Comment écrire de la Fantasy et de la SF, Orson Scott Card

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J’ai lu ce livre dans sa traduction française, publiée chez Bragelonne.
Je ne sais pas si j’attendais beaucoup d’un auteur entouré (du moins dans mon esprit) d’une aura comme celle d’Orson Scott Card, mais ce livre soi-disant sur l’écriture m’a énormément déçu. Je l’ai trouvé creux, j’ai trouvé le personnage de Scott Card imbuvable et ses conseils dignes de n’importe quel manuel de littérature de collège (je sais, j’exagère).

Je ne ferai pas une critique détaillée point par point, déjà parce que ce n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant à lire, ensuite parce que j’ai autre chose à faire et vous aussi.
Le livre est clairement destiné à des auteurs (très) amateurs, c’est peut-être aussi pour ça qu’il ne m’a pas plu.
Le premier chapitre, consacré à une définition de la Fantasy et de la SF fait à tort l’économie d’une définition de la notion de genre, et ne donne au final aucune définition potable des genres qu’il est censé couvrir. Voilà 50 pages de remplies.

Ensuite, Scott Card passe 60 pages à expliquer comment on trouve une idée et comment on construit un monde pour une histoire.
J’ai parlé, ici, de l’inadmissible méthode qu’il a trouvée pour piquer les idées de gentils et naïfs auteurs amateurs qui lui font confiance mais je vais le répéter. Sous couvert de démontrer qu’il est tellement facile d’avoir des idées qu’on peut en avoir « 1000 à l’heure », Card fait trouver à ses étudiants les idées de départ de ses romans. Ou comment pratiquer l’art pas très subtil du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Je suis plutôt partisan de l’idée de beaucoup construire ses histoires en amont (je n’ai pas toujours été comme ça, on pourra en rediscuter) mais, là, Card se moque de son lecteur. D’après lui, il faudrait connaître l’histoire détaillée de l’univers et des personnages que l’on crée, du Big Bang au moment présent. J’exagère à peine. C’est peut-être source d’idées mais ça me semble surtout être un excellent moyen de ne pas écrire (je devrais créer une catégorie de posts sur ce sujet inépuisable).
Alors, je suis d’accord qu’il faut en connaître un maximum sur le milieu et les personnages que l’on met en scène, mais ce maximum ne devrait pas être trop extensif. A chacun de dresser ses limites, les miennes se situent au point où je sens que mes recherches me détournent de mon histoire et m’empêchent d’y avancer.

Card parsème son bouquin d’idées saugrenues du style: on ne peut pas raconter une histoire du point de vue d’un extra-terrestre sans avoir de contrepartie humaine qui puisse apporter une comparaison et faire comprendre au lecteur ce que la culture de l’E.T. a de particulier. Il me semble pourtant que le lecteur apporte son propre point de vue d’humain et qu’il est capable de voir qu’une société lui est étrangère sans qu’on lui mette le doigt sur tout ce qui est différent (cf. mon post sur les détails insignifiants qui doivent le rester).
Encore une fois, ce n’est pas qu’une question d’extra-terrestres mais plutôt de culture différente. Quand je lis un roman japonais médiéval, je suis saisi par les différences culturelles et je n’ai pas besoin d’un narrateur qui me dise « et là Bob s’étonna que les guerriers, au lieu de prier avant de partir au combat, se contentassent de prendre le thé ». Idem pour un monde purement imaginaire.

Sur la construction du récit Card se contente de dire que l’écrivain doit avoir des notions de structure mais sans expliquer en quoi cela consiste. A part ça, il passe près de 20 pages à détailler la distinction entre narrateur, personnage principal et personnage de point de vue, choses que nous avons vues dans nos cours de français au collège.
Ensuite, il évoque une distinction dont je n’avais jamais entendu parler, entre récits de milieu, d’idée, de personnages ou d’événement. En gros, est-ce que votre histoire est une chronique, une enquête, l’histoire d’un personnage, ou une intrigue. A mes yeux, la chronique ne mérite pas le nom d’histoire, l’enquête et l’intrigue sont identiques et la seule distinction qui soit justifiée est entre les récits qui sont character-driven et plot-driven.
Dans les premiers, on s’attache davantage à l’évolution des personnages (ex. Les Sopranos), dans les seconds, c’est l’intrigue qui mène la barque et les personnages sont interchangeables et immuables (ex. Les Experts).

