Ouvrages de référence

Mise à Jour: ce billet daté de 2007 est encore l’un des plus visités du site, ce qui dénote un intérêt poussé de mes lecteurs pour les manuels de dramaturgie. Je vous en félicite. Dans la seconde moitié de 2012, je mets enfin à jour les nombreuses chroniques de manuels laissées en suspens et les complète par de nouvelles références. Vous pouvez trouver la liste complète des manuels chroniqués sur ce site en cliquant ici.

J’ai découvert, grâce à Dixit qui vient de le traduire, Blake Snyder, auteur d’un très alléchant Save the cat! que je me suis empressé de commander, via amazon, en V.O., la traduction du titre (les Règles élémentaires de l’écriture de scénario) et mes précédentes expériences des traductions de Dixit m’ayant fait fuir la version française. J’ai un instant hésité, à cause du « point de vue d’un scénariste et d’un agent français » annoncé dans la vf, mais j’irai le lire dans une librairie, je crains que la valeur ajoutée que ce chapitre *spécial France* apporte n’équilibre pas la perte de la traduction.

Mais assez cassé de sucre sur le dos de ces pauvres éditeurs qui font un travail important, le livre de Blake Snyder a pour logline: « le dernier manuel de scénario dont vous aurez besoin », argument de vente fallacieux puisque l’auteur s’apprête à sortir une suite – non sans reconnaître l’ironie de la situation sur son site. Mais argument, semble-t-il à première vue, pas forcément usurpé.

Je n’en ai jamais parlé encore mais c’est l’occasion, dans son très bon How to write for Animation, Jeffrey Scott propose de construire les histoires en commençant par établir une série de temps forts (les beats). C’est une approche qui m’a convaincu dès l’instant où je l’ai eue sous les yeux mais que j’ai encore du mal à bien appliquer. Scott se contente de donner quelques exemples mais renvoie à la logique et au bon sens du scénariste pour trouver ces beats.

Snyder, lui, semble (je dis bien semble, parce que je n’ai pas encore le livre) entrer plus en profondeur dans cette question des beats, puisqu’il propose une méthodologie de construction en 15 temps forts et en 40 fiches. (Oui, je ne l’ai pas encore dit non plus mais je suis un fan de la construction en fiches depuis que j’ai lu <a href="L’écriture de scénario, de J.-M. Roth, et How to write a movie in 21 days, de Viki King, qui est une merveille)(mise à jour 2012: le Viki King existe maintenant en français.

Si vous êtes de ces auteurs qui ne croient pas aux méthodes, je vous félicite. J’ai un mal fou à faire sans, et une fâcheuse tendance à chercher LA méthode qui me permettra d’écrire des scénarii parfaits à chaque coup, le sourire aux lèvres et le coeur joyeux. Mais je ne doute pas que je ne la trouverai pas sans pratique et sans lire le plus de manuels que ma tête pourra en accepter – et ma tête a une grande contenance.

Je crois aux méthodes, non pas comme des machines à scénario, mais comme des outils. Si j’étais forgeron, j’essaierai d’avoir la meilleure enclume et le meilleur marteau pour forger le mieux possible. Être scénariste, c’est être un artisan d’histoires et pour être un bon artisan, il faut de bons maîtres et de bons outils. J’ai eu la chance d’avoir d’excellents maîtres, même si je ne me sens pas prêt à être lâché dans la nature, seul et que j’espère en rencontrer d’autres sur le chemin, mais les outils, c’est aussi à moi de les trouver.

Aucun des classiques que j’ai lu ne m’a convaincu, que ce soit le McKee ou le Lavandier, ils m’ont peut-être apporté les bases de la dramaturgie, mais pas de vrai « truc », et c’est ça que je cherche, des « trucs » pour que ça marche, des méthodes concrètes de travail. Il y a aussi les bouquins qui me sont resté hermétiques, comme le Biegalski, et puis il y a les trouvailles inattendues, les outsiders qui se révèlent de formidables guides personnels.

Contre toute attente, le bouquin de Viki King que j’ai déjà mentionné a été une vraie révélation. Pour la première fois, un livre me parlait du rapport de l’auteur à l’écriture et ne se contentait pas de me servir des généralités théoriques sur la structure du récit et comment les personnages devraient, idéalement, s’inscrire dedans, etc. Non, cette fois c’était comment moi, avec mes spécificités, je pouvais écrire des films. Le tout lié à une méthode par fiches et par temps forts qui me convient tout à fait, je tenais mon premier coup de coeur de manuel!

