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Pourquoi écrire une série

22 mai 2012

Vous êtes scénariste, vous voulez vous lancer dans l’écriture d’une série. Vous êtes-vous demandé pourquoi ?

 Si votre réponse est « parce que ça marche », vous feriez sans doute bien de revoir votre copie.

L‘écriture d’une série demande du temps, de l’énergie, de la patience… Si vous ne le faites que par effet de mode, vous foncez droit dans le mur et la réception risque d’être super douloureuse. Il y a plein d’excellentes raisons d’écrire une série. L’effet de mode n’en fait pas partie.

Finesse et niveau de détail dans la série

Une série est parfaite pour faire évoluer des personnages en toute finesse. Quand vous avez neuf heures (12×45′) au lieu d’une heure et demie pour développer vos arcs narratifs, forcément, vous pouvez créer davantage de densité et un plus grand niveau de détail pour vos personnages. Vous pouvez les accompagner dans leur évolution à travers de plus nombreuses étapes que dans un unitaire, ce qui donnera à l’arrivée une évolution plus subtile et plus proche de la réalité. Les personnages pourront plus facilement faire des allers-retours dans leur évolution, espérant puis rejetant puis acceptant leurs changements, comme cela se passe pour nous.

 Une série donne aussi le temps d’entrer dans les détails de son univers mais il est rare qu’un producteur ou un diffuseur s’engagent sur une série à l’univers trop complexe. Surtout si c’est votre première. J’ai fait cette erreur au début de ma carrière, en arrivant avec des projets exigeant de créer de nouveaux décors, de nouveaux personnages, quasiment à chaque épisode. Ce genre de projet n’a de chance d’exister que si vous avez déjà un solide bagage, que vous avez fait vos preuves et que votre univers est assez consensuel pour garantir un minimum d’audience à vos partenaires. Plus votre projet est complexe plus il est cher. Là où vous voyez de la richesse pour le spectateur, ils voient les chèques qu’ils vont devoir signer.

Si vous écrivez une série dans l’espoir d’enfin réussir à vendre votre saga de Space Opéra, dites-vous bien que pour un Stargate ou Battlestar, il y a vingt Experts.Vous n’aurez pas plus de facilité à vendre votre saga sous forme sérielle que sous forme d’unitaire. Vous en aurez même sûrement moins !

Ce qu’une série permet de faire au contraire, c’est de créer de la densité pour votre univers. Ne confondez pas densité et diversité. En développant votre univers sur un plus long terme vous pourrez plus facilement travailler le niveau de détail pas le nombre des détails. Vous pourrez être plus précis, pas plus varié. C’est-à-dire que vous pourrez passer plus de temps sur les personnages secondaires, sur les interactions fines entre les personnages, sur la culture intrinsèque au microcosme que vous mettrez en scène.

Prenez exemple sur les séries qui marchent. Combien de nouveaux personnages introduisent-elles et à quelle fréquence ? Souvent aucun dans la première saison. Pourquoi ? Parce que pour justifier de faire de votre projet une série, vous devez développer un univers qui se suffise à lui-même et qui porte en lui-même, c’est-à-dire sans ajout, la promesse d’une infinité d’histoire.

La série vue comme une sécurité pour l’auteur

Vous vous dites qu’une série bien menée est un excellent moyen de captiver les spectateurs et devient alors un moyen pour son auteur de sortir de la précarité. Tant que la série dure, (presque) plus besoin de faire la chasse aux nouveaux contrats, il y a du travail pour des années à venir. Une série, c’est un peu le CDI des auteurs. Dès que l’audience mord, vous êtes parti pour une durée qui dépendra de votre capacité à garder son attention en alerte. Pour autant, écrire une série dans l’espoir qu’elle vous apportera une stabilité financière, est-ce bien raisonnable ?

Surtout quand vous savez qu’entre le moment où vous vendez votre première option et le moment (pas garanti du tout) où le premier épisode est diffusé, il s’écoule en moyenne entre deux et cinq ans. Êtes-vous prêt à tout sacrifier pendant cette durée sur le seul espoir que votre série verra un jour la couleur d’un écran ?