La seule partie véritablement pertinente est peut-être la dernière, celle où Card parle de son expérience personnelle, de ce qu’est une vie d’auteur. C’est ce qui fait du livre de King, à la différence de celui-ci, une lecture passionnante. Finalement, Card ne va au fond de rien dans ce supposé manuel, il se contente de quelques généralités et de deux-trois mouvements de manches pour détourner l’attention. Je ne le conseille pas, même aux débutants, qui apprendont bien plus d’un vrai manuel.

NOTE: en faisant mes recherches pour cette critique, j’ai découvert que Card publie sur son site des « cours d’écriture ». Je ne sais pas ce qu’ils valent, vu que je n’ai pas pris le temps de bien regarder. Mais l’info est là, si vous voulez y jeter un oeil. Ceci dit, je trouve qu’il y a une certaine ironie dans le fait qu’un mec qui dit explicitement avoir pris des idées collectives pour en faire des romans individuels fasse une leçon de morale sur le plagiat.

10 Réponses to “Comment écrire de la Fantasy et de la SF, Orson Scott Card”

  1. Straseele Says:

    Je lus très attentivement votre discours qui n’incite pas à aller acheter cet ouvrage. Je n’ai que 16 ans et cela fait depuis 3 ans que j’écris une double trilogie de fantasy et un monde que j’ai créé, certes vous avez raison, ce livre est destiné au plus jeunes, les débutants, les vrais de chez vrais, j’allais me précipité à l’acheter, cependant j’ai voulu en apprendre davantage sur les qualités ( dont très peu y régnent) et les critiques qui sont nombreuses d’après vous. A présent je ne commanderai pas ce bouquin et dorénavant je réfléchirai plus avant de me lancer dans l’achat d’un ouvrage aussi modeste qu’il soit. Merci de m’avoir permi de garder quelques euros, car j’aurai été très déçu.
    Merci cher monsieur et à bientôt. Straseele sandy.

    PS: Si vous voulez en apprendre davantage sur moi, et surtout sur ma double trilogie de fantasy vous pouvez me contacter à l’adresse suivante: sandystraseele@gmail.com. Merci beaucoup.

  2. Straseele Says:

    Je peux vous conseiller le livre s’intitulant  » A La Croisée Des Mondes » c’est un best-seller ( selon moi, bien sûr, ceci est mon point de vue). Courrez chez votre libraire l’acheter vous ne serez pas déçu. Si quelqu’un à quelques chose à me dire je lui laisses la parole.

  3. Jean-Paul Aussel Says:

    Bonjour,

    J’écris moi-même une saga de SF, en bande-dessinée, http://holomoon.over-blog.com/. Où j’ai exposé des points sur l’écriture de scénario (dans la partie catégorie/scénario), essentiellement d’après le livre ECRIRE SON SCENARIO – Manuel Pratique
    Auteur(s) : Maryse Leon-Garcia

    J’ai passé pas mal de temps à concevoir l’univers, « trop » d’un point de vue rationnel, mais en même temps cette immersion/construction fait que maintenant le scénario, les personnages ont leur propre vie et qu’une certaine réalité existe par rapport à ce qui est spécifique dans la SF, c’est à dire l’absence de référence tangible (même si le monde Sf fini par créer une auto référence, on reste dans un domaine très différent du roman historique par exemple). C’est agréable de lire un point de vue critique sur ce travail d’Orson S.Card, mais je ne partage pas votre point de vue. J’ai trouvé certaines notions très finement expliquées dans cet ouvrage et très utiles.

    Je ne suis pas un fan d’Orson Scott Card, j’ai beaucoup apprécié certaines choses mises en place dans le retour à la terre, mais je me suis ennuyé à mourir dans la conclusion de la saga, visiblement cet auteur arrive à mettre en place des univers, mais devient par la suite plus fasciné par l’équation de cet univers que par la vie émotionnelle des personnages.

    Je suis tombé par hasard sur votre blog, et je vais le lire avec intérêt.