L’autre, ça a été le Jeffrey Scott, mentionné plus haut, lui aussi, mon premier manuel d’écriture pour l’animation – et le seul à ce jour, parce que, mine de rien, c’est un vrai investissement, tous ces manuels. J’ai acheté celui-là après avoir été convaincu par les articles publiés en ligne sur le site de l’auteur. Le gros avantage de ce manuel c’est qu’il est bourré d’exercices et d’exemples complets de synopsis, séquencier et continuité dialoguées pour pouvoir comparer ce qu’on fait nous avec ce qu’il a fait, lui. C’est aussi très pédagogique et clairement rédigé, ce qui est un énorme avantage des auteurs américains sur les auteurs français!

Du côté des manuels d’écriture plus littéraire, il y a le très bon livre d’Elisabeth Vonarburg, Comment écrire des histoires, qui est rempli d’excellents exercices de désinhibition et de libération de l’écriture.

Dans la série des livres de romanciers qui parlent de l’écriture avec brio, je ne saurais trop recommander Ecriture: Mémoires d’un Métier de Stephen king.

Enfin, dans la série des livres qui attendent que je les lise et dont je vous reparlerai bientôt (enfin, tout dépendant de quand je les lirai enfin) il y a un manuel d’Orson Scott Card intitulé Comment écrire de la Fantasy et de la Science-Fiction, un livre sur l’écriture de Norman Mailer intitulé The Spooky Art et le livre de Syd Field: Comment identifier et résoudre les problèmes d’un scénario, qui semble très très bien d’après les quelques pages lues tout à l’heure à la FNAC. Syd Field a pour moi une forte aura de potentiel guru personnel de l’écriture.

Mais, conclusion pleine de bon sens, c’est à chacun de trouver ses points de repère dans l’innombrable masse des manuels. Alors feuilletez même les plus improbables, c’est souvent là que vous trouverez la perle qui vous guidera dans l’obscurité. Parce qu’après tout, un manuel, ce n’est rien d’autre qu’une lampe torche dans les dédales du labyrinthe qu’est l’écriture. L’important, c’est d’écrire et ces livres ne sont que des guides ou des encouragements sur le long et laborieux chemin du travail accompli.

Je suis sentencieux, là, non? Faut m’arrêter quand c’est comme ça sinon, je dis n’importe quoi pendant des heures.

Ce que j’aimerais, idéalement, c’est que chacun de vous, mes trois ou quatre lecteurs, participiez à l’élaboration d’une liste de manuels, donnez les titres des livres, même les plus improbables, qui vous ont fait avancer ou qui vous ont marqué dans votre apprentissage du scénario. Ce qui serait génial, c’est qu’on arrive à réunir une base de données immense de références dans lesquelles chacun pourra ensuite aller piocher.

Enfin, toute dernière référence, abonnez-vous à la newsletter de Creative Screenwriting, elle est très complète et pleine d’opportunités d’apprentissage. (Mise à Jour 2012: Creative Screenwriting est financièrement très mal en point, même si la compagnie n’a pas encore déclaré faillite. Il n’en reste pas moins que la newsletter qui fut un temps fort intéressante n’est plus arrivée dans ma boîte mail depuis plus d’un an)

4 Réponses to “Ouvrages de référence”

  1. Comment sauver le chat! « Dramaturgie et scénario Says:

    […] L’article complet, je l’ai mis sur une page à part, là. […]

  2. Marc Herpoux Says:

    Salut l’Apprenti,

    Tu dis:

    « Je crois aux méthodes, non pas comme des machines à scénario, mais comme des outils. Si j’étais forgeron, j’essaierai d’avoir la meilleure enclume et le meilleur marteau pour forger le mieux possible. Être scénariste, c’est être un artisan d’histoires et pour être un bon artisan, il faut de bons maîtres et de bons outils. »

    Je suis scénariste (j’ai écris deux long métrages – « Les Irréductibles » et « L’embrasement », et une série de 6x52mn qui va passer sur France 3 à la rentrée : »Les Oubliées »), et je me considère en effet comme un « artisan », plus qu’un « artiste. »

    Ca ne remet d’ailleurs pas en quoi que ce soit la dimension ‘artistique » de ce que je fais, (et ce n’est pas à moi de juger s’il y a du talent ou pas dans ce que j’écris), mais j’aime – comme tout bon « artisan » – l’idée du « travail bien fait. »
    C’est ça qui me plaît: l’idée du « bel ouvrage! »

    Les méthodes offrent ainsi différentes approches pour faire du « bel ouvrage! », pour bien organiser « son travail ».