Une série bien plus qu’un unitaire, c’est une histoire de passion, c’est quasiment un sacerdoce. Il faut des mois avant de créer un concept qui fonctionne vraiment, avant de trouver le bon équilibre entre les personnages, l’univers et la structure narrative. Il faut ensuite des mois pour écrire un pilote qui tienne la route. Des mois pour convaincre un producteur de s’engager sur le projet, des mois pour faire coïncider votre vision d’auteur avec sa vision de producteur et ensuite des mois voire des années avant qu’il réussisse à convaincre une chaîne de s’engager sur le projet. Et pendant tout ce temps, vous ne touchez généralement pas assez d’argent pour vivre. On vous dira que c’est mal et qu’il ne faut pas travailler gratuitement mais à moins d’avoir déjà pas mal d’asphalte sous vos roues, vous n’aurez pas le choix. Ou plutôt vous aurez le choix : ne jamais travailler gratuitement et toujours travailler sur les projets des autres, ou prendre votre mal en patience, travailler à perte, et un jour finir par faire votre place et vendre vos propres projets.

Parce qu’au final, dans ce métier comme dans tout métier d’indépendant, tout se résume à cette question : avez-vous fait vos preuves ou non ?

Si vous voulez prouver que vous êtes capable de développer une série, montrez que vous pouvez exploiter à l’infini le concept, les personnages et les situations de bases que vous avez mises en place dans la bible. Faites interagir vos personnages principaux entre eux en apportant chaque fois une nuance supplémentaire à leurs relations, à leurs rapports. Faites vivre le monde en appuyant chaque fois sur un détail différent mais sans jamais rien introduire de nouveau. Du moins pas avant d’avoir mené à bien votre première saison.

Si vous voulez écrire une série parce que vous êtes tellement amoureux de vos personnages et de leur microcosme que vous pouvez imaginer mille et une histoires les mettant en scène, alors allez-y, foncez !

Si vous voulez écrire une série parce que c’est ce que tout le monde fait, pour pouvoir développer un univers riche de dizaines de décors et de personnages, ou parce que vous pensez que c’est là qu’est l’argent, assurez-vous de bien comprendre le fonctionnement de l’industrie avant de vous lancer parce que vous vous exposez à de nombreuses désillusions si vous ne le faites pas.

N’oubliez pas que les producteurs et les diffuseurs investissent énormément d’argent, de temps et d’énergie dans les programmes qu’ils achètent. Ils veulent avoir un maximum de garantie que leur investissement sera réduit au minimum et qu’il en vaudra la peine. Votre job en tant qu’auteur c’est de les rassurer et d’aller au bout de votre engagement en tenant votre première saison sur un budget restreint. Une fois que la première saison sera un succès, vous pourrez allonger la note.

Mais indépendamment de tout cela, souvenez-vous que les meilleures séries naissent d’abord d’une histoire d’amour entre vous et vos personnages.

Si vous voulez en savoir plus sur la création d’une série, de l’idée initiale à la bible définitive et la manière de la pitcher pour la vendre, restez connecté sur le blog pendant tout le mois de juin et inscrivez-vous au séminaire que j’organise du 23 au 24 juin, à Bordeaux.

Vous êtes scénariste? Et vous avez écrit quoi?

7 mai 2012

Scénariste…une profession? un état? ce qui prime c’est d’écrire, encore et toujours….écrire !

A partir du moment où vous décidez de devenir scénariste, cette question va venir vous hanter, encore, et encore et encore jusqu’à ce que vous commenciez à préférer ne PAS dire que vous êtes auteur quand on vous demande ce que vous faites.

Une chose que la plupart des gens ignorent, aspirants scénaristes compris, c’est que l’essentiel du CV d’un scénariste consiste en histoires que personne ne verra jamais. Elles existent mais elles ne sortiront jamais des tiroirs des producteurs qui les ont optionnées, des organismes qui les ont subventionnées ou, pire, du scénariste lui-même. Difficile de maintenir sa crédibilité sociale comme ça, mais c’est pourtant vrai.

Même si vous devenez le scénariste en vogue (pensez Frederic Krivine) et que vous arrivez, après une dizaine d’années de carrière, à (enfin!) placer vos propres séries dans les chaînes, la plupart des histoires que vous écrirez et vendrez ne seront jamais réalisées. Dans celles qui le seront, certaines seulement auront assez de retentissement pour que vos interlocuteurs en aient entendu parler et, si vous avez vraiment beaucoup de chance, pour qu’ils les aient vues.

