien eu I Love You Philip Morris mais passée la blague que reste-t-il ? Sans le savoir, quelque chose me manquait dans le cinéma, quelque chose que je retrouve quand je regarde un Wong Kar Wai. Ce n’est pas une question de qualité technique, il y a plein de films très bien écrits, amusants, divertissants, bien réalisés, joués à merveille, avec de beaux costumes, de beaux décors et une lumière parfaite. Mais si ce n’était pas ça qu’était-ce? Ce n’était pas non plus quelque chose que je retrouvais dans les séries, que je regarde à outrance depuis que je suis fâché avec le cinéma mais qui me laissent le même arrière goût de frustration, de me dire « ok, mais après? ». Je passe un bon moment, j’ai hâte de voir l’épisode suivant, mais une heure après avoir éteint l’écran que me reste-t-il? Est-ce que ça en vaut vraiment la peine? Si je n’avais pas le souci professionnel de me tenir au courant de la production audiovisuelle contemporaine, regarderais-je ces séries? Regarderais-je des films?

Les romans me laissent moins souvent cet amertume dans la bouche. Certains le font et de plus en plus depuis que je suis passé de l’autre côté du miroir et que je sais reconnaître la technique, que je connais les « trucs » des auteurs. Mais la plupart des romans – peut-être parce que je choisis des auteurs que je connais – ne me frustrent pas. Comment cela se fait-il?

Et là, en regardant la Famille Jones, j’ai compris. Ce qu’il me manque, c’est du sens. Ce sentiment d’avoir assisté à une série d’événement porteurs d’une signification, porteurs d’une vérité, d’une observation remplie de justesse sur la condition humaine. Ce sentiment que ce film peut me changer, qu’il va m’accompagner pendant longtemps. Ce n’est pas parce que l’écran s’est éteint que je peux passer à autre chose cette fois. J’ai eu un vrai sentiment de « closure », d’accomplissement, de conclusion.

Et de là une nouvelle question jaillit: cela est-il possible avec une série? Pour fonctionner en tant qu’oeuvre, la série a besoin de séduire des spectateurs, de les convaincre de revenir s’installer dans leur canapé semaine après semaine. Si le spectateur n’est pas là, la série n’a pas de raison d’être et doit s’arrêter. L’eldorado pour toute l’équipe qui entoure la production d’une série c’est que celle-ci ne s’arrête jamais, qu’elle dure et dure et dure encore comme Les Simpsons (22 saisons) ou Les Feux de l’Amour (39 saisons) Pour l’unitaire, la donne est différente. L’unitaire a besoin d’une fin, il se moque que le spectateur revienne la semaine prochaine parce que la semaine prochaine, il ne sera plus diffusé. L’unitaire se suffit à lui-même et peut se permettre de faire évoluer ses personnages, de porter un point de vue fort sur le monde et de créer un arc narratif qui permette à ce point de vue de se développer au plus fort de son potentiel.

Une série peut-elle faire cela? Sans fin préparée consciencieusement depuis la première minute du film, amenée progressivement par chaque scène de la narration, est-il possible de créer du sens (et je ne parle pas de cohérence narrative)?

Arts séquentiels

3 juillet 2008

Will Eisner définit la BD comme un art séquentiel, autrement dit une forme de narration où des morceaux d’action (les cases) mis bout à bout et liés par des ellipses (les gouttières) construisent du sens. L’écriture de BD a ceci d’extrêmement particulier qu’en plus de reposer sur une construction de récit rigoureuse, chaque planche doit être conçue de manière à accompagner la lecture, à véhiculer du sens de la meilleure manière possible, et chaque case doit être pensée de manière à refléter l’action ou le morceau d’action le plus pertinent et le plus porteur de sens qui soit.

Il y a beaucoup à apprendre, pour un scénariste d’audiovisuel, à se pencher sur la question de l’écriture pour l’image fixe. Trop souvent, les problèmes de rythme que l’on retrouve dans les films viennent de ce que l’auteur ne sait pas quand commencer et/ou finir une scène, à quel instant de son déroulement prendre une action et à quel moment la laisser se finir dans l’espace invisible et virtuel qui est dans l’esprit du spectateur (spectateur qui, loin d’être un réceptacle inanimé, passe son temps à émettre des hypothèses, revenir en arrière, compléter les informations données par celles déduites, pour construire une continuité et… du sens, encore lui).

La contrainte de l’écriture de BD est telle qu’on ne peut pas se permettre de fioritures, une case dessinée doit être une case utile à l’histoire, à son rythme, à son atmosphère. L’espace est compté, on ne peut pas se permettre de le gâcher. C’est la même chose dans l’audiovisuel mais le fait qu’on puisse voir des gens agir en mouvement est une source de distraction pour le scénariste. En BD, comme en animation (pas en écriture d’animation, en exécution), il faut s’obliger à penser en poses clefs, ces moments essentiels à la reconstitution du mouvement. En BD, on en restera aux poses clefs et on laissera l’imaginaire du lecteur se charger des intervalles.