    Tu dis:

    « Si vous êtes de ces auteurs qui ne croient pas aux méthodes, je vous félicite. J’ai un mal fou à faire sans, et une fâcheuse tendance à chercher LA méthode qui me permettra d’écrire des scénarii parfaits à chaque coup, le sourire aux lèvres et le coeur joyeux. Mais je ne doute pas que je ne la trouverai pas sans pratique et sans lire le plus de manuels que ma tête pourra en accepter. »

    Peu d’auteur avoue travailler à partir de méthode, c’est vrai – je ne sais pas pourquoi. C’est peut-être tabou. Pour ma part, je ne crois qu’à ça! Au travail, à l’acharnement, la ténacité… et d’abord et avant tout une « bonne organisation ». Je conseille donc à tout scénariste débutant de lire un paquet d’ouvrages sur la question.

    Mais contrairement à ce que tu dis, tu ne trouveras pas, LA méthode, parce qu’elle n’existe pas. Du moins, elle n’existe pas « en soi. » Elle existe « pour toi »… ou pour être plus précis, pour le scénar’ que tu écris au moment où tu l’écris.

    Dans mon cas, par exemple, il m’arrive pour tel scénar’ de commencer avec tel méthode – je ne sais pas pourquoi, parce qu’elle m’inspire… mais ce serait un autre scénar’, j’utiliserais une autre méthode – et si je m’aperçois que la méthode choisie ne marche pas (que les idées ne viennent pas, ou que la méthode m’embarque sur de « mauvais chemins »), et bien j’en change.

    C’est dans ce sens qu’il n’y a pas LA méthode, mais autant de méthode que tu as de scénar’ à écrire.

    Donc – et je te rejoins – plus tu connais de méthodes, plus tu trouveras celle qui te tirera d’affaire le moment venu si tu bloques sur un sujet donné(en fait, un bon forgeron n’a jamais qu’une seul enclume, et qu’un seul marteau… il en a plein! Et il utilise l’outil le plus adapté à ce qu’il veut faire!)

    Alors, des méthodes?
    OK!
    Black Snyder, c’est pas mal… mais sans plus. C’est tout à fait dans l’esprit de Viki King, Syd Field, Christopher Vogler, etc.
    Tu verras. Tu me diras ce que t’en penses une fois lu.

    Le systèmes des Beats, c’est intéressant quand tu écris ce que les ricains appelle du Action Driven (c’est à dire, quand l’intrigue fait avancer les personnages, à la 24 Chrono), mais pour le Character Driven (c’est à dire l’inverse: quand ce sont les personnages qui font avancer l’intrigue, du genre Six Feet Under, Les Sopranos, Deadwood, etc.), là, les Beats, c’est pas génial. Ca t’oblige souvent à structurer l’intrigue trop tôt, au risque de faire dériver ton sujet dans une direction que tu n’aurais pas prise au départ.

    Pour le Character Driven, je te conseille plutôt la méthode de Jeffrey Kitchen (« Writing a Great Movie », ils ont tous plus ou moins les mêmes titres, tu ne trouves pas?)

    Il y a aussi des bouquins sympas pour le Brainstorming du genre: « Story Structure Architect » de Victoria Lyn Schmidt.
    Elle s’inspire des 36 axes dramatiques de Polti mais elle va plus loin (en quantité : elle en développe 54 ; et en qualité : avec pour chacune des situations, de multiples propositions, toutes susceptible de générer plein d’idées… et c’est le but, non?)
    Du même auteur il y a aussi « 45 Master Characters » qui part des archétypes propre à la mythologie gréco-romaine (Neptune, Dyonisos, Hera, etc.) son bouquin permet de créer des personnages originaux à partir de ces mêmes archétypes.

    Si tu veux t’inspirer d’un genre – on ne choisit pas toujours d’où viennent les idées de départ – (types: Thriller, Drame Psychologique, Comédie, Fantastique, etc.) il y a la méthode de l’excellent John Truby.
    John Truby a fait un travail remarquable sur les genres. Un travail complet sous l’angle du scénario, et uniquement du scénario. Ici, il n’est pas question de mise en scène – comme c’est trop souvent le cas dans ce type d’ouvrage. Son travail s’adresse aux scénaristes, sous un angle pratique, pas seulement théorique.
    John Truby n’a qu’un petit défaut : il aime la tradition orale, et n’a donc rien écrit. Toutes ses conférences sont sur CD… et ça coûte très cher! (mais bon, si tu m’envoies un mail, je te les ferais partager. Je les ai tous!)