    Merci en tout cas pour ce point de vue différent du mien, même si je maintiens que vous êtes un peu dur avec ce manuel qui pose de bonnes questions.

    Jean-Paul Aussel

    PS : j’ai beaucoup apprécié le livre de Stephen King sur l’écriture.

  4. Jean-Paul Aussel Says:

    Voilà, j’ai lu une bonne partie de votre site avec intérêt, et nous avons en tout cas les mêmes bâillements face aux fictions françaises. Je mets un lien vers votre site sur mon blog.

    Bon atterrissage dans l’appartement et je fais comme vous, 30 mm max par jour pour le blog.

    Cdlt

    JPA

  5. Nrd Says:

    Whaou! Quelle critique!

    Pour ma part, j’ai lu et relu les livres d’Orson Scott Card (Personnages et Point de Vue, Comment écrire…) et je les ai trouvé bourré de conseils intéressants.

    Certes, ces conseils s’adressent plutôt à des écrivains débutants, mais ils sont précieux (n’en n’avez-vous jamais lu qui posait une question au début de leur histoire mais qui n’y répondait pas à la fin?).
    Je précise que j’écris depuis 15 ans et que j’ai fait 4 ans de cours d’écriture, et que même au bout de tout ce temps, on a des choses à apprendre.

    Vous n’avez peut-être jamais entendu parler du quotient MIPE, mais cela ne veut pas dire que ce point de vue n’existe pas.

    Vous dites: « en gros, est-ce que votre histoire est une chronique, une enquête, l’histoire d’un personnage, ou une intrigue. »
    -> Je dirais: en gros, vous n’avez pas compris ce qui était écrit.

    Vous dites: « A mes yeux, la chronique ne mérite pas le nom d’histoire »
    -> vous écrivez quoi déjà?

    Vous dites: « l’enquête et l’intrigue sont identiques et la seule distinction qui soit justifiée est entre les récits qui sont character-driven et plot-driven »
    -> je dirais les mêmes mots que vous avez utilisés pour Card: « vous évoquez une distinction dont je n’avais jamais entendu parler » (cela veut-il dire que c’est pipeau, comme vous le sous-entendez dans votre commentaire?)

    Vous dites: « l’enquête et l’intrigue sont identiques »
    -> Je dirais: continuez à faire des ateliers et à prendre des cours, cela vaut mieux.

    Je pense en règle générale que vous n’avez pas vraiment compris ce qui était dans ce livre:

    – piquer les idées de ses élèves… c’est un exercice qu’il pratique seulement en classe! Avez-vous demander l’avis de ses élèves avant d’écrire votre critique?

    – vous parlez de « la connaissance entière de l’univers »
    -> je cite le livre « est-ce que l’on doit savoir tout ça? Oui – dans votre tête, ou peut-être dans votre plan. […] Mais votre lecteur, lui, n’aura pas à subir tout cela […], la seule chose qui vous incombe, c’est d’y faire une petite référence dans l’histoire. »

    Bon maintenant, si vous souhaitez bâcler votre histoire, sans faire de recherche plus avant sur vos personnages, sur votre intrigue ou sur votre décor, grand bien vous fasse…

    Vous sous-entendez que vous êtes un écrivain confirmé (« Le livre est clairement destiné à des auteurs (très) amateurs, c’est peut-être aussi pour ça qu’il ne m’a pas plu. »), mais dans ce cas-là, pourquoi avoir acheté un livre qui donne des conseils sur l’écriture?
    Card n’a jamais prétendu adresser ce livre à des écrivain confirmé, mais plutôt à des débutants et semi-débutants qui cherchent encore pourquoi leur histoire ne marche pas.

    Quant à « ses conseils dignes de n’importe quel manuel de littérature de collège », il faut se dire qu’il était prof, c’était son boulot de donner ce genre de conseils.

    je trouve vraiment dommage de décourager des personnes comme Straseele (cf. commentaire + haut), qui aurait beaucoup de choses à apprendre de ce livres… et surtout de ne pas lui conseiller de se faire sa propre idée!

