Archive for the ‘Scénario’ Category

Quelle voix pour vous ?

3 août 2012

Vous lirez souvent qu’il faut trouver votre « voix » pour être un bon auteur, un style narratif et un style littéraire (le type d’histoire que vous allez raconter et la manière dont vous allez le faire).

Vous lirez aussi qu’un scénariste doit s’empêcher d’avoir un style littéraire, il doit au contraire disparaître derrière l’action. C’est le type d’histoire qu’il va raconter et sa manière de les construire qui va constituter son style.

Je dis que ces deux affirmations font partie des pires conseils que vous puissiez recevoir.

La suite de ce billet sur le nouveau blog où je vous apprends tout ce que vous avez besoin de savoir pour devenir scénariste.

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La rentrée des scénaristes

1 septembre 2011

C’est la rentrée des scénaristes…

La rentrée, c’est la fin du grand calme estival. Les diffuseurs étaient en vacances. Les directeurs d’écriture aussi. Pourtant pour certains, travailleurs de l’ombre (les scénaristes), le travail continuait. « Il faut impérativement valider ton synopsis le 14 août! »

Sinon quoi? La prod va prendre du retard? C’est vrai que ce serait une première. Mais je valide comment moi, quand le directeur d’écriture prend vacances sur vacances? Surtout qu’on me l’a imposé comme co-auteur alors si je fais tout le travail pendant qu’il bronze, est-ce qu’il va quand même prendre 50% de mon chèque?

Le scénariste travaille l’été. C’est normal. Il faut préparer les programmes de la rentrée du PAF.

Et puis il faut manger parce que le scénariste n’a pas de congés payés. S’il est assez établi et qu’il a quelques programmes qui passent (ou repassent) il peut s’offrir un voyage sur la riviera avec ses droits de diff. Le droit de diff c’est un peu l’allocation vacances/chômage/santé du scénariste.

La rentrée sur les chapeaux de roue, c’est quand tous les interlocuteurs du scénariste rentrent de vacances et que les notes de lecture pleuvent dans sa boîte mail. Lui qui avait savamment su échelonner son travail, organiser ses journées d’écriture en jonglant entre ses 3 ou 4 projets, le voilà submergé. Tout le monde attend une nouvelle version pour la semaine prochaine!

C’est normal. La vie reprend son cours. Paris se repeuple. La vie du scénariste retrouve son rythme, bercée par le train-train des soirées à la SACD, des pots entre auteurs, et des longues nuits à taper furieusement sur son clavier, café-clope (ou haribo pour les repentis du tabac), cherchant avec désespoir à tenir les deadlines, encore et toujours. Pour cette petite seconde de gloire quand le générique dessine sur l’écran ces quelques mots:

« Scénario: [insérez votre nom] »

Tout ça pour ça?

Bon, pas seulement, mais nos ego n’y sont pas indifférents.

Dans votre quête à vous pour devenir scénariste, qu’est-ce qui vous anime? Vous êtes-vous posé la question?

Comment devenir le plus grand des scénaristes

10 mai 2011

« Un scénariste doit chaque jour tuer son père, violer sa mère et trahir sa patrie.  » de Luis Bunnuel

(c) Randall Munroe

Fin de la première saison

26 juin 2009

Bien.