    Enfin, concernant l’écriture du scénario proprement dit (c’est à dire, sa rédaction), je te conseille « Writing for Emotional Impact » de Karl Iglesias.
    Son bouquin met bien en avant les erreurs qu’on peut faire quand on démarre (la rédaction est trop livresque, ou trop froide, ou trop floue, ou trop précis, ou trop « pathos », etc.)
    Les conseilles qu’il donne sont évidemment en langue anglaise, mais tout à fait valable, applicable et transposable en français.

    Bonne lecture

    Et surtout… bonne écriture!

    Marc

  3. J_christ Says:

    Salut,

    Je découvre avec beaucoup d’intérêt ton blog, moi qui suis depuis longtemps un grand adepte des méthodes, malgré les sarcasmes de mes amis, et notamment de Cedric, mon co-auteur😉

    Les livres sur l’écriture du scénario n’étaient pas très nombreux, quand j’ai commencé à m’y intéresser dans les années 80 (Eh oui je sais, ça fait loin…). Le bouquin de Chion, celui d’Antoine Cucca, ce dernier étant traduit avec les pieds.
    Quand est arrivé le livre de Lavandier, ça a été une vraie révélation. Le premier ouvrage en Français à exposer très clairement, d’une façon quasi exhaustive et en tout cas très synthétique, la grammaire de la dramaturgie. Et ça reste depuis pour moi ma bible de référence, que je consulte chaque fois que je commence à travailler une histoire. Ça me permet de passer mon scénario dans cette grille de lecture, comme un tamis qui ne garderait que les les bonnes idées et éliminerait toutes les scories.
    Mais j’aime bien aussi le Christopher Vogler, qui offre une approche différente et permet d’enrichir son histoire et ses personnages de manière très « pratique ». Car en fait, c’est ça que je demande à un manuel, c’est d’être pratique. Pour l’imagination, la créativité, c’est moi le responsable !

    Je vais jeter un coup d’oeil au Viki King, que je ne connaissais pas. Quant au Blacke Snyder, c’est vrai qu’il n’apporte pas grand-chose, même si j’y ai piqué 2/3 trucs qui m’intéressent.

    Concernant ce que dit Marc, je suis bien d’accord avec lui, les méthodes sont autant d’outils dont il faut se servir au cas par cas, projet par projet.
    D’ailleurs, je serais très intéressé par les CD de John Truby qu’il possède, si tu peux transmettre la demande😉 (je n’ai pas trouvé son mail. J’ai aussi hâte de découvrir Les Oubliées, qui me paraît être un des projets les plus novateurs et les plus aboutis du moment).

    Et puis, un petit coup de pub perso: si tu t’intéresses à la construction des personnages, il y a un livre paru chez Dixit l’année dernière, qui s’appelle « La Psychologie des personnages », de Howard Gluss. Pour une fois, la traduction est excellente, puisque je m’en suis personnellement occupé😉
    Jettes-y un coup d’oeil à la Fnac, tu me diras ce que tu en penses.

    Continue ce blog fort intéressant (j’ai arrêté le mien, mais ça me démange un peu d’en ouvrir un nouveau, maintenant que je travaille vraiment comme scénariste professionnel, il y a beaucoup de choses à raconter !)

  4. CLAUDE COGNARD Says:

    Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt vos deux messages. J’ai lu, Lavandier, puis Seger, puis Vogler, puis Snyder, Field, et je crois que plus je lis et plus je suis moi aussi convaincu de la nécessité d’avoir une méthode.

    Indéniablement, Vogler, mais surtout Snyder et Field sont (pour l’instant) mes meilleurs maîtres.

    Traduire « Save the cat » par « Les règles élémentaires pour l’écriture d’un scénario » me laisse sur ma faim, d’autant que l’on perçoit au fil de la lecture de l’ouvrage français des approximations dans la traduction.

    D’ailleurs, j’aurais du mal à traduire le mot « cat » qui a certainement une valeur de « colloquiolistique » (j’ignore si ce mot existe) en rapport avec le screenwriting.

    En tout cas, j’ai lu vos messages avec un intérêt sans limite et je vais compléter ma bibliothèque.

    Claude COGNARD.

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