    J’espère que vous n’avez pas trouvé mes propos trop agressifs, mais je vous ai trouvé bien dur avec ce livre…

    ps: n’oublions pas de Card a été un grand écrivain, que beaucoup de ses livres sont des Best-Sellers (et pas pour des prunes!), et rien que pour ça, il est toujours intéressant d’avoir son point de vue.

    Cordialement.
    Nadège.

  6. Nrd Says:

    Re coucou,

    Malgré mes critiques, je mets quand même votre blog en lien sur le mien, car je le trouve très intéressant 😉

    Bonne continuation.
    Nadège.

  7. Bamiwel Says:

    Bonjour, j’ai 16 ans, une connaissance de l’écriture limitée a celle dispensé du lycée, mais depuis quelques temps aussi, une puissante envie de me lancer dans la réalisation d’une histoire. De tout genres et de tout styles mes idées ne brideraient pas ma réalisation mais je cherche cependant un ouvrage, un site, qui m’aiderai à écrire de manière correcte, sans pour autant aller puiser dans les conventions académiques poussées. Si vous avez connaissance d’une telle chose…

  8. Al, l'écriveur Says:

    Bonjour,

    Votre critique, plutôt dure, reflète la partialité typique de l’antipathie qu’on éprouve pour une personne. Ce qui peut se comprendre, mais n’est pas forcément synonyme d’objectivité. Ce n’est pas la première fois que je lis sur le Net des commentaires ayant trait à l’attitude suffisante de Card, et s’il y a bien une façon de se faire des ennemis, c’est en faisant preuve d’arrogance.

    De toute façon, ce genre de manuel, tout comme « Personnages et point de vue » que je suis en train de lire, doit être pris avec circonspection. On y apprend des techniques propres à certains auteurs ou types de roman, au détriment de son propre style littéraire. Bien maîtrisé, un défaut d’écriture peut devenir une « patte originale », et tous ces livres expliquant « voici la façon dont il faut impérativement créer une œuvre d’art » présentent le risque de formater l’écrivain (débutant ou non) avec des règles académiques plus ou moins justifiées. L’outil peut devenir carcan.

    De fait, je ne sais pas ce qu’est ce vrai manuel d’écriture dont vous parlez, sans pour autant le définir.

    Quant au « plagiat » d’Orson Scott Card, ce que vous dites me fait fortement penser au récent procès de JK Rowling, où un obscur auteur, Adrian Jacobs, accusait l’auteur d’Harry Potter d’avoir plagié son « The Adventures of Willy the Wizard ».

    Le plagiat des œuvres de fiction telles que la SF ou la Fantasy est un leurre, et ce pour une bonne raison : depuis le début de ces genres, chaque nouvel auteur plagie les anciens, sans même le vouloir.

    Il est mathématiquement impossible d’écrire une histoire sans qu’elle repose sur des éléments connus des lecteurs : environnements, personnages ou objets familiers. Ces éléments feront obligatoirement référence à des thèmes déjà traités dans le passé. La seule chose qui diffère vraiment, d’un auteur à l’autre, c’est son style, sa personnalité, et une foule de petits détails littéraires qui imprègnent l’histoire, et encore, même là, on retrouvera des similarités.

    Même le Seigneur des Anneaux, livre qui en son temps avait été remarqué comme particulièrement novateur, puise dans de nombreuses sources littéraires antérieures. Tolkien n’a inventé ni les elfes, ni les nains, ni les arbres qui parlent et se déplacent, ni les cavaliers des plaines, ni les gobelins, ni les trolls, ni les forêts enchantées, ni le folklore scandinave, ni les jeunes héros fragiles qui combattant des êtres surnaturels maléfiques, ni les récits de guerre, ni les sagas épiques. Et pourtant, c’est une œuvre si originale que des centaines d’auteurs n’ont cessé de l’imiter, comme s’ils ressentaient un besoin irrépressible de faire perdurer ce type d’univers. Chez la plupart des auteurs de fantasy se cache, à un degré plus ou moindre, un fan du Seigneur des Anneaux et de son auteur. Et peut-on les en blâmer ? Qui n’a jamais imité quelqu’un ou quelque chose qu’il aimait ?