Est-ce pour autant que vous n’êtes pas scénariste? Bien sûr que non. Le moment où vous devenez scénariste dépend de beaucoup de choses. Pour certains c’est le moment où vous consacrez tout votre temps à écrire, pour d’autres ce sera votre première vente, pour d’autres encore ce sera le moment où vous gagnerez votre vie en écrivant (et ce peu importe le temps que vous y passez). Peu importe où vous placez votre limite, vous devez savoir en quoi consiste vraiment la carrière d’un scénariste.

Si vous tenez à vivre de votre métier, vous écrirez bien moins que vous ne démarcherez, en tous cas au début. Comme dans beaucoup de choses, la loi de Parkinson s’applique et c’est de 20% de vos efforts de démarchage que proviendront 80% de vos contrats. Donc préparez-vous à enchaîner les rendez-vous infructueux, à téléphoner, envoyer des emails, inviter à déjeuner vos confrères, les producteurs, les réalisateurs, toutes les personnes que vous pouvez avoir sous la main et qui soit susceptible d’en savoir un peu sur le milieu, d’avoir un tuyau que vous n’avez pas, et de vous mettre sur un « plan » (bien sûr la réciproque est vraie et vous devrez vous aussi mettre vos confrères sur des « plans » pour que le système continue à fonctionner pour vous). Vous en profiterez aussi pour pitcher vos spec scripts, juste au cas où…. Le plan se présentera donc soit sous la forme d’un intérêt pour l’une de vos histoires soit, la plupart du temps, sous celle d’une commande pour un projet bien précis. En tous cas une fois que le plan est là, ça y est, vous êtes dans le bain!

Vous pouvez enfin faire ce que vous considérez comme votre vrai boulot d’auteur (même si vous découvrirez vite que le seul vrai boulot de l’auteur c’est de chercher du boulot) : vous é-cri-rez (Enfin! Wooohooo!! Alléluïa!!!). Au début vous serez euphorique et puis vous rencontrerez les premiers blocages et vous commencerez à peiner et à vous rendre compte que le temps passe, la deadline approche, les pages ne s’enchaînent pas assez vite, alors vous dormirez mois ce qui vous rendra encore moins efficace… Bref, vous vous acquitterez de votre tâche de scénariste.

Ellipse: vous avez rempli votre part du contrat, vous avez touché votre chèque (parce que vous êtes un scénariste sérieux et que vous ne travaillez jamais gratuitement) et vous recommencerez à démarcher (même si, idéalement, vous n’aurez pas cessé de le faire pendant que vous écriviez). A partir de là, les choses ne sont plus entre vos mains mais il se passe globalement deux choses: soit la série/l’unitaire est déjà vendu et le producteur a déjà une convention de prod avec la chaîne, et votre histoire a des chances d’être diffusée, soit – et c’est souvent le cas – le projet est développé en interne par la boîte de prod (ou sous convention de développement avec une chaîne ce qui revient grosso modo au même) et vous n’avez plus qu’à espérer que le projet aboutisse… un jour… peut-être… mais peu importe parce que vous êtes déjà sur la mission suivante.

Vous êtes scénariste. Vous êtes payé pour écrire des histoires selon les codes de l’audiovisuel. Vous faites votre boulot de manière exemplaire, vous êtes à l’heure sur vos deadlines, vos scripts sont d’une qualité à faire pâlir un scénariste américain, vous êtes le chouchou des chaînes mais personne ne verra le film de votre histoire avant quelques années… au mieux! Oui, bon dieu, vous êtes scénariste! Vous faites partie du milieu, vous travaillez sur des projets audiovisuels, vous êtes payé pour, alors pourquoi quand vous dites fièrement, dans une soirée: « je suis scénariste! » et qu’on vous demande « Ah ouais? et t’as écrit quoi que j’aie pu voir ? », pourquoi ne pouvez-vous répondre en hésitant que: « ben… tu sais, c’est un milieu particulier… tout ce qui est écrit n’est pas toujours réalisé…  mais je suis vraiment scénariste, hein! Regarde, ça c’est ma carte de la SACD et ça mon numéro d’AGESSA. Hé! Reviens! Tu veux voir ma feuille d’impôts ? »