2 ans de ce blog, qui m’a accompagné le temps que j’intègre l’enseignement du conservatoire et que je me définisse en tant que scénariste professionnel. J’ai mis le doigt sur ce que j’avais envie de faire et les réflexions partagées ici m’ont permis d’y voir plus clair.
Je n’ai plus vraiment envie de théoriser pour l’instant. Je ressens plus fort le désir de mettre à l’épreuve ce que je crois avoir maintenant digéré. J’ai un bon rythme, même s’il est chaotique, j’ai du boulot régulièrement dans la niche que je me suis choisi et j’avance toujours. Parfait, puisque c’est ce que je voulais.
Maintenant, ce blog m’intéresse moins. J’ai toujours envie de communiquer avec le monde, mais sur d’autres sujets, même si je ne sais pas encore trop lesquels. J’ai envie, je me répète, d’un espace plus personnel, moins distancié. Il faut un temps pour tout, non? L’arrogance de sortie d’école ne m’intéresse plus. Je la crois nécessaire pour affronter un monde extérieur hostile mais elle n’est qu’un outil de plus. J’ai envie de revenir à plus de tendresse et d’émerveillement.
Alors je vais laisser architecriture en jachère le temps de retrouver le goût de la théorie pure. J’aime la cohérence au sein d’un ouvrage et je n’ai pas de souci avec les fins. Architecriture est fini. Mais il aura sans doute une saison 2 dans quelques années (mois?). Scriptapart se cherche encore mais c’est sûrement là qu’il vous faudra regarder si vous voulez continuer à me suivre. Sinon, c’est cool aussi, faites bonne route et on se retrouve à l’occasion ici, quand je parlerai cinoche, télé ou BD, mais surtout scénario.

Pourquoi je continue à lire des manuels

9 mars 2009

Au bout d’un moment, on n’apprend plus rien des manuels: tous utilisent la même structure, la réinterprètent à leur sauce, mais au final, c’est la même chose. Penser aux personnages, construire des péripéties qui font monter la pression, ménager des respirations, dans un certain ordre, assez logique. Ce qui fera la différence, c’est le travail, le travail et le travail. Pourtant, je continue à lire des manuels. Pas pour y apprendre des choses, je m’en rends compte, mais pour créer une émulation.
Dans n’importe quel métier où on bosse dans un bureau, avec des collègues, des supérieurs ou des gens sous sa responsabilité, il y a le contact humain qui vous plonge dans une certaine atmosphère de travail. Que cette atmosphère vous pousse à être plus efficace ou moins efficace n’est pas la question, ce qui compte c’est d’être entouré d’autres individus qui sont dans la même dynamique que vous.

Le scénariste freelance n’a pas ça. On essaye de le recréer, on crée des équipes, on rêve de partager un atelier avec des collègues, on se rencontre régulièrement, mais de temps en temps, ce n’est pas assez. Lire sur le métier, sur les batailles qu’il faut mener pour y arriver, peut servir de moteur. Moi ça me remotive à chaque fois. Ca rafraîchit les connaissances théoriques et ça donne l’impression d’être moins seul.
C’est aussi à ça que peuvent servir les blogs de scénaristes, twitter ou facebook quand on arrive à les gérer et qu’ils ne prennent pas juste tout notre temps.

Voir les autres bosser c’est souvent un bon moyen de se mettre à bosser soi-même. Sûrement quelque chose à voir avec l’instinct grégaire.

Parce qu’on est quand même vachement seuls dans ce métier. Et si je suis content d’être autonome, de pouvoir gérer mon temps comme j’en ai envie, j’ai parfois l’impression que ce serait plus simple/rassurant/confortable d’aller au bureau tous les matins. Et plus efficace aussi.

L’ironie dramatique

11 janvier 2009

J’ai eu l’occasion récemment de replancher sur l’ironie dramatique.
Pour ceux qui ignorent de quoi il s’agit: l’ironie dramatique est un procédé narratif qui est, notamment, à la base du quiproquo, du suspense, du tragique, de certains double-sens dans les dialogues, et de plein d’autres choses encore.
Sa définition: le spectateur sait quelque chose que l’un des personnages de la scène ignore. Cette avance d’information du spectateur est source d’émotion.

Oui, parce qu’un bon scénario est avant tout un jeu avec le spectateur, pas juste une histoire qu’on lui impose en le laissant à l’écart, on joue avec lui et c’est ce qui lui fait prendre son pied.

Pour revenir à l’ironie dramatique, elle repose sur une habile gestion de la préparation et de l’exploitation. La difficulté pour le scénariste est d’arriver à mettre en place une scène où l’information déficitaire du personnage est centrale, où tout l’humour, l’appréhension, la tristesse, … naît de cette information que le spectateur possède et le personnage ne possède pas.