    Et avec le nombre de nouveaux romans publiés chaque année, il devient de plus en plus difficile d’écrire une histoire qui ne recoupe pas, au moins en partie, bon nombre d’éléments d’œuvres antérieures. Et ces ressemblances seront d’autant plus évidentes si l’on se focalise sur les similarités plutôt que sur les différences. En n’oubliant pas que le discernement (la capacité à voir les différences) est l’ingrédient fondamental de l’intelligence, un concept voisin du terme « analyse ».

    La seule façon de savoir ce que vaut vraiment un livre, c’est de le lire, ou au moins de le feuilleter en librairie ou bibliothèque. Quant à la valeur d’une critique, elle se remarque souvent au fait qu’elle ne se borne pas à noter les aspects négatifs, mais relève aussi ce qu’il y a de bien dans un travail.

    Rappelez-vous votre dernière œuvre littéraire, cher apprenti scénariste. Que diriez-vous d’une critique qui n’en relèverait que les défauts, sans porter la moindre attention à ses qualités ?

    C’est peut-être le propre d’une critique objective : un équilibre entre le destructif (qui dénigre), et le constructif (qui tire partie de l’utile).

    • Anaël Says:

      Bonjour,

      Tout d’abord, merci pour le temps que vous avez pris à répondre à mon court aperçu du livre de O.S. Card. Cela fait plaisir de lire un texte aussi bien argumenté et écrit et je vous tire mon chapeau. Quelques précisions s’imposent néanmoins.

      Bonjour,

      Votre critique, plutôt dure, reflète la partialité typique de l’antipathie qu’on éprouve pour une personne. Ce qui peut se comprendre, mais n’est pas forcément synonyme d’objectivité. Ce n’est pas la première fois que je lis sur le Net des commentaires ayant trait à l’attitude suffisante de Card, et s’il y a bien une façon de se faire des ennemis, c’est en faisant preuve d’arrogance.

      Je reconnais que le ton de Card au fil du livre me l’a rendu particulièrement antipathique. Je n’ai jamais lu ses livres de fiction et depuis que j’ai lu Comment Écrire, je n’ai même plus envie de lui donner une chance. C’est dommage parce que je sais que la « non-fiction » et la fiction ont bien peu à voir entre les mains d’un même auteur et la réputation de Card n’est plus à faire en termes de SFF.

      De toute façon, ce genre de manuel, tout comme « Personnages et point de vue » que je suis en train de lire, doit être pris avec circonspection. On y apprend des techniques propres à certains auteurs ou types de roman, au détriment de son propre style littéraire. Bien maîtrisé, un défaut d’écriture peut devenir une « patte originale », et tous ces livres expliquant « voici la façon dont il faut impérativement créer une œuvre d’art » présentent le risque de formater l’écrivain (débutant ou non) avec des règles académiques plus ou moins justifiées. L’outil peut devenir carcan.

      Si vous suivez un peu mon blog vous connaissez ma posture sur cette question. Je ne pense pas que les manuels soient des carcans formateurs. Je les considère comme des boîtes à outils et la plupart se présentent de la sorte. Indépendamment de ces aspects variables d’un auteur à un autre, il y a une structure de base qu’il est difficile, voire impossible, de discuter. Ecrire c’est communiquer et il y a des invariables à la communication que tout auteur se doit de maîtriser. Le style et les idées ne suffisent pas à faire une bonne histoire, les exemples abondent.

      De fait, je ne sais pas ce qu’est ce vrai manuel d’écriture dont vous parlez, sans pour autant le définir.

      Jetez un oeil à mes autres aperçus, à mon blog, je pense que vous vous ferez une idée de ce qu’est un manuel d’écriture pour moi.