Qu’est-ce qu’un film sinon exactement la même chose? Une succession de séquences animées véhiculant chacune une partie du sens total de l’histoire, reliées par des ellipses. Pourtant on ne réfléchit pas assez en ces termes, on s’épanche dans des scènes qui n’en finissent pas, on se laisse distraire par des actions qui n’apportent rien au sens de l’histoire que l’on raconte, on laisse les personnages vagabonder au gré de leurs envies et raconter tout à fait autre chose que l’histoire du film.

J’entends déjà grogner mais je précise d’emblée que les scènes dites d’ambiance ont leur place dans ces poses clefs à partir du moment où elles apprennent quelque chose sur l’univers, les personnages, les conflits à l’oeuvre dans l’histoire. On peut tout à fait être contemplatif dans sa manière de raconter les choses, mais ce n’est pas parce que je contemple la fuite des nuages dans le ciel que je vais me mettre à raconter l’histoire d’une pâquerette. Qui n’a jamais été en face d’un narrateur du quotidien (lisez une connaissance qui vous raconte une anecdote de sa vie) qui se perd en digressions, et ne s’est jamais demandé « Quel est le rapport? » ?

Pourquoi? simplement parce que notre cerveau cherche à raccorder les wagons et à comprendre comment le point A arrive au point B et que tout ce qui s’écarte de cette trajectoire l’empêche de comprendre. Alors bien sûr, à titre expérimental, on peut s’amuser et partir dans toutes les directions, mais si votre but c’est de raconter des histoires, vous avez tout intérêt à vous concentrer sur votre sujet et à en établir les étapes clefs, et à ne pas vous en écarter. A ce titre, l’écriture de BD est certainement la plus formatrice de toutes.

Les doutes

21 mai 2008

A quoi bon écrire de la fiction? Ne vaut-il pas mieux faire médecin, ou prof, ou menuisier, participer à la société de manière évidente et concrète?

C’est marrant comme la vie a le don de nous envoyer des réponses pile quand on se pose des questions. J’en étais là, à me dire que ça rimait à rien de raconter des histoires quand j’ai décidé d’ouvrir le bouquin de Bradbury dont je vous parlais la dernière fois. Et paf, je tombe sur un texte qui s’interroge sur ce qui fait que la SF n’est pas reconnue (à l’époque et aux États-Unis, où les choses ont changé, pas comme en France où, paradoxalement, le temps a fermé les esprits, il n’y a qu’à voir le nombre de publications de SF dans les années 70/80 et comparer avec aujourd’hui). Et le voilà qui explique que la SF est importante parce qu’elle pose des questions et propose des réponses (même si les questions sont peut-être plus importantes que les réponses). Alors voilà, raconter des histoires c’est bien parce que ça permet de suggérer des solutions aux problèmes de la vie, de la société, etc.

Seulement aujourd’hui, quand je regarde ce qui se fait, je me demande où est le sens. J’en reviens à mon nombrilisme, pas seulement l’apanage des Français, et je me dis que c’est bien là l’origine de mes doutes. Je regarde et rien ne se passe, aucune révélation en moi, aucun écho, même ténu. Juste l’indifférence. La télé éteinte, les lumières rallumées dans la salle, je retrouve mon état d’avant le film. J’ai ingéré quelques images de plus, quelques sons, mais je me sens pas différent. Je n’ai rien gagné, rien perdu, j’ai juste passé le temps.

Et ma question dépasse le simple métier d’auteur, j’ai envie de demander à quoi bon vivre si c’est pour passer le temps entre naissance et mort? Si ce n’est pas pour s’interroger, s’améliorer sans cesse, remettre le monde et l’ordre établi en question. On ne peut pas s’endormir sur nos lauriers. Marianne titre cette semaine sur la pensée unique. On ne peut pas se contenter de la pensée unique. La fiction doit questionner la pensée unique, doit bouleverser l’ordre établi. La première question d’un auteur n’est-elle pas « Et si…? » Quelle fiction aujourd’hui pose ces questions? On donne un état des lieux, on fait un constat. Iron Man, pardonnez la référence américaine, dit qu’il faut des justiciers, elle ne propose pas d’alternative, et c’est ce que fait la fiction américaine depuis une petite dizaine d’années, parlez-en à Marc, il a des choses passionnantes à dire là-dessus.