Exemple. Dans Roméo et Juliette, à la fin. Juliette feint la mort. Nous le savons, pas Roméo. L’exploitation: Roméo prépare son propre suicide, Roméo mésinterprète les signes du réveil de Juliette, Roméo se donne la mort sur la tombe de Juliette, Juliette se tue. Tout cela naît d’une information manquante: Roméo ignore le stratagème de Juliette. Il y a ironie dramatique.

Technique
L’ironie dramatique se construit en trois temps: préparation, exploitation, résolution.
La préparation, c’est la scène où l’auteur transmet au spectateur une information. Dans notre exemple, c’est la scène où le prêtre explique à Juliette le fonctionnement du poison qu’il lui donne.
Option: une scène peut expliciter le manque d’information de la victime de l’ironie dramatique: ici, la scène où Roméo ne reçoit pas la missive du prêtre.

L’exploitation c’est la ou les scènes qui se construisent autour du déficit d’information de la victime et créent quiproquo (exple: dans Le Placard, nous savons que Pignon n’est pas gai, pourtant son patron l’envoie à la gaypride prendre place sur le char de la boîte => comédie), tragique, etc.

La résolution c’est la scène où la (ou les) victime(s) de l’ironie dramatique découvre ce qu’elle ignorait et réagit en conséquence. Il en découle d’autres réactions car, dans tout bon scénario chaque action est la conséquence directe de celles qui précèdent.

Distinction
Il existe néanmoins deux types d’ironies dramatiques: celle que j’appellerais l’ironie dramatique logique, qui est dictée par la cohérence du récit mais ne donne pas lieu à une réelle exploitation. Le simple fait que deux personnages n’aient pas le même niveau d’information ne suffit pas à ce qu’il y ait ironie dramatique au sens narratologique du terme. Si le manque d’information n’est pas au coeur d’un malentendu entre les personnages, alors on a affaire à une ironie dramatique logique.

L’Ironie Dramatique dramaturgique, au contraire, est un véritable outil narratif et doit servir de pivot au récit. Il faut traiter l’information manquante comme un objet de conflit et/ou un obstacle, en tous cas la mettre au coeur d’une ou plusieurs scènes dont elle sera l’objet.

Il ne suffit donc pas de décaler la transmission d’une information à un personnage pour pouvoir parler d’Ironie Dramatique et pour justifier de mettre en branle toute la machine à construire derrière l’outil.

Oubliez vos trois actes

2 octobre 2008

S’il y a une chose que j’apprends en lisant des scénars, c’est qu’il faut oublier toutes ces notions avancées sur la structure scénaristique. Ce qui compte avant tout, c’est de se souvenir qu’une histoire, c’est une succession d’événements liés par la logique.
Autrement dit, vous allez du point A au point Z parce que vous déroulez l’alphabet ou vous additionnez 2 et 1 parce que vous voulez arriver à 3. Il vous faut un objectif, il vous faut des personnages qui aient une raison d’avoir cet objectif et vous ne devez jamais perdre de vue que toute action a des conséquences et que c’est encore plus vrai dans les histoires que dans la vie.
Ce qui signifie qu’on ne peut pas mettre en place une situation sans penser à ce qui va en découler, qu’on ne peut pas non plus se contenter de faire se succéder des scènes sans qu’elles aient un étroit rapport avec la ligne directrice qu’on s’est fixée (et qui s’étend quelque part entre l’objectif du personnage et l’objectif du scénario).
Quand vous construisez, demandez vous « et alors? » après chaque action, comme dans « qu’est-ce que cela déclenche? qu’est-ce que cela provoque? quelles sont les impacts de cette action sur les autres personnages et sur l’environnement? »
Ne vous contentez pas des réponses les plus évidentes, creusez, brainstormez, mindmappez, allez plus loin que la première idée, qui est celle de M. Toulemonde. Vous êtes conteur, que diable, surprendre votre auditoire, c’est votre boulot!

Les trois actes, la structure de Snyder, les idées de Truby, c’est bien mignon, mais si vous oubliez la base, vous n’allez nulle part. Et la base tient là-dedans: une histoire, c’est un écosystème.