      Quant au « plagiat » d’Orson Scott Card, ce que vous dites me fait fortement penser au récent procès de JK Rowling, où un obscur auteur, Adrian Jacobs, accusait l’auteur d’Harry Potter d’avoir plagié son « The Adventures of Willy the Wizard »[…]

      Je me permets de couper votre commentaire parce que le développement que vous faites sur cette question du plagiat part d’une mauvaise compréhension de ce à quoi je fais référence. J’ai certainement dû être trop peu explicite et je prie de m’en excuser.
      Quand je parle de plagiat, je ne fais que me référer au passage où Scott Card (je n’ai plus ce livre, je ne peux donc pas citer le passage avec précision) raconte comment il encourage ses étudiants à brainstormer dans ses cours et où il dit lui-même qu’à une ou plusieurs reprises les étudiants ont soulevé des idées tellement bonnes qu’il les a reprises dans ses histoires voire qu’il s’en est servi comme point de départ pour une histoire.
      C’est cela et uniquement cela que je trouve éthiquement inacceptable à la fois du point de vue de l’auteur que du point de vue de l’enseignant. Je pratique les deux activités et je sais à quel point il peut être tentant d’emprunter une idée inspirante ou bien trouvée à des étudiants mais je m’interdis de le faire. Je ne crois pas qu’il soit juste qu’un écrivain se serve de sa charge de professeur pour « crowdsourcer » (soyons modernes) ses romans. Du point de vue de l’auteur, j’aurais une bien piètre opinion de moi-même si je me servais des idées des autres pour écrire mes livres.
      Qu’une anecdote, qu’une question soulevée dans une salle de classe ouvre l’auteur sur une réflexion de laquelle découle plus tard une histoire je le comprends, le conçois et l’accepte tout à fait. L’écrivain ne fait rien d’autre que cela: se nourrir du réel pour alimenter la fiction. Mais ce n’est pas du tout ce dont parle Scott Card. Il dit explicitement qu’il a repris telles quelles des idées construites par ses étudiants dans ses cours.
      C’est cela que je dénonce.

      Sinon, sur le fait qu’on n’écrive rien de neuf, je suis d’accord avec vous. Un de mes estimés professeurs disait: « tout a déjà été écrit, mais pas par vous ».
      Je n’ai pas pour autant beaucoup d’estime pour les auteurs qui, comme vous le dites, « copient » Tolkien. Je cherche, en tant que lecteur et qu’auteur, l’inédit, pas la répétition, question d’exigence.

      Et avec le nombre de nouveaux romans publiés chaque année, il devient de plus en plus difficile d’écrire une histoire qui ne recoupe pas, au moins en partie, bon nombre d’éléments d’œuvres antérieures.

      C’est un faux problème que vous soulevez. Il a toujours existé, pas plus aujourd’hui que du temps d’Homère. Aucune création n’est faite sur un canevas vierge, nous sommes d’accord. Les auteurs originaux n’en ont que plus de mérite.

      La seule façon de savoir ce que vaut vraiment un livre, c’est de le lire, ou au moins de le feuilleter en librairie ou bibliothèque. Quant à la valeur d’une critique, elle se remarque souvent au fait qu’elle ne se borne pas à noter les aspects négatifs, mais relève aussi ce qu’il y a de bien dans un travail.

      Soit. Mais j’en parle aussi dans mon aperçu. La méthode qui consiste à rechercher les décors, les personnages, à développer l’univers dans lequel se déroulera l’histoire, ça c’est intéressant.

      Rappelez-vous votre dernière œuvre littéraire, cher apprenti scénariste. Que diriez-vous d’une critique qui n’en relèverait que les défauts, sans porter la moindre attention à ses qualités ?

      C’est mon lot quotidien. Comment voulez-vous avancer, dans une économie de masse comme la télévision, si vous perdez votre temps en politesses dans les notes de lecture. Si un aspect d’un texte est tellement bon qu’on ne peut pas s’en passer, il vaut la peine d’être soulevé. S’il n’est que moyen, on ne le mentionne pas. S’il est mauvais et qu’il nuit à la qualité de l’ensemble, qu’il nuit à la compréhension ou à l’intérêt de l’histoire, alors oui, il faut non seulement le soulever mais aussi le souligner, le surligner, et tout faire pour qu’il disparaisse. Pour le mieux.

      C’est peut-être le propre d’une critique objective : un équilibre entre le destructif (qui dénigre), et le constructif (qui tire partie de l’utile).

      Encore un débat millénaire. Je ne crois pas qu’il existe quelque chose comme une critique objective et j’ai exercé le métier de critique pendant 6 ans.