La fiction française, pas mieux, c’est la crise de la foi en l’avenir et pire, en le présent. Regardez Deux Jours à Tuer, c’est le climax de cette phase de questionnement. On étouffe, on ne s’épanouit pas, on ne sait plus comment s’épanouir. C’est un fait. On tâtonne, la vie est devenu une série de tâtonnements. C’est le moment de faire la révolution, et la révolution commence dans les esprits. C’est bien, on a fait un état des lieux, mais maintenant il faut dépasser le constat et proposer autre chose. C’est le rôle de la fiction de montrer les alternatives, de faire réfléchir les gens, de les pousser à la philosophie et à l’action.

Je ne veux pas d’une fiction passéiste (Mai 68 en force), ni d’une fiction-état-des-lieux, c’est fini de regarder nos nombrils, il est temps de relever la tête et de ruer dans les brancards. Bousculons un peu les esprits, revenons à l’effervescence, et s’il faut abandonner les réfractaires sur le bord de la route, faisons-le, bordel! Arrêtez de signer pour des séries qui ne proposent rien au monde, arrêtez de signer et proposez mieux, proposez ce qui vous tient à coeur, racontez vos envies d’un autre monde, montrez-les, ouvrez les consciences plutôt que de nourrir l’auto-satisfaction, le défaitisme, la pensée négative et l’auto-apitoiement. J’en crèverai peut-être de faim mais je refuse de signer pour ces programmes dont on nous abreuve. Je m’en fous, je suis orgueilleux et c’est très bien. Marre de taire mes idées.

Histoires très courtes

22 novembre 2007

J’ai toujours un train de retard.
Je découvre aujourd’hui que depuis cinq ans, un monsieur propose des histoires très courtes par mail, trois fois par mois, en échange de 10 malheureux dollars annuels.
Il s’appelle Bruce Holland Rogers et son site est là, avec quelques exemples des textes en question.
C’est une démarche super intéressante, il a 700 abonnés répartis dans le monde entier.

Encore un visionnaire qui a réfléchi à comment utiliser le net intelligemment.

De l’émotion

17 novembre 2007

S’il y avait des recettes pour transmettre des émotions, ça se saurait. Les groupes de marketting dépensent des tas d’argent tout le temps pour trouver le système qui provoquera un vrai sentiment de besoin pour leur produit.
Il y a bien la scène avec les violons et le super monologue de self-revelation du héros, à la fin du film. Mais ça commence à être déjà vu, même si ça marche à chaque fois, ça ne donne pas de la profondeur aux émotions.
Un des secrets que tout le monde donne c’est « écrivez ce qui vous émeut et vous toucherez votre public ». Je n’ai pas vérifié ça. Il y a plein de choses que je lis qui ne m’émeuvent pas et plein de choses qui m’émeuvent quand je les écris mais qui n’émeuvent pas les lecteurs. Si la sincérité est une des bases nécessaires de la qualité émotionnelle d’un texte, elle n’est pas suffisante.

Une autre partie du « truc » repose dans la manière dont les scènes sont construites et amenées. C’est toute la tension dramatique construite pendant le film qui explose dans la scène finale en un feu d’artifice émotionnel (oui, j’aime bien parler de feux d’artifices en ce moment). Les Québécois sont assez forts pour ça, par exemple, dans Being At Home with Claude, projeté vendredi matin à Paris, dans le cadre du festival du cinéma québécois. C’est quelque chose que je ne retrouve pas dans le cinéma français. Une analyse assez intéressante de l’auteur de la pièce originale, René-Daniel Dubois, est que le langage n’a pas la même fonctionnalité dans les deux langues, qui ont pourtant la même base.
En français « de France », on utilise les mots pour désigner les choses et on vise à une certaine efficacité du langage qui vise à dire peu mais bien. En québécois, il y a cette tendance à tourner autour des choses, à parler autour, à ne pas dire, à ne dire qu’en dernier recours.
C’est ce resserrement progressif du sens qui fait monter l’émotion et nous laisse vider après des films comme Le Déclin de l’Empire Américain ou Un 32 août sur Terre. J’ai le sentiment que les films français, à force de trop dire, vident les mots et les situations de leurs charges émotionnelles. C’est peut-être de là que naît le sentiment d’un cinéma bavard, nombriliste, alors que les cinéastes d’ici ne sont pas plus bavards que les autres, ils sont peut-être juste trop explicites.

La vérité c’est qu’on ne sait pas, c’est une alchimie tellement compliquée entre auteur et lecteur, entre auteur, image, acteurs, son, et spectateur, qu’on ne peut pas maîtriser les émotions et leur évocation. Peu importe que l’on connaisse les dictionnaires de symboles sur le bout des doigts, que l’on fasse des études sociologiques avant de choisir son sujet, son thème ou sa métaphore. Le secret c’est qu’il faut juste avoir confiance et accepter que ça puisse ou non marcher sans qu’on ne contrôle rien.