  9. Liloo Says:

    Bonjour, je suis tombé sur votre critique par hasard, en fait je cherchais à me renseigner sur le livre d’Orson Scott Card (dont je n’avais jamais entendu parlé).
    Je suis une écrivain débutante, et je n’ai jamais fais d’étude ou pris de cours sur l’écriture. Je suis une grande lectrice (enfin j’adore lire plutôt^^), et j’ai toujours eu beaucoup d’imagination.

    J’ai commencé au lycée, il y a six ans, pendant mes heures de cours, mais je n’avais jamais fait lire mes écrits par manque de camarades intéressés. Je fais des études dans l’informatique, pas un domaine de grands lecteurs ^^’.
    Je suis encore jeune et j’ai envie de progresser dans l’écriture. Je suis donc un peu isolée et il m’est difficile d’avoir des avis.
    Plus récemment, j’ai découvert l’univers des fanfictions (principe de prendre l’univers et/ou les personnages d’un auteur et écrire une histoire avec, au cas où il y est des personnes qui ne connaissent pas). Je reviendrai dessus ensuite.
    J’ai lu votre critique, et je me suis dis « C’est dommage, il aurait pu me donner quelques idées et outils pour m’améliorer. », et puis je me suis intéressée aux commentaires.
    Je vais essayer de rester claire, et ne pas dériver. Je ne cherche que le dialogue de personnes dans le même cas que moi.
    Je ne pense pas être douée d’un certain talent, et j’écris uniquement pour le plaisir. Mais quand on commence à écrire beaucoup, on ne peut s’empêcher de se dire qu’on aimerait être publier pour faire rêver comme certains écrivains nous ont fait rêver.
    Il y a eu donc plusieurs questions qui se sont imposées à moi naturellement arrivé à ce stade :
    – Que raconter, un story-board ou fil conducteur ?
    – Comment l’écrire, j’entend par là à la première personne, dans un style omniscient etc… ?
    – L’univers autour ?
    D’abord j’écrivais sans plan particulier, juste en jetant mes mots et mes histoires sur le papier.
    Autant dire que je faisais du sur place. Il est toujours compliqué de ne pas tomber dans le plagiat et faire dans l’original.
    J’avais plus ou moins abandonner l’idée, je continue bien sur de réfléchir sur les divers romans que j’ai mais pas autant. Puis un jour, je suis tombée sur un site de fanfiction par le biais d’une amie.
    Alors j’arrête tout de suite les mauvaises langues, qui disent que ce n’est pas de l’écriture etc…
    Tout d’abord, il ne faut pas mélanger, une fanfiction a pour but de se passer dans un univers déjà créé. Je ne lis pas une fanfiction de la même façon qu’un roman, c’est clair.
    C’est de l’écriture bon enfant, et l’on sait tous qu’il n’y aura jamais de publication possible, c’est pour le plaisir.
    Il est certes possible que l’auteur n’apprécie pas que l’on utilise son oeuvre, mais pour ma part, c’est une façon de dire, « ton histoire était tellement géniale, que je souhaite continuer. Mais comme tu ne fera pas de suite, et bien je me l’imagine. »
    Je ne dis pas non plus que toutes les fanfictions sont intéressantes. Mais c’est un bon moyen pour des gens comme moi d’écrire et de s’entraîner en ayant un retour.
    Et puis il n’y a que des fans qui lisent, et ils sont toujours ravis d’aider ou donner des conseils.
    Pour en revenir au sujet principal, je reste persuadée comme Al l’écriveur, que les manuels sont très bien lorsque l’on sait faire la part des choses mais que l’on garde ce qui fait que ce sont nos écrits et pas ceux d’un autre.
    Et puis, personnellement, je n’ai jamais eu la chance d’avoir de bons professeurs de français pour m’apprendre les bases d’un manuel scolaire.
    Alors comment faire pour pouvoir s’améliorer et avoir des conseils pertinents ? Moi j’ai trouvé par le biais des fanfictions, et les autres auteurs, si l’on peut dire ça comme cela, m’ont beaucoup apprit et conseillé.

    Voilà je crois que j’ai fini, en tout cas merci tout de même pour la critique. Moi, je vais continuer à me renseigner et à chercher un ouvrage qui me conviendra.

    Bien a vous ^^
    Liloo

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